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jeudi 10 mai 2018

[Bref] Youtube élimine des vidéos de vape, après celles sur le CBD

Ce matin, Youtube a effacé sa revue sur la vapoteuse Juul puis bloqué toute nouvelle publication pour trois mois en punition de la chaîne Daily Vape TV. "Nous avons déterminer qu'elle violait notre charte", se borne à dire en guise d'explication Youtube dans son message au reviewer. Aucun avertissement préalable ne lui a été signifié avant cette décision. Depuis quelques mois, des rumeurs circulent sur la préparation d'une chasse contre les vidéos sur la vape de la part de la plateforme américaine de vidéo en ligne. L'offensive semble être déclenchée, sans que personne ne sache qu'elle va être sa portée ni ses critères pour laisser ou éliminer les vidéos et les chaînes. L'hystérie américaine contre la Juul qui a pris 55% du marché du vapotage en kiosque - qui ne représente cependant qu'environ 20% du marché global du vapotage aux USA -, aux produits des cigarettiers n'est probablement pas étrangère à ce blocage. Même si aucune explication claire de Youtube ne permet de savoir les raisons réelles du blocage de la vidéo de Daily Vape TV.

Cannabis et France Télévision auparavant

Ces dernières semaines, Youtube a déjà effacé un nombre considérable de vidéos informatives sur le CBD sans que personne ne sache les raisons de cette razzia, ni les critères de censure. "Les motifs de YouTube [pour fermer des comptes] ne sont pas non plus clairs pour les créateurs des chaînes. La communication est difficile, voire impossible", explique le site Leafly ce 24 avril. Un chroniqueur explique que la plateforme ne laisse que 500 caractères pour expliquer son opposition aux décisions de Youtube. "Il semble que  ce soit des bots qui examinent les appels, parce qu'ils sont renvoyés en quelques minutes", précise Kord Tagley, un autre reviewer victime de la censure sans avertissement de Youtube ces dernières semaines.

Du côté des créateurs de vidéos sur les questions liées au cannabis, plusieurs ont émigré vers des plateformes avec moins de censure arbitraire, telles que Rutube.ru, dailymotion.com, la chaîne réservée aux adultes pornhub.com ou spécialement dédiées au cannabis comme TheWeedTube.com.

Auparavant, Youtube avait déjà éliminé des reportages sur l'arrêt tabagique et la réduction des risques avec la vape à la demande de France Télévision, probablement en raison de la loi Touraine de censure contre le vapotage en France. 




lundi 15 janvier 2018

Suisse romande: un article douteux de la Liberté orchestre une vindicte médiatique contre le vapotage

Cela ressemble à s'y méprendre à un faux témoignage monté de toutes pièces pour l'occasion. Un soi-disant enfant de douze ans aurait acheté une vapoteuse à Fribourg, selon le journal local la Liberté dans son édition de vendredi. Reprise par 20 Minutes puis le journal télévisé de la RTS, l'affaire soulève immédiatement une vague d'insultes et d'indignation à l'encontre des vapoteurs, coupables de chercher à pervertir les enfants aux yeux de la vindicte. Finement enroulé autour de ce soi-disant fait divers à la forte charge émotive, le montage en épingle sert sur un plateau la parole aux tenants romands de la ligne anti-vapotage. De l'hypothétique enfant perverti, le discours huilé glisse à une stigmatisation de la minimisation des méfaits, le vapotage comme oeuvre perverse par nature. 

Dans la lucarne télévisuelle, les éléments de langage clefs de "toxicité" et "renormalisation" évacuent toute appréciation rationnelle du rôle du vapotage face au tabagisme adolescent. Pourtant, les faits et les connaissances invitent à une réflexion plus sereine et intelligente sur ce sujet de santé publique essentiel. Mais comme le montre l'autopsie de cette histoire de comm', le clan anti-vape suisse a choisi de tuer dans l’œuf la possibilité d'un débat. La prestation hautement ridicule de Macé Schuurmans sur le plateau de 10vor10 fin novembre n'est peut-être pas étrangère à ce choix stratégique de la haine et de la peste émotionnelle des ultra-puritains anti-tabac contre le vapotage. A défaut d'argument de raison, ils ont décidé de répandre la peur. Au vu du calendrier des échéances politiques suisses sur le sujet à venir, il est peu probable que cet enfumage soit le dernier.

Le fantasme de la liberté

L'affaire démarre vendredi matin avec un article de la Liberté, le quotidien de Fribourg. Anne Rey-Mermet prétend qu'un enfant "de douze ans est rentré à la maison avec une cigarette électronique. Avec ses copains, le garçon a pu s'en procurer une sans problème dans un magasin". Étonnamment, la journaliste ne précise ni le magasin, ni n'interroge le commerçant sur les circonstances de cette vente. Anne Rey-Mermet n'évoque pas non plus de discussion avec l'enfant ni ses copains. La source de cette présumée vente de vapoteuse serait la maman, laissée anonyme dans l'article.

Cours de journalisme: illustrer l'expression "prendre quelqu'un pour un con". Merci M. Gumy.

Surpris par le récit sans conditionnel, mais sans élément probant l'étayant non plus, de cette invraisemblable vente collective à des enfants de produits de vapotage, nous avons contacté la rédaction de la Liberté. En réponse à nos interrogations, Serge Gumy, rédacteur en chef de la Liberté, botte en touche. "Je suis au regret de ne pouvoir accéder à votre demande", refuse le rédacteur en chef. Précisant que la matriarcale source de l'information "existe, en chair et en os". Ce que nous n'avions pas mis en doute dans nos questions. 

