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lundi 26 mars 2018

[Bref] USA: le tabagisme chute à 14,1%, la FDA veut restreindre arômes et nicotine dans la vape

14,1% de fumeurs adultes américains en 2017
Le taux de fumeurs adultes américains n'a jamais été aussi bas depuis 50 ans qu'il est mesuré. Selon les données du Centre de Contrôle et prévention des Maladies (CDC) sur les trois premiers trimestres 2017, le tabagisme adulte a chuté à 14,1% aux Etats-Unis. Après une légère remontée en 2016, la chute du nombre de fumeurs a repris sa course. Depuis 2009, les fumeurs américains sont passés de 20,6% à 14,1%, soit une diminution de 31,6% en huit ans. En 2016, une légère reprise du tabagisme avait fait craindre un effet contre-productif des violentes campagnes anti-vapotage de la presse et des Etats en difficulté financière par leurs prêts liés aux ventes de cigarettes. 

Officiellement, le CDC ne reconnait toujours pas le rôle du vapotage dans le déclin accéléré du tabagisme ces dernières années. Pourtant, la vape est devenu le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé et le plus efficace employé, lorsqu'ils s'appuient sur une aide, par les fumeurs américains, selon une étude du Pr Brad Rodu. Du côté des pro-abstinences, Stanton Glantz continue d'affirmer que le vapotage empêche les fumeurs d'arrêter de fumer. En 2016, année de repli du vapotage et de hausse du tabagisme, le Pr Brad Rodu estimait, sur la base des données du CDC, à 7,8 millions le nombre de vapoteurs américains, dont 34% - 2,6 millions - ont arrêté de fumer. Il n'existe aucune estimation du nombre de personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage, puis arrêté de vapoter aux Etats-Unis.

Deux projets de réglementation de la FDA menacent la vape indépendante 

Les recharges de liquides nicotinés de vape interdites ?
Les lacunes d'études et le déni des autorités pourraient jouer un rôle important dans le cadre de deux propositions récentes de réglementation de la Food and Drug Administration (FDA). Faisant suite au plan de lutte contre le tabagisme annoncé fin juillet par Scott Gottlieb, le commissaire de la FDA, le premier projet de réglementation ne semble à première vue pas concerner directement la vape puisqu'il vise à limiter le taux de nicotine des cigarettes à un "niveau non addictif". 

Cependant, un passage du projet de réglementation, mis en ligne le 16 mars, pourrait se révéler catastrophique pour la vape indépendante. "Un autre effet possible de contrefaçon suscité par un taux de nicotine maximum aux cigarettes pourrait être que les usagers cherchent à ajouter de la nicotine en liquide ou d'autres formes à leur produit de tabac à fumer" explique la FDA pour justifier d'inscrire la prohibition de produits susceptibles de servir à cet usage. Autant dire que les recharges de liquides de vapotage nicotinés sont dans le collimateur.

Bad taste only

Le droit de vapoter seulement des arômes dégueulasses ?Attaque encore plus frontale, l'autre projet de réglementation vise les arômes dans les produits du tabac, dans lesquels la FDA inclut le vapotage. "Des recherches ont montré que les cigarettes électroniques à saveur sucrée ont un taux d'attrait plus élevé chez les jeunes que les cigarettes électroniques non sucrées et sans saveur", explique la FDA. La possibilité de soumettre un commentaire est ouverte jusqu'au 19 juin prochain. "Si les vapoteurs et les défenseurs du vapotage ne parviennent pas à trouver une réponse efficace, l'industrie indépendante du vapotage disparaîtra", s'inquiète Jim McDonald, spécialiste des questions réglementaires sur le vapotage sur le site américain Vaping360 .


vendredi 17 novembre 2017

[Expresso] USA: le nouveau plan anti-tabac de la FDA décortiqué dans la revue JAMA

Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a la main sur la réglementation des produits du tabac depuis 2009. Ce pouvoir lui est attribué dans le but de protéger la santé publique.  "A ce jour, l'agence a peu fait pour atteindre cet objectif, en grande partie à cause d'obstacles bureaucratiques, juridiques et politiques profonds", déplorent les Prs Kenneth Warner, de l'Université du Michigan, et Steven Schroeder, de l'Université de Californie à San Francisco. Les deux éminents professeurs évaluent dans une tribune ce 14 novembre pour la revue JAMA, le journal de l'Association Américaine de Médecine (AMA), le nouveau plan de lutte de la FDA contre le fardeau du tabagisme, annoncé par son directeur Scott Gottlieb le 28 juillet dernier. D'un côté, le taux légal de nicotine du tabac à fumer serait considérablement réduit à un "niveau non-addictif", de l'autre, les modes de consommation de nicotine à méfaits réduits seraient soutenus, comme nous l'avions expliqué à l'époque

