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jeudi 3 août 2017

[Expresso] L'Inde fait un pas de plus vers la prohibition de la vape

L'Inde va t-elle interdire totalement le vapotage? "Le Ministère de la santé envisage une interdiction des systèmes électroniques de délivrance de nicotine (ENDS), dont le vapotage est le prototype, après qu'un rapport du comité technique a évalué que le vapotage est potentiellement mortel. Cette prohibition est aussi envisagée car le vapotage pourrait affaiblir la campagne publique pour mettre en lumière les dangers de santé du tabagisme", annonce le Times Of India du 1er août. Surprenante priorité fixée par le Ministère de la santé dans un pays où un tiers de la population adulte consomme des produits du tabac, dont 108 millions de fumeurs de cigarettes. Mais l'Inde engrange aussi plus de 650 millions $ d'excédents commerciaux annuels grâce à l'exportation de tabac brut, deuxième pays derrière le Brésil à bénéficier le plus de ce commerce. L'Inde est une des principales nations mondiales du tabac. 

C'est dans ce contexte que le Gouvernement espère interdire le vapotage au niveau fédéral. En novembre dernier, sa délégation avait fait le forcing pour un appel à la prohibition totale mondiale du vapotage à la dernière Convention anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Noida, dans la banlieue de Delhi. L'Inde fait un pas supplémentaire pour l'appliquer à domicile. Le comité, créé en mai dernier par le Ministère de la santé, justifie sa recommandation d'interdire le vapotage sur l'avis de l'OMS, que sa délégation avait soutenu. 

Prohibition voulue, mais pas encore actée...

Juridiquement, le Ministère de la santé reconnait encore buter sur un problème de droit. Pour des raisons évidentes de proportionnalité, la Loi indienne sur les cigarettes et autres produits du tabac (COTPA) ne permet pas d'interdire un produit à risque fortement réduit par rapport à ceux légaux. "La COTPA ne permet pas d'interdire le vapotage, et donc, nous sommes confrontés au défi de trouver une solide assise légale. Nous sommes persuadés qu'il faut interdire le vapotage, mais si nous ne nous assurons pas d'avoir un socle légal solide, cela tombera devant les tribunaux", explique un haut responsable du Ministère, resté anonyme, au Time of India. 

Le Ministère envisage donc de fonder l'interdiction sur d'autres lois, notamment celles concernant les médicaments et/ou celles sur la sécurité des aliments. A l'image des cinq Etats indiens - le Karnataka, le Kerala, le Punjab, le Maharashtra et récemment le Jammu & Cachmire -, qui ont déjà banni le vapotage. Un petit commerçant de produits de vapotage a d'ailleurs déjà été condamné à trois ans de prison dans l'Etat du Penjab.  

Le vapotage pourrait éliminer le tabagisme indien en trente ans

Samrat Chowderry, de l'Association des Vapers d'Inde (AVI), espère que cette annonce médiatique du Ministère laisse encore ouverte la porte à des initiatives. "Le fait que le Gouvernement lance cette information au lieu de promulguer l'interdiction directement implique qu'il y a un espace pour intervenir", déclare le directeur du groupe d'usagers au media spécialisé Vaping360. Une intervention qui serait salutaire non seulement pour les vapoteurs existants mais potentiellement aussi pour des millions de fumeurs indiens. "Environ sept fumeurs sur dix seraient susceptibles de remplacer la cigarette par le vaporisateur si celui-ci était autorisé à la vente, largement accessible et respectait des standards de sécurité et de qualité", concluait une enquête d'Ipsos en 2016.

Donner sa chance au vapotage pourrait réduire de moitié le tabagisme indien d'ici vingt ans, selon l'analyse menée par le Pr Amir Ulla Khan, de l'Université de Bangalore, relayée par le Vaping Post. Dans une perspective d'un environnement législatif favorable au moyen de réduction des méfaits, le chercheur renommé envisage même la disparition du tabac fumé d'ici trente ans. Pour le moment, les autorités ne semblent pas emprunter cette voie de salut...




dimanche 23 juillet 2017

Philip Morris Files (2) : Quel intérêt défend l'Inde à la Convention anti-tabac de l'OMS ?

