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vendredi 25 mai 2018

Maladies Non-Transmissibles: l'IG-ED s'inquiète que l'OMS ne soit atteinte du syndrome du joueur compulsif

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a mis entre le 10 et le 16 mai en consultation publique son projet de rapport sur les maladies non-transmissibles (MNT). Nous sommes probablement nombreux à avoir raté la proposition de la Commission sur les MNT de l'OMS à lui faire parvenir des observations avant qu'elle ne publie son rapport le 1er juin. Mais l'IG-ED, l'association des vapoteurs en Allemagne, a pris la peine de répondre. "Les responsables de la mise en œuvre de la Convention-cadre de lutte anti-tabac (CCLAT) semblent avoir perdu de vue le louable objectif initial énoncé à son Article 1.d", qu'elle cite: "on entend par "lutte antitabac", toute une gamme de stratégies d'offre, de demande et de réduction des risques visant à améliorer la santé d'une population en éliminant ou en réduisant sa consommation de produits du tabac et son exposition à la fumée du tabac".

Lutter contre les fumeurs ou contre les maladies ?

Or, la Commission de l'OMS n'intègre pas, ni même ne mentionne la notion de réduction des risques et dommages dans les stratégies proposées dans son rapport. "Aucune des stratégies présentées ne mentionne même la «réduction des risques». Il n'y a pas non plus d'évaluation du succès des mesures actuellement mises en œuvre concernant la «santé d'une population»", relève Norbert Schmidt pour l'IG-ED. Il souligne que le principal facteur à prendre en compte sur long terme devrait être la prévalence des maladies liées au tabagisme de la population. La prévalence tabagique devrait être le second facteur mesuré à court terme. "Au lieu de cela, toutes les parties de la CCLAT ne présentent que la soi-disant «échelle de contrôle du tabac» comme mesure supposée du succès. Mais cette «échelle» ne prend en compte aucune mesure de «la santé d'une population». Cet objectif important est-il vraiment hors de propos?", s'étonne l'association de usagers de l'outil de réduction des risques.

Le vapotage et la réduction des risques méprisés par l'OMS

Le ton dogmatique du document de l'OMS surprend aussi les vapoteurs allemands. "Aucune considération n'est accordée aux faits scientifiques selon lesquels il existe des alternatives au tabagisme beaucoup moins nocives. Par exemple, le vapotage (appelé par l’acronyme ENDS) et le tabac sans fumée préparé comme le snus suédois. En fait, ils sont écartés sommairement et destinés à être arbitrairement interdits", regrette le texte soumis en réponse à la consultation.

Aucune évaluation de l'action du bureau anti-tabac de l'OMS

L'OMS disserte sans évaluer l'impact de son action dans son rapport. "Les stratégies n'ont pas été modifiées ni évaluées depuis des années. Tout ce qui est demandé, es l'augmentation des taxes et autant d'interdiction que possible de produits nicotinés, à l'exception des substituts pharmaceutiques", s'agace le courrier de l'IG-ED. Avant d'ironiser. "Ce sont les symptômes d'une autre maladie non-transmissible: le jeu compulsif!". Pour Norbert Schmidt, l'OMS agit comme un joueur accro à sa stratégie préconçue, incapable de changer même si les résultats sont désastreux. La prise de position de l'association conclue sur un appel à la raison: "Il est urgent que les participants de la CCLAT se retirent de cet état d'esprit obsessionnel malsain et reconsidèrent l'intention originale de la CCLAT qu'ils ont signé".

L'appel de Jagdish Kaur, cadre de l'OMS, à criminaliser les personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage:
Appel à criminaliser les vapoteurs par l'OMS


dimanche 13 mai 2018

Inde: l'Etat du Jammu-Cachemire décrète l'interdiction de l'usage de vape

Jeudi 10 mai, l'Etat du Jammu & Cachemire a décrété l'interdiction totale du vapotage avec effet immédiat. Les produits de vapotage sont non seulement interdits à la vente, mais les usagers en possédant et a fortiori les utilisant sont passibles de poursuites en justice désormais dans l'Etat d'environ 12 millions d'habitants à l'extrême nord du pays. Ahmed Khan, le Commissaire du Cachemire qui a signé l'ordre de prohibition complète, justifie celui-ci par des hoax. "Le vapotage expose les poumons au dicethyl [faute dans l'original], qui peut causer la maladie du "pop-corn des poumons", une atteinte sévère et irréversible au poumon", précise l'ordre officiel de l'Etat du Cachemire qu'il signe en reprenant à son compte le hoax de la presse à scandale de bas étage. 

Des hoax en guise de justification

Le fonctionnaire évoque également les risques liés à la consommation de nicotine supposés pour les foetus, sans pour autant signer un ordre similaire contre les produits de tabac ou les autres (nombreux) produits contenant de la nicotine. Enfin, il invente que les adolescents européens seraient amenés à fumer à cause du vapotage, un effet "passerelle" que les monitorages sérieux écartent dans les faits. Le plus grand suivi jusqu'à maintenant concernant les adolescents, le vapotage et le tabagisme, sur plus de 60'000 jeunes britanniques, ne montre aucun effet passerelle. Au contraire, l'essor du vapotage a fait plongé dans son sillage le tabagisme des jeunes anglais (18-24 ans) de 7 points passant de 26% à 19% entre 2010 et 2016.

Autrement dit, le bureaucrate Ahmed Khan raconte n'importe quoi pour justifier son interdiction totale du vapotage. L'Association des Vapoteurs Indiens (AVI) a interpellé Mehbooba Mufti, Ministre en chef du Jammu & Cachemire, sur cette décision. Sans réponse semble t-il. L'association de défense des droits des usagers va probablement tenter d'intervenir au niveau légal pour s'opposer à cette criminalisation des personnes ayant arrêté de fumer en passant au vapotage, alors que le Cachemire compte 26,6% de consommateurs de tabac sous différentes formes selon la Global Adult Tobacco Survey (GATS) diffusée en 2016.

