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jeudi 7 décembre 2017

Mensonges et calomnies sur InfoSperber

Article honteux sur le site suisse-allemand InfoSperber publié ce 6 décembre. A quelques jours de l'annonce du nouveau projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab), trois ultras contre le droit à la réduction des méfaits attaquent ad hominem le Pr. Jean-François Etter, de Stop-Tabac.ch. En dépit de la gravité des accusations portées sans aucun élément probant dans l'introduction signée de "la rédaction", le journal n'a pas jugé opportun de lui donner la parole. Cette manière de faire d'InfoSperber est une violation manifeste de la déontologie journalistique la plus élémentaire. Nous n'avons pas eu le temps de contacter les parties prenantes, nous nous concentrons donc uniquement sur le contenu de l'article signé de Macé Schuurmans, membre de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT), Rainer Kaelin, ex-vice-président de la Ligue Pulmonaire Suisse et Jürg Barben, pneumologue à l'hôpital pédiatrique de St. Gall.

"Au moins 95% moins nocif que de fumer"


L'article s'articule autour de trois contre-vérités. La première consiste à prétendre que l'évaluation d'une réduction des méfaits de 95% du vapotage par rapport aux cigarettes "n'est pas une mesure, mais se base sur une enquête dans laquelle seulement 12 collègues d'Etter ont été invités à donner leur appréciation personnelle en 2013, et qui a été critiquée comme trompeuse". Ceci est mensonger. L'évaluation du groupe mené par le Pr David Nutt a effectivement conclu à une réduction d'au moins 95% des méfaits du vapotage par rapport aux cigarettes. 

Mais deux organismes de santé éminemment prestigieux et compétents ont procédé par ailleurs à leur propre analyse scientifique. Ces deux organismes sont dans l'ordre chronologique, le Public Health England, l'organisme de santé publique anglaise qui a publié son rapport en 2015 - points clefs en français- , et le Royal College of Physicians britannique qui a écrit un rapport exceptionnellement riche intitulé "Nicotine without smoke" en 2016 - points clefs en français -.

Basé chacun sur des centaines d'études scientifiques prises en compte, ces rapports concluent que "le danger pour la santé découlant de l'inhalation à long terme de l'aérosol des produits de vapotage disponibles aujourd'hui ne devrait pas dépasser 5% du préjudice causé par le tabac fumé", dans la formulation du Royal College. Ceci est une fourchette d'évaluation et non un chiffre précis comme le présente avec un certain ridicule l'article d'InfoSperber. Le Royal College of Physicians britannique est le premier organisme de santé de référence au monde à avoir établi les dangers du tabagisme dans son rapport de 1962. Les membres de ces deux organisations sont au-dessus de tout soupçon et ils ont des connaissances dans le domaine  que les auteurs seraient inspirés de mettre à profit. Et les scientifiques concluant à cette réduction des méfaits ne sont pas tous des fumeurs contrairement aux accusations des trois signataires suisses.

La Pr Ann McNeill fume t-elle ?

Les Prs John Britton, Ann McNeill, Peter Hajek, Martin Dockrell, Deborah Arnott, Linda Bauld, Robert West, etc...  ne sont pas fumeurs. C'est surréaliste de devoir préciser cela. Car quand bien même le seraient-ils, on a du mal à voir en quoi cela les disqualifierait à saisir l'intérêt du vapotage pour justement sortir du tabagisme. D'autre part, contrairement à ce que prétend l'article d'InfoSperber, ces auteurs couvrent l'ensemble des aspects de la problématique, y compris l'épidémiologie. Le jour où Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben prendront la peine de lire et d'essayer de comprendre les travaux du Pr Robert West, peut-être seront-ils en mesure d'articuler une pensée plus consistante sur le sujet.

Enfin, les trois suisses allongent leur catalogue en précisant que les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt "n'étaient pas transparent sur leur financement". Ce ragot court de longue date. Le Times, le journal de Rupert Murdoch aux liens bien connus avec l'industrie du tabac, a publié des accusations contre ce groupe. Mis en demeure par les chercheurs calomniés de montrer des preuves de cette accusation, le journal anglais s'est trouvé passablement dépourvu. Aucun élément factuel à présenter et leur source, que l'on surnommera McK, a rétracté son témoignage. Le Times a dû démentir, retirer son article et présenter ses excuses. Le corbeau continue malgré tout à essayer de salir la réputation de collègues, dont au moins un semble avoir eu le défaut d'obtenir un poste que McK convoitait.

