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vendredi 5 janvier 2018

11 ados ayant fumé après avoir vapoté sur 9'909 jeunes américains font le "lit du tabagisme" selon le Figaro

Sur 9'909 adolescents américains non-fumeurs à l'origine, suivis sur une année, ils sont onze (11) à s'être mis à fumer après avoir expérimenté le vapotage. Ce chiffre brut n’apparaît pas dans le papier du Figaro, sous forme d'alerte à l'épidémie tabagique causée par la vape. "Les jeunes usagers de la vapoteuse sont deux à trois plus enclins à consommer du tabac un an plus tard", affirme la journaliste Anne-Laure Lebrun. Précisément, le calcul de la publication du JAMA Pediatrics annonce un ratio de risque (OR) de fumer de 2.12 pour les jeunes n'ayant que vapoté préalablement par rapport aux ex-abstinents. Les auteurs de l'Université de San Francisco (UCSF) ne sont pas moins alarmistes dans la conclusion de leur travail à partir des données du Population Assessment of Tobacco and Health (PATH) 2013-2015. "Tout usage de vapotage, hookah, noncigarette combustible de tabac ou de tabac sans fumée est associé de manière indépendante au tabagisme un an plus tard", affirme l'étude des Prs Shanon Watkins, Stanton Glantz* et Benjamin Chaffee

Cachotterie 

De son côté le Pr Brad Rodu, de l'Université de Louisville, estime que les auteurs "ont omis une information essentielle pour mettre leur résultats en perspective". Sur les 9'909 ados suivis, 219 ont fumé dans le mois précédent le contrôle à un an. Malgré l'occultation, le Pr Brad Rodu a calculé à partir des données partagées le nombre réel de chaque catégorie. Sur les 219 néo-fumeurs, seuls 11 avaient eu pour seule expérience préalable d'avoir vapoté. 79,9% des néo-fumeurs, soit 175 ados, n'avaient eu aucune expérience antérieure avec les différents produits alternatifs assimilés à des produits du tabac par les auteurs californiens. "Même si le risque de fumer est plus élevé chez les jeunes qui ont essayé d'autres produits, la contribution en nombre de fumeurs par chacun de ces groupes est minuscule", souligne le Pr Brad Rodu. 

* On peut s'étonner que ce personnage mis en examen par la justice d'Etat californienne pour harcèlement sexuel, discrimination raciste, fraude académique et plagiat, soit publié par JAMA Pediatrics et mis en avant par le Figaro.


mardi 29 août 2017

[Express] Une étude sur plus de 60'000 ados britanniques montre que la vape n'encourage pas le tabagisme

"En résumé, les enquêtes au Royaume-Uni montrent de manière consistante que la plupart des expérimentations de vapotage ne deviennent pas des usages réguliers et que le taux d'usage régulier par des jeunes n'ayant jamais fumé reste très faible". C'est la conclusion d'une étude à partir des données croisées de cinq enquêtes britanniques (*) sur plus de 60'000 jeunes de 11 à 16 ans entre 2015 et 2017. Publiée en open-access dans l'International Journal of environmental research and public health, la recherche délivre de nouveau le verdict d'une absence d'effet passerelle du vapotage vers le tabagisme pour les ados. A l'opposé des fréquents gros titres de presse alarmistes, la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, souligne que l'analyse des dernières enquêtes britanniques "montre clairement que pour les adolescents non-fumeurs l'expérimentation du vapotage ne se traduit pas par une utilisation régulière". "Notre recherche montre aussi que le tabagisme des jeunes continue de diminuer", précise la chercheuse référente de l'étude au Guardian

Les ados chiffrés

"Parmi la totalité des répondants des enquêtes, la prévalence d'expérimentation varie de 7% à 18% chez les 11 à 16 ans", mais seulement de 1% à 3% les utilisent régulièrement. Ces usagers réguliers sont quasiment tous déjà des fumeurs. Chez les jeunes n'ayant jamais fumé, le vapotage régulier se situe entre 0,1% et 0,5% des enquêtés. Le graphique suivant présente les taux d'expérimentation ("ever use") et régulier au moins une fois par semaine ("at least weekly") pour la totalité des enquêtés puis séparément pour les jeunes non fumeurs ("never smokers") et les fumeurs ("regular smokers"). 