Not your first affair

Nos doutes sur la véracité de l'histoire n'ont par contre rien trouvé pour être levés dans la réponse de Serge Gumy. Des doutes titillés par une précédente histoire étonnamment similaire que les médias suisse-allemands, moins complaisants avec ce genre d'enfumage ou plus compétents que leurs homologues romands, avaient refusé de répandre. Serait-il possible qu'il y ait une épidémie de ventes de vapoteuses à des enfants d'une dizaine d'années sans que les journalistes ne s'intéressent aux vendeurs présumés ? Vraiment... en Suisse ?

C'est pourtant un moyen simple de lever le doute. Vérifier la véracité d'un récit par recoupement de faits ou de témoignages est le b-a-ba du journalisme. Fribourg n'a pas profusion de magasin de vapotage, la tâche n'est pas compliquée. La journaliste de la Liberté pouvait aller voir le commerçant et l'interroger sur les circonstances de cette abracadantesque vente à une ribambelle d'enfants. Étaient-ils accompagnés d'adultes ? Ont-ils reçu les explications adéquates à l'usage de la vape tels qu'ils sont prodigués dans tout magasin sérieux du domaine ? Mais rien. Pas de question, pas de recherche. Rien dans l'article de la Liberté. Rien dans sa reprise par 20 Minutes. Pas même l'idée de tenter de vérifier n'est évoquée. Pourtant ce réflexe de journaliste, Caroline Regidor de la RTS (télé romande) l'a eu tout comme moi.   

Révélation, mais de quoi au juste ?

Ainsi vendredi après-midi, la journaliste s'en va interroger le magasin de vape de Fribourg ChezSmoke. Et ô surprise, ou pas... Le magasin n'a jamais vendu de vapote ni à une bande de gamins de douze ans ni même à un seul. A défaut d'aveux d'actes plus crapuleux, elle réussit tout de même a arracher un bout de phrase, bien découpé au montage, de la vendeuse suggérant la nocivité du vapotage. Mais on le notera, la RTS prend bien garde de ne pas reprendre les affirmations de la Liberté sur cette fantasmatique histoire d'une vente de produits de vapotage à une bande d'enfants.




L'introduction du sujet par le présentateur en devient assez ridicule en parlant de "révélation" du journal la Liberté à propos de la vente de vape sans nicotine. Le fait est connu depuis 2009 suite à la lettre n°146 de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) à ce sujet. Il n'y a rien de nouveau dans le reportage de la RTS. 

Sans objet d'actualité, le téléjournal livre tout de même la parole à une succession de militants anti-vape, sans les présenter en tant que tels. Dans du fief d'Alain Berset, le médecin cantonal Chung-Yol Lee déroule le message alarmiste des méfaits du vapotage. Disciple et ancien élève de Stanton Glantz, fameux et fumeux militant anti-réduction des méfaits californien, le médecin cantonal fribourgeois récite le dogme de la toxicité du vapotage, sans évoquer la moindre échelle de risque (sic!), et du danger de "renormalisation" du tabagisme à cause de la vape. Rien d'étonnant, le discours de rigueur du clan anti-vape. 

Le service d'information de la RTS n'en est pas à son coup d'essai en matière de lynchage du moyen de réduire les méfaits du tabagisme. La chaîne romande est allé jusqu'à être le seul média d'importance en Suisse a boycotter la prise de position de la Fédération des professionnels des addictions sur le sujet en novembre dernier!


Peste émotionelle

Aucun des médias n'a jugé opportun de donner la parole aux défenseurs de l'approche de minimisation des méfaits à l'aide du vapotage contre le tabagisme, ni à l'un des nombreux tabacologues qui s'en servent pour aider des fumeurs à s'en sortir, ni à un représentant des usagers. En somme, la pensée unique et la peur pour tout argument sur un des débats de santé publique les plus importants par l'ampleur de son impact potentiel. Au lieu d'un débat et d'une réflexion, la RTS suggère au public romand le fantasme du pervers vapopédophile rodant dans nos rues. La peur est sans conteste, la plus efficace des pestes émotionnelles pour tuer toute intelligence politique.

Pourquoi inventerait-on des enfants de 12 ans ?

Implanter dans le public l'image d'enfants vapoteurs est une lubie du camp anti-vapotage depuis quelques années déjà. En 2015, Pfizer lançait sur les réseaux sociaux un clip mis en scène à la manière d'un plateau télé où un présentateur et un "médecin" recueillaient les témoignages d'enfants d'une dizaine d'années. Les dialogues récités mécaniquement et manquant singulièrement d'authenticité n'avaient pas aidé le film de la multinationale pharmaceutique a suscité autre chose que des quolibets sur twitter. Le vendeur de Champix semble avoir retiré son clip depuis - du moins, je ne l'ai pas retrouvé. A présent, Tiffany Casting, une boite de publicité, recrute sur Facebook des "enfants de 13 ans" en vue de les faire vapoter dans des spots télé anti-vapotage en Californie, comme l'a révélé Jim McDonald du site spécialisé Vaping360. 