Où est la déclaration d'intérêts des auteurs ?

Quoiqu'il en soit, les rapports scientifiques de Public Health England et du Royal College of Physicians sont parfaitement transparents sur leurs financements. Par contre, on s'interroge sur l'absence de déclaration de liens d'intérêts concernant la publication d'InfoSperber. Un commentaire censuré par le site questionne les liens avec l'industrie pharmaceutique des trois auteurs. Une industrie qui bénéficie de la grande masse de maladies créées par le tabagisme pour étendre son chiffre d'affaires. A l'aune de la gravité des accusations portées contre le Pr Etter, les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt, du Public Health England, de l'institution du Royal College of Physicians, puis plus loin dans le texte implicitement contre Addiction Suisse, on pourrait s'attendre à une clarification d'InfoSperber, plutôt qu'une censure sur cette question.

Addiction Suisse visée sans être nommée

Après le rejet des deux rapports scientifiques les plus étayés sur le sujet, les trois auteurs accusent le Pr Etter de soutenir "le chiffre "officiel" ", guillemets des auteurs, du tabagisme à 25% en Suisse. C'est, sans guillemet, le chiffre officiel présenté, au public et à l'OMS, par l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), dont le Pr Macé Schuurmans est tout particulièrement proche. Effectivement ce chiffre, produit par une enquête de la fondation Addiction Suisse sous mandat de l'OFSP, est clairement sous-évalué. Le Pr Etter, qui n'est pas impliqué dans ce travail, non seulement convient de sa sous-estimation mais il m'avait précisé une piste d'explication du biais de l'enquête lorsque j'avais traité le sujet pour le Vaping Post. Les auteurs de l'article dans InfoSperber semblent tellement haineux qu'ils sont prêt à porter n'importe quelle accusation. 

On notera au passage que Rainer Kaelin s'appuie cette fois sur un article co-signé par le Pr Jacques Cornuz qu'il accusait, sans le nommer, d'avoir manipulé l'étude Delphi et le premier rapport (2014) de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme sur le vapotage dans un autre article pour le Bulletin des Médecins Suisse en juillet dernier.

Moins de 5% des produits de vapotage sur les marchés européens sont à Big Tobacco

Le troisième délire des défenseurs de l'ordre en place est de prétendre que l'industrie du tabac "domine également le marché des cigarettes électroniques". C'est factuellement faux. Si ces auteurs ne le savent pas, c'est le signe d'une grave incompétence sur le sujet. En Suisse, la part des cigarettiers sur le marché du vapotage est néant, zéro, null, niente (désolé en romanche je ne sais pas le dire). Sur les grands marchés européens tels que la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la part des ventes de produits de vapotage appartenant à des compagnies cigarettières est nettement en deçà de 5% - voir par exemple le rapport de l'institut Xerfi, dont le chercheur principal est interviewé sur Vaping Post


Les raisons en sont assez simples. Leur produits sont médiocres. Ils sont en format propriétaire forçant les consommateurs à être captifs de recharges spécifiques à la machine achetée, contrairement à la vape ouverte indépendante. D'un côté un produit limitant le choix, de l'autre une multitude de combinaisons de goûts et de pièces interchangeables pouvant évoluer etc... Enfin, une troisième raison est que les vapoteurs ex-fumeurs apprécient pour beaucoup de marquer leur rupture avec le tabagisme en coupant les liens avec les marques et les lieux de ventes de tabac.


L'exemple Suisse sous les yeux


Donc la réponse à la question des trois auteurs, "Pourquoi cette industrie devrait-elle saboter son marché du tabac en faisant la promotion des nouveaux produits de telle sorte que la plupart des fumeurs arrêtent vraiment de fumer?", est simple. L'industrie du tabac ne le fait pas. Au contraire, Big Tobacco défend ses ventes de cigarettes contre le vapotage. La Suisse en est un exemple manifeste avec l'interdiction de vente des liquides nicotinés. Les situations du Japon et de l'Italie confirment cet intérêt de certain cigarettier vaudois à interdire ou entraver le vapotage. 