Le danger de la combustion

En s'appuyant sur le principe du continuum des méfaits, il s'agit de réduire la consommation des produits extrêmement dangereux et privilégier l'accès aux plus bénins. La mesure de réduction de la nicotine n'a pas pour but d'amoindrir le danger des cigarettes fumées mais leur attractivité. "Une grande part du public croit à tort que la nicotine est la cause de cancer, or la nicotine en elle-même n'est pas particulièrement toxique aux doses utilisées couramment", soulignent Kenneth Warner et Steven Schroeder. Le réel danger vient de la fumée générée par la combustion et des plus de 7'000 toxiques qu'elle dégage. "Soixante-dix de ces produits chimiques sont des cancérigènes connus, d'autres provoquent des troubles cardiovasculaires et des maladies pulmonaires, et encore de nombreux autres troubles", précisent les professeurs de santé et médecine.

"Rendre les cigarettes et tous les produits du tabac combustibles non addictifs devraient nettement réduire le nombre de fumeurs des générations futures et aider les fumeurs actuels à arrêter", supposent les auteurs. En contrepartie, la FDA doit laisser accessibles des produits "de délivrance de nicotine acceptables pour les consommateurs et qui présentent beaucoup moins de risques de santé". Ce point est essentiel pour prévenir l'essor d'un marché noir de "vrai" tabac et d'éventuelles autres conséquences involontaires. "D'un point de vue pragmatique et moral, la FDA reconnaît que son concept très radical de réduction à un niveau non addictif de nicotine dans les produits de tabac combustibles implique nécessairement la mise à disposition de ces produits alternatifs", expliquent le spécialiste de santé publique et le médecin. 

La question est de savoir si de tels produits réduisent réellement le poids de santé publique. Question controversée où certains adeptes de l'abstinence soupçonnent un chausse-trappe. "Des produits à méfaits réduits sont déjà disponibles à présent, avec une réglementation très légère jusqu'à peu", rappellent les auteurs. C'est le cas notamment du vapotage. "Les experts conviennent que le vapotage est moins dangereux que le tabagisme. Les estimations du risque global pour la santé vont de moins de 5% jusqu'à un tiers de celui du tabagisme * ", précisent-ils. 

Chute sans précédent du tabagisme chez les jeunes


Les anti-vapotage craignent surtout que des jeunes viennent au tabagisme par le vapotage. "Pourtant, la consommation de cigarettes chez les étudiants a diminué à un niveau sans précédent durant la brève période d'utilisation généralisée de vapotage chez les adolescents. Sur la base d'une enquête sur plus de 80'000 jeunes entre 2012 et 2015, la prévalence d'usage sur les 30 derniers jours du vapotage parmi les élèves du secondaire a augmenté rapidement de 2,8% en 2012 à 16% en 2015. Au cours des mêmes années, la prévalence à 30 jours de la consommation de cigarettes est passée de 14% à 9,3%, représentant la plus forte chute du tabagisme lycéen de l'histoire. En 2016, l'utilisation du vapotage a diminué de près de 30%, chutant à 11,3%, tandis que le tabagisme continuait son déclin rapide à 8%. Les partisans du vapotage considèrent ces produits comme précurseurs d'une ère de "disruption" du marché de la cigarette", argumentent les auteurs. 
[Graphique sur le tabagisme adolescent américain de Clive Bates à partir de la même source de données citées ]


La nouvelle industrie du doute

A côté de cela, les fumeurs adultes sont encouragés à arrêter de fumer par l'aide du vapotage. Jusque-là, "l'approche dominante était "juste dis non" à tous les produits de tabac de toutes sortes, réminiscence de la guerre aux drogues", en dépit des succès de l'approche de réduction des risques dans de multiples secteurs (HIV-Sida, drogues, sexualité, sécurité routière...). "Le nouveau plan de la FDA accepte un rôle pour la réduction des risques dans la lutte anti-tabac. Etant donné l'opposition d'une partie de la communauté de santé publique, cette approche va rencontrer des résistances. Il est rendu encore plus difficile par la méconnaissance du public du noyau au cœur du plan, le continuum des risques des produits de nicotine", soulignent Kenneth Warner et Steven Schroeber. En 2012, 11,5% des américains interrogés se trompaient à propos des risques relatifs du vapotage par rapport aux cigarettes, en 2015 ils sont 35,7%, selon une étude.