L'enjeu de ce type de construction médiatique est évidemment de toucher la corde émotionnelle du public et inhiber ainsi une réflexion. Vieille technique de manipulateur, pour couper court à un argumentaire, évoquer une image effrayante - "si on vous suit, on va dans le mur" - qui bloque la capacité de réfléchir des auditeurs. Mais au-delà de l'astuce, l'enjeu de la manœuvre est d'interdire le débat sur le rôle possible du vapotage contre le tabagisme parmi la population des jeunes. Il y a pourtant de quoi débattre.

Sans la vape, les ados n'essayeraient rien ou essayeraient-ils de fumer?

Deux interprétations contradictoires à l'essor du vapotage chez les adolescents s'opposent dans les revues scientifiques. La première vient de Stanton Glantz, le maître à penser du médecin cantonal fribourgeois. Elle consiste à dire que le vapotage amène des jeunes à fumer. Il a publié la semaine dernière une étude portant sur 10'000 jeunes non fumeurs à l'origine. Sur 255 ados qui avaient expérimenté le vapotage, un an plus tard, onze - soit 4,3% - ont fumé au moins une cigarette dans le mois précédent le contrôle. Du côté de ceux qui n'avaient rien expérimenté au départ, ils étaient 2% (175) à avoir fumé au moins une cigarette dans le mois précédent le contrôle. L'anti-vape californien en conclut que le vapotage double le risque de devenir fumeur. 

Mais cette interprétation postule implicitement que si la vape n'existait pas, ces jeunes n'auraient rien essayé. Or, on peut aussi postuler qu'en l'absence de vapotage, ils auraient directement essayé de fumer. Et on sait, par exemple avec cette récente étude, que dans ce cas-là, plus des deux-tiers finissent par devenir fumeurs réguliers. D'un côté, une interprétation imagine que si les 255 ados n'avaient pas pu vapoter, seuls 5 au lieu de 11 auraient fumé, de l'autre on peut penser que sans vapotage les 255 ados auraient directement essayé la cigarette et environ 175 d'entre eux seraient devenus fumeurs réguliers (au ratio de 68,9% établi par l'étude publiée dans Nicotine & Tobacco Research suscitée). 

La réalité est complexe, au sens d'hétérogène, et contient probablement des cas illustrant les deux interprétations. Mais il y a de sérieux indices qui font penser que l'hypothèse d'une prévention primaire spontanée des ados par le vapotage est plus massive que l'effet passerelle vers le tabagisme allégué par les anti-vape. L'accélération de la chute du tabagisme dans les pays où le vapotage est répandu, y compris chez les ados, comme aux Etats-Unis et au Royaume-Uni est une indication impressionnante, sans être une preuve formelle, en sa faveur. Si le vapotage était la passerelle vers le tabagisme dont l'accusent les anti-vape, alors le tabagisme adolescent aurait dû relativement augmenté par rapport à l'époque précédent son apparition. Or on constate une chute accélérée du tabagisme adolescent.

De l'utilité idéologique de l'enfant de douze ans

Avec cette opposition entre les deux explications scientifiques, on comprend toute l'utilité idéologique de créer la figure de "l'enfant vapoteur de douze ans". Si les médias présentent des ados de 16 ans ou 17 ans qui vapotent, il apparaît évident qu'ils esquivent le tabagisme, parfois même dans une démarche de sevrage. En faisant croire à des enfants vapoteurs, les médias créent une représentation sensible de "l'effet passerelle" du vapotage préalable au tabagisme. Pourtant en discutant avec des ados, le phénomène de le la prévention primaire spontanée et autogérée se saisit aisément.

Trois types de raisons, généralement entremêlées, peuvent amener des jeunes à fumer. Le goût de l'expérimentation et de la découverte de sensation, des facteurs psychosociaux, tels que l'exemple parental ou le stress, et enfin la pression sociale des pairs. Le dogme pro-abstinence ne vise que la pression sociale en cherchant à "dénormaliser" le tabagisme pour que la pression inverse s'exerce. Cela marche bien pour les enfants de classes supérieures, possédant un fort capital social et une image exemplaire à préserver. Mais cela se révèle contre-productif chez les dominés, qui au contraire se reconnaissent dans les pratiques non conformistes. 

L'attaque contre la réduction des méfaits vise les groupes sociaux les plus démunis

Fumer est ainsi devenu ces trente dernières années un acte de pauvres et de groupes sociaux marginalisés - minorités ethniques ou d'orientation de sexualité - et de manière générale des personnes soumises à un stress social. Le vapotage se présente comme un moyen de "donner le change" à la pression sociale des pairs, sans tomber dans l'addiction rapide du tabac. Ustensile d'expérimentation, il peut être abandonner après quelques mois, au contraire de l'addictive cigarette. Il permet aussi, pour ceux qui le veulent, de bénéficier des vertus psychoactives de la nicotine contre le stress, avec un risque dépendogène similaire à la caféine. Et évidemment, à ceux déjà fumeurs d'essayer de changer leur mode de consommation, à l'instar de fumeurs adultes. Car rappelons que, aussi étranger que cela semble être à l'esprit des anti-vape et des médias romands, le tabagisme adolescent existait avant le vapotage. Mais de plus, il existe encore massivement. Un fait que l'alarmisme sensationnaliste de la Liberté et de la RTS pousse dans l'ombre.