Une peur injustifiée

"Nos analyses indiquent qu'il n'y a aucune preuve que le vapotage amène à une hausse de la prévalence tabagique. Ceci est important et suggère que la peur du vapotage comme passerelle vers une augmentation du tabagisme des jeunes n'est actuellement pas justifiée, au moins au Royaume-Uni", affirme l'étude. Tandis qu'environ un cinquième des ados ont essayé de fumer, le tabagisme régulier se situe entre 1% et 4% chez les 11 à 16 ans des différentes enquêtes, souligne la publication. Egalement impliqué dans la recherche, Graham Moore, directeur du Centre Deciph de l'Université de Cardiff, renchérit: "les inquiétudes que le vapotage puisse amener un grand nombre de jeunes à la dépendance et à l'usage de tabac semblent de plus en plus improbables".

(*) Les noms des cinq enquêtes des organismes de santé britanniques sont : Youth Tobacco Policy Survey (YTPS) ; la Schools Health Research Network (SHRN) Wales survey; de l'Action on Smoking and Health (ASH) Smokefree GB - Youth Surveys ; et deux enquêtes de la Scottish Schools Adolescent Lifestyle and Substance Use Survey (SALSUS).


lundi 21 août 2017

[Ristret] Allemagne: le vapotage est utile selon Marlene Mortler la rapporteuse parlementaire sur les questions d'addiction

"La tendance du vapotage est utile". Pour aider les grands fumeurs à quitter totalement leur tabagisme précise Marlene Mortler en conférence de presse. La Commissaire fédérale sur les questions liées aux drogues présentait vendredi son rapport 2017. Près de 200 pages dont il ressort entre autres que le produit le plus problématique en Allemagne est le tabac. Près du quart des adultes sont fumeurs, soit environ 20 millions d'allemands. Sur la question du vapotage, la députée CDU a infléchi la position présentée les années précédentes du rapport parlementaire. "Le vapotage est beaucoup moins nocif que les cigarettes de tabac", y affirme Marlene Mortler sur la base d'études scientifiques. Le propos est encore loin de l'intégration du vapotage à une politique volontariste de réduction des méfaits pour les fumeurs, telle que celle britannique, mais "l'avancée est significative" note le site allemand EGARAGE

Nette réduction du tabagisme des jeunes


"Une utilisation régulière [du vapotage] est rare chez les jeunes, et ils l'utilisent pour une majorité sans nicotine", souligne le rapport. La chute très nette du tabagisme adolescent et des jeunes adultes montre que l'arrivée du vapotage n'a pas déclenché d'effet passerelle vers le tabagisme, tel que le prédisait la Ministre Manuelle Schwesig (SPD) il y a deux ans. Marlene Mortler rappelle néanmoins dans son rapport que la vente de produits de vapotage est désormais interdite aux mineurs depuis l'implémentation de la directive européenne TPD dans le droit allemand.


Campagne de peur controversée

Ce rapport parlementaire contraste avec la récente campagne du Ministère de la santé sur les réseaux sociaux conseillant aux fumeurs de ne pas arrêter de fumer avec le vapotage. De quoi passablement déboussoler les fumeurs, dont on sait qu'ils sont forcément ambivalents devant l'arrêt des cigarettes. Une campagne de peur gouvernementale qui a suscité de nombreuses réactions critiques du public. Tandis qu'une récente étude montre que 98% des vapoteurs allemands ayant arrêté de fumer constatent des améliorations de santé.

jeudi 23 février 2017

Accusée de tromperie scientifique, la revue Tobacco Control promulgue l'interdiction de la critique [+ P.S.]