Le challenge est difficile à relever, tant des membres de la communauté de santé publique travaillent à saboter l'information au public. "L'incapacité de la FDA à mettre en place des réglementations qui aient sensiblement réduit le fardeau du tabagisme doit tempérer l'optimisme à propos de la mise en œuvre de cet ambitieux plan. En outre, bien que tous les membres de la communauté anti-tabac apprécient certains éléments du plan, peu sont susceptibles de tous les soutenir en bloc. Pourtant, le potentiel énorme de succès  de sa mise en œuvre complète doit susciter une sérieuse considération. La communauté anti-tabac, si longtemps divisée, peut-elle s'unir pour soutenir un plan global visant à mettre un terme définitif à la consommation de cigarettes et leur terrible bilan de maladies et de mort?"

* Les rapports scientifiques du Public Health England (2015) et du Royal College of Physicians (2016) estiment à au moins 95% la réduction des méfaits du vapotage par rapport au tabagisme. En opposition, Stanton Glantz a estimé sur son blog (publication non scientifique) que le vapotage est "au 1/3 ou à 1/2 aussi mauvais" que la cigarette. Ce dernier est la seule référence citée dans l'article pour une telle estimation. 

mercredi 16 août 2017

[Expresso] Le Dr Joel Nitzkin presse Scott Gottlieb de suspendre la campagne anti-vape de la FDA

"Je demande la suspension immédiate de la mise en oeuvre de la nouvelle campagne anti-vape". Le Dr Joel Nitzkin, qui siège notamment au groupe sur le tabac de l'American Association of Public Health Physicians (AAPHP), appelle Scott Gottlieb, Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), a annuler la nouvelle campagne de prévention contre le vapotage, annoncée à destination des jeunes. Dans une lettre publiée sur R Street, think tank de santé publique, le défenseur d'une approche de réduction des méfaits prévient: "Cette campagne est en conflit direct avec votre intention récemment déclarée de soutenir une approche de réduction des risques dans la lutte anti-tabac"

Campagne contre-productive

"Les campagnes parrainées par le Gouvernement fédéral visant à décourager l'utilisation du vapotage et de produits de tabac sans fumée risquent de causer plus de mal que de bien. Il est peu probable qu'elles découragent les non-fumeurs d'utiliser ces produits. Il est nettement plus probable qu'elles donnent aux fumeurs et aux fonctionnaires d'Etat ou locaux l'idée erronée que le vapotage et les produits sans fumée sont aussi dangereux que les cigarettes", explique le spécialiste de santé publique.

Passerelle vers la sortie du tabagisme

"Nous savons que les produits de vapotage et les produits de tabac sans fumée disponibles sur le marché américain sont moins addictifs et présentent beaucoup moins de risques que les cigarettes. Nous savons aussi que le vapotage n'attire pas les adolescents vers la cigarette ni à la dépendance à la nicotine. En réalité, les données sont fortes pour montrer que la vape joue un rôle de première importance pour détourner les adolescents du tabagisme, qu'ils soient déjà fumeurs ou susceptibles de s'initier aux cigarettes. Ceci ressort des données du Center Disease Control (CDC) montrant que la forte augmentation de l'usage de la vape par les adolescents ces dernières années est associée à une réduction record du tabagisme", argumente le Dr Nitzkin.

Dogme obscurantiste contre la santé publique

"Je sais que ces conclusions vont à l'opposé de ce que vous disent les spécialistes de la FDA, du CDC et les dirigeants de la prévention. Le problème, tel que je le comprends, est que la politique anti-tabac actuelle est conduite sous l'emprise de sentiments et non sur la base de faits de science. Un élément en est l'engagement pour une société sans tabac, interprétée de manière à exclure tout produit nicotiné non-pharmaceutique de toute considération de santé publique. Un autre élément est le sentiment de l'évidence de la nature néfaste de la nicotine au point que toute preuve scientifique en conflit avec cette croyance est simplement rejetée sans considération", souligne le militant anti-tabac. 

Avant de pointer la crispation obscurantiste des cadres de la FDA. "Le principal obstacle à la mise en oeuvre d'une politique officielle de réduction des risques pour le tabac (THR) n'est pas le manque de données scientifiques. Cette barrière est l'absence de volonté des fonctionnaires fédéraux de prendre en considération les preuves des bénéfices individuels et de santé publique d'inclure la réduction des risques aux programmes de lutte anti-tabac, des bénéfices probablement inatteignables par d'autres moyens".