Violation des droits de l'homme encouragée par l'OMS

L'Inde est le troisième producteur mondial de tabac, derrière la Chine et le Zimbabwe. Cinq Etats indiens, principales zones de production de tabac, ont déjà interdit la vente de vape, un produit largement produit en Chine, grand voisin et rival de l'Inde. Jagdish Kaur, cadre indienne du bureau anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), avait lancé un appel à criminaliser les vapoteurs à l'exemple des juntes militaires Nord-Coréenne et Thaïlandaise en septembre 2017 dans l'Indian Journal of Public Health

A la lumière des ravages fait par cet appel en Asie (Singapour par exemple) en encourageant les politiques de répression contre les usagers de nicotine à risque réduit avec la vape, une absence de remise en cause par les délégations des pays démocratiques de la dérive contre les droits humain et son instrumentalisation par les intérêts tabagiques locaux du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS lors de son sommet du 1er au 6 octobre à Genève serait incompréhensible et inexcusable.


jeudi 10 mai 2018

[Bref] L'Institut de santé publique néerlandais (RIVM) déserte les comités ISO sur la vape et le tabac

Lutter contre l'influence de l'industrie du tabac en lui laissant le champ libre. C'est l'étrange justification de l'Institut national de santé publique néerlandais (RIVM) à sa démission des comités ISO/CEN sur les produits de vapotage et les produits du tabac. "La principale raison en est l'influence considérable que l'industrie du tabac exerce au sein de ces comités, où la protection de la santé publique n'est pas suffisamment mise en avant", explique le communiqué du RIVM. Participant depuis 2011 aux comités ISO (organisation internationale de normalisation), l'institut s'en retire avec effet immédiat. Cependant, le RIVM annonce qu'il continuera d'utiliser les normes ISO pour ses tests sur les produits concernés [sic!].

Annemiak van Bolhuis, directrice au RIVM, estime que son organisme doit privilégier de travailler avec le TobLabNet sur les méthodes d'examen et d'analyse des émissions des produits de vapotage et des produits de tabac. Le TobLabNet a été créé en 2005 par le RIVM sous le chapeautage du bureau anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). En l'absence de l'industrie, y compris celle indépendante du vapotage, ainsi que de toute association d'usagers, il regroupe essentiellement des organisme professionnels de lutte anti-tabac et quelques laboratoires. Depuis son inauguration à la Haye en 2005, il s'est rencontré à quatre reprises, dont la dernière fois en 2011 à Kiev selon le site de l'OMS.

Au sujet des normes techniques de produits du tabac, une plainte déposée en Hollande l'an passé accusait les cigarettiers de falsification des tests d'émissions des cigarettes, notamment par l'ajout de micro-perforations dans les filtres. "Le procureur a finalement classé sans suite l'affaire", rappelle le journal NL-Times.



mercredi 9 mai 2018

[Bref] Le Pr Riccardo Polosa devient conseiller scientifique d'INNCO à titre gracieux

INNCO, le réseau international des organisations de consommateurs de produits nicotinés à risque réduit, annonce un renfort de marque. Le Pr Riccardo Polosa, directeur de l'Institut de médecine de l'Université de Catania en Italie, rejoint à titre de conseiller scientifique l'organisation d'usagers. "Nous lui sommes reconnaissants pour son soutien ainsi que son engagement à fournir une orientation durable et des conseils alors que nous continuons de développer INNCO comme ressource de défense mondiale pour les consommateurs de produits de nicotine alternatifs et ceux qui soutiennent notre mission de réduction des méfaits par l'éducation et le plaidoyer", annonce un communiqué de l'organisation aujourd'hui. 

Auteur de plus de 350 articles scientifiques sur la médecine respiratoire, l'immunologie clinique et la dépendance au tabac, il a mené plusieurs études sur le vapotage. Son article sur le suivi durant plus de 3,5 ans de vapoteurs sans passé tabagique publié en novembre dernier dans Nature - Scientific Report a été parmi le top 100 des articles scientifiques les plus lus au monde en 2017. Le Pr Polosa est déjà au comité scientifique de la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) et a participé à plusieurs rencontres internationales au sujet de la réduction des risques à l'aide du vapotage, comme les Ecig Summits à la Royal Society de Londres et le Global Forum on Nicotine (GFN) à Varsovie. Il sera aussi le 19 mai à la VapeCon de Bienne pour présenter ses derniers travaux.

"Le rôle de consultant scientifique qui m'a été confié me permet d'assister les associations de vapoteurs et de consommateurs dans leur grande bataille pour le droit à la santé. La possibilité d'utiliser des outils moins nocifs que le tabagisme conventionnel est une opportunité que nous, les scientifiques, devons évaluer, soutenir et promouvoir. Le vapotage est une révolution qui nécessite engagement et courage. Nous serons toujours là", déclare le Pr Polosa au site de la LIAF à propos de sa nomination.

Outre le conseil scientifique, le Pr Polosa pourrait aider l'organisation des usagers à être représentée par son entremise dans les grandes rencontres des organisations internationales, pour le moment impossible à accéder pour les usagers. "Initialement, le professeur Polosa assistera en co-représentant INNCO dans son engagement avec l'Alliance mondiale contre les maladies non-transmissibles (MNT) de l'Organisation des Nations-Unies (ONU) et d'autres organismes concernés. Communiquer de manière transparente avec l'Alliance mondiale contre les MNT et l'informer est un objectif important de l'INNCO dans le cadre des travaux de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur les maladies non transmissibles qui se tiendra à New York le 26 septembre 2018. Cette réunion est d'une importance cruciale, avant la Conférence des Parties à la Convention-cadre de lutte anti-tabac (CCLAT) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) du 1er au 6 octobre à Genève", explique le communiqué de l'INNCO.


