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vendredi 26 mai 2017

[Òmerta] Pourquoi l'OFSP nous enfume sur les chiffres du tabagisme en Suisse?

Officiellement en Suisse, il y aurait 25% de fumeurs, grillant 10,4 cigarettes quotidiennement en moyenne. Sauf que... la consommation réelle de cigarettes est près du double. Précisément 1,86 fois plus élevée que n'indique la donnée fédérale, selon une étude l'Université de Neuchâtel sur la consommation de cigarettes en Suisse publiée en décembre 2016. En réalité, ce sont entre 22,9% et 40,2% de suisses (de plus de 15 ans) qui fument entre 10,4 et 18,2 cigarettes par jour. "La consommation annuelle de la population résidente, estimée à partir des quantités autodéclarées dans le Monitorage des addictions (6’138 millions de pièces) est inférieure de 43,0% à celle mesurée à partir des données de ventes légales, des flux sortants et des flux entrants (10'762 millions)", expliquent les auteurs Claude Jeanrenaud, Alain Schoenenberger et Lasha Labaze. Ils estiment que "Selon toute vraisemblance, l’enquête du Monitorage sous-estime largement la consommation de cigarettes dans la population suisse".

C'est rien que de la faute des fumeurs d'abord

La publication n'avait jusqu'ici suscité aucune réaction des spécialistes du domaine et des médias. L'évocation de cette petite bombe crevant le rideau de fumée de l'information officiellement fédérale dans un communiqué de presse d'Helvetic Vape, puis la reprise de l'étude dans le mailing list de Stop-Tabac.ch semblent avoir réveillé la radio suisse-alémanique (SRF). Le journal de la SRF fait un sujet à ce propos, mais en occultant l'enfumage sur le pourcentage de tabagisme et en en faisant porter la responsabilité aux fumeurs. En résumé, ces méchants tricheraient lors du monitorage sur le nombre de cigarettes fumées. C'est évidemment le cas et c'est un classique de sociologie. Faire une enquête sans tenir compte de ce biais n'est pas même du niveau de 1ère année de socio.

Le triomphe de la volonté

La raison pour laquelle l'Office fédéral de santé publique (OFSP) a ignoré cette étude et ses données n'est pas abordé par la SRF. C'est pourtant assez significatif. Dans le n°116, dernier en date, de la revue de l'OFSP Spectra, Patrick Vuillème, responsable de la section bases politiques et exécution de l'OFSP, triomphe. "Le Monitorage suisse des addictions confirme le succès de la prévention du tabagisme entre 2008 et 2016. La part de fumeurs au sein de la population a baissé de 27% (2008) à 25% (2015)", affirme avec passablement de toupet le bureaucrate bernois. Un double mensonge, puisque le Monitorage ne montre pas de baisse du tabagisme depuis 2008. Le décrochage évoqué de 27% à 25% est du à un changement de méthodologie de l'enquête, point précisé dans les documents du Monitorage. Mais évidemment, on peut s'en foutre car ce monitorage est de toute façon violemment faussé, y compris concernant les chiffres sur les adolescents, comme le montre les ventes réelles de cigarettes.

Le Grand Bond sur place

Pourquoi alors cet enfumage grossier digne d'un cigarettier lausannois ? Entre 2008 et 2016, l'OFSP a suivi un Plan national tabac (PNT), initialement prévu pour quatre ans et reconduit en 2012 sans modification significative. Ce plan s'appuie sur les vieilles recettes de la stigmatisation des fumeurs et l'objectif de gratter des taxes. Et aucune mesure d'aide concrète de réduction des risques et de sortie du tabagisme ni quelconque prise en considération des usagers. C'est ce Grand Plan en avant aux allures de maoïsme sanitaire embourbé dans l’inefficacité qu'il s'agit pour les responsables de l'OFSP de sauver par l'apparence des chiffres à défaut de quelconque réalité. 