Le masquage d'un échec

C'est cet échec sanglant de la conception dominante d'une prévention uniquement pro-abstinence que veulent masquer ses tenants en braquant les caméras sur la peur d'une perversion fantasmée du vapotage. Même si la prestation confondante de Macé Schuurmans sur le plateau de 10vor10 a été un révélateur limpide sur ce point, l'appel à la haine et la peur n'est pas seulement la marque d'un manque d'argument. Il est aussi le masque pour dissimuler l'échec de leur approche étroite.

De 2008 à 2016, les néo-anti-vape ont dicté le contenu du Plan de réduction du tabagisme en Suisse. Abstinence pour seul horizon, stigmatisation pour seul doctrine. Ce "plan" n'a pas fait baissé le taux de fumeur d'un iota. Rien. Nada. Il n'y a aucun autre domaine où les responsables d'un tel bilan n'auraient aucun compte à rendre. Pourtant, cette faillite se chiffre en milliers de morts, en millions de malades et en milliards de francs de frais de santé pour la population. Et en récompense, la RTS continue de leur donner en exclusivité la parole. 

Plus que quelques ados qui vapoteraient au lieu de fumer, ce que craignent ces responsables est le dévoilement de leur discrète incompétence chronique depuis des années. C'est là leur véritable angoisse. Le vapotage n'est pas seulement un outil de minimisation des méfaits pour remplacer les modes de combustion  (et de pyrolyse est-on obligé d'ajouter pour éviter les mauvais jeux de mots d'un cigarettier vaudois). Il change le jeu de la conception de cette problématique de santé publique. Il est un révélateur de l'anachronisme néfaste de ces gens. Dans vingt ans, le puritanisme aura disparu de ce champ. Mais aujourd'hui ses tenants, qui ont construit leur carrière sur ses dogmes, s'accrochent.

Les peurs intégristes

Lorsque les ceintures de sécurité sont apparues, des voix ont hurlé qu'elles provoqueraient plus de morts en poussant les automobilistes à braver les risques, enivrés de la perte de conscience du danger et du faux sentiment de sécurité des dites ceintures. Pendant des décennies les Etats, dont la Suisse et la France jusqu'en 1987, ont interdit la publicité et l'information sur les préservatifs. A la levée de la censure, les intégristes hurlaient que cela allait accélérer l'épidémie de VIH en poussant la population à copuler à tout va, perdant tout sens de la mesure des risques dans une orgie de luxure. Aujourd'hui, le vapotage est le nouveau diable qui fait trembler les esprits doctrinaires et étriqués. Dans vingt ans, on rira du contenu du reportage de la RTS de vendredi soir. 

Mais à court terme, les tenants du vieux réflexe puritain vont poursuivre leur entreprise de sabotage. Il est plus que symptomatique que ce montage médiatique intervienne à quelques semaines du lancement de l'initiative "contre la publicité des produits du tabac". Au vu du contenu des motions déposées au Conseil national et de cette nouvelle démonstration médiatique, il devient plus clair que le véritable objectif est moins d'interdire la publicité des cigarettes, déjà prohibée dans la plupart des cantons, que de créer un arsenal pour censurer les groupes d'entraide de vapotage sur internet. 

Le choix nauséabond

Leur stratégie est visiblement d'attaquer en priorité le vapotage. L'épandage de la peur ce week-end, la calomnie mensongère de scientifiques précédemment, sont les premières escarmouches. Les méthodes sont puantes. La tactique politicienne de désigner un bouc-émissaire à la vindicte populaire est un choix nauséabond. Il n'honore pas les personnes qui se rallieront à de telles méthodes. Mais c'est une démarche également fragile à terme. Passé l'effroi émotionnel, quelle sera la réaction du public ?

La réponse n'est pas donnée d'avance. Une partie de celle-ci est dans les mains des acteurs impliqués. L'attaque médiatique de ce week-end est un casus belli. Une déclaration implicite de guerre aux vapoteurs, aux défenseurs d'approches de réduction des risques, aux tabacologues qui veulent pouvoir utiliser le vapotage dans leur arsenal d'aides, aux fumeurs qui voudront peut-être un jour s'en aider pour arrêter de fumer. Une agression envers tous ceux qui font passer le libre choix avant la censure et les logiques de peur. 


mardi 9 janvier 2018

#Infrarouge: Alain Berset répondra t-il de sa politique anti-vape ?

Un double test sur la réalité de la liberté d'expression à la SSR. A quelques semaines de se prononcer sur la redevance pour la télé et la radio nationale, les téléspectateurs suisses seront probablement attentifs aux deux débats télévisés de la semaine d'Alain Berset. Le nouveau Président de la Confédération ouvrira le bal côté romand ce mercredi à Infrarouge, l'émission de débat politique de la RTS. Puis le Conseiller Fédéral du Département de l'intérieur enchaînera vendredi dans Arena, l'émission jumelle de la SRF. Les deux émissions appellent le public à poser ses questions à Alain Berset. Arena le propose sur son site. Pour ma part, j'ai posé la mienne en français sur la page Facebook d'Infrarouge.