mardi 8 mai 2018

[Bref] A Taïwan: le vapotage augmente, le tabagisme adolescent chute au plus bas

Le tabagisme adolescent est au plus bas à Taïwan, tandis que le vapotage progresse légèrement. La part de fumeurs chez les lycéens (15-18 ans) a chuté de 11,51% à 8,26% entre 2014 et 2017. Chez les élèves des junior high school (12-15 ans), ils sont 2,66% à fumer en 2017 contre 5% trois ans plus tôt. "Ces deux groupes ont atteints les niveaux les plus bas historiquement", précise une étude publiée dans Asia Pacific Journal of Public Health. Dans le même temps, les adolescents qui déclarent avoir vapoté au moins une fois dans le mois précédent l'enquête sont passés de 2,01% à 3,54%, constatent les chercheurs de la Taipei Medical University qui se sont appuyés sur les données de la Global Youth Tobacco Survey (GYTS)

Liquides nicotinés prohibés à la vente

La législation locale actuelle soumet les liquides de vapotage avec nicotine à la réglementation des médicaments, mais aucun produit n'a été homologué. Le vapotage nicotiné est en conséquence de fait un produit illégal à Taïwan. L'étude ne précise pas quel type de vapotage, avec ou sans nicotine, est utilisé par les personnes, jeunes ou âgés, déclarant vapoter. 

"À Taiwan, les politiques restrictives actuelles et les campagnes contre le vapotage ont pu prévenir leur prolifération, en particulier chez les adultes. L'usage du vapotage y est beaucoup plus répandu chez les jeunes que chez les adultes, dont le taux de tabagisme conventionnel est 3 à 5 fois plus élevé que chez les jeunes. Bien que la consommation de vapotage ait augmenté plus significativement chez les jeunes que chez les adultes, les données actuelles montrent peu d'indice d'une contribution à une renormalisation du tabagisme plus importante chez les jeunes", expliquent les chercheurs dirigés par le Pr Wayne Gao. Malgré ces données, ils répètent leur peur de renormalisation du tabagisme par le vapotage chez les jeunes.

Projet d'interdiction totale de l'usage de la vape

Reprenant l'appel de Jagdish Kaur, cadre indienne du bureau anti-tabac de l'OMS, à suivre l'exemple des dictatures Nord-Coréenne et Thaïlandaise, une proposition d'interdiction totale de la production, de la distribution, de la vente et de l'usage du vapotage à Taïwan a été faite au Législatif Yuan en décembre dernier. 

Malgré cette orientation anti-vape, la délégation taïwanaise avait été exfiltrée discrêtement du Sommet 'Tabac ou santé' au Cap (Afrique du Sud) organisé par l'affairiste milliardaire anti-réduction des risques Michael Bloomberg pour ne pas gêner ses discussions business avec la Chine à cette occasion, les deux pays étant passablement brouillés.

Appel à la répression des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage par l'OMS


dimanche 8 avril 2018

Tribune d'un expert des addictions à Singapour: "la prohibition du vapotage est une erreur"

Singapore support smoking
En Asie, plusieurs gouvernements ont décrété la prohibition du vapotage. C'est le cas de Singapour depuis le 1er février, au nom du "principe de précaution". Le Dr Andrew Da Roza, membre de plusieurs comités d'experts dont l'Association Anti-Narcotiques de Singapour (SANA), s'interroge sur le bien fondé de la prohibition de l'outil de réduction des risques. Dans une tribune pour le journal Today le 28 mars, il se demande "si une position morale douteuse, de mauvaises interprétations des données scientifiques, des projections contradictoires sur les motivations de l'industrie du tabac et une inadéquation entre le bien-être de plusieurs et le bien-être de quelques-uns sont à l'origine de l'interdiction du vapotage à Singapour, n'est-il alors pas temps de repenser la politique de santé ?"

Les études existent

"Le ministère de la Santé de Singapour prétend qu'il n'y a pas d'étude scientifique sur le long terme (25 à 30 ans) pour montrer si ces dispositifs augmentent ou diminuent matériellement les maladies dans la population utilisatrice", constate le Dr Andrew Da Roza. Pourtant, des rapports scientifiques précis et complets ont été publiés notamment par le Royal College of Physicians (RCP) britannique et récemment le Public Health England (PHE), note le docteur. "Le PHE a conclu que vapoter ne représente que 5% ou moins des risques de fumer, et que passer complètement du tabac au vapotage «procure des avantages substantiels pour la santé»", souligne t-il. Aux Etats-Unis aussi, des organismes de santé reconnaissent la réduction des dommages du vapotage face au tabagisme, tels que l'Académie des sciences, de l'ingénierie et de la médecine et l'American Cancer Society.

Morale abstinente ou éthique de minimisation des dommages ?

"Aucune politique de santé publique n'exige qu'une nouvelle technologie qui peut potentiellement sauver des vies et prévenir des maladies soit testée pendant 25 à 30 ans avant qu'elle puisse être utilisée", remarque t-il. Pour le Dr Da Roza, les autorités de santé singapouriennes épousent une position morale contestable. "Les autorités choisissent de prendre une position morale: autoriser le vapotage peut être considéré comme une tolérance de la dépendance à la nicotine et cette dépendance serait si haïssable que cela ne compenserait pas la baisse de tabagisme liée. Mais la position morale opposée est tout aussi valable. L'interdiction de ces dispositifs empêche les fumeurs d'améliorer leur santé, la santé de leurs proches, et de prolonger leur vie", explique l'expert en addiction.

Les exemples des nations du tabac

Une autre raison se trouve peut-être dans les exemples des pays voisins de Singapour. La junte militaire en Thaïlande, fin 2014, et la Corée du Nord ont été les premiers à interdire le vapotage. Aux Philippines, l'interdiction n'a pas encore été prononcée, malgré les pressions en ce sens de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de l'Université privée de Dartmouth qui espère en faire un pays test pour ses détecteurs de nicotine. Par contre récemment, l'Indonésie a suivi le mouvement de prohibition pour protéger ses ventes de tabac, selon les déclarations de son Ministre de l'Industrie. 

Motif de vulnérabilité ou effet causal extérieur ?

