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vendredi 29 décembre 2017

Bad trip de Pourquoi Docteur: non, les drogues de synthèse ne sont pas "presque légales"

Les médias de santé ne sont visiblement pas épargnés par la surenchère sensationnaliste. Depuis hier, 'Pourquoi Docteur' met à la Une de son site que le Buddha Blues serait "presque légal" en France. Ce produit composé de substances de synthèse est connu depuis plusieurs années pour sa dangerosité. En 2014 déjà, le forum Psychoactif, espace d'entraide et d'information pour la réduction des risques liés à la consommation de substances psychoactives, prévenait des risques et d'effets secondaires de ce produit contenant les molécules 5F-AKB48 et AB-FUB. Ces pseudo-cannabinoïdes de synthèse, avec de nombreuses autres molécules développées initialement par l'industrie pharmaceutique, ont été placées (sous leurs désignations chimiques) par un arrêté du 19 mai 2015 dans la liste des substances classées stupéfiant. Autrement dit, contrairement à ce que prétend Pourquoi Docteur, elles ne sont pas "presque légales", elles sont totalement illicites

Add 20H: Pourquoi Docteur a modifié légèrement son article suite à la parution de celui-ci, en précisant qu'il s'agit d'un produit de synthèse, mais sans enlever les amalgames absurdes et potentiellement dangereux /off

Dans le fait divers brestois qui vaut l'article de Pourquoi Docteur, le Buddha Blues proviendrait d'un achat sur le Darknet, où se trouvent des marché noirs sur internet, selon les déclarations de la police au journal le Télégramme. "S’il n’y a pas eu d’accident grave, à ma connaissance, jusqu’à présent, c’est une conjonction de facteurs chance. Le trafic est généralement organisé en petites quantités par des gens qui informent leurs consommateurs", précise une source policière au Vaping Post qui relate l'affaire. 


Confusion délétère

Outre cet incroyable délire sur le statut du produit, l'article de Pourquoi Docteur sème aussi la confusion entre le cannabis, produit d'une plante, et les nouvelles drogues de synthèse. Pire, la fibre sensationnaliste pousse le média, soi-disant spécialiste des questions de santé, à faire l'amalgame entre le stupéfiant de synthèse et les liquides à vapoter au cannabidiol (CBD). Le CBD est pourtant connu pour son absence d'effet psychotrope (aka provoquant une ivresse), lié dans le cannabis au THC. 

Et, ainsi que l'a confirmé récemment le Ministère de la Santé, la vente du CBD est parfaitement légale en France. Il est par contre interdit de promouvoir de potentiels effets thérapeutiques du CBD. En Suisse, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) précise que des "discussions portent actuellement sur les possibles propriétés thérapeutiques du CBD (antioxydantes, anti-inflammatoires, anticonvulsives, antiémétiques, anxiolytiques ou antipsychotiques)".

Le Dr William Lowenstein sur le CBD à vapoter le 30 novembre dernier sur LCI:



Etat de confusion avancée

Ironie de la logique de bombardement d'informations, le site Pourquoi Docteur publie d'ailleurs une dépêche sur une étude à propos des effets anti-psychotiques du CBD aussi hier. "Des chercheurs viennent de montrer que le cannabidiol a des propriétés anti-psychotiques dans une étude contrôlée. Cette substance est un cannabinoïde présent dans le cannabis. Les scientifiques assurent que c’est un remède efficace et sûr. Leur recherche a été publiée dans le American Journal of Psychiatry", explique cette brève. Quelques minutes après, l'autre article du même site amalgame drogues de synthèse, cannabis avec THC et liquides à vapoter au CBD. La carte de l'angoisse et de la confusion s'abat: "la consommation de cette substance est souvent associée à des troubles psychiques, comme la schizophrénie". Un double discours contradictoire a vous en faire perdre la raison.