C'est assez extraordinaire que ceux qui servent d'idiots utiles aux Big Tobacco soient à ce point à côté de la plaque sur ce qui se passe sous leurs yeux. Mais en poussant leur argument, et si c'était le cas? Si Philip Morris, BAT et Japan Tobacco se mettaient à vendre des produits de vapotage à leurs actuels clients fumeurs. Serait-ce bénéfique ou négatif pour la santé publique ? En réalité, l'expérience de pensée ne peut se résumer à cela. La métamorphose de la consommation de nicotine avec les moyens de réduction des méfaits soutenue par les usagers va faire éclater la situation d'oligopole actuelle des quatre Big Tobacco. S'y opposer, c'est travailler à maintenir le tabagisme. Et c'est tristement cette situation délétère qui prévaut en Suisse depuis huit ans.


Une politique pragmatique similaire à la stratégie britannique aurait permis à 500'000 fumeurs suisses de sortir du tabagisme depuis 2010. La collusion objective entre le discours anti-vape et les manigances des cigarettiers rappellent furieusement l'alliance des "baptistes et des trafiquants" durant la prohibition américaine. Sans prohibition, pas de trafic. Les meilleures alliées du maintien des ventes de tabac en Suisse aujourd'hui sont les mesures contre la vape. La multiplication d'entraves à l'accès aux produits pour les fumeurs par les restrictions sur la vente, sur le matériel, mais aussi le climat entretenu de peur et de doute, sont les meilleurs prétextes à la poursuite du tabagisme d'un fumeur.


Qui bénéficie du doute ?


Que cette question sur l'intérêt de l'industrie du tabac soit posée par un texte co-signé de Macé Schuurmans est extrêmement troublant. Il est le principal instigateur, avec la Présidente Lucrecia Meier-Schatz, du second rapport sur le vapotage en 2016 de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT) qui venait contredire le précédent sorti en 2014. Comme je l'avais souligné à l'époque, la reprise au nom de la CFPT de certaines exigences de Philip Morris, notamment d'une taxe anti-vapoteurs, est une énigme restée sans réponse.





D'un point de vue logique, je ne sais pas qui peut acquiescer à l'argument des trois auteurs qui disent 1) les cigarettiers ont intérêts à protéger leur marché de la cigarette puis 2) donc les cigarettiers ont intérêt à ce que les fumeurs quittent la cigarette pour le vapotage. L'irrationalité de l'argument touche au mysticisme. A fortiori lorsque l'on a en tête le bilan de leur politique anti-tabac: le maintien intact du tabagisme en suisse depuis huit ans - que l'on suive le chiffre officiel de 25% où l'évaluation au doigt mouillé mais plus réaliste de 30% -. A aucun moment, ces trois personnes ne s'intéressent à aider les fumeurs à s'en sortir. 



La chute concrète de plus de 20% du tabagisme au Royaume-Uni sous l'impulsion de l'essor du vapotage ne les intéressent pas. Pas un mot à ce sujet. Pourtant, depuis 2011 près d'un million de britanniques ont arrêté de fumer en utilisant de manière transitoire le vapotage, arrêtant donc les deux modes de consommation, et 1,5 millions ont arrêté de fumer pour vapoter exclusivement. Le tabagisme a chuté à 15,8% des adultes.


Les vapoteurs ont-ils aussi inventé le tabagisme adolescent?

L'ultime argument des défenseurs du statu-quo sont les enfants. C'est merveilleux les enfants pour couper court à toute réflexion. Qui leur voudrait du mal? L'astuce des auteurs est de faire comme si le vapotage était responsable du tabagisme adolescent. On est dans l'ordre de la pensée magique, pas de considération pour la réalité, juste le fantasme que le vapotage a inventé le tabagisme adolescent. Pourtant dans le réel, l'essor du vapotage a coïncidé avec une accélération de la chute du tabagisme chez les adolescents que ce soit au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans la région parisienne. 