Si le Gouvernement indonésien voit dans le vapotage un concurrent à ses ventes de tabac, d'autres prétendent qu'il pourrait être une "passerelle" vers le tabagisme pour les adolescents. En plus des études épidémiologiques britanniques et américaines montrant la baisse du tabagisme adolescent depuis l'apparition du vapotage, le Dr Andrew Da Roza en appelle au bon sens. "Le bon sens nous dit aussi que les adolescents qui essaient le vapotage sont également susceptibles d'essayer beaucoup d'autres choses, y compris l'alcool, les cigarettes et les drogues. Par quoi ils commencent et poursuivent n'est pas déterminé par la substance ou l'appareil, parce que c'est en fonction de leur vulnérabilité à l'utilisation de toute substance psychoactive. Donc, avec ou sans vapotage, ils sont vulnérables à fumer, à boire et à utiliser d'autres substances. Ainsi, les études, qui prétendent établir que le vapotage est la cause du tabagisme, ne font guère plus que montrer une association entre vapoter et fumer - ce qui est attendu, étant donné que les mêmes vulnérabilités individuelles en sont la cause", argumente le spécialiste.

Marché noir hors contrôle

En plus de favoriser le maintien ou l'adoption du tabagisme en interdisant cette alternative à moindre dommage, la prohibition prive les autorités de tout contrôle sur les produits de vapotage. "S'il existe des risques pour la santé avec ces dispositifs, une approche prudente ne consiste pas à les interdire mais à les réglementer et à en réduire les risques", souligne le Dr Andrew Da Roza. Sera t-il entendu à Singapour ?


dimanche 4 mars 2018

Sommet mondial 'tabac ou santé' à Cape Town: les pays du Sud méritent-ils l'accès à la réduction des méfaits ?

La semaine prochaine, la 17ème World Conference on Tobacco Or Health (WCTOH), conférence mondiale Tabac Ou Santé, se tiendra à Cape Town en Afrique du Sud. Le sommet, organisé avec l'appui financier du milliardaire américain Michael Bloomberg, accueillera cadres d'ONG, scientifiques, bureaucrates de la santé publique, journalistes et les leaders de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Tedros Adhanom, le nouveau directeur général éthiopien de l'OMS, sera la guest-star de l'événement mercredi, aux côté de l'incontournable Vera daCosta, la toute-puissante directrice brésilienne du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Mais en dehors de narcissiques auto-célébrations, que peut amener ce sommet pour réduire le fardeau sanitaire du tabagisme? La question se pose mondialement évidemment. 

Le monde en une seule dimension

Et donc aussi pour les pays du sud - ou en développement ou émergents selon les fluctuations de vocabulaire ou, de manière plus réaliste, à faible PIB -. Le programme montre que l'organisation y a pensé: un atelier de "training" dédié aux journalistes africains est agendé en pré-ouverture du sommet. Des conférences sont axées sur les situations en Afrique ou en Asie... Mais globalement, l'approche de la question est unidimensionelle. "La plupart du temps à cette conférence sera consacré à des politiques conçues uniquement pour cibler l'industrie du tabac plutôt qu'à des stratégies de santé publique innovantes pour s'attaquer au problème de santé publique du tabagisme", observe Gregory Conley, Président de l'American Vaping Association (AVA), dans une tribune sur City-Press

12 minutes

On ne peut pas contredire Greg Conley au regard du programme. J'ai cherché les interventions susceptibles d'être ouvertes à la question d'approches de réduction des méfaits. J'en ai trouvé une. Douze minutes accordées à Shannon Gravely, de l'Université de Waterloo (Canada), pour présenter son étude sur les différents impacts sur le tabagisme selon les législations sur le vapotage entre 13 pays. Le communiqué de presse de l'organisation dédié à attirer l'attention sur l'atelier où se déroulera cette présentation, n'a pas même jugé utile de la mentionner (sic!). Seules les autres études présentées à cette session pour affirmer la peur du fantasme d'un effet passerelle du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes y sont mises en avant.

Il va sans dire que ces 12 minutes seront de peu de poids fasse au bombardement préalable contre le vapotage des cadres du bureau anti-tabac de l'OMS. Leur session réservée comporte notamment une intervention de l'indienne Jagdish Kaur. La responsable Asie du bureau anti-tabac de l'OMS milite officiellement depuis plusieurs mois pour que les pays asiatiques suivent les exemples Nord-Coréen et Thaïlandais de criminalisation des usagers de vapotage.


Good at home, bad for others?

La politique de haine et de répression contre les usagers de nicotine, y compris à méfaits réduits, est un des axes privilégiés à la fois par le milliardaire Bloomberg et par l'OMS, qui est d'ailleurs substantiellement financée par celui-ci. Autre financier important pour le bureau anti-tabac de l'OMS, le Royaume-Uni a pourtant opté pour une politique sensiblement différente à domicile. C'est troublant. Les dirigeants britanniques estiment-ils que la réduction des méfaits est bonne en Grande-Bretagne mais que les populations du sud ne la méritent pas ? J'ai le sentiment de voir le vieux schéma colonialiste où les prêtres intégristes sont envoyés prêcher le puritanisme aux populations indigènes.

"Trop de dirigeants de santé publique semblent être embourbés dans une pensée de groupe dépassée qui ignore les sciences émergentes. Si la conférence sur 'tabac ou santé' traite de la mort et des maladies causées par le tabagisme, les participants devraient souligner comment les fumeurs au Royaume-Uni, au Japon et en Suède exploitent la science et la technologie pour abandonner la cigarette", alerte Greg Conley dans son appel à prendre en considération la réduction des méfaits et ses usagers. 