Mise en danger par désinformation 


L'orientation politique du procédé manipulatoire de l'article de Pourquoi Docteur est assez transparente. En soi, défendre le maintien de la vente du cannabis dans le réseau illégal est douteux d'un point de vue de santé publique, tout comme de jeter le discrédit par un amalgame fumeux sur un moyen d'éviter les méfaits de fumer que ce soit le tabac ou le cannabis . Aller jusqu'à mettre en danger le public, a fortiori les plus jeunes lecteurs, qui seraient amener à confondre drogues de synthèse et CBD, troubler les connaissances sur les différences de risques entre ces produits et potentiellement banaliser un produit très dangereux, va au-delà de l'acceptable. Espérons que Pourquoi Docteur rétracte sans tarder cet article dont l'auteur, bien qu'arborant le titre de docteur, semble néophyte dans le métier de journaliste. 

Un travail plus rigoureux, précis et éclairant pour informer le public des distinctions entre drogues de synthèse et cannabis, et sur les différents cannabinoïdes ainsi que les modes de consommation à méfaits réduits serait bienvenu de sa part. Et plus utile pour la santé publique que la diffusion de paranoïa infondée. Un travail d'information qu'avait fait, sous forme de dossier consultable, le Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA) en mai dernier face à une autre épidémie de désinformation en Suisse contre le CBD.


jeudi 5 octobre 2017

[Ristrett'] Pr Brenneisen: "En inhalant la vapeur de cannabis, les poumons subissent moins de méfaits qu'avec la fumée"

Calmant un peu la frénésie autour du cannabis légal, le Pr Rudolf Brenneisen ne rejette pour autant pas tout intérêt thérapeutique des cannabinoïdes dans l'interview livré ce jour à la Basler Zeitung (BaZ). "Il y a un écart énorme entre les connaissances scientifiques et la diffusion du cannabis riche en cannabidiol (CBD)", souligne le Directeur de la Task Force Suisse sur les Cannabinoïdes en Médecine (STCM). Même si le CBD n'a pas d'effets psychotrope et ne provoque pas d'ivresse, le spécialiste reconnu mondialement estime que la substance est fortement active. "Le cannabidiol est un composant du cannabis pharmacologiquement très actif dont le potentiel thérapeutique ainsi que l'éventuelle toxicité à long terme sont au niveau clinique insuffisamment connus", insiste le professeur émérite de pharmacie.

En l'état des connaissances, des essais cliniques indiquent des résultats très prometteurs du CBD pour le traitement de l'épilepsie sévère et de la psychose, tandis que d'autres sont positifs en cas de troubles du sommeil, de maladies inflammatoires chroniques et de céphalées, liste le spécialiste. "Le potentiel thérapeutique est souvent surestimé en présentant le CBD comme une recette miracle", tempère t-il. Paradoxalement, le Δ-9-tétrahydrocannabinol (THC), le cannabinoïde connu pour son effet psychotrope, bénéficie de plus d'études. "Les avantages médicaux du THC sont mieux documentés, concernant les spasmes musculaires, les douleurs chroniques, les nausées, le syndrome de Tourette, la migraine et la perte d’appétit", indique Rudolph Brenneisen. 

Dans l'ensemble le manque de ressources pour des recherches vient du fait que "Big Pharma n'est pas intéressée, car le CBD n'est pas brevetable". Cependant, le fondateur de la STCM convient que le grand nombre de témoignages directs d'usagers est une donnée importante "à ne pas prendre de haut avec arrogance par les scientifiques et les médecins". Ces témoignages nourrissent l'engouement pour le cannabis légal, riche en CBD et à moins de 1% de THC, propulsé depuis quelques mois sur le marché Suisse. 

