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jeudi 7 décembre 2017

Mensonges et calomnies sur InfoSperber

Article honteux sur le site suisse-allemand InfoSperber publié ce 6 décembre. A quelques jours de l'annonce du nouveau projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab), trois ultras contre le droit à la réduction des méfaits attaquent ad hominem le Pr. Jean-François Etter, de Stop-Tabac.ch. En dépit de la gravité des accusations portées sans aucun élément probant dans l'introduction signée de "la rédaction", le journal n'a pas jugé opportun de lui donner la parole. Cette manière de faire d'InfoSperber est une violation manifeste de la déontologie journalistique la plus élémentaire. Nous n'avons pas eu le temps de contacter les parties prenantes, nous nous concentrons donc uniquement sur le contenu de l'article signé de Macé Schuurmans, membre de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT), Rainer Kaelin, ex-vice-président de la Ligue Pulmonaire Suisse et Jürg Barben, pneumologue à l'hôpital pédiatrique de St. Gall.

"Au moins 95% moins nocif que de fumer"


L'article s'articule autour de trois contre-vérités. La première consiste à prétendre que l'évaluation d'une réduction des méfaits de 95% du vapotage par rapport aux cigarettes "n'est pas une mesure, mais se base sur une enquête dans laquelle seulement 12 collègues d'Etter ont été invités à donner leur appréciation personnelle en 2013, et qui a été critiquée comme trompeuse". Ceci est mensonger. L'évaluation du groupe mené par le Pr David Nutt a effectivement conclu à une réduction d'au moins 95% des méfaits du vapotage par rapport aux cigarettes. 

Mais deux organismes de santé éminemment prestigieux et compétents ont procédé par ailleurs à leur propre analyse scientifique. Ces deux organismes sont dans l'ordre chronologique, le Public Health England, l'organisme de santé publique anglaise qui a publié son rapport en 2015 - points clefs en français- , et le Royal College of Physicians britannique qui a écrit un rapport exceptionnellement riche intitulé "Nicotine without smoke" en 2016 - points clefs en français -.

Basé chacun sur des centaines d'études scientifiques prises en compte, ces rapports concluent que "le danger pour la santé découlant de l'inhalation à long terme de l'aérosol des produits de vapotage disponibles aujourd'hui ne devrait pas dépasser 5% du préjudice causé par le tabac fumé", dans la formulation du Royal College. Ceci est une fourchette d'évaluation et non un chiffre précis comme le présente avec un certain ridicule l'article d'InfoSperber. Le Royal College of Physicians britannique est le premier organisme de santé de référence au monde à avoir établi les dangers du tabagisme dans son rapport de 1962. Les membres de ces deux organisations sont au-dessus de tout soupçon et ils ont des connaissances dans le domaine  que les auteurs seraient inspirés de mettre à profit. Et les scientifiques concluant à cette réduction des méfaits ne sont pas tous des fumeurs contrairement aux accusations des trois signataires suisses.

La Pr Ann McNeill fume t-elle ?

Les Prs John Britton, Ann McNeill, Peter Hajek, Martin Dockrell, Deborah Arnott, Linda Bauld, Robert West, etc...  ne sont pas fumeurs. C'est surréaliste de devoir préciser cela. Car quand bien même le seraient-ils, on a du mal à voir en quoi cela les disqualifierait à saisir l'intérêt du vapotage pour justement sortir du tabagisme. D'autre part, contrairement à ce que prétend l'article d'InfoSperber, ces auteurs couvrent l'ensemble des aspects de la problématique, y compris l'épidémiologie. Le jour où Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben prendront la peine de lire et d'essayer de comprendre les travaux du Pr Robert West, peut-être seront-ils en mesure d'articuler une pensée plus consistante sur le sujet.

Enfin, les trois suisses allongent leur catalogue en précisant que les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt "n'étaient pas transparent sur leur financement". Ce ragot court de longue date. Le Times, le journal de Rupert Murdoch aux liens bien connus avec l'industrie du tabac, a publié des accusations contre ce groupe. Mis en demeure par les chercheurs calomniés de montrer des preuves de cette accusation, le journal anglais s'est trouvé passablement dépourvu. Aucun élément factuel à présenter et leur source, que l'on surnommera McK, a rétracté son témoignage. Le Times a dû démentir, retirer son article et présenter ses excuses. Le corbeau continue malgré tout à essayer de salir la réputation de collègues, dont au moins un semble avoir eu le défaut d'obtenir un poste que McK convoitait.

Où est la déclaration d'intérêts des auteurs ?

