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mardi 24 octobre 2017

[Bref] Le tabagisme officiellement stagnant en Suisse

"Le tabagisme stagne donc en Suisse". C'est la conclusion condensée du monitorage Suisse 2016 des addictions (alcool, tabac et drogues illégales) que vient de publier l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP). Selon l'enquête menée, 25,3% des résidents en Suisse de plus de 15 ans fument (contre 25% l'année précédente). "Cette proportion n'a variée que marginalement depuis près d'une dizaine d'années", précisent les auteurs Gerhard Gmel, Hervé Kuendig, Luca Notari et Christiane Gmel de la fondation Addiction Suisse. Le tableau de la situation tabagique en Suisse dessinée par ce monitorage annuel avait été mis en doute suite à sa comparaison avec les données objectives du volume de vente de cigarettes, par des chercheurs de l'Université de Neuchâtel. 

Entre 25% et 40% de fumeurs en Suisse

Sur la base des données de ventes et d'importations de 2014, la consommation réelle de cigarettes était près du double que celle évaluée à partir des déclarations faites lors du monitorage. "Une consommation de 10,8 milliards de pièces correspond à une prévalence de l’usage de la cigarette de 40,2 % (contre 22,9 % selon le Monitorage) ou à une consommation quotidienne moyenne de 18,1 cigarettes (contre 10,4 selon le Monitorage)", concluaient les chercheurs Claude Jeanrenaud, Alain Schoenenberger et Lasha Labaze dans leur publication de décembre 2016

De leur côté, Pascal Diethelm, Jacques Cornuz et Julian Jakob estiment, à vue de nez, que "bien que les résultats de l'enquête suggère une prévalence tabagique en Suisse autour de 25% et plutôt stable sur la période de 2012 à 2015, la réelle prévalence devrait dépasser 31%", dans la revue Swiss Medical Weekly.

Porte-parole de l'OFSP, Roy Salveter accuse alors les fumeurs de sous-déclarer leur consommation lors du monitorage. "Mais pour nous, ce qui compte est la tendance", explique t-il au micro de la radio SRF en mai dernier. De son coté, le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de Santé Globale (ISG) de l'Université de Genève, souligne la part importante de refus de réponse. "Le problème du monitorage des addictions et de l’Enquête Suisse de Santé de l’OFS, c’est le taux de réponse relativement bas avec environ un tiers de non-répondants. Or c’est justement dans ce tiers de la population que les comportements défavorables à la santé se concentrent", explique t-il au Vaping Post.

Une majorité de boycott de l'enquête


Le taux de refus de répondre pour le monitorage 2016 dépasse même largement le tiers. Sur les 22'214 personnes contactées, 12'211 ont refusé de répondre au questionnaire. "Motifs: "pas intéressé par l'enquête" (32%), "je suis par principe contre les enquêtes" (15%), "le thème ne m'intéresse pas" (12%) et "autres raisons" (41%)" ", précise le rapport du monitorage des addictions. Avec seulement 45% de répondants sur les sondés, il est difficile de faire "comme si" cette part minoritaire serait représentative de la population. C'est une véritable défiance exprimée silencieusement par le boycott de ce recensement.

A partir des données récoltées malgré tout, le monitorage souligne que neuf consommateurs au quotidien de tabac sur dix fument des cigarettes. La consommation de tabac à priser et de Snus, le tabac oral suédois à faible taux de nitrosamines interdit de vente en Suisse, restent de consommation assez marginale. Par ailleurs, 31% des fumeurs interrogés expriment l'intention d'essayer d'arrêter dans les six mois suivant. La part d'intention d'arrêt aurait tendance à baisser. Ce qui ne semble pas très étonnant dans le contexte de la politique menée par les services d'Alain Berset. 

Ce boycott exprime t-il un rejet de la politique tabagique actuelle ?

Entraves du vapotage - moyen d'arrêt le plus populaire en Suisse malgré la prohibition fédérale de vente de liquides nicotinés -, absence de remboursement des substituts nicotiniques (gommes, patchs) vendus à un prix scandaleux uniquement en pharmacie, propagande basée essentiellement sur la stigmatisation en bouc-émissaire des fumeurs avec les effets contre-productifs bien connus à une telle approche, etc... On se croirait presque en France [que l'influente émission 36°9 de la RTS propose de suivre comme exemple... Sic!] pour la capacité à additionner les mauvais choix en la matière.