La même source fédéralement officielle nous assène qu'il n'y aurait que 0,3% de vapoteurs quotidiens en Suisse. Pour le moment, aucune donnée objective, telles que celles des douanes utilisées par l'étude neuchateloise sur le tabac, ne permet d'affirmer que ce chiffre est erroné. Mais il suffit de se poser sur une terrasse en ce printemps pour avoir de sacrés doutes sur la véracité de ce si faible nombre. Les mesures fédérales de protection du tabagisme en interdisant l'accès facile et local aux liquides à vapoter nicotinés ont assurément eu un effet néfaste sur le nombre de fumeurs sortis du tabagisme à l'aide de la vape. Mais le coup porté au tabac par le mouvement du vapotage helvétique est clairement bien plus important que ce que la bureaucratie bernoise veut nous faire croire. 

Persévérance bureaucratique dans le massacre

Le reconnaître pour les fonctionnaires de l'OFSP serait un aveu d'erreur grave et la reconnaissance de la nocivité de leur politique anti-vape depuis 2009. A l'heure où un collectif de femmes a décidé de porté en justice la question de la déloyauté des autorités suisses concernant le droit à la santé, certains responsables devraient réfléchir aux conséquences de leur interdiction d'accès à un moyen de réduction des risques avéré contre le tabagisme. En huit ans, il y a eu au minimum 75'000 décès prématurés liés au tabagisme, peut-être plus de 100'000 si les estimations étaient faites à partir de chiffres fiables. Ce qu'aujourd'hui, on sait ne pas être le cas en Suisse. 

Peut-être la plateforme des partenaires en prévention du tabagisme le 13 juin prochain à Berne sera t-elle l'occasion d'une mise à plat de ces défaillances ? Mais les choses se présentent mal, les associations de réduction des risques et des usagers n'y ont pas été invitées par l'OFSP...

edit 27-05-2017 à 12h petites corrections de style et d'orthographe

[Expresso] Aucune pollution intérieure liée au vapotage selon une étude de l'Université de San Diego (USA)

"Les résultats de cette étude peuvent donner éclairage et information aux intervenants sur la qualité de l'air, en résumant les variables influentes sur la base d'un large échantillon de logements. La fumée, à la fois de cigarette [de tabac] et de marijuana, est une source majeure de pollution intérieure dans la population étudiée. Tandis que le vapotage ne l'est pas du tout." L'étude des chercheurs de l'Université d'Etat de San Diego, publiée dans la revue scientifique Plos One, a mesuré la pollution particulaire dans 256 logements durant une semaine. Particularités de l'échantillon, tous les habitats abritent au moins un enfant et au moins une personne utilisant un produit considéré de tabac par la législation américaine - à savoir cigarette, vapotage, cigares, pipes, chicha, cannabis fumé et un cas d'une autre drogue fumée -. 

Aucune pollution intérieure liée au vapotage

Tous les logements montrent une augmentation de la pollution liée aux usages en intérieur sauf ceux des 14,1% de vapoteurs. Le niveau de particules fines et ultra-fines, entre 0,5 et 2,5 microns, est resté à un niveau indétectable dans les locaux avec du vapotage. "Nous n'avons observé aucune différence apparente dans la moyenne hebdomadaire de la distribution de particules entre les 43 logements reportant un usage [en intérieur] de vapotage et ceux ne déclarant aucun usage", constate l'article signé par l'équipe menée par Neil Klepeis. A l'opposé, la cuisson à l'huile, l'utilisation de bougies, d'encens ainsi que le nettoyage ont été associés à de plus hautes moyennes de pollution. Mais le fait de fumer à l'intérieur, que ce soit du tabac ou du cannabis, sont les deux sources les plus importantes. "Les logements des fumeurs qui ne fument pas à l'intérieur montrent une meilleure qualité d'air que ceux des fumeurs qui fument en intérieur", insistent les auteurs. 

Les enfants de pauvres principales victimes de la désinformation ?