Quoiqu'il en soit, les rapports scientifiques de Public Health England et du Royal College of Physicians sont parfaitement transparents sur leurs financements. Par contre, on s'interroge sur l'absence de déclaration de liens d'intérêts concernant la publication d'InfoSperber. Un commentaire censuré par le site questionne les liens avec l'industrie pharmaceutique des trois auteurs. Une industrie qui bénéficie de la grande masse de maladies créées par le tabagisme pour étendre son chiffre d'affaires. A l'aune de la gravité des accusations portées contre le Pr Etter, les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt, du Public Health England, de l'institution du Royal College of Physicians, puis plus loin dans le texte implicitement contre Addiction Suisse, on pourrait s'attendre à une clarification d'InfoSperber, plutôt qu'une censure sur cette question.

Addiction Suisse visée sans être nommée

Après le rejet des deux rapports scientifiques les plus étayés sur le sujet, les trois auteurs accusent le Pr Etter de soutenir "le chiffre "officiel" ", guillemets des auteurs, du tabagisme à 25% en Suisse. C'est, sans guillemet, le chiffre officiel présenté, au public et à l'OMS, par l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), dont le Pr Macé Schuurmans est tout particulièrement proche. Effectivement ce chiffre, produit par une enquête de la fondation Addiction Suisse sous mandat de l'OFSP, est clairement sous-évalué. Le Pr Etter, qui n'est pas impliqué dans ce travail, non seulement convient de sa sous-estimation mais il m'avait précisé une piste d'explication du biais de l'enquête lorsque j'avais traité le sujet pour le Vaping Post. Les auteurs de l'article dans InfoSperber semblent tellement haineux qu'ils sont prêt à porter n'importe quelle accusation. 

On notera au passage que Rainer Kaelin s'appuie cette fois sur un article co-signé par le Pr Jacques Cornuz qu'il accusait, sans le nommer, d'avoir manipulé l'étude Delphi et le premier rapport (2014) de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme sur le vapotage dans un autre article pour le Bulletin des Médecins Suisse en juillet dernier.

Moins de 5% des produits de vapotage sur les marchés européens sont à Big Tobacco

Le troisième délire des défenseurs de l'ordre en place est de prétendre que l'industrie du tabac "domine également le marché des cigarettes électroniques". C'est factuellement faux. Si ces auteurs ne le savent pas, c'est le signe d'une grave incompétence sur le sujet. En Suisse, la part des cigarettiers sur le marché du vapotage est néant, zéro, null, niente (désolé en romanche je ne sais pas le dire). Sur les grands marchés européens tels que la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la part des ventes de produits de vapotage appartenant à des compagnies cigarettières est nettement en deçà de 5% - voir par exemple le rapport de l'institut Xerfi, dont le chercheur principal est interviewé sur Vaping Post


Les raisons en sont assez simples. Leur produits sont médiocres. Ils sont en format propriétaire forçant les consommateurs à être captifs de recharges spécifiques à la machine achetée, contrairement à la vape ouverte indépendante. D'un côté un produit limitant le choix, de l'autre une multitude de combinaisons de goûts et de pièces interchangeables pouvant évoluer etc... Enfin, une troisième raison est que les vapoteurs ex-fumeurs apprécient pour beaucoup de marquer leur rupture avec le tabagisme en coupant les liens avec les marques et les lieux de ventes de tabac.


L'exemple Suisse sous les yeux


Donc la réponse à la question des trois auteurs, "Pourquoi cette industrie devrait-elle saboter son marché du tabac en faisant la promotion des nouveaux produits de telle sorte que la plupart des fumeurs arrêtent vraiment de fumer?", est simple. L'industrie du tabac ne le fait pas. Au contraire, Big Tobacco défend ses ventes de cigarettes contre le vapotage. La Suisse en est un exemple manifeste avec l'interdiction de vente des liquides nicotinés. Les situations du Japon et de l'Italie confirment cet intérêt de certain cigarettier vaudois à interdire ou entraver le vapotage. 


C'est assez extraordinaire que ceux qui servent d'idiots utiles aux Big Tobacco soient à ce point à côté de la plaque sur ce qui se passe sous leurs yeux. Mais en poussant leur argument, et si c'était le cas? Si Philip Morris, BAT et Japan Tobacco se mettaient à vendre des produits de vapotage à leurs actuels clients fumeurs. Serait-ce bénéfique ou négatif pour la santé publique ? En réalité, l'expérience de pensée ne peut se résumer à cela. La métamorphose de la consommation de nicotine avec les moyens de réduction des méfaits soutenue par les usagers va faire éclater la situation d'oligopole actuelle des quatre Big Tobacco. S'y opposer, c'est travailler à maintenir le tabagisme. Et c'est tristement cette situation délétère qui prévaut en Suisse depuis huit ans.