[ristret] Pourquoi la cigarette ultra-light Magic n'a pas été mise sur le marché français

Elle était annoncée en France pour juin 2016. Puis aucune nouvelle... malgré la publicité racoleuse en français sur internet. La Magic, cette cigarette de tabac OGM à très bas taux de nicotine, ne sera finalement pas commercialisée en France. "Notre plan initial était de déployer la Magic largement en Europe. Mais la réglementation de l'Union Européenne sur le tabac [TPD] a changé et interdit désormais de divulguer le contenu de nicotine sur les paquets de cigarettes. Si nous ne pouvons pas dire au consommateur que cette cigarette est à très faible teneur en nicotine, nous ne croyons pas que le produit puisse se distinguer sur ce marché très concurrentiel", explique Henry Sicignano, Président de la firme biotechnologique 22nd Century, au magazine Forbes. L'article de Rita Rubin questionne les chances de faire baisser le tabagisme en imposant des cigarettes à très bas taux de nicotine comme l'envisage le nouveau plan anti-tabac de Scott Gottlieb, le nouveau Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA).

Les trois-quarts des américains désinformés sur la nicotine

Rita Rubin pointe le problème de l'extrême désinformation du public américain sur la question. "Environ les trois quarts des adultes américains interrogés par la FDA en 2015 n'étaient pas au clair sur la relation entre nicotine et cancer ou pire croyaient à tort que la nicotine est cause de cancer", souligne t-elle.  L'étude sur laquelle elle s'appuie a été publiée en mars dans Preventive Medicine. "Croire de manière incorrecte que la nicotine provoque le cancer pourrait décourager les fumeurs à passer à des alternatives plus sûres contenant de la nicotine et pourrait conduire des non-fumeurs à expérimenter du tabac à faible teneur en nicotine en croyant que le risque de cancer serait réduit", alertent les chercheurs du Centre sur les produits du tabac de la FDA dans l'article. 

Green washing the Gauloises

Pour le moment, 22nd Century serait la seule firme capable de produire du tabac OGM à faible taux de nicotine (VLN) selon son Président. Jusque-là, la firme aligne les échecs commerciaux mais prospère grâce aux achats par le Gouvernement américain. En juin, le groupe a annoncé une commande de 2,4 millions de ses cigarettes VLN pour la recherche gouvernementale. C'est l'essentiel de sa production après la disparition dans l'anonymat de la Quest, cigarette VLN distribuée par Vector aux Etats-Unis de 2002 à 2010. Auparavant, Philip Morris avait mis sur le marché dans les années 1990' des cigarettes dénicotinisées, sous les noms de "Merit Free" et "Next", disparues également sans laisser de trace. Mais il semble que ce soit la Seita, avec ses Gauloises Vertes qui ait été précurseur dans les années 1970', comme le montre le paquet déniché par UnAirNeuf.org en 2012. 

dimanche 13 août 2017

Quart d'heure américain, la FDA invite t-elle la vape dans la danse de la fin des cigarettes ?

"La clef réside dans une approche nouvelle et globale de la réglementation de la nicotine. (...) Parce que la nicotine est au cœur à la fois du problème mais aussi, en fin de compte, de la solution à la question de la dépendance et des méfaits causés par les formes combustibles du tabac". Scott Gottlieb, Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA) américaine depuis trois mois, a annoncé une toute nouvelle stratégie de lutte contre le tabagisme le 28 juillet. Prenant acte de l'accélération de la chute du tabagisme sous l'impulsion du vapotage, le nouveau dirigeant impulse une rupture avec le paradigme unique du "quit or die" (quitter ou mourir) qui se limitait à la prévention, la stigmatisation des fumeurs et la surtaxation des cigarettes. Médecin de 45 ans connu pour être sensible aux approches de réduction des risques et ayant lui-même survécu à un cancer, Scott Gottlieb reprend la question sous un angle encore inédit. 

Un plan plutôt qu'une mesure unique

Cette nouvelle politique "vise à trouver un équilibre précis entre la réglementation de tous les produits de tabac, et l'opportunité d'encourager le développement de produits innovants qui peuvent être moins dangereux que les cigarettes combustibles", explique le Commissaire de la FDA. Les deux axes de son plan visent, d'un côté, à réduire l'entrée des jeunes et le maintien dans le tabagisme, et de l'autre, favoriser et aider sa sortie pour les fumeurs actuels. "Ces étapes sont destinées à marcher de concert comme un plan. (...) Elles constituent une approche globale de santé publique, c'est vraiment tout ou rien", insiste Scott Gottlieb, dans son allocution.

Rendre les cigarettes "non-addictives" ?

Dans cette stratégie a deux volets, le premier pan est pour la FDA, qui a le pouvoir depuis 2009 de régir les produits du tabac, de réduire la puissance dépendogène des cigarettes afin d'éviter l'entrée et le maintien dans le tabagisme. Pour cela, le directeur de l'agence propose d'ouvrir une réflexion sur l'abaissement de leur taux de nicotine. Ce point s'inspire des recherches menées depuis les années 1990' sur les cigarettes dites à taux très bas de nicotine (very low nicotine VLN). Le taux de nicotine adéquat à des cigarettes "non-addictives" et l'éventuelle manière d'introduire des restrictions sur ce taux, réduction brutale ou progressive notamment, seront au menu des discussions de l'administration et ses partenaires. La mise en oeuvre de cette mesure pourrait prendre au moins trois ans.