L'étude a ciblé les foyers à bas revenus, montrant que la taille du logement a une influence sur la concentration moyenne de particules. "Notre objectif premier était de montrer ce qui arrive dans les logements avec des niveaux élevés de particules dans l'air, et en conséquence, des environnements malsains pour les enfants", précise John Belletiere, co-auteur de l'étude cité par Vaping 360. Ces résultats devraient permettre une meilleure information du public ajoute Neil Klepeis, l'auteur référent. "Peut-être que les chercheurs de l'Université de San Diego pourraient commencer par informer les fumeurs à quel point les logements de vapoteurs ont une pollution de l'air moins dangereuse, et les encourager à passer au vapotage", pique Jim McDonald, journaliste spécialiste du domaine. 

jeudi 25 mai 2017

[Expresso] En Suisse, 90% des usagers de cannabis le fument en joint avec du tabac selon le GDS 2017

"Fumer (avec combustion) n'importe quoi est nocif pour vos poumons. Fumer change les propriétés d'une substance, formant généralement des composés toxiques et cancérigènes." Ian Hamilton, de l'Université de York (UK), et le Dr Adam Winstock, du Global Drug Survey, expliquent dans The Conversation que le principal risque de santé individuelle du cannabis est de le fumer, a fortiori avec du tabac. "Mais vous ne devez pas forcément fumer le cannabis avec du tabac pour profiter de ses bénéfices", appuient les chercheurs. Le manger, sous formes "d'édibles", le boire en tisane, utiliser des gouttes sublinguales, l'inhaler avec des vaporisateurs d'herbe sèche, de concentré (en dab) ou en vapotage font partie des solutions pour éliminer tabac et fumée. Malheureusement, les données publiées hier du Global Drug Survey en 2017, la plus grande enquête internationale sur les usages de substances, confirment le faible recours à ces moyens de consommation plus sains en Europe. 

Accompagner plutôt que réprimer

La Suisse se distingue avec 90% d'usagers de cannabis le fumant en joint avec du tabac, contre seulement 8% des usagers américains. La double répression helvétique, à la fois du cannabis et du vapotage, est probablement un élément de cette pratique courante. Pour Ian Hamilton et Adam Winstock, les autorités en général ont un rôle à jouer. "Changer les normes culturelles de consommation de toute substance est difficile.(...) Le changement requiert que les gouvernements respectent les choix individuels. Les gens qui fument du cannabis devraient se voir offrir des conseils pratiques sur les manières de l'utiliser sans fumer de tabac, plutôt que des lois répressives", invitent les auteurs. Accompagner les usagers vers de meilleures pratiques, plutôt que de les pousser vers le pire par des prohibitions et/ou des restrictions souvent absurdes et contre-productives, est nécessaire d'un point de vue de santé publique.



Ce point est tristement illustré par l'avis nébuleux des autorités sanitaires helvétiques contre la vente de produits de vapotage contenant du cannabidiol (CBD), le cannabinoïde légal non psychotrope, alors qu'elles en autorisent sa vente sous formes à fumer. Au Royaume-Uni, ce sont les ventes de vaporisateurs d'herbe sèche qui sont réprimées. Pourtant, "il y a à présent assez de preuves scientifiques pour promouvoir le vapotage [ou la vaporisation] comme alternative plus saine d'utiliser le cannabis", soulignent Ian Hamilton et Adam Winstock. En plus d'éviter la combustion et l'ajout de tabac, le vapotage est un des moyens d'administration au potentiel intéressant. 

Arrêter de protéger le tabagisme au détriment de la population

Une étude lausannoise, publiée il y a un an dans Nature, a exploré le sujet. "Le "cannavapotage" apparaît être une alternative douce, efficace, pratique pour l'usager et sûre en place de fumer le cannabis pour des usages thérapeutiques. Ces bénéfices attendus semblent dépasser les avantages de l'administration par voie orale parce que l'ingestion se caractérise par une absorption erratique et une faible biodisponibilité", explique l'article signé de l'équipe menée par le Dr Vincent Varlet, du Centre Universitaire de médecine légale de Lausanne. 