Une politique pragmatique similaire à la stratégie britannique aurait permis à 500'000 fumeurs suisses de sortir du tabagisme depuis 2010. La collusion objective entre le discours anti-vape et les manigances des cigarettiers rappellent furieusement l'alliance des "baptistes et des trafiquants" durant la prohibition américaine. Sans prohibition, pas de trafic. Les meilleures alliées du maintien des ventes de tabac en Suisse aujourd'hui sont les mesures contre la vape. La multiplication d'entraves à l'accès aux produits pour les fumeurs par les restrictions sur la vente, sur le matériel, mais aussi le climat entretenu de peur et de doute, sont les meilleurs prétextes à la poursuite du tabagisme d'un fumeur.


Qui bénéficie du doute ?


Que cette question sur l'intérêt de l'industrie du tabac soit posée par un texte co-signé de Macé Schuurmans est extrêmement troublant. Il est le principal instigateur, avec la Présidente Lucrecia Meier-Schatz, du second rapport sur le vapotage en 2016 de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT) qui venait contredire le précédent sorti en 2014. Comme je l'avais souligné à l'époque, la reprise au nom de la CFPT de certaines exigences de Philip Morris, notamment d'une taxe anti-vapoteurs, est une énigme restée sans réponse.





D'un point de vue logique, je ne sais pas qui peut acquiescer à l'argument des trois auteurs qui disent 1) les cigarettiers ont intérêts à protéger leur marché de la cigarette puis 2) donc les cigarettiers ont intérêt à ce que les fumeurs quittent la cigarette pour le vapotage. L'irrationalité de l'argument touche au mysticisme. A fortiori lorsque l'on a en tête le bilan de leur politique anti-tabac: le maintien intact du tabagisme en suisse depuis huit ans - que l'on suive le chiffre officiel de 25% où l'évaluation au doigt mouillé mais plus réaliste de 30% -. A aucun moment, ces trois personnes ne s'intéressent à aider les fumeurs à s'en sortir. 



La chute concrète de plus de 20% du tabagisme au Royaume-Uni sous l'impulsion de l'essor du vapotage ne les intéressent pas. Pas un mot à ce sujet. Pourtant, depuis 2011 près d'un million de britanniques ont arrêté de fumer en utilisant de manière transitoire le vapotage, arrêtant donc les deux modes de consommation, et 1,5 millions ont arrêté de fumer pour vapoter exclusivement. Le tabagisme a chuté à 15,8% des adultes.


Les vapoteurs ont-ils aussi inventé le tabagisme adolescent?

L'ultime argument des défenseurs du statu-quo sont les enfants. C'est merveilleux les enfants pour couper court à toute réflexion. Qui leur voudrait du mal? L'astuce des auteurs est de faire comme si le vapotage était responsable du tabagisme adolescent. On est dans l'ordre de la pensée magique, pas de considération pour la réalité, juste le fantasme que le vapotage a inventé le tabagisme adolescent. Pourtant dans le réel, l'essor du vapotage a coïncidé avec une accélération de la chute du tabagisme chez les adolescents que ce soit au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans la région parisienne. 

La haine et le mépris des trois auteurs envers les usagers leur rend visiblement difficile de prendre en considération leur expérience. C'est pourtant nécessaire pour saisir le phénomène qui a pu se produire entre 2013 et 2015 chez les ados. L'usage du vapotage sans nicotine pour 80% de ceux qui déclaraient l'utiliser, leur a permis d'expérimenter, de répondre à ce que des sociologues appellent la "pression sociale", tout en évitant le tabagisme. Une part utilise avec nicotine, pour la quasi totalité d'entre eux en étant déjà fumeurs, ce qui malheureusement peut commencer parfois à 12, 13 ou 14 ans. L'accélération de la chute du tabagisme est manifeste. Elle est encore plus rapide dans les Etats américains qui autorisaient la vente de produits de vape aux mineurs, par rapport à ceux la prohibant, comme le montre une étude d'Abigael Friedamnn de Yale.

Il y a évidemment des jeunes qui vont vapoter puis fumer. Ils sont rares, mais si on concentre sa recherche uniquement sur eux comme une loupe, on peut les mettre en relief. Auraient-ils échappé aux cigarettes sans la vape ? Le nombre élevé de fumeurs ado avant le vapotage, où tout simplement en Suisse où le vapotage est peu répandu, suggère fortement que non. Cela suggère aussi que l'explication mécanique causale simplette échoue à saisir les facteurs rendant certaines personnes susceptibles de devenir consommateurs de nicotine. Mais en fait, la question n'intéresse pas les auteurs de l'article d'InfoSperber. 

