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lundi 14 mai 2018

Le vapotage nicotiné est officiellement légalisé en Nouvelle-Zélande

Après la Suisse, c'est au tour de la Nouvelle-Zélande d'être libérée de la prohibition. Un communiqué officiel ce 9 mai du gouvernement néo-zélandais annonce la légalisation de la vente des produits de vapotage avec nicotine, ainsi que du snus (sachet de tabac à nitrosamines réduites) et des produits de tabac chauffé. Le traitement de ce dernier produit était en litige devant la Cour qui a rendu un verdict en faveur du cigarettier Philip Morris. C'était le dernier détail à régler pour que le Ministère prépare la modification du texte de loi concerné (SFEA). En pratique, la vente de liquides nicotinés était déjà tolérée depuis l'annonce de leur légalisation imminente par la Ministre déléguée Nicky Wagner l'an passé. 

Le ministère de la Santé explique à présent étudier la meilleure façon d'appliquer une réglementation proportionnée selon le niveau de risque pour tous les produits nicotinés, comprenant le tabac fumé, le tabac sans fumée et les produits de vapotage. "L'interdiction de fumer dans les lieux de travail intérieurs, les centres de la petite enfance et les écoles s'applique uniquement au tabagisme. Elle ne s'applique pas au vapotage ou aux produits qui ne sont pas fumés", précise le communiqué du site gouvernemental. 

La légalisation du vapotage était attendue de longue date par les défenseurs de la réduction des risques. Un demi-million de néo-zélandais fument et 5'000 en meurent chaque année, selon les estimations officielles. L'objectif annoncé de "SmokeFree 2025" est de ramener le taux de tabagisme de 15% actuellement à moins de 5% d'ici 2025. Le tabagisme frappe particulièrement les groupes sociaux défavorisés, notamment les femmes maoris fumeuses pour 42% d'entre elles. 

Sur la chaîne TVNZ, Andrew Slater, dirigeant de Quitline, explique que le vapotage aide à arrêter de fumer:


samedi 12 mai 2018

Etude DEBRA: la vape reste le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé en Allemagne malgré la TPD

Près d'une tentative d'arrêt tabagique sur dix se fait à l'aide de la vape en Allemagne. Hors les tentatives sans aucune aide (58,7%), le vapotage est le moyen le plus employé par les fumeurs allemands pour se sortir du tabagisme devant les substituts nicotiniques (6%). C'est un des résultats du suivi DEBRA, institué depuis 2016 en suivant l'exemple anglais, publiés par Deutscher Aerzteblatt, la revue médicale allemande. L'étude menée par le Pr Daniel Kotz, de l'Université de Dusseldorf, s'appuie sur six sondages entre juin 2016 et mai 2017 totalisant plus de 12'200 répondants âgés d'au moins 14 ans. 

Plus de 28% de fumeurs, moins de 2% de vapoteurs

Ce monitorage évalue la prévalence tabagique à 28,3% chez les plus de 14 ans, avec une consommation moyenne de 14 cigarettes par jour. Les fumeurs sont 32% des hommes et 25% des femmes, tandis que 11,9% des 14-18 ans fument. Les plus défavorisés socialement sont plus nombreux à consommer des cigarettes. "Le diplôme et le revenu net des ménages montrent tous deux une relation linéaire: plus le certificat de fin d'études et le revenu sont bas, plus la proportion relative de personnes qui fument est élevée", expliquent les chercheurs. 
Caractéristiques sociologiques vapoteurs, ex-vapoteurs et jamais vapoteurs

Concernant la vapote, 1,9% de la population l'utilise actuellement, 2,6% des hommes et 1,3% des femmes. Parmi les vapoteurs actuels, 14% déclarent être ex-fumeurs. Tandis que 15,2% de ceux qui ont utilisé puis cessé la vapote avaient aussi arrêté de fumer. "La consommation parmi les personnes n'ayant jamais fumé de tabac est très faible (0,3%)", précise l'étude. Près d'un dixième de la population adulte a essayé de vapoter dans l'année ainsi que 14,6% des 14-18 ans, mais seuls 2,9% des 14-18 ans l'utilisaient encore au moment du questionnaire.