Pour les malades qui essaieront le produit, le spécialiste délivre quelques conseils. "Si du cannabis de qualité médical n'est pas accessible, je conseille de choisir des fournisseurs reconnus pour leur sérieux. Ensuite, il faut commencer par de faibles doses pour déterminer par tâtonnement le dosage efficace", explique le pharmacien. Dernier point, mais pas le moins important, il insiste sur le mode de consommation en évitant de le fumer avec du tabac. "Je recommande le vapotage d'e-liquide au CBD, d'utiliser l'herbe avec des vaporisateurs, ou encore en préparation à ingérer. En inhalant la vapeur, les poumons subissent moins de méfaits qu'avec la fumée".

lundi 2 octobre 2017

[Ristrett'] Un artisan de cannabis à risque réduit arrêté en Italie

Trahis par la grande qualité de son produit. Le cannabis produit dans la région d'Ancona (Italie) par un espagnol de 55 ans avait gagnée une solide réputation dans les alentours. Les plants de ce cultivateur permettaient de ne pas y adjoindre de tabac, mais également d'en extraire un concentré pour en faire des liquides de vapotage. "Il a réussi a sélectionner une variété très particulière de marijuana biologique de haute qualité et de la mettre sur le marché pour le vapotage", explique le site Sigmagazine. Alerté par la déposition d'un usager, la police locale a tracé l'artisan et saisi le 27 septembre ses 16 pieds d'herbe, une récolte d'une centaine de kilos et des concentrés à vapoter. Selon un journal local, un usager témoigne que "l'herbe de la "plantation" était vraiment un super produit".

Le cultivateur, retenu en détention préventive, aurait déclaré aux policiers mener des recherches afin de pouvoir consommer le cannabis sans tabac, selon Ancona Today. De plus en plus utilisé pour ses différentes vertus thérapeutiques, comme le détaille un documentaire d'Arte en replay actuellement, le cannabis (avec THC) reste un produit illégal dans un grand nombre de pays. Une situation qui pousse des patients, dont certains atteints d'affections graves, et des usagers à la recherche de moyens de décompresser à s'approvisionner sur le marché noir. Des produits de qualité très différentes s'y côtoient. Outre la perte de contrôle de la qualité des produits, la répression inhibe chez les usagers le recours aux modes de consommation à méfaits réduits, tels que la vaporisation ou le vapotage. 


Avec des ustensiles plus simples à dissimuler, fumer est le mode le plus employé, par environ 90% des usagers, en Suisse et en France. Ceci en dépit de l'inhalation de monoxyde carbone (CO), de goudrons et de toxiques produits par la combustion du végétal. "Fumer n'importe quoi est nocif pour vos poumons. La combustion change les propriétés d'une substance et forme généralement des composés toxiques et cancérigènes", expliquent Ian Hamilton, de l'Université de York (UK), et le Dr Adam Winstock, directeur du Global Drug Survey, dans The Conversation. Des problèmes pulmonaires notamment peuvent survenir en cas de forte consommation sur longue durée. 

Le vapotage ou la vaporisation, que ce soit pour du cannabis light en THC * ou non, peuvent grandement les éviter, comme le préconise le Global Drug Survey. Des produits de vapotage au CBD et avec THC  sont déjà commercialisés dans les Etats libéraux aux Etats-Unis. En Europe, et même en Suisse malgré un certain trouble des autorités sur la question, des produits de vapotage au CBD, avec une très faible présence de THC se trouvent dans les commerces éclairés.

* Le THC est le cannabinoïde psychotrope, qui donne un effet d'ivresse, du cannabis. Les nombreux autres cannabinoïdes, dont le CBD, sont psychoactifs (comme le café ou la nicotine par exemple), mais non-psychotropes. Voir les Factsheets du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA) pour un résumé calme et posé des connaissances sur le sujet.

vendredi 8 septembre 2017

[Expresso] D'anciens usagers de drogue témoignent de leur utilisation de la vape pour rester "clean"

"Des usagers de drogues se tournent vers la vape pour tenir en échec le manque". L'article de Richard Greenhill, assistant de recherche à l'Université d'East London (UK), dans Tonic, site affilié à Vice, présente des témoignages de consommateurs de cannabis, mais aussi de drogues dites dures comme l'héroïne et la méthamphétamine. "Il y a un potentiel évident de la vape comme outil de réduction des méfaits. Pas seulement pour les cloud-chasers barbus à casquette, mais aussi pour les anciens utilisateurs de drogues", explique le chercheur. Cet espoir se fonde sur des rencontres et la lecture de forum d'usagers où il a recueilli des témoignages.