Leur interprétation complètement fantaisiste de l'étude menée par Gerhardt Gmel et al. à propos des jeunes recrues suisses est très révélatrice de leur fantasme. Cette étude montre que des jeunes recrues, d'une vingtaine d'années, déjà fumeurs étaient très peu nombreux à arrêter en utilisant le vapotage en Suisse en 2013. Dans un pays où la vente de liquides nicotinés est interdite. A une époque où la pratique des dons de nicotine n'existait pas encore. Dans un climat de peur et de doute contre le vapotage cultivé par les lobbys. 

La protection du tabagisme

Le maintien du tabagisme de ces jeunes hommes se passe dans le contexte suisse extrêmement hostile à l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Outre la prohibition des liquides nicotinés, l'information sur la réduction des méfaits y est largement absente tout comme le soutien à une telle démarche. Ce que montre ces résultats, c'est que la politique menée selon l'idéologie des Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben profite au maintien du tabagisme, y compris chez les jeunes suisses. Alors qu'un environnement bienveillant à l'égard des vapoteurs double les chances des fumeurs de réussir leur sevrage tabagique à l'aide du vapotage par rapport à ceux des pays liberticides. 73,2% de sevrages pour les britanniques et américains contre 31,5% pour les australiens et canadiens, selon l'étude de l'International Tobacco four countries.

La proposition générale de l'article d'InfoSperber est de perpétuer cette hostilité à l'égard des fumeurs tentant de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Dans leur article, leur seule proposition articulée est d'interdire l'information sur la réduction des méfaits. Ceci alors qu'en Suisse la publicité commerciale pour le tabac est autorisée. Dans son rapport pour la CFPT, Macé Schuurmans et Lucrecia Meier-Schatz précisaient vouloir interdire aux professionnels de santé d'en parler positivement. Le fil conducteur de tout l'article d'InfoSperber est un rejet des études de science. Implicitement, il est aussi un rejet de l'expérience de millions d'usagers. 

Burp

Cette publication est choquante pour la violence des calomnies qu'elle porte. Mais peut-être pire que cette attaque personnelle sans élément de preuve contre le Pr Jean-François Etter, l'éloge d'un obscurantisme intellectuellement malsain et le mépris humain qui se dégagent de ce papier sont profondément ignobles. Ce matin, j'apportais mon soutien sur un réseau social d'entraide à l'arrêt des cigarettes avec le vapotage. J'ai lu de nombreux billets témoignant du plaisir de retrouver son souffle, son odorat, de voir son rythme cardiaque se normaliser au fil des semaines après l'arrêt. Des souffrances aussi de personnes ayant de grandes difficultés à "lâcher" les cigarettes. Des témoignages de malades, pour certains très graves, de proches aussi. 

Puis j'ai lu cet article d'InfoSperber et j'ai eu la nausée.



lundi 20 novembre 2017

[Ristrett'] Pour un soutien à l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, mieux vaut être à Lausanne ou Genève qu'à Zurich

"Aux consultations sur le tabagisme des hôpitaux universitaires de Genève et de Lausanne, l'option du vapotage pour cesser de fumer est présentée. Contrairement à l'hôpital universitaire de Zurich (USZ)", explique la Neue Zurcher Zeitung dans son édition de samedi. Isabella Sudano, responsable de la consultation de tabacologie à l'USZ, refuse de parler du vapotage aux fumeurs. "Bien que les risques pour la santé soient plus faibles, il y a encore trop peu d'études montrant les avantages de l'e-cigarette dans le sevrage tabagique", estime t-elle. Directeur de Stop-Tabac.ch, le Pr Jean-François Etter conteste cette résignation médicale condamnant les fumeurs au tabagisme. "Le vapotage fait la même chose que les substituts nicotiniques. Et le fumeur n'a pas à se passer du rituel du geste", souligne le professeur de santé globale de l'Université de Genève.

Étonnamment le quotidien zurichois n'évoque pas les résultats encourageants obtenus en consultation de tabacologie aux Hôpitaux de Genève (HUG) par le Dr Jean-Paul Humair, que nous avions présenté. La NZZ cite tout de même la revue Cochrane. Celle-ci montre que des études, de faibles échantillons, présentent déjà l'efficacité des vapoteuses de 1ère génération. Elles sont depuis dépassées techniquement par de nouvelles générations (trois ou quatre selon comment on les considère...).