Un effet TPD en faveur du tabagisme ?

La prévalence du vapotage a augmenté de façon continue lors des cinq premières vagues du suivi (tous les 2 mois de 0,2% à 0,5%). Mais entre février 2017 et la sixième vague en mai, ce taux a chuté de 2,6% à 1,9%. "En mai 2017, la nouvelle directive de l'UE sur les produits du tabac (TPD) est entrée en vigueur après une période de transition d'un an, pour réglementer entre autres le vapotage plus fortement. Il y a peut-être un lien ici: la nouvelle législation a peut-être réduit le nombre de fumeurs de cigarettes consommant des produits de vape et, par conséquent, moins de gens ont cessé de fumer", soulignent les auteurs.
DEBRA juin 2016-mai 2017

Plaisir et arrêt du tabac


72% des vapoteurs allemands utilisent des liquides nicotinés, à une concentration moyenne de 6,5 mg/ml et en consommant en moyenne 3 ml par jour. Les 28% restant vapotent sans nicotine. Les différentes raisons invoquées par les utilisateurs de vape sont le plaisir (31,8%), en particulier celui lié aux saveurs (35,9%), le moindre coût que les cigarettes (31,9%), l'impact positif pour leur santé (31,4%), la moindre gêne pour leur entourage que les cigarettes (29,7%), ainsi que la réduction (33,5%) ou l'arrêt total du tabagisme (27,5%).

La vape aide autogérée pour l'arrêt tabagique

Concernant les arrêt tabagiques, 28,1% des fumeurs déclarent avoir tenté au moins une fois d'arrêter dans l'année écoulée. Le moyen le plus utilisé par ceux qui ont utilisé une aide est donc le vapotage dans 9,1% des cas, dont environ la moitié déclare l'utiliser sans nicotine. En comparaison, plus de 35% des tentatives d'arrêter de fumer se font à l'aide du vapotage en Angleterre, et seulement environ 5% en Suisse

En Allemagne, selon le suivi DEBRA, seules 12,5% des tentatives se sont faites avec au moins une des aides recommandées officiellement par les autorités sanitaires, telles que les substituts nicotiniques, les médicaments, les consultations médicales ou les thérapies cognitivo-comportementales. Les auteurs promettent de mener des études plus poussées sur l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer lors de prochaines enquête du programme DEBRA.

Autres tableaux :


dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

dimanche 18 février 2018

[Ristrett'] Nouvelle position de l'American Cancer Society: reconnaissance du vapotage comme réduction des méfaits

C'est encore loin d'un soutien à une approche conséquente de réduction des méfaits, mais l'inflexion est significative. La nouvelle position de l'American Cancer Society (ACS) sur le vapotage recommande aux cliniciens de soutenir toutes les tentatives d'arrêt de fumer, y compris celles s'aidant du vapotage. Cependant, l'ACS privilégie toujours les produits pharmaceutiques. "Certains fumeurs, malgré les conseils fermes du clinicien, n'essaieront pas d'arrêter de fumer et n'utiliseront pas les moyens de cessation approuvés par la FDA. Ces personnes devraient être encouragées à adopter la forme de produit du tabac la moins dangereuse possible. le passage à l'usage exclusif au vapotage est préférable à la poursuite de la fumigation des produits combustibles", explique le communiqué de l'organisation publié ce 16 février. Classée parmi les dix organismes de charité les plus populaires aux Etats-Unis. l'American Cancer Society, bien que critiquée pour ses liens avec l'industrie pharmaceutique et les salaires plus que confortables de ses dirigeants, est très influente.

Interdire et abandonner ou détourner et accompagner?

On notera évidemment que l'ACS maintient l'idée que le vapotage est un produit de tabac, alors qu'il n'en contient pas. Mais elle reconnait aussi le point sanitaire fondamental de l'absence de combustion contrairement aux cigarettes. Malgré cette avancée scientifique, l'ACS reste campée sur une position anxieuse sur le volet de la réglementation. "L'ACS recommande fortement que tous les efforts soient faits pour empêcher l'initiation des cigarettes électroniques par les jeunes", insiste l'ACS. Bien que le tabagisme adolescent américain soit en chute libre depuis l'essor du vapotage, et que celui-ci soit déjà interdit de vente aux mineurs depuis mi-2016. 

