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mardi 7 novembre 2017

Comment l'étude de Santé Publique France a éliminé les arrêts à l'aide du vapotage de son étude?

"Parmi les personnes qui fument, celles qui utilisent aussi le vapotage régulièrement sont plus susceptibles d'essayer d'arrêter de fumer et réduisent leur consommation de cigarettes dans les six mois". Au terme d'un suivi sur six mois de 2057 fumeurs, dont 252 utilisant aussi le vapotage régulièrement au départ, une étude de Santé Publique France montre la multiplication par 2,6 fois des chances de réduire d'au moins de moitié la consommation de cigarettes pour les fumeurs utilisant aussi le vapotage. Par contre l'article, publié dans Addiction, reste évasif sur l'aide à l'arrêt du tabagisme que pourrait procurer le double usage. "Il reste pas clair si les usagers réguliers de vapotage sont aussi plus susceptibles d'arrêter de fumer", conclut l'étude dirigée par Anne Pasquereau. Mais à lire les données brutes de la recherche menée entre septembre 2014 et mars 2015, on peut s'interroger sur une autre interprétation que celle communiquée par Santé Publique France, sur son site en mai et de nouveau hier dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) et les médias grand public, par exemple 20 Minutes. Seul contrepoint, l'interview sur France Info de Sébastien Béziaux, vice-président de l'association Sovape, par Bruce Toussaint. Add: Le Vaping Post a aussi publié un article critique (que je n'avais pas vu ;) )

Identifier ou liquider les interventions efficaces ?

"L'une des missions de Santé Publique France est de contribuer à identifier les interventions efficaces pour aider les fumeurs à arrêter de fumer", explique Anne Pasquereau, la chercheuse référente, sur le site de l'agence gouvernementale française le 30 mai dernier. Avant d'insister que cette étude "n'apporte pas de preuve quant à son efficacité en termes d'aide à l'arrêt du tabac". Mais l'étude se donne t-elle vraiment les moyens de juger de l'efficacité du vapotage face au tabagisme? Un premier écueil semble l'évident biais de sélection de l'étude qui exclut a priori les fumeurs qui se sont sevrés avec le vapotage, en jouant sur une double temporalité entre vapotage et tabagisme. Seuls les vapoteurs depuis au moins un mois, mais n'ayant pas arrêté de fumer depuis qu'ils ont essayé, sont retenus dans l'étude.


Des études, en plus de fréquents témoignages, ont pourtant montré qu'une large majorité des arrêts des cigarettes réussis à l'aide du vapotage interviennent dans les premières semaines (exemple récent). Le Pr Bertrand Dautzenberg avait d'ailleurs souligné ce biais de l'étude en juin sur son compte twitter. 

Perdus de vue

En plus de cette sélection qui limite fortement [euphémisme] la portée de l'étude, son traitement des résultats est troublant. En effet, les chercheurs ont décidé de comptabiliser comme fumeurs les personnes ayant été perdues de vues entre le début et le contrôle à six mois. Or ceux-ci représentent 31,4% de l'échantillon initial de 3'000 personnes, qui s'est réduit réellement à 2'057 personnes à la fin. Je ne sais pas quelle peut être la justification rationnelle à ce jeu d'écriture consistant à intégrer aux résultats finaux comme fumeurs les personnes sorties de l'étude sans que l'on sache ce qu'il est advenu de leur statut de fumeur et/ou de vapoteur. Sérieusement, comment peut-on faire ça...?!?

Trafic d'OR


En faisant ainsi, le ratio entre fumeurs exclusifs initiaux et vapofumeurs initiaux ayant arrêté de fumer au final est amoindri à 1,2 fois plus de chances pour les vapoteurs. Mais si l'on s'en tient aux chiffres des personnes réellement contrôlées, les doubles usagers initiaux ont été 14,5% à arrêter de fumer, depuis un mois au terme du suivi, contre 10,3% des fumeurs exclusifs initiaux. 20% de chances supplémentaires d'arrêt du tabac a pu être jugées non significatif par Santé Publique France. Avec 40% de chances supplémentaires, le jugement de valeur communiqué aurait peut-être dû être différent...