"Une autre raison pour laquelle Isabella Sudano ne recommande pas le vapotage à ses patients est que les adolescents pourraient être tentés en les utilisant", affirme énigmatiquement la NZZ. D'un point de vue éthique, on peut s'interroger sur la démarche d'Isabella Sudano de nuire potentiellement à ses patients adultes en leur cachant un moyen de sortir de leur tabagisme. Elle ne semble pas touchée par la question. "Nous pensions la cigarette devenue inacceptable, maintenant elle entre par la porte arrière", estime t-elle. Avec au moins 25%, et probablement plutôt 30%, de fumeurs sans aucune baisse significative depuis 2009, la fin de la cigarette en Suisse n'a pourtant rien d'une évidence. 

"Au lieu de voir les bienfaits du vapotage pour la santé des fumeurs [qui y passent], beaucoup ont tendance à diaboliser la vape. Cela ne sert pas la protection des personnes à risque", déplore le Pr Etter. Alors que le vapotage est utilisé quasi exclusivement par des fumeurs ou ex-fumeurs en Suisse, selon les données du monitorage des addictions. De plus, là où il est répandu chez les jeunes, il a accompagné une chute massive du tabagisme adolescent. Comme le rappelle un article dans la revue JAMA sur la situation américaine ou une étude étendue au Royaume-Uni, que ne citent pas la NZZ. 

Une fois encore le journal zurichois n'arrive pas à s'empêcher de prétendre contre toute évidence que le vapotage est un produit des grands cigarettiers. Mais reconnaissons qu'en offrant la parole à deux visions contrastées, la NZZ fait-là son premier article un peu plus équilibré sur le sujet depuis l'apparition du vapotage... Auparavant, une longue suite de papiers d’extrêmement mauvaise qualité confinait au ridicule, à l'appel haineux et à la tromperie. Au point où News Buzzters en était arrivé à supposer que le journal zurichois servait les intérêts d'un cigarettier lausannois.
A Zurich apparemment le danger, ce ne sont pas les concours de fumeurs existants,
mais la possibilité qu'ils réussissent à arrêter de fumer à l'aide du vapotage


mardi 29 août 2017

[Express] En Suisse-allemande, l'émission Puls de la SRF questionne la position prohibitionniste anti-vape, la NZZ la soutient


"La Commission Fédérale pour la Prévention du tabagisme (CFPT) refuse de recommander le vapotage pour arrêter de fumer. Cette prise de position est controversée dans le monde professionnel de la santé". Hier soir, Puls, émission de la SRF, soumettait à la question l'attitude intégriste contre la réduction des risques du tabagisme à l'aide du vapotage. A rebours des approches émergentes au Royaume-Uni et à présent aux Etats-Unis, la Suisse est le dernier pays européen à interdire la vente légale de liquides de vapotage nicotinés. 

Le choix de minimiser les méfaits

Pourtant, les dégâts sanitaires viennent de la combustion des cigarettes, pas de la nicotine rappelle le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de Santé Globale, à la télé suisse-alémanique. Pour le directeur de Stop-Tabac.ch, il s'agit de permettre aux usagers l'accès aux produits minimisant les méfaits, essentiellement liés aux dégagements de monoxyde de carbone et de toxiques de la combustion des cigarettes. Sans tabac ni combustion, le vapotage se présente comme un mode de consommation de nicotine à risque extrêmement réduit. Déjà largement plébiscité pour sortir du tabagisme, ses usagers suisses rusent la prohibition fédérale à travers les dons de nicotine.

Le dogme de l'abstinence

Opposé à cette voie de réduction des risques, le Dr Macé Schuurmans, membre de la CFPT, prône le conservatisme au nom du doute. L'universitaire zurichois assène à l'antenne de la SRF que le vapotage ferait perdurer la dépendance à la nicotine. Un argument qui s'inscrit dans la résurgence, quarante ans après, d'un mouvement pour la restriction d'accès aux substituts nicotiniques relancé récemment par le californien Stanton Glantz. Bien que les gommes nicotinées n'ont jamais entraîné "l'épidémie nicotinique" annoncée à l'époque par ses opposants, comme par exemple dans l'article publié en 1976 par le British Medical Journal ci-contre.  