Le culte de l'abstinence pour les autres

Malheureusement, la tribune du défenseur du vapotage a peu de chance d'être entendue par la nomenclatura anti-tabac à Cape Town. Pourtant, "ce n'est pas la nicotine ou même le tabac qui tue les fumeurs. C'est l'inhalation de monoxyde de carbone et de goudrons provenant de la combustion de cigarettes qui causent les maladies pulmonaires et cardiaques qui tuent les fumeurs. L'application d'interdictions, de réglementations et de taxes aux produits non combustibles à base de nicotine signifie simplement que davantage d'Africains continueront de fumer - et malheureusement, que davantage mourront". Mais le message de la réduction des méfaits est visiblement non grata à ce sommet anti-tabac en Afrique du Sud.


vendredi 26 janvier 2018

Thaïlande: nouvelles arrestations et consignes aux aéroports contre les vapoteurs

Depuis le partenariat noué entre l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la junte militaire, propriétaire du Thaïland Tobacco Monopoly, la répression contre les vapoteurs ne faiblit pas en Thaïlande. Un couple de touristes israéliens a été arrêté pour avoir vapoter en début de semaine. "Ils ont été forcé de payer une amende d'environ 1'200 $", rapporte le Jerusalem Online. Suite à cette affaire, le Ministère des affaires étrangères israélien a décidé d'alerter sa population aux risques de voyager en Thaïlande avec des produits de vapotage. "Une personne qui détient une vapoteuse peut être amendée, jugée et incarcérée", a prévenu le Ministre israélien.

Consigne aux aéroports

A raison, car la junte militaire semble partie pour encore durcir les mesures de répression contre les vapoteurs, y compris les touristes. Selon un membre fiable de l'association d'usagers locale, une consigne a été transmise au personnel de sécurité des aéroports de dénoncer à la police les personnes détenant des produits de vapotage, notamment en cas de détection au scanner.
Selon la même source, au moins trente appareils de vape avaient été saisis à des voyageurs en une nuit après cette consigne.

Multiplication des arrestations depuis l'été dernier

Le vapotage a été interdit en Thaïlande par la junte militaire à la fin 2014, quelques mois après le coup d'Etat. La répression est allée crescendo, pour aboutir depuis quelques mois à de multiples arrestations. Cet été, un touriste Suisse a notamment été détenu six jours en isolement, puis astreint à rester au pays jusqu'à son procès trois mois plus tard qui l'a condamné à une amende. Plusieurs autres touristes ont connu des arrestations, certains s'en tirant avec des amendes sur le moment comme le couple israélien, d'autres astreints à rester en Thaïlande dans l'attente de leur procès. 

Les thaïlandais aussi sont victimes d'arrestations arbitraires. Une histoire a fait du bruit en décembre dernier, ayant été filmée. Une jeune femme, connue sur la toile sous le pseudo de Flukesri Maneedeng, a été arrêtée, violentée et sa voiture saisie pour simple détention d'une vapoteuse dans son auto. Dans l'attente de son procès, où elle risque jusqu'à dix ans de prison, la vapoteuse a multiplié les interviews sur les chaînes de télévision locales. Suite à cela, l'ECST, l'association de défense des usagers du vapotage en Thaïlande, a remis une pétition signée par plus de 17'000 personnes réclamant la légalisation du vapotage. 


Singapour criminalise l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage !

Dés le 1er février, il sera illégal d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage à Singapour. Le Ministère de la santé (MoH) l'annonce officiellement. "Toute personne prise en train d'acheter, possédant ou en train d'utiliser un produit émergeant ou d'imitation du tabac [ndr. une vapoteuse] est passible d'une amende jusqu'à 2'000 $ [1'500 Fs]", explique le communiqué du MoH. La volonté de répression du Gouvernement à l'encontre des vapoteurs va jusqu'à appeler à la délation. "Les personnes qui ont des renseignements sur des actes d'importation, de distribution ou de vente, d'achat, d'utilisation et de possession illicites de produits interdits, y compris les cigarettes électroniques et autres vaporisateurs, sont invités à faire rapport à la Direction de la réglementation du tabac", communique les fonctionnaires singapouriens, précisant la ligne téléphonique et le compte mail réservés à la délation de vapoteurs. 

Une loi durcit contre le vapotage

La vente de produits de vapotage était déjà prohibée à Singapour, exposant les vendeurs à des peines de prison jusqu'à un an et des amendes de 10'000$ (7'200 Fs). L'amendement de la loi voté en novembre dernier introduit de facto le crime d'arrêt tabagique et de minimisation des méfaits à Singapour. "Certains membres du parlement ont tenté de faire part de leur inquiétude concernant l'interdiction stricte du vapotage par le Gouvernement en novembre dernier", précise le site d'information singapourien Coconuts.

Coupable d'aider trop de fumeurs à arrêter la cigarette

La volonté gouvernementale de tuer le vapotage a pour origine son efficacité et sa popularité pour sortir du tabagisme d'un nombre croissant de singapouriens. "Cette loi protégerait les singapouriens des risques d'utiliser ces produits et va empêcher leur usage", justifiait un porte-parole de la Health Science Authority en octobre au journal local Straits Times. Le site Coconuts avait relaté l'engouement dés 2015 de fumeurs abandonnant les cigarettes pour le vapotage à Singapour malgré la prohibition de vente. "La popularité des produits de vapotage grandit de jour en jour", confirme en octobre dernier l'International Business Times. Le Ministère de la santé (MoH) recommande d'utiliser "les méthodes incluant l'arrêt sans aide [cold turkey], les conseils au sevrage et les produits pharmaceutiques tels que les substituts nicotiniques (NRT)"

Les méfaits de santé de l'OMS

L'évolution liberticide et nocive à la santé publique de Singapour suit de l'appel à prendre pour modèle les exemples répressifs Nord-coréen et Thaïlandais de Jagdish Kaur, responsable anti-tabac pour l'Asie du Sud-Est de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). "Les pays de la région du Sud-Est asiatique doivent prendre des mesures réglementaires pour interdire totalement la production, l'importation, la distribution, la présentation, la vente et l'usage des appareils électroniques de délivrance de nicotine (ENDS) ou sans nicotine (ENNDS) de manière approprié à leur droit national", expliquait la cadre de l'OMS dans l'Indian Journal of Public Health en septembre dernier.