La haine et le mépris des trois auteurs envers les usagers leur rend visiblement difficile de prendre en considération leur expérience. C'est pourtant nécessaire pour saisir le phénomène qui a pu se produire entre 2013 et 2015 chez les ados. L'usage du vapotage sans nicotine pour 80% de ceux qui déclaraient l'utiliser, leur a permis d'expérimenter, de répondre à ce que des sociologues appellent la "pression sociale", tout en évitant le tabagisme. Une part utilise avec nicotine, pour la quasi totalité d'entre eux en étant déjà fumeurs, ce qui malheureusement peut commencer parfois à 12, 13 ou 14 ans. L'accélération de la chute du tabagisme est manifeste. Elle est encore plus rapide dans les Etats américains qui autorisaient la vente de produits de vape aux mineurs, par rapport à ceux la prohibant, comme le montre une étude d'Abigael Friedamnn de Yale.

Il y a évidemment des jeunes qui vont vapoter puis fumer. Ils sont rares, mais si on concentre sa recherche uniquement sur eux comme une loupe, on peut les mettre en relief. Auraient-ils échappé aux cigarettes sans la vape ? Le nombre élevé de fumeurs ado avant le vapotage, où tout simplement en Suisse où le vapotage est peu répandu, suggère fortement que non. Cela suggère aussi que l'explication mécanique causale simplette échoue à saisir les facteurs rendant certaines personnes susceptibles de devenir consommateurs de nicotine. Mais en fait, la question n'intéresse pas les auteurs de l'article d'InfoSperber. 

Leur interprétation complètement fantaisiste de l'étude menée par Gerhardt Gmel et al. à propos des jeunes recrues suisses est très révélatrice de leur fantasme. Cette étude montre que des jeunes recrues, d'une vingtaine d'années, déjà fumeurs étaient très peu nombreux à arrêter en utilisant le vapotage en Suisse en 2013. Dans un pays où la vente de liquides nicotinés est interdite. A une époque où la pratique des dons de nicotine n'existait pas encore. Dans un climat de peur et de doute contre le vapotage cultivé par les lobbys. 

La protection du tabagisme

Le maintien du tabagisme de ces jeunes hommes se passe dans le contexte suisse extrêmement hostile à l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Outre la prohibition des liquides nicotinés, l'information sur la réduction des méfaits y est largement absente tout comme le soutien à une telle démarche. Ce que montre ces résultats, c'est que la politique menée selon l'idéologie des Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben profite au maintien du tabagisme, y compris chez les jeunes suisses. Alors qu'un environnement bienveillant à l'égard des vapoteurs double les chances des fumeurs de réussir leur sevrage tabagique à l'aide du vapotage par rapport à ceux des pays liberticides. 73,2% de sevrages pour les britanniques et américains contre 31,5% pour les australiens et canadiens, selon l'étude de l'International Tobacco four countries.

La proposition générale de l'article d'InfoSperber est de perpétuer cette hostilité à l'égard des fumeurs tentant de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Dans leur article, leur seule proposition articulée est d'interdire l'information sur la réduction des méfaits. Ceci alors qu'en Suisse la publicité commerciale pour le tabac est autorisée. Dans son rapport pour la CFPT, Macé Schuurmans et Lucrecia Meier-Schatz précisaient vouloir interdire aux professionnels de santé d'en parler positivement. Le fil conducteur de tout l'article d'InfoSperber est un rejet des études de science. Implicitement, il est aussi un rejet de l'expérience de millions d'usagers. 

Burp

Cette publication est choquante pour la violence des calomnies qu'elle porte. Mais peut-être pire que cette attaque personnelle sans élément de preuve contre le Pr Jean-François Etter, l'éloge d'un obscurantisme intellectuellement malsain et le mépris humain qui se dégagent de ce papier sont profondément ignobles. Ce matin, j'apportais mon soutien sur un réseau social d'entraide à l'arrêt des cigarettes avec le vapotage. J'ai lu de nombreux billets témoignant du plaisir de retrouver son souffle, son odorat, de voir son rythme cardiaque se normaliser au fil des semaines après l'arrêt. Des souffrances aussi de personnes ayant de grandes difficultés à "lâcher" les cigarettes. Des témoignages de malades, pour certains très graves, de proches aussi. 