Expérimenté par un grand nombre de jeunes, mais pour les 3/4 d'entre eux sans nicotine et très rarement adopté à long terme, l'irruption du vapotage depuis 2011 a accéléré la baisse du tabagisme des jeunes américains. La notion de détourner (nudge) les jeunes de la cigarette dans leur tendance forte à expérimenter ne semble pas encore faire partie de la compréhension de l'organisme anti-cancer, encore empreint de la superstition de la "théorie de l'effet passerelle". On lira avec profit l'excellente explication de Claude Bamberger, président de l'Aiduce, dans son entretien avec Vap'You sur le sujet. Mais il n'est malheureusement probablement pas lu par les responsables de santé publique américains.

[add 17h30] Le tweet de Karl Snae sur les points positifs et les lacunes et/ou erreurs de la position de l'ACS - ma traduction:
" ACS: passer au vapotage exclusif est préférable à continuer de fumer
Les faits:
a) fumer est la plus grande cause de cancer
b) cela tue 7 millions de personnes par an dans le monde
c) 98% des morts du tabagisme aux USA le sont à cause de la cigarette
d) il faudrait déterminer les risques absolus et relatifs de chaque produit et...
e) en informer aussi le public et...
f) suivre les effets à long-terme
Mais... les autres faits:
1) l'addiction aux cigarettes ne provient pas de la nicotine seule
2) la vape n'est PAS un produit du tabac
3) le double usage est une situation temporaire et accroît le taux d'arrêt
4) la vape n'amène PAS à fumer, au contraire elle en fait SORTIR
5) la FDA ne devrait pas réguler les produits de tabac et le vapotage de la même façon
6) réduire la nicotine est plus susceptible d’accroître les méfaits qu'une solution viable car...
7) les méfaits ne sont pas causés par la nicotine mais par la fumée "


mercredi 10 janvier 2018

La Tunisie sous le monopole du tabac: la colère face à la répression des vapoteurs

"L'Etat veut conserver ses fumeurs. C'est la raison pour laquelle il interdit la commercialisation libre du vapotage". En Tunisie, la vente de produits de vape est soumise au monopole de la Régie Nationale des Tabacs et Allumettes (RNTA) depuis un arrêté ministériel de mai 2014. Une situation contestée par une nouvelle pétition en ligne lancée il y a quelques jours par l'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF). Et pour cause. Ce monopole est synonyme de pénurie organisée. "La RTNA a le monopole mais ne fait aucun effort pour satisfaire les besoins des vapoteures. Que ce soit pour les liquides ou le matériel", explique notre témoin tunisien Ryad Bahri, qui a arrêté de fumer après 15 ans de tabagisme à l'aide du vapotage depuis juin. Effet classique face aux situations de quasi-prohibition, des ventes hors du monopole se sont multipliées pour répondre à la demande croissante pour le moyen de sortir du tabagisme. Fin novembre, les douanes tunisiennes sont passées à l'offensive. 

Série de rafles fin novembre

Elles ont multiplié les rafles dans les boutiques et saisi le matériel. "Tout comme House of Vapes, d’autres boutiques ont reçu la visite des douaniers et ont dû baisser rideau pour les mêmes raisons, à savoir l’absence de factures", explique le site d'info tunisien Webdo le 29 novembre. L'absence de facture découle du refus des autorités de délivrer des autorisations de vente aux magasins de vapotage. Cercle pervers, les commerçants sont contraints par le monopole de la RTNA à une forme de marché gris, que les douanes viennent ensuite réprimer. 

Coïncidence ou non, les descentes se déroulent quelques jours avant un sommet les 6 et 7 décembre à Tunis du bureau anti-tabac (FCTC) de l'organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans un pays où le tabagisme galope aussi allègrement que les vendeurs de cigarettes du marché noir, la date des rafles anti-vapes ressemblent à s'y méprendre à une sorte d'opération de comm' des autorités pour donner le change à la jet-set de l'OMS. Phénomène récurrent, de la Thaïlande à la Corée du Nord, de la Turquie à Singapore, etc., là où l'OMS passe, les vapoteurs sont poussés à reprendre le tabagisme par les autorités locales.