Lucian, du mal de dos à la BPCO

La première histoire est celle d'un australien de 53 ans. Lucian, chauffeur de métier, fume son premier joint plutôt tardivement à 23 ans. Au milieu de la trentaine, les douleurs d'un disque lombaire pincé lui font la misère. Le médecin lui prescrit de l'oxycontin, le violent anti-douleur opioïde. Les nausées sévères qu'il subit en le prenant l'amènent à utiliser de plus en plus le cannabis, pour remplacer l'oxycontin ou en contrecarrer les effets secondaires."J'utilisais le bong tous les jours et je consommais aussi peu que possible d'oxycontin. Je n'en prenais que lorsque je ne pouvais plus bouger", explique Lucian.

Sa consommation, à hauteur de 4 grammes d'herbe par jour, le motive à faire sa propre culture indoor pour éviter le marché noir. En 2007, une maladie obstructive chronique des poumons est diagnostiqué chez Lucian. A 43 ans, il est prêt à essayer d'arrêter de fumer des cigarettes mais n'imagine pas pouvoir se passer de cannabis contre ses douleurs de dos. "Malheureusement pour Lucian, ses coups de bong habituels ont abouti à une infection récurrente des poumons et un emphysème a été diagnostiqué il y a deux ans", explique Richard Greenhill. 

La vape lui change la vie

Cette situation dramatique le pousse à essayer les deux modes de vape. "La découverte de la vape a été incroyable, ça a complètement changé ma situation. Depuis, je vapote pour la nicotine et, pour le cannabis, j'utilise un vaporisateur à herbes sèches", témoigne l'australien. Richard Greenhill cite les recherches du Pr Donald Tashkin, de l'Université de Californie à Los Angeles, pour expliquer cette amélioration. Non seulement la vaporisation de l'herbe réduit significativement les toxiques, les cancérigènes et le monoxyde de carbone inhalés avec la fumée, mais une étude du chercheur spécialiste du cannabis "suggère que vapoter de la weed aurait des bénéfices spécifiques pour ceux touchés par une bronchite chronique obstructive (BPCO)".



Sacha et la vape pour l'arrêt progressif

Sacha, un second témoin avec lequel s'est entretenu Richard Greenhill, est un enseignant anglais de 32 ans. Il se souvient encore avoir vu à 13 ans un documentaire effrayant sur la drogue. Un an après, il tire sur un joint. Constatant que son cerveau n'a pas frit comme un œuf au plat, qu'il ne ressent pas de manque et les autres conséquences traumatisantes prédites par le film, il se met à consommer régulièrement du cannabis. Sa conso monte jusqu'à 7 gr. par jour, avant qu'il ne se modère et se limite à 3 gr. quotidiens après la naissance de ses enfants. 

"Malheureusement, cela n'a pas suffit à prémunir Sacha de contracter une infection pulmonaire presque fatale quelques années plus tard", explique Richard Greenhill. Son médecin lui ordonne d'arrêter de fumer cigarettes et joints. Sacha commence la vape et vise à diminuer progressivement sa consommation. "A présent je vape exclusivement", explique Sacha qui a réduit sa conso à un gramme par jour, "j'espère arrêter totalement d'ici septembre".

La vape trompe-l’œil pour le sevrage du crystal meth

Les cas de Lucian et Sacha ne sont pas exceptionnels dans les régions où le cannabis est décriminalisé. "Moins couramment connu sont les usagers de crystal meth [methamphétamine] et d'héroïne qui vapotent pour réguler leur manque", poursuit Richard Greenhill. Le chercheur a écumé les réseaux sociaux dédiés, tel que Drugs-Forum, pour se renseigner. Un usager raconte comment sa vapoteuse le calme en lui rappelant les nuages qu'il faisait en consommant de la meth. "Aucune recherche scientifique n'a encore examiné l'efficacité du vapotage comme substitut à la méthamphétamine", précise l'universitaire.