Puis j'ai lu cet article d'InfoSperber et j'ai eu la nausée.



mardi 29 août 2017

[Express] En Suisse-allemande, l'émission Puls de la SRF questionne la position prohibitionniste anti-vape, la NZZ la soutient


"La Commission Fédérale pour la Prévention du tabagisme (CFPT) refuse de recommander le vapotage pour arrêter de fumer. Cette prise de position est controversée dans le monde professionnel de la santé". Hier soir, Puls, émission de la SRF, soumettait à la question l'attitude intégriste contre la réduction des risques du tabagisme à l'aide du vapotage. A rebours des approches émergentes au Royaume-Uni et à présent aux Etats-Unis, la Suisse est le dernier pays européen à interdire la vente légale de liquides de vapotage nicotinés. 

Le choix de minimiser les méfaits

Pourtant, les dégâts sanitaires viennent de la combustion des cigarettes, pas de la nicotine rappelle le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de Santé Globale, à la télé suisse-alémanique. Pour le directeur de Stop-Tabac.ch, il s'agit de permettre aux usagers l'accès aux produits minimisant les méfaits, essentiellement liés aux dégagements de monoxyde de carbone et de toxiques de la combustion des cigarettes. Sans tabac ni combustion, le vapotage se présente comme un mode de consommation de nicotine à risque extrêmement réduit. Déjà largement plébiscité pour sortir du tabagisme, ses usagers suisses rusent la prohibition fédérale à travers les dons de nicotine.

Le dogme de l'abstinence

Opposé à cette voie de réduction des risques, le Dr Macé Schuurmans, membre de la CFPT, prône le conservatisme au nom du doute. L'universitaire zurichois assène à l'antenne de la SRF que le vapotage ferait perdurer la dépendance à la nicotine. Un argument qui s'inscrit dans la résurgence, quarante ans après, d'un mouvement pour la restriction d'accès aux substituts nicotiniques relancé récemment par le californien Stanton Glantz. Bien que les gommes nicotinées n'ont jamais entraîné "l'épidémie nicotinique" annoncée à l'époque par ses opposants, comme par exemple dans l'article publié en 1976 par le British Medical Journal ci-contre.  

La protection du tabagisme

En bloquant la voie de la réduction des méfaits, la politique Suisse a réussi à y maintenir le tabagisme ces huit dernières années. Tandis qu'il s'écroulait au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, sous l'impact notamment du vapotage depuis 2011. Les autorités fédérales projettent d'assimiler le vapotage au tabagisme dans le projet de loi sur le tabac (LPTab). Projet retoqué par le parlement qui a demandé de donner un autre statut à l'outil sans tabac ni combustion. Les services d'Alain Berset, le Conseiller fédéral en charge de la santé, préparent discrètement un nouveau texte, espérant toujours subsumer le vapotage au tabagisme

C'est dans cet agenda que les tenants pro-abstinence appellent à l'interdiction d'information médicale favorable à la réduction des risques, l'interdiction de publicité pour les produits de vapotage, l'interdiction d'arômes, une taxation punitive contre les vapoteurs - telle que l'exige en coulisse aussi le cigarettier Philip Morris -, et l'application au produit sans tabac ni combustion des mêmes restrictions que pour les cigarettes, etc... Un lot de revendications endossées dans l'avis de la CFPT, qui a dû refuser pour ce faire d'examiner les rapports scientifiques sur la question du Collège Royal des médecins britannique, de la Santé publique anglaise et quelques autres revues de centaines d'études sur le sujet telle que l'analyse de l'Université de Victoria (Canada).

La NZZ allume un contre-feu

Sans surprise, la Neue Zurcher Zeitung (NZZ) a allumé un contre-feu avant même la diffusion de l'émission Puls. Le quotidien zurichois a consacré hier matin une page appelant à durcir la législation contre la vape. On devine le danger que l'émergence d'une alternative au tabagisme fait courir aux intérêts en place. La vieille alliance entre puritains et trafiquants - "Baptists and bootleggers" en version originale américaine - joue à plein au pays de Novartis, Philip Morris et berceau du puritanisme. 