Les gentils face aux méchants. Le héros au cœur pur face au diable. Les fils narratifs des articles sur le tabac sont souvent d'une simplicité enfantine. Malgré une réalité plus complexe. Dans le second volet de leur enquête sur les Philip Morris Files, les journalistes de Reuters reprennent la recette. Un officier anti-tabac de l'Etat de Delhi, S. K. Arora, traque de manière très musclée les publicités des cigarettiers dans les échoppes de tabac. Avec ses placards, Philip Morris essaie de piquer des parts de l'énorme marché indien de 275 millions de fumeurs à la marque locale ITC qui en détient 80%. L'officier Arora juge ces pubs illégales quand le cigarettier vaudois estime que la loi les autorise. La justice indienne saisie de l'affaire ne s'est pas encore prononcée. Au détour de ce chassé-croisé, où lutte anti-tabac et protectionnisme économique sont difficiles à distinguer, Reuters évoque un document très troublant de Philip Morris. Sans vraiment approfondir le sujet...

Cibler le Premier Ministre indien

"Dans les documents détaillant les plans de la société [Philip Morris] pour la Convention biennale du traité anti-tabac de l'OMS en Inde en novembre dernier, le Premier Ministre Narendra Modi est désigné comme une cible majeure. Un objectif clef: préempter Modi d'éviter de prendre "des mesures anti-tabac extrêmes" ", explique Reuters, citant la présentation power-point de Chris Koddermann en 2014. Le dirigeant canadien de la cellule de renseignement et de lobbyisme de Philip Morris a t-il réussi à démarcher le chef du Gouvernement indien? 

Reuters affirme que le cigarettier a listé trois proches du Premier Ministre indien dans l'optique de l'influencer. Le Ministre de la santé, Jagat Prakash Nadda, celui du commerce, Nirmala Sitharaman, et Amit Shah, Président du parti Bharatiya Janata. Reuters en reste là. Ni le Premier Ministre Modi et les autres personnalités politiques citées, ni le cigarettier n'ont voulu commenter. Les journalistes n'ont pas questionné l'OMS à ce sujet (Sic!).

Ils sont parmi nous

Pourtant, Jagat Prakash Nadda, le Ministre de la santé indien, a été une des têtes d'affiche de la Convention de New Delhi. A ses côtés durant l'ouverture, Maithripala Sirisena, Président du Sri Lanka, appelle à la guerre au vapotage, nouvelle "raison d'inquiétude pour les jeunes". Tandis que Vera da Costa, la Secrétaire Générale de la Convention anti-tabac de l'OMS, cadenasse toute velléités de débat: "Gardez toujours à l'esprit la présence malveillante de l'industrie du tabac parmi nous". La brésilienne est enthousiaste pour ce sommet. "Cette Conférence des Parties posera un jalon déterminant sur le chemin qui nous mènera à un monde sans tabac", prédit celle présentée comme HEAD, la tête de la Convention.

Le sommet égrène les topics habituels du traité au long de la semaine. Encouragements à augmenter les taxes sur le tabac, interdire la fumée dans les lieux publics, interdire la publicité... rien de neuf dans l'air conditionné et filtré du palais des congrès de Noida. Les 1'500 délégués et lobbyistes de diverses organisations, la plupart américaines et sponsorisées, rabâchent des propos attendus. Le sujet sensible du projet de cigarettes à très faible taux de nicotine, en vue d'interdire ou surtaxer celles en contenant plus, reste objet de débat en catimini.

Les indiens attaquent

Mais le véritable sujet sur lequel la Secrétaire Générale brésilienne fonde ses espoirs de tournant déterminant arrive le mercredi, à l'initiative du pays organisateur. Avec le soutien appuyé du Secrétariat Général, l'Inde dépose une proposition de résolution pour la prohibition totale du vapotage au niveau mondial. Co-signée par la Thaïlande, dont le tabac est monopole d'Etat, le Kenya et le Nigeria, dont la presse locale rapporte une tentative d'infiltration de la délégation par l'industrie cigarettière, l'initiative déclenche la polémique.

Les délégations du Canada, de l'Union Européenne et du Royaume-Uni résistent à cette condamnation du produit de réduction des méfaits. Le rapport produit par le Secrétariat de l'OMS pour soutenir l'interdiction comporte de graves lacunes scientifiques selon le contre-rapport du Centre de recherches sur l'alcool et le tabac britannique (UKCTAS). Le Secrétariat tente d'empêcher la diffusion du rapport britannique signé des Prs John Britton, Linda Bauld, Ann McNeill et Ilze Bogdanovica, quatre spécialistes de renommée mondiale sur le sujet. Malgré le brouillage du wifi et des ondes des téléphones portables sur ordre de l'OMS, les traductions mises en ligne par Clive Bates au second jour des débats sur le sujet seront consultées par une poignée de délégués depuis leurs chambres d'hôtel.

