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mardi 8 mai 2018

[Bref] A Taïwan: le vapotage augmente, le tabagisme adolescent chute au plus bas

Le tabagisme adolescent est au plus bas à Taïwan, tandis que le vapotage progresse légèrement. La part de fumeurs chez les lycéens (15-18 ans) a chuté de 11,51% à 8,26% entre 2014 et 2017. Chez les élèves des junior high school (12-15 ans), ils sont 2,66% à fumer en 2017 contre 5% trois ans plus tôt. "Ces deux groupes ont atteints les niveaux les plus bas historiquement", précise une étude publiée dans Asia Pacific Journal of Public Health. Dans le même temps, les adolescents qui déclarent avoir vapoté au moins une fois dans le mois précédent l'enquête sont passés de 2,01% à 3,54%, constatent les chercheurs de la Taipei Medical University qui se sont appuyés sur les données de la Global Youth Tobacco Survey (GYTS)

Liquides nicotinés prohibés à la vente

La législation locale actuelle soumet les liquides de vapotage avec nicotine à la réglementation des médicaments, mais aucun produit n'a été homologué. Le vapotage nicotiné est en conséquence de fait un produit illégal à Taïwan. L'étude ne précise pas quel type de vapotage, avec ou sans nicotine, est utilisé par les personnes, jeunes ou âgés, déclarant vapoter. 

"À Taiwan, les politiques restrictives actuelles et les campagnes contre le vapotage ont pu prévenir leur prolifération, en particulier chez les adultes. L'usage du vapotage y est beaucoup plus répandu chez les jeunes que chez les adultes, dont le taux de tabagisme conventionnel est 3 à 5 fois plus élevé que chez les jeunes. Bien que la consommation de vapotage ait augmenté plus significativement chez les jeunes que chez les adultes, les données actuelles montrent peu d'indice d'une contribution à une renormalisation du tabagisme plus importante chez les jeunes", expliquent les chercheurs dirigés par le Pr Wayne Gao. Malgré ces données, ils répètent leur peur de renormalisation du tabagisme par le vapotage chez les jeunes.

Projet d'interdiction totale de l'usage de la vape

Reprenant l'appel de Jagdish Kaur, cadre indienne du bureau anti-tabac de l'OMS, à suivre l'exemple des dictatures Nord-Coréenne et Thaïlandaise, une proposition d'interdiction totale de la production, de la distribution, de la vente et de l'usage du vapotage à Taïwan a été faite au Législatif Yuan en décembre dernier. 

Malgré cette orientation anti-vape, la délégation taïwanaise avait été exfiltrée discrêtement du Sommet 'Tabac ou santé' au Cap (Afrique du Sud) organisé par l'affairiste milliardaire anti-réduction des risques Michael Bloomberg pour ne pas gêner ses discussions business avec la Chine à cette occasion, les deux pays étant passablement brouillés.

Appel à la répression des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage par l'OMS


vendredi 16 février 2018

Monitorage Suisse: le tabagisme des 15-25 ans augmente, avec 38% des jeunes romands fumeurs tandis que le vapotage reste anecdotique

En Romandie, 38,1% des jeunes de 15 à 25 ans sont fumeurs, selon le rapport du monitorage suisse des addictions consacré à cette question publié en janvier. A l'échelle nationale, la prévalence tabagique de cette tranche d'âge aurait augmenté, passant de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. En moyenne, les plus de 3'000 jeunes questionnés par téléphone déclarent fumer 13,3 cigarettes par jour. Comme tout sondage, cette enquête comporte les biais liés à ce type d'approche, ces chiffres sont justes des chiffres, pas forcément des chiffres justes. Bien que la moitié des jeunes fumeurs déclarent lors de l'enquête souhaiter arrêter de fumer, le vapotage n'a pas pu contrer la progression du tabagisme des jeunes suisses. Les moins de 25 ans sont nombreux à expérimenter le vapotage, mais "toutefois, peu d’entre eux l’utilisent régulièrement", explique la fondation Addiction Suisse, mandatée par la confédération pour ce monitorage. 

Plus de 32% des 15-24 ans ont essayé le vapotage au moins une fois dans leur vie, mais aucun jeune de 15-19 ans et seuls 0,2% des 20-24 ans déclarent en faire usage au quotidien. Le rapport spécial sur le vapotage du monitorage, daté d'août dernier, montre que dans l'ensemble un peu plus de 2% des jeunes  vapotent occasionnellement. Rappelons qu'en Suisse, la vente de liquide avec nicotine est interdite (même aux majeurs). La progression du tabagisme des jeunes suisses se démarque nettement de la chute constatée dans les pays respectant le droit humain à l'accès aux moyens de réduction des méfaits. 