Parfois le réel surpasse le parodique. "L'équipe éditoriale de la revue Tobacco Control a désormais établit pour politique de ne plus répondre aux messages externes de blogs ou de réseaux sociaux sur des études spécifiques [qu'elle publie]", annonce l'éditorial de la revue Tobacco Control de ce 20 février. Aux yeux des éditeurs de la revue anti-tabac du British Medical Journal (BMJ): "Les articles de blog ou les messages sur les réseaux sociaux critiquant une étude, alléguant de défauts du processus d'examen, ou faisant des attaques ad hominem sur les auteurs ou éditeurs ne font pas avancer le domaine ni ne permettent un dialogue et un débat scientifique approprié". En clair, les éditeurs refusent de débattre avec des critiques extérieurs à leur revue. Une manière à peine voilée pour le trimestriel, déjà considéré comme une référence dans le domaine, de s'auto-proclamer organe unique d'expression autorisée sur le sujet et ainsi cadenasser le débat.

Les six signataires, dont la rédactrice-en-chef californienne Pr Ruth Malone, de cet éditorial intitulé "Blog fog?" - Brouillard de blog? - ne précisent pas ce qui a déclenché cette décision. "Mais je pense qu'il est clair que ce qui a contrarié le journal a été la critique par plusieurs auteurs - dont moi-même - d'un article concluant que le vapotage est une passerelle vers le tabagisme sur la base de 4 jeunes non-fumeurs qui ont expérimenté le vapotage puis essayé de fumer une ou deux cigarettes", explique sur son blog le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston.

Trumperie de la post-science US

Le déclencheur du courroux des responsables de Tobacco Control serait donc les critiques à l'encontre de l'article "E-cigarette use as a predictor of cigarette smoking" signé par le Dr Richard Miech, de l'Université du Michigan. Cet article prétend avoir "prouvé" que "le vapotage est une passerelle à sens unique vers le tabagisme des jeunes". Objet central de cette "preuve": 4 jeunes.  Ils sont les 4 seuls a avoir essayé la vape puis le tabac parmi l'échantillon de 347 élèves du secondaire utilisé par l'étude. Aucun de ces 4 jeunes n'est devenu fumeur de 2014 à 2015, années durant lesquelles s'est déroulée l'enquête Monitoring the future, servant de base de données à l'article, qui a interrogé plus de 13'000 élèves en 12ème année de cycle (17-18 ans). 

La cachotterie est que l'article ne mentionne pas que sa soi-disant preuve ne repose que sur 4 élèves, qui n'ont fait qu'expérimenter le vapotage puis seulement essayé de fumer une ou deux cigarettes entre 2014 et 2015. C'est ce qu'a mis en évidence le Pr Siegel, dans un article sur son blog, en reprenant les données ayant servies à l'article. "Ce document a violé l'aspect peut-être le plus important de la publication d'un rapport scientifique, révéler la taille de l'échantillon sur laquelle est basée sa principale conclusion", souligne le professeur de santé publique de Boston, cité en français dans le Vaping Post.

Aucune justification à ce titre grossièrement trompeur

Outre le Pr Siegel, d'autres chercheurs renommés du domaine ont critiqué l'article publié dans Tobacco Control. Notamment sur le blog du Science Media Centre. "Ces résultats n'apportent aucune justification au titre grossièrement trompeur d'une "passerelle à sens unique". Il y a actuellement des preuves solides que ceci est faux et que l'effet de l'expérimentation du vapotage va dans le sens contraire, vers une réduction du tabagisme", avait réagit le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur le tabagisme à l'Université Queen Mary de Londres.

De son côté la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, relève que "rien dans l'article ne suggère que ces jeunes sont devenu fumeurs. (...) Certains des plus importants facteurs pour cette question, tels que la susceptibilité au tabagisme, le milieu familial ou le cercle d'amis, sont simplement ignorés par l'étude". Aux yeux de la chercheuse du Cancer Research UK, "le plus grave problème de cet article est qu'il reste totalement silencieux sur le contexte". A savoir notamment l'effondrement du tabagisme adolescent américain depuis l'essor du vapotage en 2011.

L'accélération de la chute du tabagisme ado depuis 2011

Avec la popularisation de la vape, la chute du tabagisme chez les adolescents américains s'est accélérée. Comme le montre le graphique établi par Clive Bates à partir des données de l'enquête Monitoring the future. De 15,8% à fumer en 2011, ils ne sont plus que 9,3% à s'adonner au tabagisme en 2015 aux USA, selon le Center for disease control (CDC). Le taux le plus bas jamais enregistré par les statistiques américaines.