Sortir du chain-smoking induit par l'arrêt de l'héro

Sur Reddit, un héroïnomane, dépendant depuis 2013 et allant d'échec de cure de désintox en expulsion de son école, se ruine pour l'achat de drogue entraîné dans une spirale négative. Ses parents le forcent à un sevrage brutal en l'enfermant. Après deux premiers jours terribles, le garçon fume pour compenser les crises de manque régulières. "Chaque fois que j'avais cette sensation, je fumais une cigarette. Autant dire que je fumais à la chaîne à peu près toute la journée. Lorsque j'essayais de moins fumer, c'était la catastrophe. J'étais sur le point d'abandonner lorsque j'ai essayé une vapoteuse", explique le jeune homme. 

Dés la première nuit où il vapote, cela réduit son anxiété. "Je me suis aperçu que je me sentais normal. Cela m'a procuré une vague d'euphorie et d'espoir dans tout mon corps. C'était la première fois que je me sentais sincèrement heureux sans héroïne depuis des années", témoigne le garçon qui n'a plus retouché d'héro depuis huit mois.

Réalité ou dogme

Une étude de l'Université du Queensland sur les discussions du forum Reddit à propos du sevrage d'héroïne rapporte que vapoter aiderait plus que fumer pour réduire les symptômes d'angoisse et de dépression liés au manque. Contre ces compte-rendus empiriques d'usagers, la vieille-garde médicale rappelle le dogme selon lequel la nicotine ne serait d'aucune aide contre le stress et l'anxiété. Dans cet article de Tonic, c'est le Pr John Turner, de l'Université d'East London, qui s'y colle. Pourtant, des dizaines d'études indiquent l'inverse. L'efficacité du vapotage, nicotiné ou non, pour soutenir les dépendants aux opioïdes ou d'autres substances reste encore à étudier sérieusement...


vendredi 28 juillet 2017

[Expresso] Le cannabis tombe dans les vapes aux Etats-Unis

Inexistants début 2015, les produits de vapotage de cannabis ont conquis 24% du marché en Californie à la fin 2016 selon les données collectées par Eaze, entreprise de livraison de cannabis. Sous forme de liquides de recharge pour vapoteuse ou de vape-pen à cartouches (appelés pod), cette nouvelle manière de consommer évite le monoxyde de carbone et les goudrons produits par la combustion des joints. "Ce que je peux dire, c'est que cela se sent... Le bon sens veut que vaporiser à basse température est exponentiellement plus sûr que d'inhaler de la fumée", déclare Michael Ray, directeur de Bloom Farms, à Business Insider

"Quand je fume du cannabis, mon système respiratoire ne se sent pas bien. Je sens qu'il s'inflamme. C'est très clair au moment de me coucher. Je dors mal et je ronfle. En vapotant, je n'ai aucun des effets négatifs que j'ai en fumant", rapporte Michael Ray, dont l'entreprise vend à la fois des produits de cannabis à vapoter et à fumer. Le contexte législatif faisant, peu d'études scientifiques existent pour comparer le vapotage de cannabis à la fumée. Une recherche Suisse sur le sujet, publiée dans Nature en mai 2016, conclue que "le "cannavaping" paraît être une méthode de délivrance de cannabis douce, efficace, pratique et sûre comme alternative à le fumer".

Pratique, discret et profilé

Pratique et discret, le vapotage, notamment en pod, gagne en popularité. "La raison majeure est évidemment la commodité. Avec la vapote, vous n'avez pas les inconvénients de la fumée: l'odeur, devoir transporter l'herbe, trouver les ustensiles pour fumer", explique Michael Ray. Le dispositif permet aussi à l'usager de choisir plus précisément les taux de substances actives voulues dans les différents liquides proposés sur le marché. Notamment entre le THC psychotrope et les autres cannabinoïdes, dont le fameux CBD, psychoactifs mais non-psychotropes. 