Jaime Arcila Sierra, au statut d'observateur à la Convention de New Delhi, est employé de l'organisation américaine Corporate Accountability International


A l'intérieur du bâtiment coupé de l'extérieur, les pressions s'intensifient sur les délégués récalcitrants et les observateurs ouverts au débat sur la réduction des méfaits. Après trois jours de palabre, la Convention prend fin et le Secrétariat Général se résout à ne pas prononcer l'appel à la prohibition mondiale des produits sans tabac ni combustion de vapotage. Agacée, Vera da Costa lâche sa "déception des résultats" de la Convention. Malgré le "fuitage" de la déclaration de la délégation européenne, le Secrétariat rédige deux jours après la Convention une déclaration finale à peine adoucie sur ce point en invitant les pays "qui n'ont pas encore interdit l'importation, la vente et la distribution de ces dispositifs à envisager de les interdire ou de les réglementer"

Pourquoi tant de haine?

Cette part cachée de la Convention de l'OMS, Reuters ne la raconte pas. C'est pourtant le seul média mainstream a avoir dépêché un journaliste au sommet de New Delhi. L'évocation du ciblage de personnalités politiques indiennes par Philip Morris reste en suspend dans son dernier article. Doit-on suspecter le forcing pour imposer la lutte contre le vapotage comme priorité de la Convention anti-tabac et les efforts de l'OMS pour pousser à sa répression, notamment aux Philippines, d'être le fruit du travail de noyautage de Philip Morris? Peut-être, ou pas... Le cigarettier a évidemment tout intérêt à maintenir la prédominance de la cigarette, son produit phare. Mais d'autres intérêts ont pu concourir à cette étrange obsession de l'OMS.



En focalisant l'attention sur l'industrie cigarettière, le discours de l'OMS laisse dans l'ombre les enjeux de balance commerciale des pays producteurs de tabac non-manufacturé. Pourtant selon les données de ITC, le Brésil avec plus de 2 milliards $ d'excédents commerciaux sur le tabac en 2016, le Zimbabwe avec 872 millions $ et l'Inde avec 651 millions $, ont un intérêt économique évident à maintenir la consommation de tabac face à son concurrent sans tabac du vapotage. Un aspect étrangement absent des débats et de la couverture médiatique. Alors que l'Inde a investi une somme importante, certains évoquent plusieurs millions de dollars, pour financer l'organisation du sommet de l'OMS. 

Le Secrétariat de l'OMS ne respecte pas le traité qu'il est censé faire appliquer

Le point est d'autant plus troublant que le Secrétariat Général bafoue ouvertement, avec sa guerre au vapotage, le principe de réduction des méfaits pourtant stipulé au premier article, point (d), définissant la lutte anti-tabac du Traité. Un principe cher aux défenseurs d'une approche intégrant les outils de consommation de nicotine à faible risque contre le tabagisme. Mais pour le moment exclu par l'OMS, au profit des vendeurs de cigarettes, des producteurs de tabac et de quelques autres bénéficiaires de l'industrie de la maladie. Et au détriment de la santé publique et des usagers de nicotine.







samedi 22 juillet 2017

PMI Files(1): La transparence victime de la guerre froide entre l'OMS et Philip Morris

Dans l'hôtel Hyatt Regency de New Delhi, la cellule bouillonne. A une heure de route de la Convention anti-tabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des agents de Philip Morris (PMI) se préparent à y cueillir Nguyen Vinh Quoc, délégué du Vietnam. La scène est photographiée par un journaliste de Reuters. Le chauffeur de la camionnette blanche du cigarettier avouera avoir multiplié les allers-retours à l'hôtel de la délégation vietnamienne cette semaine du 7 au 12 novembre 2016. Quelques mois plus tard mis devant l'évidence, Andrew Cave, cadre de Philip Morris, reconnaît que ses collègues ont discuté «de questions politiques» avec les délégués de la nation d'Asie du Sud-Est. 