Le tabou présidentiel

Le sujet de la réduction des méfaits contre le tabagisme, et ses coûts humains et économiques, sera t-il abordé face au Conseiller Fédéral ? Alain Berset impose que le sujet du vapotage soit tabou lors de ses interviews. La dernière opportunité date du 21 novembre dernier. Le Conseiller fédéral répond ce jour-là en direct sur l'émission Forum de la radio la 1ère. Le même jour, la Fédération des professionnels des addictions publie son appel à une réorientation de la politique sur le tabagisme "et de la compléter avec le pilier de la réduction des risques", explique le communiqué des addictologues. Outil de réduction des méfaits privilégié par les professionnels: le vapotage. Le sujet est traité dans la même émission de Forum. Pourtant, dans un silence assourdissant, aucune question n'est posée sur le sujet du jour au Conseiller fédéral en charge de la santé publique alors qu'il est au micro de la radio ! Éloquent.

La question que j'ai posé via le Facebook d'Infrarouge:
Le tabagisme est la principale cause de morbidité évitable, coûtant près de 10 milliards par an à la population. Depuis 10 ans, les politique conventionnelles pour la réduction du tabagisme échouent totalement en Suisse. Dans la même période les britanniques ont fait reculer de plus de 20 % leur tabagisme en soutenant le vapotage (2,5 millions ont cesser de fumer avec le vapotage dont 1,5 millions continuent de vapoter sans dommage pour leur santé). Le vapotage, comme vous le savez, est reconnu comme moyen de réduction drastique des méfaits (même si des industries concurrentes sèment le doute sur le sujet). De leur côté vos services ont prohibé la vente de liquides nicotinés sans raison solide, entravant ainsi l'arrêt du tabagisme pour des centaines de milliers de suisse. Aux coûts payés par la population correspondent des gains pour les cigarettiers, les pharma qui vendent des médicaments aux fumeurs malades et votre département qui engrange des milliards en taxe et économise sur les retraites à verser. Quelle responsabilité reconnaissez-vous avoir dans ce désastre de santé publique et la part de coût de santé qui grève la population ? Comptez-vous abrogez sans délai, comme vous le pouvez, la prohibition des liquides nicotinés dont l'accès permettraient à des milliers de concitoyens de sortir du tabagisme sans frais pour autrui ? Comptez-vous donner de réels moyens d'intégrer le pilier de la réduction des méfaits sur le tabagisme, qui peut réduire significativement la facture des coûts de santé, plutôt que de poursuivre dans l'impasse bornée du moralisme anti-fumeur qui est un échec patent ? Merci pour vos réponses M. le Conseiller Fédéral, auxquelles la population sera attentive et signes d'une vraie transparence de liberté d'expression sur les canaux de la SSR.
"Un des plus importants débats de santé publique de ces dernières décennies"


Là où Forum s'est tu, l'émission Infrarouge osera t-elle défier ce grand tabou d'Alain Berset sur son orientation anti-vapotage et d'une approche de la réduction des méfaits contre le tabagisme? Un dossier particulièrement pertinent en regard du problème de l'explosion des coûts de santé pour la population, qui va atteindre 10'000 Fs par habitant cette année. Le tabagisme est la principale cause évitable de maladie dans la population en Suisse. Le Plan de réduction du tabagisme 2008-2016 a été un échec total, le taux officiel de fumeurs n'ayant pas évolué sur cette période. La question de l'approche de réduction des méfaits est aux yeux du Pr Jean-François Etter, spécialiste de santé globale à l'Université de Genève, "un des plus importants débats de santé publique de ces dernières décennies". Une telle émission avec le Conseiller fédéral peut-elle faire l'impasse sur le sujet ? 

Liberté d'expression ?

Perpétuer l'omerta sur le sujet livrerait un étrange signal au public concerné. Alors que dans quelques semaines, les électeurs suisses devront se prononcer sur l'initiative No Billag qui veut abolir la redevance. Les défenseurs d'un refus à No Billag assurent notamment que la SSR, qui gère les différentes chaines de télévisons et radio nationales, est un garant de démocratie et de liberté d'expression. Les partisans de l'initiative dénoncent au contraire une télé d'Etat limitant les débats à ce que le pouvoir fédéral tolère.

Il est notable que la liberté de ton diffère entre la chaîne romande, dont la culture d'entreprise a intégré le conformisme suite aux purges politiques de 1971, et son homologue suisse-alémanique. Le traitement du vapotage en est assez révélateur. Alors que le service d'information de la télévision RTS a totalement black-outé la prise de position des addictologues, la SRF a consacré un numéro de son émission phare 10 vor 10 sur le sujet. Une opportunité est offerte à Infrarouge de corriger de manière pertinente cette lacune romande. La question est dans leur main...






mardi 26 décembre 2017

E-rauchen-forum.de (ERF) va fermer

Créé en 2007, e-rauchen-forum.de, le forum de vapoteurs de langue allemande va fermer sous peu. En une décennie, plus de 53'000 membres ont écrit près de 2,7 millions de messages sur le forum aussi appelé de son acronyme ERF. La fin de la plateforme d'entraide, d'information et d'échanges sur le vapotage est provoquée par l'état de santé de Kirsten, son administratrice. De nombreuses figures et groupes de défense de la vape germanique ont exprimé leur tristesse de la disparition de l'ERF et souhaitent le meilleur à sa fondatrice. La création d'un nouveau forum pour prendre la relève est en discussion.


jeudi 21 décembre 2017

Une initiative populaire pour interdire la publicité des produits du tabac sera lancée en février en Suisse

Tout le monde s'en doutait mais la télévision nationale, à la fois sur son canal romand et suisse-allemand, l'a annoncé en exclusivité hier soir. Un comité d'initiative visant l'interdiction de la publicité des produits du tabac en Suisse devrait lancer dés février la récolte des 100'000 signatures nécessaires pour être présentée au vote. Intitulée "enfants et jeunes sans publicité pour le tabac", l'initiative propose d'interdire au niveau national la publicité des produits du tabac par affichage, dans les publications, au cinéma, aux concerts et sur internet. Le doute plane sur les conséquences qu'elle pourrait avoir pour le vapotage.