La protection du tabagisme

En bloquant la voie de la réduction des méfaits, la politique Suisse a réussi à y maintenir le tabagisme ces huit dernières années. Tandis qu'il s'écroulait au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, sous l'impact notamment du vapotage depuis 2011. Les autorités fédérales projettent d'assimiler le vapotage au tabagisme dans le projet de loi sur le tabac (LPTab). Projet retoqué par le parlement qui a demandé de donner un autre statut à l'outil sans tabac ni combustion. Les services d'Alain Berset, le Conseiller fédéral en charge de la santé, préparent discrètement un nouveau texte, espérant toujours subsumer le vapotage au tabagisme

C'est dans cet agenda que les tenants pro-abstinence appellent à l'interdiction d'information médicale favorable à la réduction des risques, l'interdiction de publicité pour les produits de vapotage, l'interdiction d'arômes, une taxation punitive contre les vapoteurs - telle que l'exige en coulisse aussi le cigarettier Philip Morris -, et l'application au produit sans tabac ni combustion des mêmes restrictions que pour les cigarettes, etc... Un lot de revendications endossées dans l'avis de la CFPT, qui a dû refuser pour ce faire d'examiner les rapports scientifiques sur la question du Collège Royal des médecins britannique, de la Santé publique anglaise et quelques autres revues de centaines d'études sur le sujet telle que l'analyse de l'Université de Victoria (Canada).

La NZZ allume un contre-feu

Sans surprise, la Neue Zurcher Zeitung (NZZ) a allumé un contre-feu avant même la diffusion de l'émission Puls. Le quotidien zurichois a consacré hier matin une page appelant à durcir la législation contre la vape. On devine le danger que l'émergence d'une alternative au tabagisme fait courir aux intérêts en place. La vieille alliance entre puritains et trafiquants - "Baptists and bootleggers" en version originale américaine - joue à plein au pays de Novartis, Philip Morris et berceau du puritanisme. 

Fidèle à son traitement à sens unique de la question, la NZZ présente la position de l'Association contre le tabac (AT) et donne, pour tout "contrepoint" (avec de gros guillemets de distanciation), une phrase au cigarettier Japan Tobacco (Sic!). Usagers, entreprises de vape indépendante, défenseurs des approches de réduction des risques n'existent pas pour le journal. Petite inflexion éditoriale, qui mise sur l'amnésie pour faire oublier sa position antécédente, la NZZ qualifie à présent "d'absurde" l'interdiction de vente des liquides nicotinés.

Une bouffée d'air dans l'écran de fumée

Pour vaguement donner une impression de pluralité, le quotidien a tout de même ouvert exceptionnellement son site aux commentaires sur le sujet. On y notera parmi ceux-ci l'intervention argumentée de Marc Szeeman, le Secrétaire général de l'association Helvetic Vape. Seule portion congrue permise à l'expression d'autres paroles que celles des deux lobbys par la NZZ...

vendredi 9 juin 2017

[Expresso] Suivi à long terme: la vape outil contre le tabac et créature de plaisir


La vape est à la fois outil contre le tabagisme et créature de jouissance. C'est un des enseignements qui ressort d'une étude des motivations des vapoteurs à long terme du Pr Jean-François Etter, de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève. Publiée en accès libre dans Nicotine & Tobacco Research, revue de l'Université d'Oxford, l'enquête a sondé via internet 3868 vapoteurs réguliers entre 2012 et 2015. Plus des trois-quarts (77%) étaient ex-fumeurs, n'ayant plus fumé en moyenne depuis 3 mois au départ. Au cours du suivi, une tendance forte au plaisir de vapoter émerge, pour devenir progressivement la raison la plus citée de cet usage après une année pour 93% des vapoteurs. Tenir le tabagisme au loin reste l'autre grande motivation, mais son évocation se réduit de 87% au début à 56% des répondants après un an. "Même chez les vapoteurs établis, le comportement et les motifs de vapoter changent avec le temps", souligne le Pr Etter.

28% de fumeurs en moins chez les vapoteurs après un an

La consommation des vapoteurs réguliers et exclusifs reste stable en nombre de bouffées (env. 200/j) mais la concentration en nicotine de leurs liquides se réduit de 12 à 9 mg/ml en moyenne. Sur les 893 répondants après une année de suivi, 9% des 687 ex-fumeurs avaient rechuté dans le tabagisme, tandis que 28% des 64 qui étaient encore fumeurs (double-usagers) au début ont abandonné le tabac.

Mais rechute importante dans le tabagisme chez ceux qui arrêtent la vape

Après un an, l'arrêt du vapotage est corrélé à plus de rechute dans le tabagisme que le vapotage à long terme. Alors que la part de fumeurs au quotidien s'est réduit de 2% parmi ceux qui vapotent encore après un an, elle a augmenté de 18% chez ceux ayant lâché leur vapoteuse. Le chercheur note que les femmes semblent plus enclines à arrêter de vapoter que les hommes. "Le risque de rechuter dans le tabagisme après l'arrêt du vapotage devrait rester à l'esprit des vapoteurs, même par ceux qui ont arrêté de fumer depuis plusieurs mois", insiste le Directeur de Stop-Tabac.ch.

Vapoter et jouir ou surveiller et punir ?