D'ors et déjà, les recherches fortement subventionnées sur le très bas taux de nicotine (VLN) ont accouché d'un projet commercial de tabac OGM. La firme 22nd Century a mis en vente aux Etats-Unis ses cigarettes Magic, dont elle avait annoncé l'arrivée en France en 2016 sans suite... Avec 0,3 mg ou 0,5 mg de nicotine, celles-ci réduisent de plus de 95% le contenu des cigarettes conventionnelles sur le marché aux Etats-Unis et en Europe. La firme biotechnologique a profité de l'annonce de la FDA pour proposer ses services aux firmes cigarettières. "Si Big Tobacco ne veut pas que leur marché tombe à zéro du jour au lendemain, ils vont devoir travailler avec quelqu'un qui fait du tabac à très bas taux de nicotine", déclare Henri Sicignago, Directeur de 22nd Century à Reuters ce 7 août.

Risque d'effet compensatoire ?

Le contenu actuel, de 10 à 20 mg de nicotine généralement, des cigarettes découle de la norme, introduite dans les années 1970', dite 10-1-10 : pour 10 mg de goudrons, 1 mg de nicotine, 10 mg de monoxyde de carbone d'émissions mesurées par les machines à fumer. Cette norme, combinée aux filtres ventilées (avec de petits trous minuscules et quasi invisibles), a contribué à l'essor d'une nouvelle forme de cancer des poumons dite adénocarcinome liée à l'effet compensatoire, plus ou moins inconscient, des fumeurs aspirant plus fortement et profondément la fumée pour être satisfaits.


Les défenseurs du tabac à très faible taux de nicotine (VLN) argumentent qu'en deçà d'un niveau addictif l'effet compensatoire ne perdure pas, le fumeur ne pouvant pas retirer une dose suffisante de nicotine contrairement aux cigarettes "lights". Le Pr Eric Donny, de l'Université de Pittsburgh (USA), a expliqué au dernier Global Forum on Nicotine à Varsovie que ses recherches, dont celle publiée en 2015 dans le New England Journal of Medicine, l'amènent a estimer ce taux à 2,4 mg de nicotine par cigarette. "On voit sur ces données qu'il n'y a pas d'effet de hausse de la consommation de cigarettes que certains redoutaient en abaissant le taux de nicotine", souligne le directeur du Centre d'évaluation de la nicotine dans les cigarettes (CENIC) rattaché à la FDA.

Peu de preuves convaincantes

La question est controversée pour plusieurs raisons. Pour le moment, les études sur l'arrêt du tabagisme par l'entremise des cigarettes VLN offrent de faibles preuves. A la fois les panels de personnes et la durée du suivi sont tous deux trop réduits pour rendre convaincants les résultats aux yeux de plusieurs spécialistes. "La recherche sur la stratégie de réduction de nicotine à un très bas taux (low nicotine-reduction) est jusqu'ici préliminaire et suggestive mais pas sur des échantillons de fumeurs représentatifs", souligne par exemple le Pr Lynn Kozlowski dans son article de juin 2016 sur la question dans Tobacco Control.

Malgré cela, Scott Gottlieb se dit confiant dans les recherches sur le sujet qui lui ont été présentées. "Je peux dire que la FDA et d'autres ont fait une analyse préliminaires des impacts potentiels sur la santé publique si les cigarettes ne pouvaient plus créer ou maintenir l'addiction. Les bénéfices de santé publique s'étaleraient dans le temps, car les générations futures de jeunes qui expérimenteraient ces cigarettes seraient beaucoup moins susceptibles de devenir dépendants de la nicotine et de subir des maladies chroniques par rapport aux risques de fumer les cigarettes combustibles actuelles", assure t-il. Mais le responsable de la FDA est conscient d'une des principales dérives possibles: l'apparition d'un marché noir de cigarettes (plus fortement) nicotinées.

Second volet: les produits plus sûrs pour éviter l’écueil du marché noir de cigarettes

"J'ai aussi demandé au Centre sur les produits du tabac (CTP) d'évaluer le risque d'effets néfastes d'une réduction des taux de nicotine, en particulier le risque de l'apparition d'un marché noir de cigarettes plus fortement nicotinées. Nous devons aussi mieux comprendre le rôle, le cas échéant, que peut jouer la disponibilité des nouvelles formes de délivrance de nicotine pour réduire ces effets néfastes", explique t-il. En somme, pour Scott Gottlieb, refermer la porte aux cigarettes implique d'ouvrir celle vers les produits à risque réduits, dont le vapotage, pour éviter l’écueil évident d'un marché noir de tabac.