Une politique inefficiente dont profitent cigarettiers, vendeurs de médicaments et organisations vivant de la situation. Sans grande surprise, ce refus d'aide et le mépris affiché engendrent une forme de retrait social des fumeurs et l'absence de participation aux enquêtes comme celle-ci. C'est en creux la principale information de cette nouvelle statistique: le public concerné ne répond plus aux organismes qu'il estime hostiles et non-aidants. Une rupture de dialogue qui devrait inquiéter les personnes soucieuses de santé publique. Mais y a en t-il à l'OFSP? Au sortir de l'échec total du Plan national sur le tabagisme de 2008 à 2016, l'absence de remise en question des élites bureaucratiques laisse planer un grand doute...


vendredi 26 mai 2017

[Òmerta] Pourquoi l'OFSP nous enfume sur les chiffres du tabagisme en Suisse?

Statistiques officielles versus ventes réelles de tabac
Officiellement en Suisse, il y aurait 25% de fumeurs, grillant 10,4 cigarettes quotidiennement en moyenne. Sauf que... la consommation réelle de cigarettes est près du double. Précisément 1,86 fois plus élevée que n'indique la donnée fédérale, selon une étude l'Université de Neuchâtel sur la consommation de cigarettes en Suisse publiée en décembre 2016. En réalité, ce sont entre 22,9% et 40,2% de suisses (de plus de 15 ans) qui fument entre 10,4 et 18,2 cigarettes par jour. "La consommation annuelle de la population résidente, estimée à partir des quantités autodéclarées dans le Monitorage des addictions (6’138 millions de pièces) est inférieure de 43,0% à celle mesurée à partir des données de ventes légales, des flux sortants et des flux entrants (10'762 millions)", expliquent les auteurs Claude Jeanrenaud, Alain Schoenenberger et Lasha Labaze. Ils estiment que "selon toute vraisemblance, l’enquête du Monitorage sous-estime largement la consommation de cigarettes dans la population suisse".

'C'est rien que de la faute des fumeurs, d'abord'

La publication n'avait jusqu'ici suscité aucune réaction des spécialistes du domaine et des médias. L'évocation de cette petite bombe crevant le rideau de fumée de l'information officiellement fédérale dans un communiqué de presse d'Helvetic Vape, puis la reprise de l'étude dans le mailing list de Stop-Tabac.ch semblent avoir réveillé la radio suisse-alémanique (SRF). Le journal de la SRF fait un sujet à ce propos, mais en occultant l'enfumage sur le pourcentage de tabagisme et en en faisant porter la responsabilité aux fumeurs. En résumé, ces méchants tricheraient lors du monitorage sur le nombre de cigarettes fumées. C'est évidemment le cas et c'est un classique de sociologie. Faire une enquête sans tenir compte de ce biais n'est pas même du niveau de 1ère année de socio.

Le triomphe de la volonté

La non-chute du tabagisme en SuisseLa raison pour laquelle l'Office fédéral de santé publique (OFSP) a ignoré cette étude et ses données n'est pas abordé par la SRF. C'est pourtant assez significatif. Dans le n°116, dernier en date, de la revue de l'OFSP Spectra, Patrick Vuillème, responsable de la section bases politiques et exécution de l'OFSP, triomphe. "Le Monitorage suisse des addictions confirme le succès de la prévention du tabagisme entre 2008 et 2016. La part de fumeurs au sein de la population a baissé de 27% (2008) à 25% (2015)", affirme avec passablement de toupet le bureaucrate bernois. Un double mensonge, puisque le Monitorage ne montre pas de baisse du tabagisme depuis 2008. Le décrochage évoqué de 27% à 25% est du à un changement de méthodologie de l'enquête, point précisé dans les documents du Monitorage. Mais évidemment, on peut s'en foutre car ce monitorage est de toute façon violemment faussé, y compris concernant les chiffres sur les adolescents, comme le montre les ventes réelles de cigarettes.