mercredi 10 janvier 2018

La Tunisie sous le monopole du tabac: la colère face à la répression des vapoteurs

"L'Etat veut conserver ses fumeurs. C'est la raison pour laquelle il interdit la commercialisation libre du vapotage". En Tunisie, la vente de produits de vape est soumise au monopole de la Régie Nationale des Tabacs et Allumettes (RNTA) depuis un arrêté ministériel de mai 2014. Une situation contestée par une nouvelle pétition en ligne lancée il y a quelques jours par l'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF). Et pour cause. Ce monopole est synonyme de pénurie organisée. "La RTNA a le monopole mais ne fait aucun effort pour satisfaire les besoins des vapoteures. Que ce soit pour les liquides ou le matériel", explique notre témoin tunisien Ryad Bahri, qui a arrêté de fumer après 15 ans de tabagisme à l'aide du vapotage depuis juin. Effet classique face aux situations de quasi-prohibition, des ventes hors du monopole se sont multipliées pour répondre à la demande croissante pour le moyen de sortir du tabagisme. Fin novembre, les douanes tunisiennes sont passées à l'offensive. 

Série de rafles fin novembre

Elles ont multiplié les rafles dans les boutiques et saisi le matériel. "Tout comme House of Vapes, d’autres boutiques ont reçu la visite des douaniers et ont dû baisser rideau pour les mêmes raisons, à savoir l’absence de factures", explique le site d'info tunisien Webdo le 29 novembre. L'absence de facture découle du refus des autorités de délivrer des autorisations de vente aux magasins de vapotage. Cercle pervers, les commerçants sont contraints par le monopole de la RTNA à une forme de marché gris, que les douanes viennent ensuite réprimer. 

Coïncidence ou non, les descentes se déroulent quelques jours avant un sommet les 6 et 7 décembre à Tunis du bureau anti-tabac (FCTC) de l'organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans un pays où le tabagisme galope aussi allègrement que les vendeurs de cigarettes du marché noir, la date des rafles anti-vapes ressemblent à s'y méprendre à une sorte d'opération de comm' des autorités pour donner le change à la jet-set de l'OMS. Phénomène récurrent, de la Thaïlande à la Corée du Nord, de la Turquie à Singapore, etc., là où l'OMS passe, les vapoteurs sont poussés à reprendre le tabagisme par les autorités locales.

Tabagisme galopant sous l'emprise du monopole

Pourtant les tunisiens n'ont pas besoin de ces coups de poignard contre le vapotage. Selon les statistiques officielles, 45% des hommes adultes et 3% des femmes fument. Chiffre effrayant de la même enquête de 2016, 20% des jeunes dés 11 ans, des deux genres confondus, seraient déjà fumeurs. Un tabagisme mis à profit par la RTNA, entreprise publique sous la tutelle du Ministère des finances comme l'explique son site. L'entreprise n'a évidemment aucun intérêt à aider les fumeurs à s'en sortir avec le vapotage. Malgré tout, la vape s'est développée comme dans de nombreux pays.

Pour le droit de choisir d'arrêter de fumer

L'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF), créée il y a une année, évalue à plus de 20'000 le nombre de vapoteurs tunisiens. Pour les défenseurs du moyen à méfaits réduits pour sortir du tabagisme, les actions des douanes contre les magasins de vape risquent de repousser des milliers de vapoteurs dans la cigarette. L'association presse, dans une pétition en arabe, le Gouvernement de légaliser le commerce indépendant du vapotage pour offrir "le droit de choisir cette alternative à l'efficacité évidente pour cesser de fumer"

Signe que le vapotage marchait plutôt bien en Tunisie, le site d'info Webdo faisait état d'une trentaine de boutiques de vapotage pour la seule ville de Tunis avant la vague de répression. Mais celle-ci a littéralement asséché les vapoteurs. "Actuellement, la communauté des vapoteures est pour ainsi dire à sec. Il n'y a plus de produit disponible", nous explique notre témoin Ryad Bahri.

Mise au sec des vapoteurs

Au delà de la question du vapotage, la Tunisie vit actuellement un climat social très houleux. RFI rapporte que la population manifeste en masse contre la vie chère, provoquée par des hausses de taxes, l'absence de transparence des dirigeants et de l'administration, coupables pour beaucoup d'une gestion dépassée et inefficace. Depuis plusieurs semaines, le ton monte dans les rues tunisiennes. L'inflation grimpe et le dinar s'est effondré ne valant plus que 34 cts d'euro.

Une situation économique sociale et économique qui rejaillit aussi sur le vapotage. "Avec le taux de change, c'est vraiment cher de commander à l'étranger. Pour avoir un rabais, il faudrait commander groupé mais les douanes saisissent les gros colis. De plus, il faut une carte bancaire internationale, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de gens", témoigne Ryad. En l'état, bien difficile pour les vapoteurs de le rester et a fortiori pour les fumeurs de s'en aider pour lâcher les cigarettes. Reflet d'un pays à la dérive, la politique contre le vapotage semble trahir le soucis de protéger des intérêts bien éloignés de celui de la santé publique et de l'intérêt commun. Espérons que les dirigeants tunisiens reviennent à plus de raison et de bienveillance.


jeudi 4 janvier 2018

[Recension] Vape & tabac en Suisse: entre oligopole et dons citoyens, la revue Dépendances fait son marché


"A l'instar du sexe ou de la consommation du sucre et des produits gras, l'usage des substances psychoactives répond à un besoin humain fondamental de recherche de plaisir et de récompense". L'article d'Aris Martinelli, doctorant en socioéconomie à l'Université de Genève, sur la trajectoire des marchés des psychotropes et psychoactifs répondant à ce besoin fondamental, clôt le dernier numéro en date de Dépendances. La revue, co-éditée par le Groupe Romand d'Etudes des Addictions (GREA) et la fondation Addiction Suisse, s'est en effet intéressée à jeter des "regards sur les marchés""Paradoxalement, le "marché" - ce lieu où se rencontrent l'offre et la demande - est assez mal connu des acteurs du domaine socio-sanitaire", explique en édito Frank Zobel, vice-directeur d'Addiction Suisse. Opioïdes, médicaments, alcool, jeux d'argent, CBD sont sur les étals de la revue, aux côté d'une exploration des cryptomarchés du dark web. Notre recension se concentre sur l'article d'Aris Martinelli pour éclairer l'opposition entre les marchés du vapotage et du tabac en Suisse présentés dans les deux articles ouvrant ce numéro de Dépendances. Malheureusement, un regard réflexif sur le marché des soins et de la prévention en est absent pour compléter le triptique.