Un quart du total des sevrages liés au vapotage

Outre les vapofumeurs initiaux, on peut noter que 8,5% des fumeurs exclusifs initiaux se sont convertis au vapotage exclusif, arrêtant de fumer avec la vape mais sans être comptabilisés dans les groupe initial de double-usagers. Les double-usagers ayant tout arrêté (vape et cigarette), ceux ayant arrêté de fumer et les fumeurs exclusifs finalement convertis au vapotage exclusif, autrement dit l'ensemble des fumeurs sevrés dont on peut retracer un usage du vapotage représentent 23,3% de l'ensemble des fumeurs sevrés au terme des six mois de suivi. Augmenter d'un tiers la part de fumeurs réussissant a arrêter de fumer est-il vraiment non significatif ?

La recherche montre l'augmentation du nombre de tentatives d'arrêt des cigarettes chez les co-usagers de vapotage initiaux. "Parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer et réduit leur consommation de cigarettes au suivi à 6 mois", concèdent les auteurs. Pour autant, ils concluent que "l’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat". En ayant donc: 1) éliminé les vapoteurs qui avaient réussi rapidement à arrêter de fumer par un jeu de questions déphasées sur leur temporalité 2) intégré des personnes perdues de vue aux échecs finaux afin d'amoindrir le ratio d’efficacité et 3) catégorisé des personnes ayant arrêté de fumer à l'aide du vapotage dans ceux qui s'étaient sevrés sans vapotage. 

Comment peut-on oser signer un truc comme celui-là? Comment peut-on oser le relancer dans les médias en plein 'Mois Sans Tabac' ? Difficile de saisir la republication de résultats aussi honteux pour leurs auteurs en ce moment sans tomber dans une interprétation tendant à la paranoïa...


dimanche 6 novembre 2016

[Debout] Ruquier se couche t-il devant le Tabac?

Bien roulée. La séquence choc anti vapotage de Laurent Ruquier dans On n'est pas couché (ONPC) hier soir sur France 2. Après une longue série de questions préparatoires (de près de 3 mn) sur son absence de consommation de substances addictives, il surprend Arielle Dombasle. "Je tiens à vous. Alors je vous le dis. Il faut se méfier de la cigarette électronique", assène le présentateur avant de lancer les images de la Dépêche du Midi. La séquence filmée par une camera de surveillance montre un accu prendre feu dans la poche d'un gérant de boite de nuit sur le trottoir de son établissement toulousain. 

Après trois minutes d'hypnose, la minute d'enfumage mensonger de Laurent Ruquier présente l'incident d'accu comme un accident de "cigarette électronique", pour arracher des propos incongrus à Arielle Dombasle:



Du reviewer suisse Phil Good
Pourtant, le malheureux toulousain, brûlé au second degré sur le coté du ventre, a clairement expliqué avoir mis un accu sans protection dans sa poche avec des pièces de monnaie. Une erreur qui provoque des court-circuits et entraîne une surchauffe rapide jusqu'au feu des accus lithium-ion. Que ceux-ci soient destinés à être utilisés avec des lampe-torches, des vélos électriques ou des vapoteuses... D'ailleurs les quatre seuls incidents recensés concernant des vapoteurs français sont tous similaires. La mesure très simple de sécurité est de protéger les accus avec des étuis en silicone ou des boites plastiques. Les magasins de vape les plus sympas les offrent. 

Les français se font-ils enbollorer?