De quoi initier une prise de conscience du rôle nocif de leurs décisions chez les autorités sanitaire en Suisse sur le sujet ? Aucune réaction n'a été notée suite aux critiques de l'association d'usagers Helvetic Vape à propos des produits de vapotage avec CBD. Pour le moment, l'administration d'Alain Berset semble toujours plongée dans un inquiétant état de narcolepsie aiguë...

mardi 23 mai 2017

[2 ans après] La fumée de l'Iqos plus toxique qu'annoncée selon des chercheurs lausannois


[edité détails & coquilles]
Une "research-letter" de chercheurs lausannois publiée hier dans le JAMA- Internal Medecine apparenté au Journal of American Medical Association relève des taux de toxiques dans la fumée de l'Iqos nettement plus élevés que ceux annoncés par Philip Morris. La cigarette de tabac prétendument chauffée dégage, selon les mesures faites à l'Institut de santé au travail (IST), l'équivalent de 82% de l'acroléine d'une Lucky Strike Blue Light prise en comparaison. D'autres aldéhydes étaient fortement présents dans les fumées capturées puis analysées. L'Iqos dégagerait l'équivalent de 74% du formaldéhyde et 50% du benzaldéhyde de ce qui se trouve dans la fumée de la Lucky. Et même près de trois fois plus d'acenaphtlène, un goudron. "La fumée émise par l'Iqos contient des éléments de pyrolyse et de dégradation thermogénique qui sont les mêmes constituants nocifs que la fumée de cigarette conventionnelle", explique l'article signé d'une équipe menée par le Pr Reto Auer, de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne (PMU).

L'article suggère que ces dégagements pourraient s'expliquer par une combustion incomplète, autrement dit une pyrolyse, du tabac des cigarettes. "Des composés organiques volatiles (COV), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et du monoxyde de carbone (CO) étaient présents dans la fumée de l'Iqos. La température de l'Iqos est plus basse (330°C) que celle de la cigarette conventionnelle (684°C). La fumée de l'Iqos avait 84% de la teneur en nicotine de la fumée de la cigarette conventionnelle", précise le papier dans Jama. En réaction, le cigarettier Philip Morris s'est montré "très surpris" de ces résultats dans les colonnes du journal lausannois 24 Heures. "PMI se propose de discuter l'étude en question - ses résultats et sa méthodologie - avec les auteurs", conclue le quotidien vaudois.

Une question vieille de deux ans 

A la sortie de l'Iqos en septembre 2015, j'avais été le seul à mettre en doute le message marketing de la firme vaudoise, repris dans tous les médias suisses, affirmant une réduction de 90% des risques avec l'Iqos par rapport à une cigarette type. Cela avait valu au quotidien le Courrier, qui m'avait publié, un appel plutôt menaçant du service juridique de la multinationale. L'affaire s'était soldée par la publication d'une réponse de Moira Gilchrist, scientifique de Philip Morris, que j'avais trouvé peu convaincante. Les autorités sanitaires n'avaient pas jugé bon de s'y intéresser. La cigarette Iqos est l'arme dégainée depuis deux ans par Philip Morris pour contrer le vapotage à la technologie radicalement différente sans tabac ni combustion. 

Autorisant sans soucis l'Iqos, les services du Conseiller fédéral Alain Berset interdisent par contre la vente en Suisse de vapotage nicotiné malgré les rapports scientifiques internationaux assurant sa forte réduction des méfaits sur la base de centaines d'études. A l'inverse de la politique du Conseiller fédéral socialiste, le Ministère néo-zélandais de la santé résiste actuellement aux tentatives de Philip Morris de profiter de l'interdiction des liquides nicotinés à vapoter alors que les kiwis préparent une nouvelle politique intégrant la réduction des méfaits en concertation avec les parties prenantes, dont les usagers du vapotage.


23-05-2017 à 10 h : correction d'une erreur de typo , merci à Fabien pour le signalement ;)
24-05-2017 à 11h30 : correction d'une erreur sur le statut de la publication et le nom précis du journal, suite à une remarque du Pr Reto Auer ;)

dimanche 21 mai 2017

[Expresso] La Nouvelle-Zélande n'est pas la Suisse: Philip Morris n'y a pas de passe-droit

Habitué aux courbettes obséquieuses et aux petits arrangements sur le dos de la population, Philip Morris est tombé sur un os en Nouvelle-Zélande. Contrairement à son homologue Suisse, le Ministère de la santé néo-zélandais n'a pas laissé le cigarettier lausannois profiter de l'interdiction de vente du vapotage nicotiné pour imposer sa cigarette à combustion réduite en complément de ses Marlboro. Le coup bien rodé que Philip Morris a déjà utilisé en Suisse, au Japon et dans une variante italienne de taxes assassines contre la vape nicotinée, ne semble pas parti pour rencontrer la collaboration des autorités kiwis. "Leur comportement est arrogant et irrespectueux. Nous devrions enrager. Je soutiens le Ministère de la santé pour résister aux importations et ventes illégales de Philip Morris de sa nouvelle cigarette en Nouvelle-Zélande. Non pas que je sois forcément opposée à ce produit, mais parce que Philip Morris se croit au-dessus des lois", tempête Natalie Walker, responsable du programme d'innovation en toxicomanie et tabagisme de l'Institut national de santé (NIH), dans le NZ Herald .