Tabagisme galopant sous l'emprise du monopole

Pourtant les tunisiens n'ont pas besoin de ces coups de poignard contre le vapotage. Selon les statistiques officielles, 45% des hommes adultes et 3% des femmes fument. Chiffre effrayant de la même enquête de 2016, 20% des jeunes dés 11 ans, des deux genres confondus, seraient déjà fumeurs. Un tabagisme mis à profit par la RTNA, entreprise publique sous la tutelle du Ministère des finances comme l'explique son site. L'entreprise n'a évidemment aucun intérêt à aider les fumeurs à s'en sortir avec le vapotage. Malgré tout, la vape s'est développée comme dans de nombreux pays.

Pour le droit de choisir d'arrêter de fumer

L'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF), créée il y a une année, évalue à plus de 20'000 le nombre de vapoteurs tunisiens. Pour les défenseurs du moyen à méfaits réduits pour sortir du tabagisme, les actions des douanes contre les magasins de vape risquent de repousser des milliers de vapoteurs dans la cigarette. L'association presse, dans une pétition en arabe, le Gouvernement de légaliser le commerce indépendant du vapotage pour offrir "le droit de choisir cette alternative à l'efficacité évidente pour cesser de fumer"

Signe que le vapotage marchait plutôt bien en Tunisie, le site d'info Webdo faisait état d'une trentaine de boutiques de vapotage pour la seule ville de Tunis avant la vague de répression. Mais celle-ci a littéralement asséché les vapoteurs. "Actuellement, la communauté des vapoteures est pour ainsi dire à sec. Il n'y a plus de produit disponible", nous explique notre témoin Ryad Bahri.

Mise au sec des vapoteurs

Au delà de la question du vapotage, la Tunisie vit actuellement un climat social très houleux. RFI rapporte que la population manifeste en masse contre la vie chère, provoquée par des hausses de taxes, l'absence de transparence des dirigeants et de l'administration, coupables pour beaucoup d'une gestion dépassée et inefficace. Depuis plusieurs semaines, le ton monte dans les rues tunisiennes. L'inflation grimpe et le dinar s'est effondré ne valant plus que 34 cts d'euro.

Une situation économique sociale et économique qui rejaillit aussi sur le vapotage. "Avec le taux de change, c'est vraiment cher de commander à l'étranger. Pour avoir un rabais, il faudrait commander groupé mais les douanes saisissent les gros colis. De plus, il faut une carte bancaire internationale, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de gens", témoigne Ryad. En l'état, bien difficile pour les vapoteurs de le rester et a fortiori pour les fumeurs de s'en aider pour lâcher les cigarettes. Reflet d'un pays à la dérive, la politique contre le vapotage semble trahir le soucis de protéger des intérêts bien éloignés de celui de la santé publique et de l'intérêt commun. Espérons que les dirigeants tunisiens reviennent à plus de raison et de bienveillance.


jeudi 4 janvier 2018

[Ristrett'] En Irlande, 37% des ex-fumeurs récents ont utilisé la vape

"Il y a plus d'ex-fumeurs que de fumeurs en Irlande". Selon le Journal, plus d'un million d'irlandais ont cessé de fumer. Cependant, 18% de la population des plus de 15 ans fument encore au quotidien et 4% de manière occasionnelle. Cela fait encore 830'000 fumeurs irlandais. "Une personne sur huit (12%) qui fumait il y a un an a depuis arrêté", explique le Journal en s'appuyant sur des données communiquées par le Health Service Executive (HSE). Parmi ces "quitters", 37% ont utilisé le vapotage pour réussir leur arrêt tabagique, tandis que 45% y sont arrivés à la seule force de leur volonté. L'usage du vapotage pour arrêter de fumer est en progression constante ces dernières années en Irlande, accompagnant la chute du tabagisme. Pourtant les autorités sanitaires ne l'ont pas encore intégré aux aides à l'arrêt tabagique préconisées officiellement.