Fidèle à son traitement à sens unique de la question, la NZZ présente la position de l'Association contre le tabac (AT) et donne, pour tout "contrepoint" (avec de gros guillemets de distanciation), une phrase au cigarettier Japan Tobacco (Sic!). Usagers, entreprises de vape indépendante, défenseurs des approches de réduction des risques n'existent pas pour le journal. Petite inflexion éditoriale, qui mise sur l'amnésie pour faire oublier sa position antécédente, la NZZ qualifie à présent "d'absurde" l'interdiction de vente des liquides nicotinés.

Une bouffée d'air dans l'écran de fumée

Pour vaguement donner une impression de pluralité, le quotidien a tout de même ouvert exceptionnellement son site aux commentaires sur le sujet. On y notera parmi ceux-ci l'intervention argumentée de Marc Szeeman, le Secrétaire général de l'association Helvetic Vape. Seule portion congrue permise à l'expression d'autres paroles que celles des deux lobbys par la NZZ...

mercredi 21 décembre 2016

[Expresso] La Commission fédérale tabac veut taxer les vapoteurs et interdire aux médecins d'aider leurs patients à arrêter de fumer

"Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander
le vapotage pour le sevrage tabagique"
 Lucrezia Meier-Schatz préside la CFPT
Interdire aux médecins Suisses d'aider leurs patients à arrêter de fumer à l'aide du vapotage. Interdire toute forme de promotion de la vape. Et taxer ces produits sans tabac ni combustion comme les cigarettes. Juste avant les bonnes résolutions de fin d'année, la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT) réitère sa charge anti-vape. Sans avoir pris la peine de répondre ni à la lettre ouverte de l'association d'usagers Helvetic Vape, ni aux objections de l'association indépendante des professionnels de la vape suisse (SVTA), l'organe consultatif a communiqué ce mercredi aux médias mainstreams ses recommandations anti-vapotage déjà publiées fin septembre. 

La Commission présidée par Lucrezia Meier-Schatz affirme qu'il n'est "pas possible d'estimer avec exactitude dans quelle mesure la substitution totale des cigarettes ordinaires par les électroniques entraînerait une réduction relative des risques". Cet avis a volontairement exclu les rapports scientifiques du Public Health England, du Royal College of Physicians britannique qui ont évalué cette réduction des risques et dommages à au moins 95%. Celui récent de Truth Initiative, principale association américaine anti-tabac, s'est appuyé sur près de 700 études scientifiques publiées pour confirmer une réduction des risques massive et indéniable pour les fumeurs passant au vapotage. Même le rapport, présenté de manière alarmiste de l'US Surgeon General, reconnait la réduction des risques du passage au vapotage pour les fumeurs.

Aider ses patients à arrêter de fumer? Verboten!

Pour leur part, Jacques Conuz, Jean-Paul Humair, Rodrigo Tango, Carole Clair et Isabelle Jacot Sadowski concluaient en août 2015 que "la sécurité à court terme de la cigarette électronique est bien démontrée mais pas encore à long terme ; si elle existe, sa toxicité est probablement très largement inférieure à celle du tabac", dans la Revue Médicale Suisse. Ces médecins pourront-ils encore aider des patients à arrêter de fumer à l'aide du vapotage à l'avenir? La Commission espère bien leur imposer le silence: "Les autorités sanitaires doivent enfin s'abstenir de conseiller l'e-cigarette aux personnes désireuses d'arrêter de fumer".

La Commission soutient la taxe "Philip Morris"
Plus de maladies, plus de chiffre d'affaire
pour les assurances-maladies?