Au tribunal le 2 juin

Le cigarettier vaudois a tenté une opération marketing sur internet en invitant à essayer son nouveau produit qui n'a pas encore d'autorisation de vente en Nouvelle-Zélande. Phil Knipe, juriste du Ministère de la santé, a ouvert une enquête. "Les cigarettes de tabac chauffé Heets insérées dans l'appareil sont des produits du tabac et doivent être en conformité avec la réglementation Smoke Free Environnement", explique t-il, comme le relayait le Vaping Post en mars. Le Ministère dela santé a finalement déposé plainte le 18 mai et l'affaire doit passer le 2 juin devant le Tribunal de Wellington. En attendant, le géant vaudois reste confiant dans ses capacités de lobbying. "Philip Morris et le Ministère sont en discussion concernant l'application de la réglementation tabac à propos de notre produit de tabac chauffé", assure Jason Erickson, directeur de PMI NZ, au journal Stuff. Mais une fois n'est pas coutume, il semble que la multinationale ne va pas court-circuiter les règles.

Changement de paradigme

"Les drogues pharmaceutiques et les mesures de soutien actuelles pour l'arrêt du tabac ont peu d'impact pour certains groupes de population. Il est temps de se pencher sur d'autres stratégies d'aides", explique la Pr Walker. C'est pourquoi le 29 mars dernier, Nicky Wagner, Ministre-adjointe à la santé, annonce une révolution paradigmatique en décidant de saisir l'opportunité du vapotage et des modes de consommation à risques réduits de nicotine contre les méfaits du tabagisme. Une rupture radicale avec la ligne répressive anti-fumeur à l'australienne, dont les conséquences sanitaires et sociales catastrophiques sur les groupes de population défavorisés ont convaincu les autorités kiwis de s'ouvrir à une approche plus humaine et efficiente. La décision est actée mais les modalités de mises en oeuvre sont en cours d'élaboration.

Groupe d'experts sur la vape

Le Ministère vient d'ailleurs de publier un appel pour constituer un groupe d'experts sur la question du vapotage. "Philip Morris a décidé de ne pas attendre que le Gouvernement élabore sa politique d'accès aux produits à risque réduit. Ils ont pris l'initiative d'enfreindre la loi", souligne Natalie Walker. L'objectif de PMI est évidemment de prendre de court la concurrence des produits de vapotage pour s'installer sur le marché, à l'instar de sa stratégie en Suisse.  Mais contrairement à certaines administrations bernoises et autre Commission fédérale en main de super-lobbyiste à la carrière politicienne flétrie, les autorités sanitaires néo-zélandaises ne semblent pas enclines à ramper devant les gesticulations tabagiques de la marque aux cowboys cancéreux...

samedi 20 mai 2017

[Expresso] L'Union Européenne va t-elle forcer les britanniques à recommencer de fumer ?


"Le vapotage a aidé plus d'1,5 millions de britanniques a arrêter de fumer. Cet extraordinaire succès est mis en danger par ces règles qui rendent le vapotage moins attractif pour les 9 millions de fumeurs britanniques actuels", regrette le Pr Gerry Stimson. Hier, vendredi, l'expert de santé publique londonien participait au rassemblement de la New Nicotine Alliance (NNA) face au Ministère de la santé pour protester contre le sale coup de l'implémentation de la directive européenne TPD dans la Tobacco and related products regulation (TRPR). En effet, malgré le vote pour le Brexit soutenu par une majeure partie des vapoteurs, ils n'y échappent pas. Dès aujourd'hui, les commerces britishs ne peuvent plus vendre d'atomiseur avec des réservoirs de plus de 2 ml et doivent se limiter aux liquides à moins de 20mg/ml (soit 2%) de nicotine dans des fioles de 10 ml au maximum. Des avertissements saugrenus, et erronés scientifiquement, contre la nicotine doivent aussi être accolés sur 30% de la surface du packaging de tout produit, y compris ceux ne contenant pas de nicotine. Etc. 