Réplique à la LPTab

"Cette initiative est aussi une réponse politique au projet de loi tabac (LPTab)", commente Loïs Siggen Lopez de la RTS. Suite aux demandes du parlement d'exclure plusieurs restrictions, le nouveau texte interdit les publicités dans les journaux gratuits mais pas l'affichage ni les spots au cinéma. Trop laxiste pour les organisations politiques et de santé qui lancent l'initiative. "Il faut éviter que les jeunes tombent dans ce piège [du tabagisme]. Et c'est la publicité qui les met dans le piège et donc il faut l'interdire", explique Hans Stöckli, Conseiller aux Etats socialiste et membre du comité d'initiative. 

Egalement président de l'Alliance pour la santé en Suisse, Hans Stöckli insiste sur l'importance d'interdire la pub sur les réseaux sociaux et sur les lieux de vente. D'autre part, avec le texte de l'avant-projet de loi tabac (LPTab), la Suisse ne satisferait pas aux standard de la Convention cadre anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ne serait pas en mesure de la ratifier. Pour le monde de la vape Suisse, l'assimilation aux produits du tabac prévue par l'avant-projet LPTab conjuguée à cette initiative, dont le texte précis n'a pas encore été dévoilé, laisse planer le doute sur de possibles conséquences

La promotion de la réduction des méfaits interdite ?

En l'état du texte d'avant-projet de loi, tout porte à croire que le vapotage subirait les mêmes interdictions que le tabac sur le sujet. Cela pourrait condamner toute promotion de la réduction des méfaits à l'aide du vapotage, tel qu'exigé par Macé Schuurmans. La question est d'autant plus sensible en regard de l'importance des réseaux sociaux pour les groupes d'entraide à l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, la diffusion d'information sur la réduction des méfaits, les vidéos tutorielles sur les produits de vapotage, voire les sites de vente en ligne et d'éventuelles campagnes de promotion de réduction des méfaits... 

Tout ceci pourrait se retrouver assimilé à des promotions de produits du tabac. Pour le moment ces questions restent floues. Une distinction nette entre vapotage et tabagisme telle que réclamée par les professionnels des addictions, les défenseurs de la réduction des méfaits et l'association des usagers Helvetic Vape lèverait toute ambiguïté et éviterait évidemment ce problème. 


Actuellement en Suisse, la publicité pour le tabac est interdite sur la télé et la radio, ainsi que par voie d'affichage dans une large majorité des cantons, sans beaucoup d'effets sur le niveau de tabagisme

mercredi 18 octobre 2017

Meurtre de Daphné Caruana Galizia: le silence avant l'explosion

Lundi soir, quelques centaines de mètres après être sortie de sa maison du nord de l'île de Malte, sa voiture a explosé. Une double détonation d'après un témoin. Daphné Caruana Galizia, blogueuse infatigable se revendiquant journaliste indépendante, est décédée sur le coup. Son corps dispersé en morceaux aux alentours de la carcasse calcinée de son véhicule. Les médias européens, les autorités maltaises et même la Commission Européenne déplorent son assassinat et se répandent en éloges posthumes. Pourtant, de son vivant le traitement était sensiblement différent. Parmi toutes les affaires de petits et plus gros arrangements que la journaliste a révélé, l'une d'elle avait attiré mon attention à l'été 2016. Je m'attendais à ce que les grands médias européens mobilisent leurs moyens d'investigation sur l'affaire. Rien, jamais rien. Aucune suite.

Philip Morris, Malte et la TPD

"Alfred Mifsud, le vice-gouverneur de la Banque centrale [de Malte] dont il est prévu qu'il soit nommé Gouverneur ce 1er juillet, a été salarié de Philip Morris en 2011 et 2012, chargé de "négociations en coulisses" avec John Dalli, alors responsable de l'élaboration de la directive européenne sur le tabac (TPD), et qui a été un proche d'Alfred Mifsud". Le 11 juin 2016, Daphné Caruana Galizia publie sur son blog Running Commentary ces révélations sur un salaire mensuel de 2'750€ (et non 3'000€ comme publié dans un premier temps) reçu par l'influent Alfred Mifsud, agrémenté de voyages, invitations en loge VIP à des matchs de Ligue des champions, et autres cadeaux en nature. 

En réaction, le vice-gouverneur ne conteste pas cette rémunération et précise même que le contrat n'a jamais été rompu avec la firme cigarettière. Mais qu'il n'aurait pas été reconduit après 18 mois. Il affirme avoir été embauché au titre de "consultant" par Philip Morris. Alfred Mifsud nie par contre avoir influencé John Dalli, alors Commissaire européen à la santé, forcé à la démission en octobre 2012 par José-Manuel Barroso, le président de la Commission Européenne (EC). La presse locale réceptionne l'affaire en ironisant un peu sur le caractère de la blogueuse et l'absence de source vérifiable à ses affirmations. John Dalli de son côté réagit plutôt violemment en accusant Daphné Caruana Galizia d'être une "terroriste".