Cet épisode semble sortir d'un roman d’espionnage en pleine guerre froide. Mais ce n'est qu'une des histoires révélées par l'enquête de quatre journalistes de l'agence Reuters la semaine dernière. Ayant mis la main sur des «milliers de documents internes» datés de 2009 à 2016, l'agence de presse a commencé de publier une série d'articles sur les «Philip Morris Files». Elle n'a mis en partage public qu'une petite partie de ceux-ci. 

Noyautage à New Delhi

En novembre dernier dans la banlieue de New Delhi (Inde), des représentants de British American Tobacco (BAT) et Japan Tobacco (JTI) tentent vainement d'entrer à la 7ème Convention du traité anti-tabac en s'enregistrant pour y assister. Leurs concurrent vaudois optent pour des méthodes clandestines de noyautage. Ce choix de Philip Morris prend origine de la fermeture de plus en plus dure de la Convention de l'OMS aux cigarettiers. A la Convention précédente, à Moscou en 2014, un cap est passé avec l'expulsion et l'interdiction du public et des médias. 

Mais la firme lausannoise s'arrange pour ne pas être atteinte par ces restrictions. Au contraire, elle va les transformer en atout. Depuis 2010, Philip Morris a embauché Chris Koddermann, un juriste canadien, pour monter une cellule de renseignement et de lobbyisme. Les journalistes de Reuters évaluent ses effectifs à environ une quarantaine d'agents. En 2014, le responsable exécutif fixe la stratégie à l'aide d'un power-point de 125 pages leaké par Reuters. Retourner les nouvelles réglementations à son avantage, identifier et influencer les leaders clefs et les médias... les éléments de lobbyisme conventionnel sont énumérés.

Les accros aux taxes tabac

Plus précis sont les deux objectifs principaux assignés par Chris Koddermann à son équipe pour la Convention 2014 à Moscou. S'assurer que les règles de taxation restent dans le giron des Ministères des finances, alliés devenu naturels aux cigarettiers grâce aux hausses des taxes exigées par l'OMS. Et empêcher que le Traité ne sorte le tabac des marchandises régulées par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Au dernier jour de la convention moscovite, le responsable de PMI se félicite dans un mail interne du «résultat formidable» obtenu par sa cellule. La déclaration de l'OMS ne réclame pas l'exclusion du tabac des accords commerciaux de l'OMC.

Le projet de prohibition totale du vapotage anticipé

Outre ce travail d'influence, l'équipe de Philip Morris récolte des renseignements. Dés 2014, au sortir de la Convention de Moscou, les cadres du cigarettier évaluent la forte probabilité d'un appel à une interdiction mondiale du vapotage par l'OMS à sa Convention de 2016. Philip Morris a t-il tenu compte de cette information de première qualité pour miser sur le tabac chauffé en place du vapotage ? Difficile à juger à partir du peu de documents mis en partage par Reuters.

Guerre win-win ?

Ce qui apparaît clair à la lecture des documents du cigarettier est qu'il a pleinement profité du blocus de l'information par l'OMS pour prendre l'avantage sur ses concurrents en noyautant les Conventions. Et a fortiori, au détriment de la société civile et des associations des droits des usagers de moyens de réduction des méfaits exclus des débats par l'OMS. Du côté de l'organisation onusienne, cette guerre froide a justifié l'extension des pouvoirs du Secrétariat Général. Vera da Costa continue d'ailleurs de jouer cette partition militaire en évoquant à Reuters, «la guerre» qu'elle doit mener face aux cigarettiers.

Business and politics as usual

Première conséquence de ces révélations de l'agence de presse, les traders ont vu confirmé la réputation positive du cigarettier lausannois à manipuler les législations à son avantage, cette "recette du succès" de Philip Morris. Dans Forbes, John Brinkley, observateur du Big Business relève que "en dépit des similarités avec le syndicat du crime organisé, ou peut-être pour cette raison, l'industrie du tabac va remarquablement bien financièrement. La côte de l'action de Philip Morris (à la bourse de New-York) a progressé de 49$ à 118$ ces dix dernières années"


mercredi 9 novembre 2016

[Expresso] #COP7FCTC La délégation du Nigeria serait noyautée par l'industrie du tabac selon Premium Times