A défaut d'offrir une telle alternative, la reproduction avec le tabac des catastrophes sanitaires, sociales et politiques des précédents sanglants des prohibitions de l'alcool, du cannabis et des autres guerres pour "un monde sans drogue" ne fait guère de doute. La dystopie puritaine d'un monde sans nicotine pourrait être la répétition de leurs précédentes catastrophes de santé publique. La politique anti-vape menée par l'administration américaine précédente semble d'ailleurs avoir déjà brisé la dynamique vertueuse impulsée par la vape.

La politique anti-vape précédente a relancé le tabagisme en 2016


Après six ans de chute libre, le taux de tabagisme américain a augmenté en 2016 selon les premières données (early datas) du Center for Disease Control (CDC), dont les médias n'ont pas encore parlé. De 15,1% en 2015, la part de fumeurs est passé à 15,8%. Alors que sur la tendance des années précédentes le tabagisme aurait pu chuter entre 14% et 14,5%. La hausse n'est pas très forte, mais elle rompt une dynamique où le tabagisme s'était réduit d'un quart depuis 2010 - en perdant 5,5 points de 20,6% à 15,1% de la population des plus de 15 ans -. Plus que sur l'ensemble des 13 années précédentes (4,1 points). Cette accélération de la chute du tabagisme était liée à l'essor du vapotage selon une étude récemment publiée dans le British Medical Journal. "L'augmentation substantielle de l'utilisation du vapotage chez les fumeurs américains a été associée à une augmentation statistiquement significative du taux de cessation tabagique au niveau de la population", explique l'étude dirigée par le Pr Shu-Hong Zhu, de l'Université de San Diego en Californie.

La multiplication des campagnes anti-vape hyper agressives associées aux rumeurs anxiogènes des médias à sensation ont sapé la confiance du public dans le vapotage. Entre 2012 et 2015, la part d'adultes, croyant que le vapotage est aussi ou plus nocif que les cigarettes, a plus que triplé aux Etats-Unis selon une étude menée par le Dr Ban Majeed de l'Université de Géorgie. "Il y a aussi une augmentation de la proportion des fumeurs qui perçoivent le vapotage comme étant aussi ou plus nocif que les cigarettes, passée de 11,7% en 2012 à 35,1% en 2015", s'inquiètent les auteurs de l'article publié dans l'American Journal of Preventive Medicine en mars dernier.



La vape indépendante sauvée de sa mort-subite

La mort subite de l'industrie indépendante de la vape qui se profilait avec la réglementation de la FDA a aussi contribué à l'érosion du phénomène. L'ajournement annoncé par Scott Gottlieb est un véritable sauvetage de dernière minute. La deadline fixée initialement en août 2018 est reportée en 2022. Mais surtout, dans ce laps de temps le Commissaire de la FDA veut réformer ces règles absurdes qui auraient entraîné l'élimination de facto des entreprises ne pouvant mettre des millions de dollars pour faire homologuer leurs produits. "Au fur et à mesure que nous adoptons cette nouvelle approche, nous devons aussi ré-examiner avec un nouveau regard la place des produits non-combustibles. Une partie de la tâche du Centre sur les produits du tabac (CTP) est de reconsidérer les aspects de la mise en œuvre de la réglementation "Deeming rule" dans la perspective de favoriser l'innovation où cette innovation pourrait véritablement faire une différence de santé publique et de veiller à ce que nous ayons les règlements fondamentaux dont nous avons besoin pour rendre l'ensemble du programme transparent, prévisible et durable à long terme", détaille Scott Gottlieb.

Evidemment, ce qui va se concrétiser de cette remise à plat de la réglementation sur le vapotage sera crucial pour son avenir. Un espoir d'une approche plus compréhensive et intelligente de la part de la FDA naît des précisions que donne Scott Gottlieb sur sa distinction des modes de consommation. "Une approche axée sur la réduction des morts et des maladies causées par le tabagisme doit partir du principe que, bien que la nicotine soit concernée, le problème n'est pas seulement la nicotine. Le plus gros problème est le mécanisme de délivrance, la manière dont la nicotine est administrée. Attachez la nicotine à des particules de fumée créées par la combustion des cigarettes et le mécanisme est mortel. Attachez-la à un médicament sans les toxiques présents dans les produits du tabac et ce produit thérapeutique est jugé sûr et efficace par la FDA pour aider les fumeurs à cesser de fumer", argumente le directeur de la FDA.  