Sa source, Daphné Caruana Galizia l'avait protégé. Devant le déni médiatique, elle va d'elle-même sortir de l'ombre. Il s'agit d'Anna Zelbst, compagne durant 24 ans d'Alfred Mifsud avec qui elle a eu deux enfants. Le couple non marié s'est séparé quelques mois auparavant. Anna Zelbst dit être prise de remords d'avoir épaulé cet homme qu'elle accuse aussi d'avoir reçu des commissions occultes lorsqu'il était à la tête de la Mid Med Bank en 1998. De son côté, Alfred Mifsud accuse son ex- de le salir par vengeance et de broder sur des faits sans importance

Silences

En juin 2016, seul Euractiv rapporte l'affaire au niveau européen. Le Monde, qui aujourd'hui capitalise sur le cadavre encore chaud de Daphné Caruana Galizia en précisant en Une que son fils travaille indirectement pour le journal, ne dit alors pas un mot de l'affaire. Comme le reste de la presse mainstream d'ailleurs. Naïvement j'en avais été surpris, espérant que peut-être des investigations plus profondes sur le rôle de Malte et d'autres protagonistes dans l'élaboration de la directive sur les produits du tabac (TPD) sortiraient. Mais rien. Le story telling des médias officiels sur cette directive a été scellé. Une belle victoire de la lutte anti-tabac nous a t-on assuré de toutes parts. 

En décembre 2013, plusieurs médias français répétaient même, comme une évidence, que le forcing pour signer la directive sous la présidence de la Lituanie visait à sauvegarder les intérêts de la lutte anti-tabac. Sic! La Lituanie est l'exemple consacré par les économistes néo-libéraux de la "renaissance" d'une nation sous l'égide des investissements de Philip Morris dés 1993. Investissements qui se sont poursuivis jusqu'à présent. La dernière pluie de dollars sur Klaipeda a d'ailleurs suivi de peu la signature de la TPD et la nomination de Vytenis Andriukaitis pour succéder au maltais Tonio Borg au poste de Commissaire européen à la santé.

Abstinence et dealers

Tonio Borg, un autre personnage clef de l'élaboration de la TPD, a aussi été largement laissé dans l'ombre par la presse européenne. Il a succédé à John Dalli en novembre 2012 au poste de Commissaire européen à la santé. Le militant d'ultra-droite est un opposant acharné à toute forme de réduction des méfaits. Seule l'abstinence est vertu à ses yeux. "Nous ne protégeons que ceux qui méritent protection", martèle Tonio Borg. Militant anti-avortement, toujours illégal à Malte, opposé au divorce, finalement légalisé en 2011, et ayant fait couper des aides aux organismes distribuant des préservatifs, il est devenu l'ami de l'eurodéputé socialiste Gilles Pargneaux. Les deux hommes sont venus à Berne en mai 2016, à l'invitation de l'Alliance anti-tabac, expliquer les mérites de la TPD européenne et inviter la Suisse à reproduire cette législation.

Point commun à tous ces hommes: leur farouche opposition au vapotage, ce moyen de réduction des méfaits impulsé par les usagers eux-mêmes. Y compris John Dalli, dont l'a priori sur le vapotage révélé au détour d'une séquence d'un récent reportage danois diffusé sur la BBC est ahurissant de méconnaissance. Une chape de plomb a recouvert dans les médias l'enjeu majeur de l'assimilation du vapotage dans la directive. [ajout, d'un élément oublié au fil de l'écriture ;)] Même le reportage de Cash Investigation d'Elise Lucet en novembre 2015, nous a vendu le sourire béat de José Bové comme garant de ce joli combat contre le tabac, lavant John Dalli de tout soupçon sans aucun fait probant. [/ajout off]

Pourtant du coté des élus européens qui avaient discuté avec des associations d'usagers, le sentiment était très différent. "Le parlement a voté pour que le vapotage soit peu réglementé en attendant de connaitre la forme de réglementation la plus appropriée. Mais des eurodéputés et les fonctionnaires de la Commission ont fait passer en douce toute une série de mesures administratives alambiquées dans les coulisses des négociations. Sans même avoir abordé la question avec les usagers ou d'autres élus", réagissait alors à chaud Martin Callanan, eurodéputé britannique Conservateur, à Euractiv.

Pharma et tabac

Rebecca Taylor, aussi eurodéputé britannique à cette époque mais d'un autre bord politique, souligne, dans le documentaire Beyond the cloud, que les lobbyistes du tabac se réjouissaient de la version finale de la TPD. Dans la même veine, l'eurodéputé belge Frédérique Ries ajoute que le puissant lobby pharmaceutique aussi a pesé de tout son lourd poids sur la directive. "J'ai eu des preuves d'échanges de mails entre la Commission et GSK, gros fabriquant de produits de sevrage, qui lui soumettait des propositions de texte. Il est certain que la Commission a sans été en contact avec les lobbys pharmaceutiques dans la rédaction de cette partie de la directive sur le vapotage", explique t-elle en septembre dernier dans un interview à Ciné Télé Revue à l'occasion d'un documentaire sur le vapotage de la RTBF. 