"Il y a des milliers d'éléments dans le cannabis. D'une part, ce qui donne odeur et saveur, les "terpènes". Et d'autre part, les cannabinoïdes, que ce soit le CBD, le THC, le THC-A, le THC-B... Ca peut vite devenir une conversation très complexe. Mais le point est que notre produit contient tout ce qui fait le cannabis", précise le californien. En jouant sur les ratio des différents cannabinoïdes et, éventuellement, d'arômes associés, les producteurs profilent leurs produits pour différents effets recherchés par les consommateurs. "Par exemple, nous avons fait "Awaken" [éveil]. C'est une Sativa (un type de cannabis) associée à des terpènes connus en aromathérapie pour être des plantes très dynamisantes, telles que la menthe poivrée, la citronnelle et des agrumes. La combinaison donne un effet très dynamique", explique Savannah Hanks, du producteur de vapotage cannabique Dark Heart

Innovation technique

Le secteur est encore jeune et en recherche d'innovation technologique. La question de l'extraction des éléments du cannabis pour produire les liquides à vapoter est un sujet de recherche. Tandis que la plupart des concentrés se faisaient depuis une vingtaine d'années au butane (BHO), des entreprises ont développé un système d'extraction au dioxyde de carbone (CO2). "Butane, propane, hexane sont tous des solvants qui peuvent exploser. Nous utilisons seulement le CO2 parce que cela nous parait plus sûr et efficace pour extraire l'huile", explique Michael Ray. Autre avantage avancé, le risque de traces résiduelles du solvant, en cas de production mal effectuée, est éliminer avec le CO2.

A quand ici ?

"Les dispositifs pour vaporiser l'herbe où vous insérez une petite quantité de cannabis émietté qui est chauffé au point d'évaporer les composants psychoactifs sont populaires. Mais les appareils de vapotage d'huile de cannabis, faciles à transporter et sans tracas, sont devenus beaucoup plus populaires", estime le journaliste Ben Gilbert de Business Insider. En Europe, législations archaïques sur le cannabis et retard de connaissance sur le sujet des pouvoir public et autorités de santé n'ont pas encore permis à ce type de produit réduisant les méfaits liés à la fumée de se rependre aussi bien. En France et en Suisse notamment, plus de neuf consommateurs sur dix de cannabis le fument sous forme de joint avec tabac, selon le Global Drug Survey, bien que des produits de vapotage de cannabis sans (ou à très faible taux) de THC sont apparus récemment.


mercredi 5 juillet 2017

[Expresso] Les douanes suisses veulent taxer des produits de café comme le tabac !

Les Grinds, ces nouveaux petits pochons d'un mélange de café et guarana à glisser entre la gencive et la joue pour les suçoter, sont, selon les douanes Suisses, un produit du tabac. Bien qu'ils ne contiennent pas la moindre parcelle de tabac, ni même de nicotine. "Les produits succédanés sont, selon l'article 3 (1) de l'Ordonnance sur les taxes du tabac, des produits qui peuvent ou ne pas être, ou partiellement, faits de tabac mais qui sont utilisés comme du tabac ou des produits du tabac qu'ils remplacent, même s'ils ne doivent pas être forcément allumés et se consumer", explique sérieusement le chargé de communication de l'Administration fédérale des douanes (AFD) au journal 20 Minutes suisse-allemand. En l’occurrence, les gabelous helvètes soupçonnent les Grinds d'être un "substitut de Snus", le tabac étuvé suédois en sachet à suçoter réduisant drastiquement les méfaits par rapport aux cigarettes. 

Point interrogateur, le Snus est interdit de vente en Suisse par décision de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), qui n'a par ailleurs pas de problème particulier avec les produits de tabac à fumer ou oraux éminemment plus nocifs. Comment comprendre alors qu'un produit caféiné puisse être assimiler à un substitut d'un produit de tabac inexistant sur le marché Suisse ? Pour les douaniers, le cas du cannabis light riche en CBD, constitue un précédent justifiant cette taxation d'un produit sans tabac. La réponse convainc peut-être. Ou pas.