Cette corrélation trouve une sérieuse piste d'explication à travers la comparaison entre Etats répressifs et Etats qui autorisaient l'accès au vapotage aux jeunes. La Pr Abigael Friedman, de Yale, a comparé les évolutions du tabagisme adolescent avant 2014. Les Etats permissifs ont alors connu une chute 1,7 fois plus rapide du tabagisme de leurs ados que les Etats répressifs, expliquait son article pour le Journal of health economics dont nous avions parlé à sa publication. 

En mars 2016, une autre étude menée par le Dr Michael Pesko, de l'Université de Cornell de New-York, a également montré que "les restrictions de vente de produits de vapotage selon l'âge sont associés à une augmentation de la consommation des cigarettes [de tabac fumées] chez les adolescents". A partir des données entre 2007 et 2013 du Youth risk behavior surveillance system (YRBSS) sur la consommation de tabac des adolescents étasuniens, l'étude "a constaté une hausse de 11,7% d'utilisation régulière de cigarettes dans les Etats après qu'ils aient imposé des limites d'âge pour l'achat de produits de vape", souligne le communiqué de presse de l'Université de Cornell.

Le vapotage sans nicotine pour éviter d'entrer dans le tabagisme ?

Les données sur les usages du vapotage chez les jeunes américains éclairent peut-être les dynamiques à l'oeuvre. Plus de 80% des jeunes utilisateurs réguliers ou occasionnels vapotent sans nicotine, selon les données de Monitoring the future. Une manière d'expérimenter l'usage sans prendre le risque de devenir dépendant ? Que ce soit conscient ou non de leur part, le phénomène est impressionnant. 

Au Royaume-Uni, la Pr Fiona Measham, du département des sciences sociales de l'Université de Durham, s'est intéressée à la manière dont les adolescents approchent le vapotage. Les jeunes ne voient pas la vape comme une forme de tabagisme explique t-elle au Guardian. C'est une autre et nouvelle pratique dans leur environnement symbolique, qui n'ouvre pas la voie à une logique linéaire de normalisation d'un tabagisme ultérieur. Son étude montre notamment que le "cloud & trick", pratiqué généralement sans nicotine, casse les codes et les liens avec la cigarette dans une sorte de "vortex culture".


Du côté de la petite part de jeunes américains qui vapotent avec nicotine, ils sont quasiment tous fumeurs ou ex-fumeurs déjà en prise avec la problématique d'arrêter ou de réduire un tabagisme qu'ils ont bien souvent débuté 5, 6 voire 7 ans auparavant. Comme le montraient des témoignages recueillis par le quotidien de St. Louis dans le Missouri et qui frappent aussi de (très) jeunes femmes enceintes, comme l'a rapporté le Vaping Post.

L'absence d'entrée significative dans le tabagisme par le vapotage a été corroborée par l'étude de l'organisation anti-tabac Truth Initiative à partir des données du National youth tobacco survey (NYTS). Le rapport scientifique de l'Université de Victoria (Canada) conclut également à l'absence de ce mythique effet passerelle, tout comme l'avaient fait auparavant les rapports britanniques du Public Health England et du Royal College of physicians.

Construction d'une déviance ?

Un point troublant dans cette controverse est que la vente aux mineurs de produits de vapotage est désormais interdite sur tout le territoire US. L'alarmisme des tenants de la doctrine de la passerelle est, en plus d'être sans fondement réel, sans objet apparent. Les autorités de la Food and drug administration (FDA) ont déjà tranché en faveur de leur approche répressive

Alors que veulent vraiment les anti-vape avec ces "démonstrations" douteuses ? Mon hypothèse serait qu'ils cherchent à créer un halo de criminalisation du vapotage pour justifier de budgets prétextant de combattre le diable qu'ils sont en train de peindre sur la muraille. En somme, ce que le courant interactionniste en sociologie a appelé la construction sociale d'une déviance, à la suite d'Outsiders d'Howard Becker.