Jeunes fumeurs en hausse en Suisse, en chute au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les statistiques montrent que dans la période 2010 à 2016, le tabagisme des 18-24 ans a chuté de 7 points, passant de 26% à 19%. Un quart de fumeurs britanniques de cette tranche d'âge en moins. La même tendance se dessine aux Etats-Unis où le tabagisme adolescent atteint le niveau historiquement le plus bas jamais enregistré. De 15,8% en 2011, le tabagisme a chuté à 9,3% chez les 17-18 ans américains en 2016. Lorsqu'en Suisse, le tabagisme des 15-24 ans a progressé de 2 points, de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. Les auteurs du rapport supposent qu'un décalage s'opère ces dernières années repoussant l'âge d'entrée dans le tabagisme. En regardant les données, les indicateurs paraissent assez fluctuants d'une année sur l'autre et cette hypothèse me semble demander confirmation.

Augmentation de l'usage du tabac à rouler

A défaut d'utiliser le vapotage pour éviter le tabagisme, les jeunes suisses se tournent de plus en plus vers le tabac à rouler. La part de fumeurs quotidiens utilisant exclusivement du tabac à rouler a atteint 13% en 2016, contre 7,8% en 2012. A leurs côtés, 23,2% d'usagers combinent tabac à rouler et cigarettes. La pression économique, même si le prix des cigarettes n'a pas augmenté récemment, est probablement une raison de cet usage du tabac à rouler bien moins onéreux.

En creux se dessine aussi l'effet pervers du contenu des campagnes de prévention actuelles chez les adolescents. Ces dernières années, elles se sont axées essentiellement à répandre la peur et faire l'amalgame du vapotage au tabagisme, dans une négation de toute approche de réduction des risques. Sans surprise, ce travail de brouillage d'information sur les risques relatifs provoque une promotion indirecte des produits les plus nocifs  et accompagne les jeunes vers le tabac à rouler plutôt que le vapotage. La Ligue Pulmonaire suisse avait fait un communiqué de triomphe indécent de cynisme à l'annonce de la bonne tenue du tabagisme face au vapotage à l'été 2016, moment de cette enquête. Les chiffres sur cette génération de jeunes confirment les perspectives réjouissantes pour les ventes de médicaments de ses sponsors.

Dans les autres produits de tabac à fumer, les cigares, cigarillos et pipe sont d'utilisation très marginale chez les jeunes suisses. Concernant les produits de nicotine non fumés, 7,4% des jeunes de 15 à 25 ans déclarent en avoir utilisé, dont le tabac à priser au moins essayé par 5,4% d'entre eux. L'usage du snus - bien que sa version suédoise à nitrosamines réduites bien moins dangereuse soit encore interdite de vente en Suisse - a été essayé par 2,3% des jeunes, la chique par 0,4% et les gommes nicotinées par 0,1%.

Des jeunes objets ou sujets ?

Les jeunes ont du répondre à des questions d'ordre disciplinaire et comportementaux, sur la tolérance ou non de fumer au domicile ou au travail, sur le tabagisme des proches et des amis, etc. Les auteurs soulignent que 38% disent avoir reçu au moins un cadeau promotionnel en rapport avec le tabac. En détail, pour 83,1% d'entre eux ce sont des briquets ou des allumettes et 28,7% des cigarettes.

Hormis ces questions de comportements, aucune indication sociologique, y compris de statut de classe sociale, n'est présentée dans le rapport sur le tabagisme des 15-25 ans. Le profil social des jeunes fumeurs reste un mystère. Etant donné l'énorme fossé entre groupes sociaux défavorisés et ceux détenteurs de capitaux sociaux, culturels et financiers sur la question du tabagisme, cette lacune rend le rapport peu utile pour éclairer une politique de santé publique sur le sujet. A fortiori dans un pays pratiquant une sélection stricte tôt dans la formation entre futurs ouvriers, employés et cadres.

Par ailleurs, l'absence de thématisation d'appréciation subjective de qualité de vie, de sentiment de réalisation, pourtant à un âge critique sur les orientations, est un autre manque troublant. Alors qu'une enquête du Health Behavior in School-aged Children (HBSC), publiée d'ailleurs par Addiction Suisse en avril 2017, montre une corrélation entre stress scolaire et tabagisme chez les moins de 15 ans suisses. Le rapport sur les 15-24 ans esquisse des jeunes simples objets répondant aux stimuli réglementaires et publicitaires, ce point correspondant au soucis politique actuel d'Addiction Suisse engagé pour l'interdiction de la publicité des produits du tabac.

