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dimanche 10 septembre 2017

L'étrange histoire de "vente d'e-shisha à une enfant" de l'Aargauer Zeitung

Une étrange histoire. Ou peut-être, plutôt une histoire étrangement rapportée par l'Aargauer Zeitung dans son édition de vendredi. Selon le journal d'Aarau, une maman dénonce la vente d'une "e-shisha" à sa fille de 11 ans par un kiosque. Sennur Sümer, la mère en question, pose avec l'objet du délit en main. Cependant, elle ne révèle pas le nom du vendeur indélicat et peu professionnel. Et visiblement, Andrea Weibel, la journaliste de l'Aargauer Zeitung, n'a pas estimé nécessaire de vérifier cela, ni de contacter ce présumé vendeur pour avoir sa version des faits. Combien de sources faut-il pour considérer une information comme confirmée en journalisme? Une seule me parait une réponse douteuse...

Etrange refus de recourir aux autorités

Encore plus étrange, la maman, présentée comme médiatrice sociale, ne veut pas porter réclamation au Service de la consommation alors que le chimiste cantonal argovien lui indique cette voie à suivre. "Les e-cigarettes sont considérées comme des produits de consommation, c'est le Service de la protection des consommateur qui est responsable. En cas de plainte, nous ouvririons un dossier", explique Claudius Gemperle, le Chimiste cantonal adjoint. Celui-ci précise que la mention interdit aux moins de 18 ans sur l'emballage suffit comme base légale pour en interdire la vente aux mineurs et poursuivre le cas échéant.

Sennur Sümer ne semble pas vouloir que ce mystérieux tenant de kiosque arrête de vendre des "e-shisha" aux enfants. Ce qu'elle veut est que "le public s'alerte du problème", dit-elle. Ici, peut-être faut-il préciser quelque chose que l'Aargauer Zeitung laisse dans l'ombre dans son article. Sennur Sümer est une cadre du Parti Socialiste local, dont elle a été candidate aux dernières élections à Bremgarten. Il n'y a rien de mal à ça, mais cela donne tout de même une autre coloration à sa volonté d'alerter le public et de réclamer que le vapotage soit assimilé au tabagisme dans la loi. Et ceci bien que le chimiste cantonal lui ait fait valoir qu'elle peut déjà légalement poursuivre ce vendeur mystère.

L'appel à la peur

Joliment écrit, le storytelling poursuit en donnant la parole à la Ligue Pulmonaire. L'organisation qui se réjouissait officiellement l'an dernier que le vapotage serait stagnant en Suisse selon les statistiques officielles. Phénomène synonyme de maintien du tabagisme et bonne occasion pour la Ligue Pulmonaire de rappeler que les pharmaceutiques, qui la sponsorisent, ont toute une gamme très étendue de médicaments à vendre pour les fumeurs. Dans l'Aargauer Zeitung, elle récidive dans son appel à la répression de l'outil de réduction des méfaits.

Pour la Ligue Pulmonaire, il s'agit, entre autres mesures, d'interdire la vente de produits de vape aux mineurs, prétendant que ces produits sans combustion, vendus en Suisse sans nicotine ni tabac, "causent une dépendance et/ou facilitent l'entrée dans le tabagisme". De manière remarquable, ni la Ligue, ni le journal, ni la maman socialiste Sennur Sümer, ne semblent préoccupés dans cet article du tabagisme réel, avec de vraies cigarettes fumées, qui touche les adolescents suisses. A aucun moment, une réflexion sur une prévention intégrant un outil de réduction des méfaits pour les adolescents n'est esquissée. Le seul et unique angle reste l'appel au sentiment de peur un peu névrotique des parents devant un "danger" présenté comme "inconnu" (ça fait peur l'inconnu, hein!).

Prévention primaire autogérée

Pourtant, ce que l'on sait de manière claire, mais dont aucun protagoniste de l'article ne parle, c'est que les pays où le vapotage s'est développé ont vu leur tabagisme adolescent dégringolé. Aux Etats-Unis, les Etats où les produits de vape étaient en accès aux mineurs avant 2014 ont accéléré par 1,7 la chute du tabagisme de leurs jeunes par rapport aux Etats prohibitionnistes (depuis, les USA ont interdit la vente à tous les mineurs). 