Car au-delà de la question de la manipulation des chiffres, l'utilisation même du concept "d'effet passerelle" est hautement problématique. Le terme a été inventé par Denise Kandel, une sociologue, pour soutenir la "guerre aux drogues" (re)lancée par Richard Nixon en 1971. A la fin des années 1960', suite à la guerre du Vietnam, les Etats-Unis sont en proie à la fois à une vague de contestation et une explosion de l'usage d'héroïne chez les vétérans. Ceux-ci ont massivement utilisé la substance facile d'accès au Vietnam pour lever l'angoisse de leur situation sur le champ de bataille.

Ravalement de passerelle

S'inspirant d'un préjugé puritain des années 1920, Denise Kandel construit alors la thèse selon laquelle le cannabis est une "passerelle" vers la toxicomanie à l'héroïne. Arme idéologique magique: elle permet au gouvernement d'effacer sa responsabilité envers les dépendants. Et elle donne un prétexte sur un plateau à la répression des milieux opposants de la contre-culture et des droits civiques, le véritable but politique selon John Erlichman conseiller de Nixon à l'époque. Quelques écoutes téléphoniques plus tard, des millions d'incarcérés et de morts d'une guerre aux drogues à l'échec consommé, le fumeux concept n'est aujourd'hui plus en vogue pour criminaliser le cannabis.

Mais la guerre au vapotage donne une nouvelle jeunesse à la théorie de la passerelle. L'idée de faire porter la responsabilité du tabagisme à la vape fait son chemin. On assiste à un tir de barrage pour persuader l'opinion publique que la vape produit du tabagisme chez les adolescents. En dépit de ce que montrent les données quantitatives et les recherches qualitatives.

La tentation Lyssenko

C'est dans ce contexte que prend place cet éditorial de Tobacco Control pour annoncer officiellement son changement de politique, suites aux critiques de son article assurant avoir prouvé la théorie de la passerelle à sens unique, en cachant qu'il ne repose que sur 4 jeunes n'étant pas devenu fumeurs. Ce n'est pourtant pas la première controverse sur un article de la revue. Généralement (toujours?), ses responsables ne daignent ni réagir ni débattre des critiques. L'effet d'annonce de l'édito a d'ailleurs surtout suscité des moqueries. "Cette déclaration est tout simplement l'équivalent à mettre ses doigts dans les oreilles et dire "Nananère. Je ne t'entends plus"", ironise sur son blog Carl Philipps, chercheur en réduction des risques. Avant de railler les rédacteurs de Tobacco Control: "Et peu leur importe de n'avoir jamais répondu auparavant".

Mais alors de quoi cet édito est-il le symptôme ? Doit-on y voir le signe de l'importance capitale du mythe de la passerelle contre le vapotage pour les tenants de Tobacco Control ? Et ceci en dépit des faiblesses théoriques, l'inadéquation avec les données statistiques, le contre-sens humain et la misère épistémique de ce concept ? En officialisant ainsi sa rupture avec le principe fondamental à la science de la liberté d'expression, source de débat et d'argumentation, la revue Tobacco Control montre une tentation de franchir une ligne inquiétante. Celle qui sépare la société ouverte des régimes fermés dogmatiques. L'enjeu a donc plusieurs dimensions. Au delà de la défense du dogme de la passerelle, il y a aussi celui de savoir si le domaine est en mesure de se donner les moyens d'être rationnel ou s'il sombre dans un simple moralisme régressif nourrit de fantasmes post-factuels.

Malgré la volonté de Tobacco Control, le débat est loin d'être clos...

Post-Scriptum (24-02-2017 à 15H): Bémol à ma lecture des événements 
Carl Philipps me fait remarquer qu'il lui parait impossible que les éditeurs aient pu réfléchir, rédiger et mettre en page (tout ça...) leur éditorial dans le délai de deux semaines entre la publication des critiques à propos de l'article sur la passerelle et la parution de l'édito.
Coupable de "biais du bloggueur" (qui publie avec peu de contraintes), je dois avouer que je n'ai simplement pas pensé à cet aspect de timing. Cela invaliderait l'interprétation de cet édito comme une réaction spécifique suite aux critiques de l'article pour la théorie du vapotage passerelle vers le tabagisme. L'objection parait sensée et plausible, même si on ne peut pas en être certain sans clarification des rédacteurs de Tobacco Control (mais qui ne me répondront évidemment pas).
Le titre de l'édito "Blog fog" est tout de même troublant par sa connotation sous-entendant fortement viser la communauté du vapotage et des défenseurs des approches ouvertes à la réduction des risques...