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Après l'expulsion lundi des médias et du public, l'opacité règne sur les débats de la CoP7 de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT - FCTC en anglais) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). A Noida, dans la banlieue de la capitale indienne Delhi, les délégués des 179 pays et de l'Union Européenne bûchent sur l'ordre du jour. Le point 5.5.2 concerne les recommandations sur le vapotage de la part de l'organisation des Nations Unies (ONU). Le rapport préliminaire a été vivement critiqué par les scientifiques. Pourtant, selon les informations de l'INNCO, réseau mondial des organisations d'usagers de nicotine à risques réduits, quatre pays tentent d'imposer depuis cette après-midi l'interdiction totale du vapotage comme recommandation officielle de l'OMS. L'Inde, second producteur mondial de tabac, la Thaïlande, le Kenya et le Nigeria se seraient alliés dans ce but.

A propos de la délégation nigériane justement... Quelques heures avant cette nouvelle, le Premium Times révélait que deux des cinq membres présents de la délégation nigériane soutiendraient l'industrie cigarettière, selon une source interne dont le journaliste protège l'identité. Une participante ougandaise, citée par le quotidien online, remarque que la délégation nigériane a tenu des positions très timorées sur le tabagisme dans les débats mardi. Saisissant contraste donc avec l'offensive pour la prohibition du vapotage ce mercredi. L'opacité si favorable aux manigances, influences occultes et arrangements machiavéliques, votée lundi par tous les délégués à l'OMS a enrobé d'un rideau de fumée les agissements des délégués cloîtrés dans l'Expo-Centre de Noida... 

[Expresso] #COP7FCTC Sally Satel & Clive Bates: Six conseils à l'OMS pour ne pas nuire à la lutte anti-tabac

"Il est difficile de croire qu'un accord global de santé publique dédié à l'arrêt du tabagisme, et à sauver des millions de vies en conséquence, puisse mener à plus de morts prématurées et de maladies évitables. Mais c'est ce qui pourrait bien arriver si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) maintient ses positions". Le Pr Clive Bates et la Dr Sally Satel pointent le paradoxe de l'approche hostile au vapotage de l'OMS dans la revue de santé STAT. A Noida, dans la banlieue de Delhi en Inde, la réunion CoP7 de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT - FCTC en anglais) se tient depuis lundi. "La question la plus controversée en discussion est le traitement du vapotage", expliquent les deux anti-tabac. 

Menace ou opportunité?

D'un côté, l'OMS voit le vapotage comme une menace. De l'autre, de nombreux scientifiques analysent que vapoter est extrêmement moins risqué que de fumer. Une réduction des risques au niveau individuel qui si elle est adopté massivement par les fumeurs entraînerait une baisse du tabagisme et de ses méfaits sanitaires. Sur la base d'études, notamment toxicologiques, des rapports scientifiques, dont celui du prestigieux Collège royal des médecins britannique, estiment la réduction des risques de l'ordre d'au moins 95%. "Le vapotage ne brûle pas de tabac, il ne produit donc ni goudron cancérigène ni les autres toxiques issus de la combustion", rappellent Clive Bates et Sally Satel.

Un groupe d'experts sur la réduction des risques s'est
constitué au sommet de la CoP7 à New Delhi
Pourtant, l'OMS a publié un rapport anonyme préparatoire pour ce sommet extrêmement défavorable au vapotage. En réponse, le Centre britannique d'études sur l'alcool et le tabac (UKCTAS) a fait une critique détaillée et accablante du rapport de l'OMS. "Face à ce duel des analyses, que devraient faire les délégués au sommet de l'OMS?", demandent les auteurs. Et de leur suggérer six conseils:

1- Lire les rapports contradictoires et les évaluer sur la bases des éléments scientifiques fondés en écartant les préjugés idéologiques ou les intérêts politiciens. L'enjeu d'une possibilité de sauver des vies devrait être considéré au moins autant que la question de maîtriser des risques hypothétiques.

2- Sans résolution de la controverse, le traité de la CCLAT ne devrait pas être modifié sur cette question. "La CCLAT devrait appeler à plus de recherche et une évaluation plus professionnelle de la preuve. Jusqu'à présent, l'OMS n'a pas réussi à fournir une évaluation sérieuse des risques et des opportunités du vapotage en comparaison avec les cigarettes de tabac", expliquent les auteurs.

3- L'OMS doit cesser de soutenir les interdictions de vente et de fabrication des produits de vapotage. "Comment peut-on donner un sens éthique et scientifique à l'interdiction d'une alternative beaucoup plus sûre, lorsque le produit le plus nocif, la cigarette de tabac, est disponible partout?", s'étonnent-ils.