lundi 1 janvier 2018

"Les preuves s'accumulent: vapoter est définitivement plus sûr que fumer" assure la Pr Linda Bauld

Le grand public francophone doit espérer de meilleures années pour bénéficier d'un tel éclairage. Au seuil de la nouvelle année et des bonnes résolutions qui l'accompagnent, le Guardian publie un article d'information de santé publique de première importance.  Le texte de la Pr Linda Bauld fait le point sur les avancées en 2017 des connaissances sur le vapotage et sa réduction des méfaits pour sortir du tabagisme. Professeure de politique de santé à l'Université de Stirling, directrice adjointe du Centre d'études sur le tabac et l'alcool britannique et titulaire d'une chaire au Cancer Research britannique (CRUK), Linda Bauld est une des bêtes noires de l'industrie du tabac depuis de longues années. Son article s'inquiète de l'écart toujours plus grand entre la réalité des connaissances scientifiques sur le vapotage et la désinformation sensationnaliste des médias protégeant de facto le tabagisme.

L'industrie du doute

Faits divers montés en épingle, comme les rares accidents liés aux batteries, fantasme infondé d'épidémie tabagique chez les jeunes, pseudo-science faisant brûler des vapoteuses pour mesurer d'irréalistes dégagements toxiques, voire diffusion de mensonges caractérisés par des sites complotistes fantasmant l'apparition de maladies inexistantes... Le bombardement soutenu de désinformations anxiogènes pour convaincre les fumeurs de rester aux cigarettes est quotidien. Pourtant la réalité est à l'opposé de cette représentation médiatique. "Au cours de la dernière année, plus que toute autre, la preuve que l'utilisation du vapotage est beaucoup plus sûre que de fumer n'a cessé de s'accumuler", explique la Pr Linda Bauld, donnant des exemples d'études significatives de l'année écoulée.

Evénement rarissime en France en 2017, une explication claire de la réduction des méfaits par la tabacologue Marion Adler dans une émission télé:


Une réduction des méfaits similaire aux substituts nicotiniques

La première étude de l'usage à long terme du vapotage montre que les niveaux d'exposition de toxiques chez les vapoteurs et les utilisateurs de substituts nicotiniques pharmaceutiques (gommes, patchs...) sont équivalents. "Financée par le Cancer Research UK, l'étude a trouvé de grandes réductions de carcinogènes et d'autres composés toxiques chez les vapoteurs par rapport aux fumeurs, mais seulement si l'utilisateur arrête complètement de fumer", précise la scientifique. Un autre rapport s'appuyant sur les données existantes évalue le risque cancérigène de vapoter à moins de 1% de celui de fumer, rappelle t-elle aussi. [Plus précisément, le calcul de ce rapport en l'état des connaissances actuelles aboutit à un risque de 0,4%, soit 250 fois moins de risque en vapotant qu'en fumant - voir notre recension du rapport]. 


Les données du suivi sur la réduction des toxiques liée à l'utilisation du vapotage (EC) en comparaison avec les cigarettes et les substituts nicotiniques (NRT) ainsi que les doubles utilisations 
Ces résultats n'ont rien d'inattendu en regard de la rupture technique apportée par le vapotage. "En retirant le tabac et la combustion, il n'est guère surprenant que le risque est réduit. Cela ne signifie pas que le vapotage soit totalement inoffensif. Mais cela signifie que nous pouvons être relativement confiants que le passage du tabagisme au vapotage aura des avantages pour la santé", souligne Linda Bauld. Etant entendu que rien n'est totalement inoffensif, la précaution semble surtout de langage. 

Ces éléments scientifiques ont amené plusieurs organisations de santé à rejoindre le consensus en faveur de la réduction des méfaits avec la vape, notamment le Royal College of General Practitioners, la British Medical Association ainsi que les organisations écossaises regroupées dans le Health Scotland. Stoptober, la campagne annuelle anglaise pour soutenir les fumeurs à s'en sortir, a pleinement intégré cette année le vapotage à ces outils d'aide.