mardi 15 septembre 2015

#NZZ : la passerelle vers la bêtise [MàJ]

Avez-vous déjà bu ne serait-ce qu'une gorgée de bière ? Si vous répondez oui, alors la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) risque de vous déclarer alcoolique. Mais si en plus, vous avez déjà auparavant bu du soda, alors le quotidien zurichois pourrait bien aussi demander l'interdiction des sodas aux mineurs en raison de « l'effet passerelle » vers l'alcool de ceux-ci. Du moins, c'est ce que s'est permis de faire à propos de la vape, au lobbying moins stressant que Coca, la NZZ sous la plume de Stephanie Lahrtz dans son édition du 12 septembre dernier. En effet, celle-ci écrit la « e-cigarette est une passerelle vers le tabagisme des adolescents », « (...) des études montrent qu'ils sont nombreux a commencer ainsi une carrière tabagique ». 

Une innombrable foule de six jeunes 

Quelles études ? La NZZ se base sur deux études récemment publiées dans le même Journal of the American Medical Association (JAMA). La première a été menée à Los Angeles sous la direction du Pr Adam Leventhal. 2500 écoliers de 14 ans ont été interrogé sur leurs rapports à la vape et au tabac à un an d'écart. Le journal suisse relate « qu'après un an, un quart des consommateurs de e-cigarette à l'origine se sont mis à fumer, mais seulement un sur dix des ex-non-fumeurs ». Pour la journaliste suisse-allemande, ce constat est confirmé par la publication de la seconde étude menée à Pittsburgh par le Pr Brian Primack. Celle-ci montrerait « que 37,5% des consommateurs de e-cigarettes sont devenus fumeurs, contre moins de 10% des anciens non-fumeurs ». 

La journaliste remarque tout de même que la cohorte de départ ne présente que 16 utilisateurs de e-cigarettes sur les 700 jeunes de 16 à 26 ans interrogés. « Néanmoins, les résultats sont statistiquement significatifs », conclut-elle sans autre forme de procès. 37,5 % de 16 jeunes, cela fait 6 concernés sur 700. De quoi faire un buzz : « de nombreux jeunes commencent une carrière tabagique ». Six, nombreux... le zürcherdeutsch a ses mesures que la raison ignore. 

Ce que cache la NZZ à ses lecteurs 

Mais le principal est occulté dans l'article de Stephanie Lahrtz. Les deux études ont les mêmes problèmes méthodologiques. Non seulement le nombre de jeunes touchés par le « fléau » n'est pas suffisant pour être sérieusement qualifié de « statistiquement significatif ». Mais surtout les questions posées par les chercheurs ne permettent pas de catégoriser les jeunes comme elle le fait.

mercredi 12 août 2015

Essayer la vape, ce n'est pas forcément l'adopter

Dans le numéro d'Août 2015 de Nicotine & Tobacco Research, les Pr. Linda Bauld, Anne Marie MacKintosh, Allison Ford et Ann McNeill publient une revue d'études sur les usages de la vape chez les jeunes britanniques. En analysant les publications scientifiques internationales sur la question (24 enquêtes recensées), elles ont constaté que la plupart ne distinguent jamais l'expérimentation de la vape de son usage régulier par les adolescents. Seules des études britanniques, dont quatre conduites sur douze mois entre 2013 et 2014, font cette distinction pour les jeunes fumeurs et non-fumeurs.

Ce graphique présente les données des quatre études.


De 8 %, en Grande-Bretagne, à 12 %, au Royaume-Uni, des jeunes britanniques ont essayé la vape. Les auteures remarquent qu'aucune étude (ni les 20 autres études recensées) n'a pensé à demander si les jeunes utilisent des liquides avec ou sans nicotine. Ce qui a plus que son importance dans la perspective d'une éventuelle addiction par la vape, à laquelle croient les tenants de la théorie de la passerelle.