Le continuum de risques introduit dans le paradigme de la FDA

"Alors, comment devons-nous adopter une nouvelle approche globale sur la nicotine?", poursuit-il. "Nous devons reconnaître qu'il existe un continuum de risque des moyens de délivrance de nicotine. Ce continuum s'étend des cigarettes fumées à une extrémité jusqu'aux substituts pharmaceutiques nicotiniques de l'autre". Cette inflexion change fondamentalement l'approche de la FDA en remettant en cause le dogme du refus de reconnaissance de moyens plus sûrs, en dépit de l'existence des substituts nicotiniques, qui prévalait jusque-là. C'est le changement majeur de paradigme qu'introduit Scott Gottlieb dans l'instance américaine.

On note clairement une ambiguïté dans le discours du nouveau directeur de la FDA. Il commence par mettre l'accent sur la nicotine et son présumé potentiel dépendogène, mais c'est pour amener l'idée de faire glisser la problématique sur son mode de consommation.  La translation qu'opère Scott Gottlieb déplace l'énoncé du problème en termes sanitaires et non plus moraux comme c'était le cas avec son prédécesseur. "La nicotine dans les cigarettes n'est pas directement responsable du cancer, des maladies pulmonaires et des maladies cardiaques qui tuent des centaines de milliers d'américains chaque année. (...) Ce sont les autres composés chimiques dans le tabac, et dans la fumée créée par le tabac en combustion, qui sont directement et primordialement causes de maladies et de mort, pas la nicotine elle-même", insiste le Dr Gottlieb.

Sur la corde raide

Ce glissement dans son discours a valu des comptes-rendus assez biscornus dans les médias mainstream francophones agrémentés de commentaires passablement à côté de la plaque. C'est pourtant le changement fondamental du plan annoncé en regard de la matrice "pro-abstinence only", nommée "quit or die", de l'administration précédente. Scott Gottlieb ouvre la porte à une consommation "plus sûre" de nicotine sans stigmatiser ses usagers. C'est une révolution des mentalités en regard des forces en présence aux Etats-Unis dans ce champ: la reconnaissance d'une approche de réduction des méfaits.

La presse américaine voit la perspective "d'une ère de transition", pour citer Bloomberg, dans ce plan. La fin du temps du "fumer" vers celui d'une pluralité de modes de consommation à risque réduit tels que vapotage, vaporisation et snus. "La FDA vient de dévoiler une des plus importantes initiatives de santé publique du siècle" s'enthousiasme le Washington Post. Mais vers ce changement sociétal, le plan de Scott Gottlieb "marche sur une corde raide", selon l'expression de Toni Clarke pour Reuters, entre intégristes pro-abstinence et défenseurs de la liberté de choix.

Sénateurs Démocrates et Big Tobacco contre ce plan anti-tabac

Sans surprise, l'annonce de ce plan a déjà suscité des réactions le dénonçant. De la part des tenants de l'abstinence et d'autre part du lobby cigarettier. Les premiers critiquent l'ouverture aux modes de consommation de nicotine à risque réduit, et en particulier l'ajournement de la régulation qui allait tuer l'an prochain la vape indépendante. Matt Myers, Président de la très puissante Campaign for Tobacco Free-Kids (CTFK) - association créée par les laboratoires pharmaceutiques Johnson & Johnson et qui a collaboré avec Philip Morris pour élaborer la loi sur le tabac - a réagi négativement au report de la réglementation anti-vape à 2022. "Il n'y a aucune raison d'autoriser ces produits à rester sur le marché", estime Matt Myers dans le New-York Times.

Dans la foulée, treize Sénateurs du parti Démocrate ont écrit une lettre confidentielle à Scott Gottlieb pour s'opposer au pan de réduction des risques prévu dans son plan anti-tabac. La missive, qui a fuité, réclame le maintien de la réglementation anti-vape indépendante et suggère aussi d'interdire des arômes pour le vapotage. Outre les Sénateurs, des Etats intensifient leur guerre au vapotage. Ce sont principalement les Etats ayant contracté des "prêts pourris", nommés Turbo Bonds, indexés sur les ventes de cigarettes, comme l'avait révélé ProPublicca. La Californie, où San Francisco joue le rôle de ville-test, la ville de Chicago dans l'Illinois et la ville de New-York sont notamment tenus par des Démocrates.

Scott Gottlieb pourrait aussi redouté sa propre administration. Suite à l'élection de Donald Trump, un vent de dissidence a soufflé au sein des staffs fédéraux. Avec notamment des comptes twitters "alternatifs" alignant les positions propres de (certains) bureaucrates sous anonymat. La FDA n'y a pas échappé et son compte inofficiel a régulièrement insisté sur le bien fondé de sa mise à mort de la vape indépendante par la "deeming rule". L'influence excessivement puissante de l'industrie pharmaceutique, qui a gros à perdre avec l'évaporation du tabagisme en terme de clients pour ses médicaments en tout genre, a eu le temps de solidement s'installer dans les administrations de santé durant les précédentes législatures. Cependant, Scott Gottlieb a insisté avoir le plein soutien de ses troupes pour son plan.