On peut commander la revue à
Les articles sont mis en accès libre une année après publication à

Le grand marchandage

Le contraste tracé par Aris Martinelli, dans "Addictions et sociétés marchandes", campe un arrière-fond historique sur lequel la revue prend place. Le chercheur genevois oppose d'une part, un usage "pré-capitaliste" des substances psychoactives "encastré" dans des pratiques sociales d'ordre thérapeutique, religieux et de sociabilité, et, d'autre part, sa transformation en marchandise soumise au régime de la recherche de profit dans l'époque moderne. "La production pour le gain entraîne le "désencastrement" des pratiques de consommation de psychotropes d'une certaine régulation sociale, qui permettait une consommation contrôlée dans le cadre de moments festifs et rituels collectifs", explique le chercheur genevois, s'inspirant de la thèse de la "grande transformation" de l'historien, anthropologue et économiste hongrois Karl Polanyi.

A ce trait structurel s'ajoutent un "emballement psychoactif" du raffinage des principes actifs et une stimulation de leur consommation par leur goût et les conditions d'existence. "Le travail aliéné accroît le besoin de récompense et de plaisir", souligne d'un accent marxien le socio-économiste. La dynamique de marchandisation amène le développement de produits plus puissants et de modes de consommation plus violents. L'essor de l'industrie pharmaceutique parachève cette trajectoire en créant les drogues de synthèse. "L'ère des industries pharmaceutiques commence. C'est la consécration, en quelque sorte, du long processus de marchandisation des substances psychoactives par leur détachement définitif de la nature et du contrôle social sur leur usage", souligne Aris Martinelli.

Persistance et résistance du don

Mais l'avènement du capitalisme a t-il fait disparaître définitivement les formes d'usages antérieures? Peut-être par effet de contraintes de publication, la description du chercheur reste ambiguë sur ce point. Or, bien qu'une domination par la logique marchande est indéniable, la persistance, la réminiscence ou l'éclosion de nouvelles pratiques empruntant des formes non marchandes sont encore présentes. A un niveau "micro", les dynamiques de don parsèment de toute évidence les usages de substances psychoactives. Il peut se faire aussi outil de résistance collectif, à l'image de son emprunt par les vapoteurs en Suisse qu'explore l'article d'Olivier Théraulaz.

Dans "le marché suisse des produits de vapotage, entre prohibition et astuce citoyenne", le président d'Helvetic Vape, l'association des vapoteurs en Suisse, décrit comment l'interdiction de vente locale de liquides nicotinés à inhiber le développement de ce marché. "Les effets de la prohibition administrative [depuis 2009] sur les produits de vapotage contenant de la nicotine ont fortement limité la progression du nombre de vapoteurs et l'essor du marché", constate Olivier Théraulaz. Image troublée dans le public, renchérissement des produits pour les usagers et précarisation des commerces spécialisés s'ensuivent.

Astuce citoyenne contre tabagisme fédéral

"En distillant l'idée fausse que les produits de vapotage nicotinés pouvaient, du fait de leur interdiction officielle de vente, être plus dangereux que les produits du tabac combustibles en vente libre, la prohibition de ces produits a créé une incompréhension du principe de réduction des risques et des dommages auprès des fumeurs", insiste le représentant de l'association des vapoteurs. Face à ces entraves pour sortir du tabagisme à l'aide du vapotage, le milieu de la vape suisse s'est emparé du vieil outil social du don. "Depuis quelques temps, pour contourner l'interdiction administrative de vente, certains magasins offrent, sur demande, de la nicotine après la vente d'un liquide sans nicotine. Le taux de nicotine désiré par le client est ajouté gracieusement au liquide déjà vendu. Une "solution" astucieuse, fondée sur le don", explique Olivier Théraulaz.

La diffusion de la pratique a permis au vapotage de progresser sensiblement depuis deux ans, sans que des données suffisamment fiables ne permettent de le quantifier précisément. Mais on l'aura saisi aux guillemets sur le mot "solution", l'astuce des dons est sympathique mais reste limitée. La prohibition a empêché des centaines de milliers de fumeurs de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Le refus des autorités fédérales de légaliser le vapotage nicotiné autrement qu'en l'assimilant à la future Loi sur les produits du tabac (LPTab) [dont le second avant-projet a été présenté après la rédaction de la revue], qui ne serait effective au plus tôt qu'en 2022, risque de faire perdurer la situation. Pourtant, Frank Zobel souligne dans son éditorial qu'un "cadre conceptuel et des règles permettant de réguler les marchés, en favorisant les produits les moins nocifs, et non pas les groupes d'intérêts les plus influents" est nécessaire rapidement.

La Suisse et les Big Tobacco

En terme de groupe d'intérêts influent, l'industrie du tabac se pose là. Tout particulièrement en Suisse, comme le présentent Karin Zürcher et Valentine Guenin du CIPRET-Vaud. Philip Morris (PMI) a son siège mondial à Lausanne et une usine à Neuchâtel [ainsi qu'un centre de recherche], Japan Tobacco (JTI) a inauguré son quartier général à Genève fin 2015 et détient une usine à Dagmersellen, tandis que British American Tobacco (BAT) a d'importants bureaux à Lausanne et une usine à Boncourt. Selon l'Administration des douanes (AFD), 80% des 40 milliards de cigarettes produites en 2015 ont été exportées, pour la plupart vers des pays n'appliquant pas la norme dite 10-1-10 sur les limites respectives de taux dégagés de goudrons, nicotine et monoxyde de carbone en vigueur en Suisse et dans l'UE (qui en interdit aussi la production contrairement à la Suisse). Tandis que les résidents en Suisse consomment environ 10 milliards de cigarettes par an.