La Nouvelle-Zélande vers la réduction des méfaits

Hors du Royaume-Uni, l'intégration du pilier de la réduction des méfaits avec le vapotage propulse la Nouvelle-Zélande à la pointe des politiques de santé publique concernant le tabagisme. Le cas néo-zélandais est particulièrement frappant puisque ce pays suivait une politique puritaine unidimensionnelle jusque-là. Or, c'est bien l'impasse et les effets contre-productifs de ce paradigme, notamment contre les groupes sociaux défavorisés, qui l'ont amené à embrasser cette nouvelle approche. On a envie d'ajouter aux exemples présentés par Linda Bauld, la prise de position tranchante de la Fédération des professionnels des addictions pour une refonte de la politique sur le tabagisme en Suisse.

Le conservatisme tabagique

A l'opposé de ces initiatives novatrices, des pays et des organismes se maintiennent dans une politique contre la réduction des méfaits. Il est notable que ces politiques conservatrices sont généralement accompagnées d'un maintien du tabagisme comme en Suisse, en France ou en Australie, tandis que le Royaume-Uni a vu son tabagisme fondre de plus de 20% depuis 2011 sous l'impact du vapotage. 

Linda Bauld pense qu'un des motifs de ces positions est liée à la peur d'un risque de tabagisme chez les jeunes. "Cette année, nous avons vu des recherches suggérant que certains adolescents qui expérimentent le vapotage vont ensuite fumer lorsqu'ils sont suivis un an plus tard, dont une étude au Royaume-Uni. Il semble y avoir peu de doute qu'il existe des groupes de jeunes susceptibles des deux. Pourtant, ces études ne prouvent pas que c'était l'acte d'essayer le vapotage qui a conduit au tabagisme ultérieur - de nombreux autres facteurs peuvent expliquer cela, y compris le simple fait que le tabac est toujours largement disponible", explique t-elle. 

La confusion contre les faits

Le problème classiquement connu sous le nom de facteur confondant est à la racine de la vieille pseudo-théorie de l'effet passerelle, décortiquée par un article du Pr Jean-François Etter publié aussi cette année. L'accusation implicite des "pro-abstinence only" d'un vapotage inventeur du tabagisme chez les ados ne semble pas résisté aux faits. Dans les pays où le vapotage est développé, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, "les taux de tabagisme chez les jeunes continuent de baisser à un rythme encourageant. Si le vapotage provoquait le tabagisme, ces tendances s'inverseraient", pointe Linda Bauld.

En soutien à ce constat de bon sens, la plus grande étude au monde à ce jour sur le vapotage et les jeunes, comprenant plus de 60'000 adolescents, a été publiée en 2017. "Elle fait le constat que, bien que l'expérimentation de la vape existe chez les jeunes, l'utilisation régulière par les adolescents qui n'avaient jamais fumé reste très faible, à moins de 1%", rappelle la professeure de santé publique.

En 2018, arrêtez de vous faire enfumer !

On le voit, le gouffre entre les recherches scientifiques et les messages des médias est énorme. Fruit pourri de cette désinformation, la part de fumeurs convaincus à tort d'un danger du vapotage équivalent au tabagisme progresse ces dernières années. Sensationnalisme, conflits d'intérêt ou arriération idéologique, les causes à cette morbide violation éthique se conjuguent probablement pour protéger le tabagisme et nuire à la population. 

"Quel moyen a le fumeur pour faire face à la controverse continue et l'intérêt insatiable de la presse sur le vapotage? Qui devrait-il croire? De bonnes sources d'information existent mais elles ne sont pas assez mises en avant. Nous avons besoin d'informations publiques claires, provenant de sources fiables, pour crier au-dessus du bruit et présenter les faits. Et ça, ce sont les faits: Si vous fumez, la meilleure chose à faire pour votre santé et celle de votre entourage est d'arrêter de fumer. Si vous choisissez de vapoter pour arrêter de fumer, c'est génial, et personne ne devrait vous critiquer pour ce choix", explique Linda Bauld en guise d'encouragement aux fumeurs se décidant à de bonnes résolutions.