Les sodas ne sont pas encore du tabac

Les importateurs des Grinds en Suisse ne sont pas convaincus de l'argument. Alexander Lerch et Dirk Klietch ont pris la licence d'importation du produit pour proposer une alternative aux energydrinks, contenant des substances similaires de caféine, guarana, vitamines et taurine. "Un tas d'energydrinks ont exactement les mêmes ingrédients. Je ne crois pas qu'ils soient taxés comme du tabac ?!", s'agace le responsable de Grinds Suisse"Les energydrinks ne sont pas utilisés comme des produits du tabac et ils ne sont alors pas soumis à la taxation du tabac", répondent les douanes. Mais est-ce à dire que tout produit à suçoter sera taxé comme du tabac ?

"C'est un produit qui est une alternative plus saine au tabac et il est puni par la taxe tabac, alors que les grinds ont 0% de tabac. C'est simplement ridicule!", s'emporte l'importateur. L'ancien entraîneur de tennis Alexandar Cucuz estimait aussi, il y a quelques semaines dans le 20 Minutes, le produit intéressant. "Je suis moi-même un 'snusseur'. Et j'ai été surpris de voir à quel point le flash du Grinds est similaire. C'est vraiment une très bonne alternative aux produits de tabac. Même si vous n'aimez pas le goût du café ou du snus, vous pouvez surement trouver un goût qui vous convient parmi tout le choix". Mais au prix d'être surtaxé par les douanes suisses semble t-il...


mercredi 14 juin 2017

[Expresso] Genève veut interdire la vente de tabac et cannabis light aux mineurs mais toujours rien pour aider les adultes

La vente de tabac et de cannabis light pourrait être bientôt interdite aux mineurs à Genève. Mauro Poggia, Conseiller d'Etat genevois, veut déposer un projet de loi cantonale pour limiter leurs ventes aux plus de 18 ans. L'information est révélée par le Matin. Actuellement, la loi fédérale ne posant aucune restriction à la vente des produits de tabac et succédanés, statut attribué au cannabis à moins de 1% de THC, les mineurs peuvent acheter sans autre cigarettes et, depuis quelques mois, l'herbe riche en CBD vendue en kiosque. "L'article 5 de la loi [genevoise] envisagée prévoit que tout contrevenant sera passible d'une amende pouvant aller de 100 à 1000 Fs.", précise l'article de Valérie Duby dans le quotidien vaudois.

Mauro Poggia estime qu'il s'agit d'agir en faisant entrer en vigueur cette loi cantonale d'ici la fin de l'année. Alors que le projet de loi Tabac fédérale d'Alain Berset a pris du retard suite au renvoi de son premier brouillon incohérent"Cette loi [au niveau fédéral] ne devrait pas entrer en vigueur avant le milieu de 2022, alors Genève doit agir. Sans compter que nous ne pouvions laisser subsister ce vide juridique avec le cannabis légal. (...) C'est un signal clair des autorités à donner", explique le magistrat genevois. Si l'interdiction de vente de cigarette pourrait un peu prévenir le tabagisme adolescent, on peut s'interroger sur le fait de pousser les jeunes vers le marché noir du cannabis plutôt que de leur offrir une alternative non-psychotrope et légale. Avant l'apparition du cannabis light, au moins de 30 à 50% des jeunes suisses de 15 ans déclaraient avoir essayer le cannabis.

Hypocrisie et aveuglement

Si les autorités genevoises semblent soudain se soucier de l'accès aux produits du tabac des mineurs, par contre elles gardent un silence pesant sur l'accès pour les fumeurs adultes aux produits de vapotage nicotiné. "En autorisant le cannabis light et le tabac, tout en maintenant l'interdiction des liquides nicotinés, nos élus envoient donc un message clair: la santé publique peut être reléguée au second plan", déplore l'éditorial de l'hebdo gratuit genevois GHI paru jeudi dernier. "La nicotine reste interdite aux vapoteurs. Comment supporter cette hypocrisie?", s'y demande Fabio Bonavita.