Ces explications n'étaient pas difficiles à trouver. La Dépêche du Midi les a publié. Fin septembre, la même distorsion des faits de BFM-TV avait été épinglée par Arrêt sur Image, qui reprenait l'info du blog Vap'You. Pourquoi Laurent Ruquier a t-il alors présenté de manière aussi grossièrement manipulatrice la chose? C'est un secret de polichinelle, le présentateur est fumeur. Cela justifie t-il de présenter un incident ayant blessé un vapoteur tout en gardant le silence sur les 78'000 morts annuels de maladies provoquées par le tabagisme en France? Ou taire que les cigarettes sont la cause de près de 20% des incendies? Humm... peut-être... ou pas.
Consignes anti-vape aux journalistes de Canal+

Plus rationnelle, une autre explication se tourne du côté de consignes imposées aux journalistes et animateurs des chaînes de télévision françaises. Bien que secrètes, au risque de se faire lourder pour faute professionnelle en les révélant, les interdictions de tout propos positif sur le vapotage, de sa mise en avant pour l'arrêt du tabac, ou même de montrer un vapoteur, fuitent sur les réseaux sociaux. Celles de France Télévisions, si elles existent, ne sont pas encore parues. 

Par contre, un document interne de la chaîne Canal+ stipulant ses mesures de censure s'est retrouvé éventé. "On adopte une approche restrictive (...) Ne pas inciter à la consommation. Pas de complaisance. Attention aux propos et aux plans. Ne pas voir les marques. Ne pas voir l'action de fumer/vapoter", égrène la circulaire anti-vape de Canal +.

La Loi du silence

Une loi se trouve derrière ce black-out sur le moyen qui a permis à un million de fumeurs français de sortir du tabagisme, et à près de deux millions d'entre eux de réduire leur consommation de clopes. La transposition en France de la Directive européenne (TPD) impose depuis mai 2016 l'interdiction de "publicité et propagande directe ou indirecte sur les produits de vapotage". Allant au-delà du texte européen, la formule est similaire à celle qui imposait un silence de mort sur les capotes. Jusqu'à son abrogation par Michelle Barzach en 1987. 

En trente ans, de la levée de la censure sur la capote à celle contre la vapote, la France revient à un puritanisme rance contre un moyen de réduction des risques. Laurent Ruquier n'est probablement pas sans savoir le mal que la censure sur les préservatifs a causé en son temps. Comment peut-il collaborer à une telle réminiscence morbide?

Consultation citoyenne sur la censure

Consultation publique des associations
Certes, le politiquement correct a imposé le smoker-bashing pour alpha et omega de toute politique de prévention. Dans le vadémécum anti-tabac orthodoxe, le fumeur est un sous-homme ne méritant pas la parole et encore moins d'être aidé. Il mérite taxes, cancer et la mort puisque trop faible pour arrêter de fumer. Pourtant, le vapotage fait émerger une autre voix que l'abstinence. Une forme de consommation de l'acte et de la nicotine en éliminant les risques de la combustion et du tabac. Pourquoi depuis son émergence, le vapotage n'a jamais eu l'honneur d'ONPC alors que 34% des français fument? 

Silence en 2014 alors que des scientifiques renommés - dans les francophones, le Pr Dautzenberg, le Pr Etter, le Dr Presles - publient des livres sur le sujet. Silence toutes ces années sur les mobilisations citoyennes des associations, notamment l'actuelle consultation populaire sur cette censure. Silence enfin sur les films sortis ces derniers mois sur le phénomène social du vapotage. Le réalisateur américain Aaron Biebert d'A Billion Lives ou les français Ghislain Armand et Sébastien Duijdam de Beyond the cloud, n'ont probablement pas la notoriété pour passer à ONPC. Mais comment l'émission de Laurent Ruquier peut-elle faire l'impasse sur Jan Kounen et son documentaire Vape Wave

Les directives télévisuelles pour sauver le tabagisme, l'économie de l'échec de masse du sevrage pharmaceutique et tous ces petits intérêts morbides justifient-elles vraiment ce triste enfumage de Laurent Ruquier en ce Mois Sans Tabac français? ...