En plus de la censure des médecins, la Commission fédérale soutient aussi le projet de la taxe "Philip Morris": imposer les produits sans tabac de la vape au même taux que les cigarettes. Le cigarettier vaudois voit d'un mauvais œil ses ventes reculées devant l'exode des fumeurs vers le vapotage. Il revendique une taxe punitive sur ce nouveau concurrent à même hauteur que celle sur ses produits. Ce qui ferait doubler les prix des produits de vapotage en Suisse. Un projet que l'Union Européenne a déjà mis en consultation, y glissant en même temps la nouvelle cigarette iQos de tabac chauffé-non-brulé de Philip Morris.

Le principe de réduction des risques occulté

Cet ahurissant soutien au tabagisme de la part de la CFPT n'a pas éveillé la curiosité des médias malgré plusieurs critiques publiques à son égard. "Le principe de réduction des risques et des dommages est un pilier incontournable des politiques de lutte contre les addictions. Or, vous l'ignorez dans votre prise de position", remarquait Olivier Théraulaz, président de l'association Helvetic Vape, dans une lettre ouverte à la CFPT début octobre. La Commission n'a fait aucune réponse à ces questions de fonds. Rien non plus sur les remarques critiques de l'association SVTA sur plusieurs faits avancées sur lesquels des études scientifiques contredisent précisément les affirmations de la CFPT. 

Une Commission ridiculisée par elle-même

Dans son avis, la Commission a justifié son refus de lire les rapports scientifiques britanniques au prétexte d'une lettre anonyme accusant des chercheurs d'avoir des liens avec l'industrie du tabac. Des affirmations sans preuve qui ont conduit entre autres le Times a se rétracter, retirer ses articles et présenter ses excuses aux cinq scientifiques injustement calomniés par le corbeau qui lui a servi de source pourrie. A cette culture de l'obscurantisme scientifique, la CFPT y ajoute une totale méconnaissance de l'état du marché suisse. Contrairement à ses fantasmes, aucun produits de vapotage de cigarettiers - une douzaine dans le monde sur les plus de 25'000 existants - n'est commercialisé. Le mépris des usagers parachève cette caricature d'avis qui ridiculise la fonction de la Commission fédérale de prévention du tabagisme. De quoi soulever, sur les réseaux sociaux, l'interrogation du public sur la composition et les objectifs réels de cette Commission consultative.

vendredi 4 novembre 2016

[Expresso] Le Times retire ses mensonges à l'encontre de scientifiques anti-tabac

L'honneur des professeurs David Nutt, Karl Fagerstöm, Riccardo Polosa, David Sweanor et Clive Bates est enfin lavé des mensonges du Times. Les articles de Katie Gibbons, parus le 12 octobre dans le quotidien londonien, ont été retirés aujourd'hui. Sur le site du Times, on trouve à la place un correctif présentant les excuses du journal aux scientifiques injustement accusés d'avoir des liens financiers avec l'industrie du tabac. Les excuses ne sont pour autant pas accessibles en totalité sans abonnement (sic!). Les scientifiques avaient engagé le cabinet Lewis Silkin pour se défendre. Ces chercheurs engagés dans la lutte anti-tabac sont connus pour explorer et prendre en considération une approche de réduction des risques par le vapotage. Un moyen de consommation de nicotine sans tabac ni combustion qui a déjà permis à des millions de fumeurs de lâcher leurs clopes. 
L'article publié dans le Times

"Le Times devrait examiner attentivement les motifs de cette attaque calomnieuse. Réduire l'émergence des alternatives plus sûres au tabac, telles que le vapotage et le snus, se traduira inévitablement par plus de décès à cause des cigarettes fumées. C'est actuellement la principale cause de mortalité au monde. Est-ce vraiment ce qu'ils veulent?», demandait le Pr David Nutt de l'Imperial College de Londres, cité par la NNA le 24 octobre. La question peut aussi s'adresser aux organismes qui ont pris prétexte de rumeurs mensongères pour écarter les études et les rapports scientifiques de ces auteurs. Le point intéresse particulièrement la Suisse, puisque la Commission fédérale de prévention du tabagisme est aussi tombée dans le panneau dans son récent avis sur le vapotage... A l'origine de ces calomnies sans fondement, une figure anglaise connue dont l'activité de mobbing a été révélée il y a quelques mois. Des suites à cette honteuse histoire ne seraient pas surprenantes.