4- "La CCLAT devrait revenir à l'essence de la santé publique et reconnaître que le rôle des gouvernements est d'aider les citoyens à faire des choix éclairés dans leurs propres intérêts", soulignent Clive Bates et Sally Satel. Donner la possibilité d'accéder à la réduction des risques et délivrer une information rationnelle devraient être les piliers de santé publique. "Au lieu de cela, la rhétorique alarmiste émanant de l'OMS et de certains militants anti-tabac crée un climat de peur et sème la confusion poussant les fumeurs à rester avec le diable qu'ils connaissent plutôt que d'essayer un produit nouveau mais beaucoup plus sûr", accusent-ils.

Un militant libertarien proteste lundi à la CoP7 avant
l'exclusion des journalistes et du public des réunions
5- Les réunions de la CCLAT doivent s'ouvrir et inclure le monde de la vape. L'OMS exclut "à peu près tous ceux qui peuvent être en désaccord avec leur approche", soulignent les deux militants anti-tabac. Alors que vapoteurs et les nombreuses entreprises du vapotage n'ont rien à voir avec la triste histoire de Big Tobacco. "Il est frappant de voir que c'est l'approche inverse des initiatives prise par les Nations Unies (UN) à propos du VIH/Sida, où le slogan "Rien sur nous, Sans nous" est accepté dans les réunions de la Convention", rappellent-ils dans les colonnes de la revue de Boston.

6- Le principe de ne pas nuire devrait être maître. Une réglementation inappropriée du vapotage peut avoir des effets délétères en poussant des vapoteurs à retourner au tabagisme ou empêcher des fumeurs de s'en sortir à l'aide de la vape. Le résultat d'une telle erreur de santé publique serait une hausse des maladies évitables comme les cancers, les maladies cardio-vasculaires et, au bout, plus de morts prématurées.

Clive Bates et Sally Satel concluent en exhortant les délégués de la CCLAT à "examiner avec attention toutes les options parce que des vies sont en jeu. Prendre des décisions peu judicieuses et prématurées sur le vapotage pourrait alourdir le poids des maladies au lieu de le réduire".

samedi 5 novembre 2016

[Expresso] L'ex-médaillé d'honneur de l'OMS David Goerlitz interdit d'entrée en Inde pour la première d'A Billion Lives

En 1990, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le décorait de la médaille d'honneur pour sa participation à la lutte contre le tabagisme. En 2016, David Goerlitz se voit refuser sans explication son visa d'entrée en Inde, alors que le sommet CoP7 de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT - FCTC en anglais) s'ouvre lundi à New Delhi. Protagoniste du documentaire choc A Billion Lives, il devait assister à sa première projection indienne à quelques encablures de la réunion très fermée de l'OMS. Le réalisateur Aaron Biebert a expliqué hier dans une vidéo la "triste nouvelle" sur le Facebook d'A Billion Lives. Le film enquête sur les raisons politico-commerciales qui génèrent hostilité et réglementations disproportionnées contre le vapotage. Un moyen phénoménal de réduire le tabagisme et ses méfaits aux yeux d'un grand nombre de spécialistes du domaine interviewés par le réalisateur américain.

David Goerlitz intervient dans le film pour livrer son point de vue né d'un parcours atypique. Beau gosse, il est engagé pour incarner le Winston man des pubs du cigarettiers dans les années 1980. Avant de prendre conscience des conséquences terribles du tabagisme et de se rallier à la lutte anti-tabac. Pour ses innombrables actions, conférences et discussions, notamment avec des enfants, sur le sujet, l'OMS le décore en 1990. Les années suivantes, il perçoit la dérive des organisations anti-tabac, de plus en plus promptes à sceller des accords avec les cigarettiers en échange de rentrées financières. Il prend ses distances. Ces dernières années, il découvre le vapotage et son potentiel pour extirper les fumeurs du tabagisme. Suite aux positions de l'OMS contre l'outil de réduction des risques, réaffirmées par sa directrice Margareth Chan, il décide en octobre 2015 de renvoyer sa médaille à l'OMS. L'organisation n'avait jusque-là pas réagit à ce retour à l'envoyeur. Ce refus de visa ressemble fort à une rancunière réponse.