Que ce soit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou dans la région parisienne, les suivis montrent qu'une part importante - de 10% à 20% selon l'âge - d'adolescents essaient le vapotage, mais peu - moins de 3%  des britanniques à 16 ans par exemple -, l'utilisent de manière régulière ensuite. Encore moins de non-fumeurs, moins de 0,3%, l'adoptent régulièrement, et une très faible partie d'entre eux échouent malheureusement dans le tabagisme. En essayant le vapotage, pour plus des 3/4 d'entre eux sans nicotine, ils évitent pour une très grande part d'essayer de fumer. Si cela était inventé par un ponte de santé publique, on crierait au génie d'une mesure de prévention primaire. Mais comme ce sont les ados eux-même qui l'ont créé, alors les bureaucrates adultes décident que c'est mal.

Courte-vue

Peut-être la fille de Sennur Sümer a t-elle vraiment acheté une "e-shisha" à un kiosque d'Aarau. Ou pas... Les fils blancs du storytelling délivrée par l'Aargauer Zeitung m'en font douter... Quoiqu'il en soit, ce dont on ne peut douter, c'est la nature régressive de prendre le point de vue étroit d'une mère contrôlante pour guide de stratégie de santé publique. A ce titre, l'article de l'Aargauer Zeitung rate non seulement les bases journalistiques de la vérification d'une information, mais aussi surtout d'aider ses lecteurs à élever le niveau de compréhension de la problématique. La principale information en creux de cet article est de voir l'inquiétante mobilisation de militants politiques et associatifs pour protéger le tabagisme face à un concurrent en mesure de bouleverser la donne contre la principale source de maladies évitables actuelles en Suisse.



jeudi 13 octobre 2016

[Expresso] Internet pour contourner la prohibition de vente de produits nicotinés à risques réduits

Les services d'Alain Berset interdisent de vente locale
les produits nicotinés à risques très réduits,
mais autorisent les plus nocifs
"Les ventes de liquide à vapoter avec nicotine et de snus sont interdites en Suisse. Mais les usagers peuvent toujours importer légalement ces produits en les commandant par internet", explique l'Aargauer Zeitung du jour. Le quotidien suisse-allemand présente l'exemple de Rico Daniel, vendeur de produits de vapotage à Kloten sur la Gerbegasse. S'il peut vendre matériel et liquide sans nicotine, il lui est interdit d'en vendre avec nicotine. Pour se fournir, les ex-fumeurs utilisant le vapotage peuvent avoir recours à internet, où le vendeur a lui-même une boutique online basée en Espagne. Cette pratique est "parfaitement légale", explique le journaliste Fabio Vonarburg, "la vente est interdite, mais l'importation à titre privé est autorisée". Bien que contestée au Tribunal Administratif Fédéral, la lettre n°146 de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) régie toujours à la fois la prohibition de vente et l'autorisation d'importation à titre personnel, jusqu'à 150 ml par commande quelque soit la concentration de nicotine du liquide à vapoter. Le changement de pratique douanière sur la taxation au 1er janvier 2017 fera exploser les frais pour les vapoteurs.

Le cas du snus est similaire. Alors que la vente des produits de tabac oraux les plus cancérigènes est autorisée par l'OFSP, celui-ci a renouvelé son interdiction du snus dans une directive fin août. Bien que la Suède connaisse une chute impressionnante des cancers de tous genres liés au tabagisme depuis la conversion de la moitié de ses fumeurs à ce tabac en sachet à suçoter. Même si ces méfaits pour les dents restent importants, la Food and Drug Administration américaine a autorisé sa vente. Mais pas la Suisse donc. Ses consommateurs, estimés à 0,7% de la population, doivent aussi passer par les achats en lignes. Snushof a créé son site de vente dans ce but explicitement. Une initiative saluée par l'association FreeSnus, qui préférerait cependant sa légalisation.