TPD effect

Au niveau des usagers, les suivis ont montré que de 20 à 30% des fumeurs nécessitent des liquides plus concentrés en nicotine que ce taux maximal décrété sans base scientifique au petit bonheur le bureaucrate. Même une fois sevrés du tabagisme au moins 6% des vapoteurs réguliers, soit près de 180'000 britanniques, utilisent des liquides plus concentrés, selon le récent monitorage de l'Action on Smoking and Health (ASH). Anticipant l'entrée en vigueur des nouvelles règles, les magasins ont déstocké les liquides fortement dosés en nicotine ces derniers mois. "Les données de l'ASH montrant un plafonnement du nombre de vapoteurs [britaniques], une augmentation de la part d'ex-fumeurs comparée aux fumeurs et la baisse du nombre d'usagers de liquides forts indiquent que nous voyons déjà l'impact non seulement de la couverture médiatique (et scientifique) irresponsable sur le sujet mais aussi des premiers effets de la TPD. Les liquides forts ont presque tous disparus des magasins qui visent à être en conformité", explique la NNA sur son site. Dans ces conditions, les fumeurs seraient moins nombreux à se convertir au vapotage.

Pour les vapoteurs déjà sauvés du tabagisme, des problèmes d'approvisionnement risquent de surgir. "Les consommateurs qui ont besoin d'un produit à fort taux de nicotine chercheront à le faire eux-mêmes, retomberont dans le tabagisme ou iront le chercher dans l'économie informelle (marché noir), là où les produits ne sont pas testés", anticipe Richard Hyslop, directeur général de l'Independent British Vape Trade Association (IBVTA) dans le Guardian. Le porte-parole de l'organisation locale de professionnels de la vape précise que le problème se pose aussi pour les atomiseurs de plus de 2 ml et les fioles de recharge de plus de 10 ml de contenance. Jusque-là, la plupart dépassent ces limites. "Si vous devez continuellement re-remplir votre appareil, il est pénible de devoir transporter un tas de fioles avec vous", explique le responsable de l'organisation qui regroupe plus de 1'700 professionnels de vape indépendants de l'industrie du tabac. "A présent, les gens qui veulent des appareils avec des réservoirs plus gros que 2 ml ou des liquides en plus grand conditionnement que 10 ml ne pourront plus les acheter légalement au Royaume-Uni. Mais ils pourront en chercher dans les zones grises ou informelles", poursuit Richard Hyslop.

Tweets à dérouler de Tom Pruen, responsable scientifique à l'ECITA

Poignard lithuanien

Sur les réseaux sociaux, des brainstormings de vape hacking prennent place. Les astuces pour contourner les règles bruxelloises s'imaginent collectivement. Tuyaux pour des bases nicotinées plus fortes, manière de transformer le réservoir d'un atomiseur... les idées s'affinent. Mais si certaines choses peuvent se faire en local, d'autres vont probablement déplacer les achats vers des sources plus libres. En conséquence, effet redouté des règles européennes, les boutiques physiques locales pourraient en pâtir. "Ces magasins sont équivalents à des centres Stop-tabac de secteur privé. Mais beaucoup vont être forcés à fermer en raison de ce coup de poignard financier", déplore Shayne Adams, directeur de Flavour Vapor, une franchise de magasins. 
Site de l'usine Philip Morris de Klaipeda en Lithuanie

En mai 2016, Lord Prior de Brampton, alors sous-secrétaire d'Etat à la santé, avait promis une "application souple, à "l'italienne", de la TPD". Même plus souplement implémentée que dans d'autres pays (comme la Belgique par exemple), les contraintes de la TPD contre la vape remettent en cause la chute impressionnante de plus de 20% de fumeurs au Royaume-Uni depuis l'essor du vapotage en 2010. De quoi profiter à des cigarettiers bien implantés dans certains pays européens ?