En résumé, le chercheur genevois met l'accent sur trois points mis en relief par ce suivi de vapoteurs réguliers, et donc non représentatif de l'ensemble plus diversifié des vapoteurs. "Après 12 mois, le plaisir et la prévention de rechute sont les raisons les plus importantes de vapoter. Le taux de rechute vers le tabagisme est faible chez les ex-fumeurs et le taux d'abandon du tabagisme élevé chez les (encore) fumeurs initiaux. L'arrêt du vapotage est associé à plus de rechute dans le tabagisme".


mercredi 12 octobre 2016

[Expresso] Swiss Vaping Days à Montreux (Suisse) les 22-23 octobre

"Vape on the water, a cloud in the sky". Ce sera le refrain modifié du week-end des 22 et 23 octobre au Casino de Montreux, sur les rives du lac de Genève, tel que le chante Deep Purple. Première rencontre sur le vapotage en sol helvétique, les Swiss Vaping Days accueillent des exposants de tout horizon, tandis que des débats animés par des scientifiques, médecins, usagers et professionnels se tiendront dans la salle de conférence du lieu. Quelques infos sur le salon à l'entrée gratuite mais pour lequel on peut se pré-inscrire. Histoire de se mettre l'eau à la bouche d'un événement auto-financé et basé sur la passion de ses initiateurs. Qui proclament que la "vape est plus qu’un outil de sevrage tabagique, c’est une vraie révolution sociétale, une alternative au joug de Big Tobacco et Big pharma!"

Des moddeurs à l'heure Suisse

Les stands des moddeurs artisanaux de Suisse, France et Italie seront probablement très courus par les vapoteurs les plus «geek». Créateurs de petites séries de matériel soigné et original, régal pour les yeux et trésor d'ingéniosité, les moddeurs constituent une sorte d'avant-garde technique du domaine. A leur côtés, des distributeurs présenteront les derniers modèles de marques plus courantes et probablement plus accessibles pour des non-initiés qui voudraient découvrir les plaisirs de la vape. Au hardware s'associe évidemment les liquides. Là aussi, marques de grande diffusion et producteurs d'arômes sortant des sentiers battus rivalisent de trouvailles gustatives. Vous pouvez voir la liste des exposants, communiquée par les Swiss Vaping Days sur leur Facebook, en fin d'article...

La vape: la science de l'usage

En bordure du salon, la salle de conférences accueille une série de présentations et débats. Une discussion ouverte entre usagers sur le principe de plaisir à la racine du vapotage ouvrira les débats le samedi à 11h. Le principe de réduction des risques sera ensuite présenté par Jean-Félix Savary, spécialiste romand au Groupe d'études sur les addictions (GREA), associé au Dr Jacques Le Houezec, figure française de la connaissance des usages du vapotage contre le tabagisme et membre de la plateforme Sovape.

Avant les présentations de trois figures incontournables de l'aide concrète aux fumeurs pour sortir du tabac en Suisse. L'inestimable Pr Jean-François Etter, de Stop-tabac.ch et de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, discutera en français de la théorie de la passerelle. Une analyse des fondements méthodologiques de ces thèses au carrefour de la philosophie des sciences et de question de santé publique. Points de vue locaux de praticiens avec les présentations du Dr Jacques Cornuz, de la Polyclinique médicale de Lausanne, et du Pr Jean-Paul Humair, du Cipret de Genève. On notera que les barons suisses de l'anti-tabac abstrait ont préféré décliner l'invitation et se sevrer des discussions de ces rencontres. Ils ne pourront donc pas visionner sur grand écran l'excellent documentaire Beyond the Cloud à 18h.