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Quelques liens francophones utiles (liste vraiment non exhaustive... ):
Un clip de la Ligue nationale contre le cancer en France:

PS : l'excellent film Vape Wave est diffusé sur la chaîne LCP le dimanche 7 janvier à 20h45


mercredi 13 décembre 2017

En Ontario, une étude va tenter de mesurer si le vapotage et l'auto-support aident les sans-abris à sortir du tabagisme

Paradoxe du calendrier canadien. D'un côté, les députés de l'Ontario ont adopté hier la loi 174 signifiant la mise à mort locale du vapotage. Cette loi, qui regroupe vapotage, tabac et cannabis, interdit tout arôme dans les liquides à vapoter et prohibe aussi toute démonstration, explication, conseil, essai et quelconque information à propos des produits de vapotage en magasin. En somme, une prohibition qui ne dit pas son nom dans la province canadienne. De l'autre côté, la Dr Smitha Pakhalé, directrice du centre de santé communautaire de l'hôpital d'Ottawa, lance une étude clinique pour évaluer l'aide au sevrage tabagique avec le vapotage pour les sans-abris. La nouvelle donne législative locale risque de bien compliquer la réussite des 200 SDF qui seront enrôlés dans l'essai clinique.

Comprendre si le vapotage peut être utile

"Nous essayons de comprendre si le vapotage peut être dans notre boîte à outils, car il a certaines caractéristiques qui pourraient être intéressantes: il peut délivrer des doses précises de nicotine inhalées et, d'autre part, il permet aux fumeurs d'avoir la gestuelle de la main à la bouche qui leur manque", explique la Dr Smitha Pakhalé au journal Ottawa Citizen. Sur les ondes de la radio nationale CBC, elle éclaire la démarche. "D'un côté, des participants recevront des substituts nicotiniques existant tels que patchs, gommes, lozange. De l'autre, dans les mêmes conditions de santé participative avec les gens [people], par les gens et pour les gens, les participants recevront des produits de vapotage à la place des substituts nicotiniques conventionnels", précise la docteure également pneumologue. 

L'aide par les pairs intégrée à la démarche

Le support par les pairs intégré à cette recherche est un point particulièrement original et intéressant. La tradition 'pro-abstinence only' de la prévention du tabagisme évacue l'aide par les pairs, prenant pour postulat que tout fumeur est fondamentalement perverti. L'approche menée par la Dr Smitha Pakhalé rompt avec cette exclusion et s'inspire des autres domaines des addictions où l'aide autogérée a montré ses qualités. Une précédente recherche, publiée en 2016 dans la revue médicale Research and involvement, a défriché le terrain. La 'Participatory Research in Ottawa Management and Point-of-care of Tobacco' (PROMPT) a formé quatre pairs aidant à l'arrêt tabagique pour développer une stratégie participative. "Nous avons conçu le modèle d'engagement et d'action des citoyens d'Ottawa en dix étapes (OCEAM)", explique l'article de l'équipe de la Dr Pakhalé.

Une inégalité sociale pour la santé

L'intérêt de l'approche se justifie notamment par l'inégalité du tabagisme entre groupes sociaux. Alors qu'environ 12% de la population adulte d''Ottawa consomment des cigarettes, une enquête de 2013 (PROUD) montre que 96% des utilisateurs de drogues du centre-ville sont fumeurs de tabac. "Les personnes qui fument aujourd'hui sont pour la plupart à faible revenu, indigènes, sans abri, peu éduquées et marginalisées", déclare la docteure à l'Ottawa Citizen. "Cette inégalité distincte de l'usage du tabac se traduit par une distribution inéquitable des conséquences pour la santé, telles que la morbidité et la mortalité dans la population", pointe encore l'article de Research and involvement. 