Il y avait donc de quoi pour les journalistes de se poser des questions et essayer de voir un peu plus loin que le bout de sa cigarette sur l'enjeu du vapotage et de son avenir. Mais cela ne collait pas au story telling d'une bonne directive européenne obtenue en dépit des méchants cigarettiers. Seule Vox Pop, l'émission d'Arte tournée vers les citoyens, osera thématiser le sujet en mars 2016. Tout comme les sombres affaires de la SICPA, la firme vaudoise à qui la Commission Européenne veut à présent livrer le marché du tracking des produits du tabac, ne colle pas avec le manichéisme des méchants cigarettiers contre les gentils anti-tabac. Les Malta Files de Mediapart en ont fait les frais en restant ignorés du reste de la presse.

Nombril et cadavre

Quelques jours avant le meurtre de Daphné Caruana Galizia, et sans aucun lien avec l'affaire, j'ai vu passé un tweet d'une journaliste d'information de la Radio Télévision Suisse (RTS) se gaussant de "ces blogs que personne ne lit". La remarque est assez symptomatique du nombrilisme auto-satisfait régnant sur la chaîne lausannoise et dans le journalisme embedded de manière générale. Il aura donc fallu la mort de Daphné Caruana Galizia à 53 ans pour auréoler la journaliste blogueuse d'un intérêt que les publications mainstreams ne lui reconnaissaient pas de son vivant. Sa mort brutale n'est probablement pas liée aux révélations sur le lobbying de Philip Morris et à la directive européenne TPD. Par contre, le sujet des milliards de cigarettes et de médicaments vendus en écrasant un moyen de réduire les méfaits pour des millions d'usagers en Europe reste lui toujours dans le tombeau des médias...

"Looks like we can't have freedom of speech but we want Justice", "Il semble que nous ne puissions pas avoir la liberté d'expression mais nous voulons la justice". Lors d'une protestation hier à Malte.


samedi 22 juillet 2017

Malgré la traque du Gouvernement contre les groupes d'entraide sur internet, les belges fuient en masse le tabagisme à l'aide de la vape

Conseiller des fumeurs sur le matériel de vapotage pour les aider à arrêter de fumer est un délit selon le Ministère de la santé belge. Ainsi plusieurs groupes d'entraide autogérés sur internet se sont vus menacés de poursuites et d'amende s'ils ne stoppent pas immédiatement leur activité. "Le Service Publique Fédéral de la santé (SPF) m'a interdit de continuer cette page Facebook en me menaçant d'une amende", explique le dernier message de Dimi Crazy Damper Schuermans. "Je vais arrêter d'utiliser cette page Facebook pour le moment. Mais je n'abandonne pas. Ils ne nous forceront pas à retourner aux cigarettes pour remplir les caisses de leur Etat", précise le reviewer connu depuis 2012 de la communauté flamande. Après les traques contre les magasins de vapotage, que nous relations en mars dernier, les vapoteurs sur internet sont donc la nouvelle cible des services de Maggie de Block. 

"Ce groupe va fermer"


La même lettre de menace du SPF Santé a été envoyé à un groupe de troc et vente entre particuliers de produits de vape en Flandres. "Ce groupe va fermer dans quelques jours. Si vous avez des questions ou des problèmes, contactez-moi par message privé. Je vais toujours essayer d'aider du mieux possible. Grâce au vapotage, j'ai arrêté de fumer depuis trois ans et je ne recommencerais jamais les cigarettes", explique Nicky B., administrateur du groupe en question. Simple vapoteur, le chauffeur de camion n'a pas les moyens de s'opposer au glaive fédéral. Les vapoteuses à bas prix, les dons et les échanges entre usagers de la région disparaîtront sous peu de cette page facebook, sauf solution alternative de dernière minute.

Guy Vanhengel vapote

Pourtant, le vapotage continue de faire sortir en masse du tabagisme les fumeurs belges depuis que le Conseil d'Etat a invalidé la prohibition de vente des liquides nicotinés début 2016. Signe des temps, même un Ministre de la région bruxelloise s'y est mis. Hier, lors du défilé officiel de la fête nationale, Guy Vanhengel vapote ostensiblement dans la tribune Royale aux côtés de Charles Michel, le chef du Gouvernement fédéral, et d'autres VIP. Camarade de parti de l'Open VLD de la Ministre Maggie de Block, le libéral démocrate bruxellois osera t-il glisser quelques mots contre la chasse aux sorcières vapoteuses que le gouvernement fédéral orchestre depuis le début de l'année? Une question qui vaut quelques centaines de millions d'euros de taxes tabac évaporées des caisses de l'Etat belge.

Sortie en masse du tabagisme malgré l'Etat

Une qui n'a pas eu peur de dire quelques mots, c'est Véronique. "Grâce aux bonnes explications des professionnels de la vape et des vapoteurs, je suis à un an sans clope grâce à la vapote", explique cette ex-fumeuse de 49 ans. Courageux aussi, le site de Tabac Stop Belgique de publier son témoignage en dépit du Maccarthysme ambiant. "Dire que l'Europe et notre Ministre de la santé mettent des bâtons dans les roues [aux vapoteurs]. Inadmissible", tempête la choriste belge qui assure avoir retrouver son souffle avec plaisir et enthousiasme. Mais les prochaines "Véronique" pourront-elles encore bénéficier des conseils et de l'aide de la part de vapoteurs désormais muselés sous la menace des amendes du SPF Santé? De leur côté, les médias belges s'en tiennent au silence...