Le Grand Bond sur place

Pourquoi alors cet enfumage grossier digne d'un cigarettier lausannois ? Entre 2008 et 2016, l'OFSP a suivi un Plan National Tabac (PNT), initialement prévu pour quatre ans et reconduit en 2012 sans modification significative. Ce plan s'appuie sur les vieilles recettes de la stigmatisation des fumeurs et l'objectif de gratter des taxes. Et aucune mesure d'aide concrète de réduction des risques et de sortie du tabagisme ni quelconque prise en considération des usagers. C'est ce Grand Plan en avant aux allures de maoïsme sanitaire embourbé dans l’inefficacité qu'il s'agit pour les responsables de l'OFSP de sauver par l'apparence des chiffres à défaut de quelconque réalité. 

La même source fédéralement officielle nous assène qu'il n'y aurait que 0,3% de vapoteurs quotidiens en Suisse. Pour le moment, aucune donnée objective, telles que celles des douanes utilisées par l'étude neuchateloise sur le tabac, ne permet d'affirmer que ce chiffre est erroné. Mais il suffit de se poser sur une terrasse en ce printemps pour avoir de sacrés doutes sur la véracité de ce si faible nombre. Les mesures fédérales de protection du tabagisme en interdisant l'accès facile et local aux liquides à vapoter nicotinés ont assurément eu un effet néfaste sur le nombre de fumeurs sortis du tabagisme à l'aide de la vape. Mais le coup porté au tabac par le mouvement du vapotage helvétique est clairement bien plus important que ce que la bureaucratie bernoise veut nous faire croire. 

Persévérance bureaucratique dans le massacre

Les usagers écartés des débats les concernant en Suisse
Le reconnaître pour les fonctionnaires de l'OFSP serait un aveu d'erreur grave et la reconnaissance de la nocivité de leur politique anti-vape depuis 2009. A l'heure où un collectif de femmes a décidé de porté en justice la question de la déloyauté des autorités suisses concernant le droit à la santé, certains responsables devraient réfléchir aux conséquences de leur interdiction d'accès à un moyen de réduction des risques avéré contre le tabagisme. En huit ans, il y a eu au minimum 75'000 décès prématurés liés au tabagisme, peut-être plus de 100'000 si les estimations étaient faites à partir de chiffres fiables. Ce qu'aujourd'hui, on sait ne pas être le cas en Suisse. 

Peut-être la plateforme des partenaires en prévention du tabagisme le 13 juin prochain à Berne sera t-elle l'occasion d'une mise à plat de ces défaillances ? Mais les choses se présentent mal, les associations de réduction des risques et des usagers n'y ont pas été invitées par l'OFSP...


edit 27-05-2017 à 12h petites corrections de style et d'orthographe

mercredi 11 novembre 2015

E-cigarette et OFSP : Pascal Strupler préfère ne pas risquer de réduire par vingt la mortalité tabagique !

Un banal buraliste
Scandaleux. Pascal Strupler préfère 9'500 morts par an en Suisse grâce au tabac que risquer de diviser par vingt ce chiffre avec la vape ! Le directeur de l'Office fédéral de santé publique (OFSP) a tenu des propos ahurissants de cynisme dans une correspondance avec l'association d'usagers Helvetic Vape fin septembre. Il se base sur une interprétation très personnelle du rapport du PublicHealth England sur la e-cig d'août dernier. Notamment de l'évaluation selon laquelle la vape est au moins à 95% moins nocive que la cigarette fumée. Selon le haut fonctionnaire de Berne, si tous les fumeurs en Suisse se convertissaient au vapotage, on pourrait passer de plus de 9'000 morts prématurés liés au tabagisme à environ 450 décès. 

En conséquence, Pascal Strupler déclare « problématique » ce moyen de réduction des risques qui pourrait diviser par vingt le nombre de morts liés au tabac selon son propre calcul. Justifiant ainsi les mesures répressives à l'encontre de la vapote promulguées par ses services, et notamment l'interdiction de vente des liquides nicotinés. Une interdiction que ses propres services ont proposé, dans le projet de loi sur les produits du tabac (LPTab), de lever lors de son entrée en vigueur, soit dans 3 à 5 ans... Comprenne la cohérence de M. Strupler qui pourra.