Visiblement, en réponse, les autorités ne semblent avoir que la part répressive à proposer. Sans considération pour des aides à sortir du tabagisme par la voie de la réduction des méfaits et la consommation de nicotine propre. Ni grande réflexion sur les conséquences potentielles sur la consommation de cannabis illégal chez les ados induites par leur réflexe autoritaire. A l'heure où l'échec des politiques du bâton est manifeste, et le succès des approches dites de réduction des risques, telles que les pratiquent la Suède et le Royaume-Uni sur le tabagisme, est de plus en plus convaincant, l'anachronisme risque de perdurer sous une forme renouvelée dans la cité de Calvin.

jeudi 25 mai 2017

[Expresso] En Suisse, 90% des usagers de cannabis le fument en joint avec du tabac selon le GDS 2017

"Fumer (avec combustion) n'importe quoi est nocif pour vos poumons. Fumer change les propriétés d'une substance, formant généralement des composés toxiques et cancérigènes." Ian Hamilton, de l'Université de York (UK), et le Dr Adam Winstock, du Global Drug Survey, expliquent dans The Conversation que le principal risque de santé individuelle du cannabis est de le fumer, a fortiori avec du tabac. "Mais vous ne devez pas forcément fumer le cannabis avec du tabac pour profiter de ses bénéfices", appuient les chercheurs. Le manger, sous formes "d'édibles", le boire en tisane, utiliser des gouttes sublinguales, l'inhaler avec des vaporisateurs d'herbe sèche, de concentré (en dab) ou en vapotage font partie des solutions pour éliminer tabac et fumée. Malheureusement, les données publiées hier du Global Drug Survey en 2017, la plus grande enquête internationale sur les usages de substances, confirment le faible recours à ces moyens de consommation plus sains en Europe. 

Accompagner plutôt que réprimer

La Suisse se distingue avec 90% d'usagers de cannabis le fumant en joint avec du tabac, contre seulement 8% des usagers américains. La double répression helvétique, à la fois du cannabis et du vapotage, est probablement un élément de cette pratique courante. Pour Ian Hamilton et Adam Winstock, les autorités en général ont un rôle à jouer. "Changer les normes culturelles de consommation de toute substance est difficile.(...) Le changement requiert que les gouvernements respectent les choix individuels. Les gens qui fument du cannabis devraient se voir offrir des conseils pratiques sur les manières de l'utiliser sans fumer de tabac, plutôt que des lois répressives", invitent les auteurs. Accompagner les usagers vers de meilleures pratiques, plutôt que de les pousser vers le pire par des prohibitions et/ou des restrictions souvent absurdes et contre-productives, est nécessaire d'un point de vue de santé publique.



Ce point est tristement illustré par l'avis nébuleux des autorités sanitaires helvétiques contre la vente de produits de vapotage contenant du cannabidiol (CBD), le cannabinoïde légal non psychotrope, alors qu'elles en autorisent sa vente sous formes à fumer. Au Royaume-Uni, ce sont les ventes de vaporisateurs d'herbe sèche qui sont réprimées. Pourtant, "il y a à présent assez de preuves scientifiques pour promouvoir le vapotage [ou la vaporisation] comme alternative plus saine d'utiliser le cannabis", soulignent Ian Hamilton et Adam Winstock. En plus d'éviter la combustion et l'ajout de tabac, le vapotage est un des moyens d'administration au potentiel intéressant. 

Arrêter de protéger le tabagisme au détriment de la population

Une étude lausannoise, publiée il y a un an dans Nature, a exploré le sujet. "Le "cannavapotage" apparaît être une alternative douce, efficace, pratique pour l'usager et sûre en place de fumer le cannabis pour des usages thérapeutiques. Ces bénéfices attendus semblent dépasser les avantages de l'administration par voie orale parce que l'ingestion se caractérise par une absorption erratique et une faible biodisponibilité", explique l'article signé de l'équipe menée par le Dr Vincent Varlet, du Centre Universitaire de médecine légale de Lausanne. 

De quoi initier une prise de conscience du rôle nocif de leurs décisions chez les autorités sanitaire en Suisse sur le sujet ? Aucune réaction n'a été notée suite aux critiques de l'association d'usagers Helvetic Vape à propos des produits de vapotage avec CBD. Pour le moment, l'administration d'Alain Berset semble toujours plongée dans un inquiétant état de narcolepsie aiguë...