edit à 12h. ajout de la copie de l'article complet ;)

lundi 24 octobre 2016

[Expresso] La Commission fédérale de prévention du tabagisme reprend à son compte une revendication de Philip Morris contre le vapotage

"Je veux la législation la plus extrême possible". En privé, Lucrezia Meier-Schatz, la Présidente de la Commission fédérale de prévention sur le tabagisme (CFPT), lâche sa haine du vapotage et son opposition à toute approche de réduction des risques en la matière. Le récent rapport sur la vape de la CFPT qu'elle a signé contient de nombreuses incohérences et lacunes. Notamment relevées dans le détail par l'association d'usagers Helvetic Vape et l'association des professionnels indépendants de la vape SVTA. Une de ses recommandations est particulièrement incongrue: l'exigence de taxer le vapotage au même taux que les cigarettes. Alors que le parlement a voté en 2011 l'exonération de taxe punitive sur le vapotage, pour encourager l'arrêt du tabac, il est de notoriété publique que Philip Morris milite activement pour une taxation anti-vape.

Au Royaume-Uni, la consultation publique montre l'argumentation du cigarettier lausannois pour demander d'augmenter les taxes sur la vape plutôt que sur les cigarettes. En Italie, après la rencontre d'André Calantzopoulos, le PDG de Philip Morris, et du premier Ministre Matteo Renzi, une taxe anti-vape a été mise en place par le gouvernement, publiée au journal officiel le 23 décembre (sic!) 2014. Un beau cadeau à Philip Morris s'est exclamé la presse transalpine. Depuis, les deux dirigeants ont inauguré ensemble deux nouvelles usines Philip Morris dans la péninsule. Au niveau européen, la Commission européenne a mis à son agenda l'étude d'une telle taxation punitive à la demande des cigarettiers selon le Times du 2 mars 2016.

Le Times du 2 mars 2016
Une telle taxe en Suisse ferait au moins doubler le prix de vente des produits de vapotage. Un frein évident à leur adoption par des fumeurs pour sortir du tabagisme. Alors que la consommation de tabac à rouler, connue pour être privilégiée pour son faible coût, explose en Suisse particulièrement chez les jeunes. Un signe d'un potentiel pour tirer ces fumeurs vers des produits de non-tabagisme, comme la vape, à un prix abordable. 

Mais alors comment comprendre que la CFPT soutienne les mêmes revendications que la multinationale tabagique vaudoise? Effet de corruption? Incompétence abyssale sur la problématique? Œillères idéologiques et haine des fumeurs projetée à présent sur les ex-fumeurs que sont les vapoteurs? Bien que la liste d'intérêts de l'ex-députée démocrate-chrétienne Meier-Schatz est longue comme le bras. Et même si on peut noter que les liens d'intérêts de représentants de groupes sponsorisés par le lobby pharmaceutique ne sont pas déclarés sur la page de la CFPT. Il semble plus probable que ce soit un mélange d'idéologie obscurantiste et d'un culte de la fainéantise qui a amené la CFPT a dédaigné étudier la question sérieusement et rejeter la lecture incontournable de rapports scientifiques comme ceux du Public Health England ou du Collège Royal de médecine

Ce serait donc plus la stupidité qui ferait adhérer la CFPT aux objectifs de Philip Morris. Les restrictions contre le vapotage soutenues par les anti-tabac fondamentalistes font le jeu des cigarettiers, comme le relève la chronique du jour Nota Bene sur la radio RTS La première. "La législation sur l'ecig se dirige vers des certifications technico-médicales hyper restrictives. Cela écrémera la concurrence, car seuls les riches pourront supporter les coûts d'homologation", explique le journaliste Fabrice Gaudiano. Avant de poursuivre, "les cigarettiers font là encore très fort grâce à un lobbying intense (...) au nom de la santé et de la sécurité" pour restreindre le marché à leurs seuls produits. Les usagers se laisseront-ils faire? Malgré le soutien incongru de la Commission de prévention du tabagisme à la firme de Marlboro, la partie n'est de loin pas gagnée d'avance pour le système tabagique face à la résistance citoyenne, comme le souligne le Pr Kevin Fenton du Public Health England.