Le dimanche débutera avec un point sur la situation Suisse avec Olivier Théraulaz, président de l'association d'usagers Helvetic Vape, Stefan Meile, dirigeant de l'association des professionnels suisse de la vape SVTA, et moi-même, pas président du tout de ce blog. Des invités internationaux, Claude Bamberger de l'Aiduce (France), Hanz Holy de l'IG-ED (Allemagne), nous éclaireront avec Olivier Théraulaz sur l'impact de la directive européenne (TPD) pour les vapoteurs. Avant une nouvelle projection de Beyond the Cloud en présence des réalisateurs du film Ghislain Armand, du Vaping Post, et son complice Sébastien Duijndam.
✩✩ Les SWISS VAPING DAYS annoncent la liste complète de leurs exposants participant à l'édition 2016!!! ✩✩
MODDEURS: - Titanide (FR) - Meka Mod (CH) - Swiss DIY (CH) - Sunbox (IT) - G-reverso (IT) - SEbox (IT) - Original Moddog (IT)
FABRICANTS E-LIQUIDES: - GaiaTrend/Alfaliquid (FR) - Excellium Juice (FR) - Fcuking Flava (MAL) - Officine Svapo (IT) - Masc (CH) - Foo (CH) - Tom's Liquid (CH) - Merlins (CH) 
FRANCHISES: - AlterSmoke (FR/CH) - FreeVape (FR/CH) - VapeShop (FR/CH) - High Creek (CH)
DISTRIBUTEURS: - US Vaping (US/FR)
✩ Marques présentes ✩ - StachSauce - The Originals - Cafe Racer - Bambam's Cannoli - Choops Liquids - SuperSoda - Verdict - OKVMI - Black Market - Ruthless - Naked - MVco - The Munchies - BoomBox - Banzai Vapors - Liquid Guys - Blend - Glas - The Fat Jewce - Craft Vapery - Elevate - Ethos - Vape7Daze - Bushido - Jazzy Boba - Kings Crest - One Hit Wonder - Samourai - Sacred - MFC Distribution - JD Tech  - Cotton Bacon - SVoëMesto - Paradigm - Vape Storm - Norbert - Atmomixani - Coil Master - Da Vinci Mods - Anonymous Mod- Sweetch Wholesale (CH) - Cloud Vapor - NicVape
AUTRES: - Paboo-Vap (Trailer Air Stream) - L'Atelier du cuir (Artisan étuis) - Joint the resistance (Coileur)
ASSOCIATIONS: - Helvetic Vape (Défense de la vape pour les usagers) - SVTA (Association des professionnels de la vape)
CLUBS DE VAPE: - Riviera Vape Club - "Le Club" Martigny - VapeClub Romand
✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩✩

samedi 7 mai 2016

FDA not approved : La critique que Swiss Medical Weekly ne publiera pas - MàJ: ou bien si, finalement...

Mise à jour 1er juillet 2016 : Revirement inattendu, SMW a finalement décidé de publier l'article (en anglais). Je n'ai pas eu d'explication sur ce changement d'avis et je dois avouer ne pas avoir osé en demander... Quoiqu'il en soit, j'espère que cette publication pourra modestement aider à ouvrir un débat plus qu'urgemment nécessaire sur la question du vapotage en Suisse. Je n'ai pas de date de publication, mais la procédure suit son chemin. Les auteurs de l'article initial auront, s'ils le désirent, la possibilité de répondre dans le Swiss Medical Weekly aux critiques présentées. [/ MàJ]

En janvier, la revue Swiss medical Weekly (SMW) publie l'article "Is vaping an effective way of reducing or quitting smoking?" -  Le vapotage est-il une voie efficace pour réduire ou quitter le tabagisme ? -. L'étude dirigée par le Pr Gerhard Gmel, d'Addiction Suisse, utilise les données de l'enquête de cohorte C-SURF sur plus de 5'000 jeunes hommes suisses de 20 ans contactés à l'occasion de leur visite à l'armée. Plusieurs questionnaires leur ont été adressés, mais seul le second en 2013 posait des questions relatives au vapotage. L'article du SMW se présente pourtant comme compte-rendu d'une étude longitudinale. Le Pr Mickael Siegel, de l'Université de Boston, puis l'association Helvetic Vape avaient réagi après sa publication. Sur tweeter, le journal avait alors invité à lui soumettre des lettres critiques. Je l'ai fait.

mercredi 13 janvier 2016

Pr J.F. Etter : «En entravant les produits concurrents, la nouvelle loi risque de défendre la cigarette»

Jusqu'ici, la Suisse est un pays sans loi sur le tabac. Cela va changer. Le Conseil fédéral a présenté, par la voix du ministre de la santé Alain Berset, un projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab). Cette proposition, concoctée par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), sera examinée au parlement cette année. La loi qui en ressortira devrait entrer en vigueur d'ici 2019. Dans un effet de style très orwellien, ce projet stipule que les produits sans tabac, comme la "e-cigarette", sont... des produits du tabac. Le Pr Jean-François Etter, tabacologue et Docteur ès sciences politiques, le passe au crible dans la revue Dépendances consacré au vapotage.

La combustion de la santé publique

Avec 25% de fumeurs en Suisse, le tabagisme y entraîne la mort de 9'500 personnes chaque année. Et d'innombrables malades. Responsable majeur de cette «catastrophe de santé publique»: la combustion du tabac. «Heureusement, une série d'innovations du 21ème siècle pourraient faire revenir la mortalité liée au tabac au niveau très bas qui existait avant l’avènement des cigarettes manufacturées», estime le Professeur de l'Institut de Santé Globale (Genève).