Ce poids économique des Big Tobacco est renforcé par des alliances avec les cultivateurs de tabac, les organisations représentant les quelques 30'000 commerces divers vendant du tabac et le secteur de la publicité. "Ce sont près de 15,5 millions de francs qui sont investis chaque année dans la publicité en Suisse pour les produits du tabac", soulignent les auteures. Au total, "l'économie du tabac représenterait 6,5 milliards de francs par an, dont plus de 2 milliards de retombées fiscales directes (taxation des produits du tabac)", estiment Karin Zürcher et Valentine Guenin. "Malgré "l'utilité économique" du secteur du tabac prônée par ses alliés, la consommation de tabac pèse en réalité lourdement sur l'économie nationale. Elle lui coûte plus de 10 milliards par an en traitement médicaux, absentéisme au travail, invalidité et perte de qualité de vie", poursuivent-elles.

WHO want to smoke you ?

Étonnamment, l'envers des frais médicaux n'est pas développé par les auteures. Une partie de ces frais sont pourtant des gains pour l'industrie de la pharmaceutique, ainsi occultée de ce panorama. Pour les deux représentantes du CIPRET-Vaud, "la Suisse devrait considérer que les intérêts de santé publique sont inconciliables avec ceux de l'industrie du tabac". Elles se réfèrent à la charte de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un organisme passé ces dernières années aux mains d'intérêts privés dont dépend plus de 80% de son financement. 

Au-delà de cet angle mort, on peut aussi s’interroger sur la pertinence du modèle du tabagisme d'Etat défendu par le Bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Sous l'influence des grandes nations exportatrices de tabac - Brésil, IndeThaïlande... - et visiblement sensible aux charmes des régimes ultra-autoritaires, le bureau anti-tabac de l'OMS promeut les réglementations des juntes militaires thaïlandaise et nord-coréenne alliant à la fois violations des droits humains et du principe de réduction des méfaits. La FCTC de l'OMS est aller jusqu'à ouvrir une antenne à Bangkok financée par la Thaïlande, pays où plus de 80% des cigarettes sont vendues par l'Etat sous les marques du Thaïland Tobacco Monopoly. Des explications sur les vertus sanitaires du modèle économique du Bureau anti-tabac de l'OMS, auquel les auteures enjoignent d'adhérer, m'auraient été utiles, car en l'état, elles m'échappent totalement.

Où est l'article sur le marché de la prévention du tabagisme ?

L'impasse faite par les militantes anti-tabac lausannoises reflète un angle mort sur l'ensemble du numéro de la revue. Le marché des soins et de la prévention n'y est pas thématisé. Son traitement aurait pourtant été intéressant pour le lecteur. Pouvant aussi susciter une réflexivité en miroir sur le rôle joué par les acteurs socio-sanitaires face aux marchés auxquels ils se confrontent. Un panorama systémique des dynamiques de marchés et des relations, d'opposition sur certains aspect et de soutien sur d'autres, entre les marchés aurait pu éclairer la place de ces acteurs. En dépit de ce refoulement, la lecture de ce numéro de Dépendances reste très stimulante, y compris par les articles dont je ne parle pas ici. 


lundi 18 décembre 2017

Plus de 17'000 signatures pour la légalisation du vapotage en Thailande

De nouvelles d'arrestations de vapoteurs ce mois en Thaïlande ont propulsé le débat sur le vapotage au premier plan. Parmi les multiples arrestations, dont au moins un touriste, les médias ont notamment relayé les images de la détention violente dManussaya Yaowarat, plus connue sous le pseudo de Flukesri Maneedeng sur le web thaïlandais. La jeune femme de 29 ans a été incarcérée, et sa voiture saisie, pour possession d'une vapoteuse et d'une fiole de liquide qu'elle a reconnue utiliser pour ne plus fumer. "Quel crime ais-je commis?", hurle t-elle aux policiers la violentant sur une vidéo qui a fait le tour du web puis des chaînes TV. Cette affaire a mis en relief les revendications de l'association des usagers du vapotage en Thaïlande (ECST). L'association, vient de soumettre à l'Assemblée législative nationale une pétition munie de plus de 17'000 signatures pour demander la légalisation du vapotage.

"Jusqu'à présent, personne dans le secteur de la santé publique n'a été disposé à débattre avec moi à la télévision publique", remarque Maris Karanyawat, représentant de l'ECST. "Pourtant, tout ce que nous voulons, c'est le droit de pouvoir choisir une alternative plus saine que le tabac traditionnel", précise t-il au Bangkok Post du jour. Du coté des autorités sanitaires, le déni de la réduction des méfaits est totale. "Le Département de Lutte contre les Maladies (DDC) et les réseaux anti-tabac insistent sur le fait que le vapotage est beaucoup plus dangereux pour la santé que les cigarettes de tabac", rapporte le Bangkok Post. A l'opposé des conclusions des rapports scientifiques britanniques de Public Health England et du Royal College of Physicians s'étonne le journal.

Siripol Yodmuangcharoen, responsable de l'Assemblée législative, confirme avoir reçu la pétition de l'ECST. Il note que 160 pays dans le monde autorisent la vente de vapotage, contre 15 prohibitionnistes, selon le Bangkok Post. En attendant une éventuelle avancée au pays du Thaïland Tobacco MonopolyPol Col Krissana Pattanacharoen, porte-parole adjoint de la police, rappelle que l'importation de produits de vapotage peut être sanctionné jusqu'à 10 ans de prison et une lourde amende, tandis que la simple possession est passible de cinq ans d'emprisonnement. Une politique de répression des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage soutenue par l'Organisation Mondiale de la Santé, qui la cite en modèle à suivre avec la Corée du Nord.