Un changement de paradigme nécessaire

Les résultats du suivi avec l'aide par les pairs PROMPT seront publiés sous peu. Une majorité des 80 personnes soutenues par les quatre pairs aidants, des substituts nicotiniques et des conseils infirmiers ont réussi à arrêter de fumer sur six mois, précise en primeur le journal Ottawa Citizen. D'un point de vue d'un vapoteur impliqué dans des groupes d'entraide à l'arrêt du tabagisme à son aide, étendre la démarche à la vape parait couler de source. Mais la Dr Pakhalé s'était déclarée plutôt méfiante à l'égard du vapotage dans le passé. Ce nouveau développement en est d'autant plus remarquable. Même si sa confusion entre addiction au tabac et nicotine choque quelque peu mes oreilles

Reste à savoir comment les participants à l'étude pourront réussir à arrêter de fumer à l'aide du vapotage dans un environnement aussi hostile que celui que vient d'imposer la majorité du Parti Libéral de l'Ontario à leurs concitoyens...
Son interview en anglais sur la radio CBC:


lundi 20 novembre 2017

[Ristrett'] Pour un soutien à l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, mieux vaut être à Lausanne ou Genève qu'à Zurich

"Aux consultations sur le tabagisme des hôpitaux universitaires de Genève et de Lausanne, l'option du vapotage pour cesser de fumer est présentée. Contrairement à l'hôpital universitaire de Zurich (USZ)", explique la Neue Zurcher Zeitung dans son édition de samedi. Isabella Sudano, responsable de la consultation de tabacologie à l'USZ, refuse de parler du vapotage aux fumeurs. "Bien que les risques pour la santé soient plus faibles, il y a encore trop peu d'études montrant les avantages de l'e-cigarette dans le sevrage tabagique", estime t-elle. Directeur de Stop-Tabac.ch, le Pr Jean-François Etter conteste cette résignation médicale condamnant les fumeurs au tabagisme. "Le vapotage fait la même chose que les substituts nicotiniques. Et le fumeur n'a pas à se passer du rituel du geste", souligne le professeur de santé globale de l'Université de Genève.

Étonnamment le quotidien zurichois n'évoque pas les résultats encourageants obtenus en consultation de tabacologie aux Hôpitaux de Genève (HUG) par le Dr Jean-Paul Humair, que nous avions présenté. La NZZ cite tout de même la revue Cochrane. Celle-ci montre que des études, de faibles échantillons, présentent déjà l'efficacité des vapoteuses de 1ère génération. Elles sont depuis dépassées techniquement par de nouvelles générations (trois ou quatre selon comment on les considère...).

"Une autre raison pour laquelle Isabella Sudano ne recommande pas le vapotage à ses patients est que les adolescents pourraient être tentés en les utilisant", affirme énigmatiquement la NZZ. D'un point de vue éthique, on peut s'interroger sur la démarche d'Isabella Sudano de nuire potentiellement à ses patients adultes en leur cachant un moyen de sortir de leur tabagisme. Elle ne semble pas touchée par la question. "Nous pensions la cigarette devenue inacceptable, maintenant elle entre par la porte arrière", estime t-elle. Avec au moins 25%, et probablement plutôt 30%, de fumeurs sans aucune baisse significative depuis 2009, la fin de la cigarette en Suisse n'a pourtant rien d'une évidence. 

"Au lieu de voir les bienfaits du vapotage pour la santé des fumeurs [qui y passent], beaucoup ont tendance à diaboliser la vape. Cela ne sert pas la protection des personnes à risque", déplore le Pr Etter. Alors que le vapotage est utilisé quasi exclusivement par des fumeurs ou ex-fumeurs en Suisse, selon les données du monitorage des addictions. De plus, là où il est répandu chez les jeunes, il a accompagné une chute massive du tabagisme adolescent. Comme le rappelle un article dans la revue JAMA sur la situation américaine ou une étude étendue au Royaume-Uni, que ne citent pas la NZZ. 

Une fois encore le journal zurichois n'arrive pas à s'empêcher de prétendre contre toute évidence que le vapotage est un produit des grands cigarettiers. Mais reconnaissons qu'en offrant la parole à deux visions contrastées, la NZZ fait-là son premier article un peu plus équilibré sur le sujet depuis l'apparition du vapotage... Auparavant, une longue suite de papiers d’extrêmement mauvaise qualité confinait au ridicule, à l'appel haineux et à la tromperie. Au point où News Buzzters en était arrivé à supposer que le journal zurichois servait les intérêts d'un cigarettier lausannois.
A Zurich apparemment le danger, ce ne sont pas les concours de fumeurs existants,
mais la possibilité qu'ils réussissent à arrêter de fumer à l'aide du vapotage