Alliance objective entre intégristes et cigarettiers

Evidemment, ces oppositions vont dans le sens des affaires des cigarettiers. Même si leurs objectifs sont sensiblement différents et vont viser en priorité à faire exploser le versant de l'abaissement de la nicotine, tout ce qui peut saboter le plan de Scott Gottlieb est bienvenu pour les Big Tobacco. La situation était idéale pour eux avec une réglementation qui allait étendre le surnommé "Marlboro Monopoly Act" aux produits de vapotage, profiler ce marché pour quelques produits des multinationales tabagiques et réduire sa concurrence aux cigarettes. Le marché boursier ne s'y est pas trompé. L'annonce de ce plan inattendu a fait dévisser d'environ 20% en quelques heures les actions des firmes cigarettières. 

Le double mécanisme du plan de Scott Gottlieb de tenter de rendre inattractives les cigarettes et de sauver le vapotage est évidemment le cauchemar inattendu des cigarettiers. Une vraie douche froide après le rêve sur le point de se réaliser de la politique précédente. "Cette nouvelle politique va déclencher à coup sûr une guerre de lobbying. Les compagnies de tabac pourraient intenter des poursuites pour la stopper. Elles pourraient aussi mettre la pression sur les membres du Congrès pour les défendre ou même bloquer la FDA. Selon des lobbyistes du tabac, l'industrie pourrait faire valoir que cette politique équivaut à une interdiction de facto des cigarettes", explique un article de Bloomberg de Anna Edney et Jennifer Kaplan.

Quelles probabilités de réussite?

Sous la menace d'être saboté par les Démocrates, le lobby pharmaceutique, le clan intégriste pro-abstinence, tout ce petit monde soi disant anti-tabac mais de nouveau allié de circonstance aux multinationales tabagiques, les chances du plan de Scott Gotlieb d'être appliqué correctement sont minces. Les effets qu'auraient une réduction du taux de nicotine dans les cigarettes sont loin d'être clairs et acquis. Autrement dit, même bien appliquée, cette politique ne donne pas beaucoup de garantie sur ses conséquences pour ce volet.

Par contre, le volet des modes de consommation de nicotine à risque réduit a déjà fait ses preuves durant les six dernières années aux Etats-Unis. Il a impulsé et accéléré une réduction massive du tabagisme adulte et adolescent. Scott Gottlieb peut espérer s'appuyer sur cette dynamique pour soutenir son plan durant la législature. A ce titre, son annonce est un grand bol d'air pour le camp "pro-choice" de la liberté de pouvoir opter pour des produits plus sûrs que les cigarettes. 

Mais pour bénéficier de ce mouvement, il devra rapidement contre-carrer les effets délétères des campagnes de propagande anti-vape qui ont sapé la confiance du public et brisé la dynamique en 2016. Son accent mis sur la nicotine, plutôt que de clairement attaquer le mode de consommation, tend à renforcer la peur irrationnelle à son encontre et le mythe de sa forte puissance "addictive" par elle-même seule. Avec la toute nouvelle campagne de "prévention" de la FDA contre le vapotage chez les jeunes, ce sont probablement de très mauvais signaux envoyés au public à ce niveau.

Faire de la vape un allié de santé publique ?

Il devra aussi rapidement donner des gages au monde professionnel de la vape. L'incertitude du secteur a déjà poussé certains acteurs à abandonner, comme l'historique Provape ou Totally Wicked. Il pousse un certains nombre d'autres à privilégier un marketing racoleur à court terme, n'ayant pas de visibilité pour un développement au-delà. Un assainissement de certaines dérives passe nécessairement par la fin de la précarisation artificielle imposée au vapotage par les autorités. Mobiliser le monde de la vape dans le sens de cette politique implique de le rassurer sur son avenir et le soutenir. 

Pour éviter un marché noir en cas de réduction de la nicotine dans les cigarettes légales, il faudrait encourager les fumeurs à passer au vapotage. "Ce n'est pas ce que le Gouvernement a fait ces dernières années, leurs actions ont été dans le sens contraire. Sans un soutien solide aux produits de vapotage, l'objectif de santé publique visé par la réduction de nicotine dans les cigarettes ne s'accomplira pas", estime Stefan Didak, Président de l'association Not blowing smoke dans le Vaping Post. Scott Gottlieb sera t-il capable d'avoir l'audace de penser et d'imposer ces mesures dans un timing adéquat ? ...