Politique d'autruches irresponsables

La question de la construction d'une culture de réduction des méfaits reste le grand tabou refoulé des organisations bureaucratiques du domaine en Suisse. Abandonnant de facto les jeunes à eux-mêmes derrière l'excuse de l'interdit, posture d'autruche irresponsable élevée au rang de dogme de politique de santé. Aux acteurs de terrain de prendre en charge, dix ou vingt ans plus tard les victimes de cet enfumage au monoxyde de carbone.


mardi 15 septembre 2015

#NZZ : la passerelle vers la bêtise [MàJ]

Avez-vous déjà bu ne serait-ce qu'une gorgée de bière ? Si vous répondez oui, alors la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) risque de vous déclarer alcoolique. Mais si en plus, vous avez déjà auparavant bu du soda, alors le quotidien zurichois pourrait bien aussi demander l'interdiction des sodas aux mineurs en raison de « l'effet passerelle » vers l'alcool de ceux-ci. Du moins, c'est ce que s'est permis de faire à propos de la vape, au lobbying moins stressant que Coca, la NZZ sous la plume de Stephanie Lahrtz dans son édition du 12 septembre dernier. En effet, celle-ci écrit la « e-cigarette est une passerelle vers le tabagisme des adolescents », « (...) des études montrent qu'ils sont nombreux a commencer ainsi une carrière tabagique ». 

Une innombrable foule de six jeunes 

Quelles études ? La NZZ se base sur deux études récemment publiées dans le même Journal of the American Medical Association (JAMA). La première a été menée à Los Angeles sous la direction du Pr Adam Leventhal. 2500 écoliers de 14 ans ont été interrogé sur leurs rapports à la vape et au tabac à un an d'écart. Le journal suisse relate « qu'après un an, un quart des consommateurs de e-cigarette à l'origine se sont mis à fumer, mais seulement un sur dix des ex-non-fumeurs ». Pour la journaliste suisse-allemande, ce constat est confirmé par la publication de la seconde étude menée à Pittsburgh par le Pr Brian Primack. Celle-ci montrerait « que 37,5% des consommateurs de e-cigarettes sont devenus fumeurs, contre moins de 10% des anciens non-fumeurs ». 

La journaliste remarque tout de même que la cohorte de départ ne présente que 16 utilisateurs de e-cigarettes sur les 700 jeunes de 16 à 26 ans interrogés. « Néanmoins, les résultats sont statistiquement significatifs », conclut-elle sans autre forme de procès. 37,5 % de 16 jeunes, cela fait 6 concernés sur 700. De quoi faire un buzz : « de nombreux jeunes commencent une carrière tabagique ». Six, nombreux... le zürcherdeutsch a ses mesures que la raison ignore. 

Ce que cache la NZZ à ses lecteurs 

Mais le principal est occulté dans l'article de Stephanie Lahrtz. Les deux études ont les mêmes problèmes méthodologiques. Non seulement le nombre de jeunes touchés par le « fléau » n'est pas suffisant pour être sérieusement qualifié de « statistiquement significatif ». Mais surtout les questions posées par les chercheurs ne permettent pas de catégoriser les jeunes comme elle le fait.

mercredi 12 août 2015

Essayer la vape, ce n'est pas forcément l'adopter

Dans le numéro d'Août 2015 de Nicotine & Tobacco Research, les Pr. Linda Bauld, Anne Marie MacKintosh, Allison Ford et Ann McNeill publient une revue d'études sur les usages de la vape chez les jeunes britanniques. En analysant les publications scientifiques internationales sur la question (24 enquêtes recensées), elles ont constaté que la plupart ne distinguent jamais l'expérimentation de la vape de son usage régulier par les adolescents. Seules des études britanniques, dont quatre conduites sur douze mois entre 2013 et 2014, font cette distinction pour les jeunes fumeurs et non-fumeurs.

Ce graphique présente les données des quatre études.


De 8 %, en Grande-Bretagne, à 12 %, au Royaume-Uni, des jeunes britanniques ont essayé la vape. Les auteures remarquent qu'aucune étude (ni les 20 autres études recensées) n'a pensé à demander si les jeunes utilisent des liquides avec ou sans nicotine. Ce qui a plus que son importance dans la perspective d'une éventuelle addiction par la vape, à laquelle croient les tenants de la théorie de la passerelle.