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mardi 25 avril 2017

[Expresso] Audition du Pr John Britton, du Royal College of physicians, au sénat canadien sur le projet de loi S5

Le Canada prépare un projet de loi, intitulée S5, concernant le vapotage. Le Comité des affaires sociales du Sénat auditionne différents experts sur le sujet. Le 10 avril, le Pr John Britton témoignait. Le directeur du Centre de recherche sur le cancer britannique (UKCTAS) a participé à deux rapports du Royal College of Physicians UK, l'un en 2007 sur la réduction des risques pour la nicotine et celui plus focalisé sur le vapotage de 2016 (« nicotine without smoke »). On peut retrouver l'audition intégrale sur le site du Comité du sénat canadien, y compris les échanges avec les sénateurs et le Pr David Hammond de l'Université de Waterloo. Regulator Watch a mis en ligne l'intervention initiale du Pr Britton, dont je fais ici un rapide résumé traduit.



Le tabagisme est une cause majeure de maladies et de mortalité, et d'inégalités sociales de santé. C'est une priorité majeure de santé publique dans tous les pays développés. Les mesures de prévention (avertissements etc.) sont efficaces pour prévenir l'entrée dans le tabagisme des jeunes, mais elles n'ont pas d'impact important pour faire sortir les fumeurs du tabagisme. La situation pour les fumeurs "établis" est plutôt pire aujourd'hui qu'il y a 30 ans. Nous avons besoin de mesures pour aider les fumeurs à sortir du tabagisme. Non seulement parce que cela sauve des vies, mais aussi parce que cela va réduire le tabagisme futur.

Vache sacrée puritaine

Il y a une vache sacrée dans la culture anti-tabac: quitter le tabac devrait passer par l'abandon de toute consommation de nicotine. Le rapport de 2007 du RCP argumentait déjà que ce dogme n'est pas obligatoire. Les fumeurs peuvent continuer de consommer de la nicotine, qui n'est pas plus dangereuse en elle-même que la caféine, en arrêtant de la fumer, procédé par lequel se dégage la plupart des toxiques les plus délétères et mortels liés au tabagisme.

La Suède en est un exemple. Une majeure partie des fumeurs est passée au «tabac sans fumée» [le snus en fait], et la Suède a désormais le plus bas taux de fumeurs des pays développés [à 9% selon cet article]. Au Royaume-Uni, le Snus est illégal, mais la vape est apparue en 2008 et est devenue très populaire. Le gouvernement a adopté une ligne très libérale sur le vapotage et 2,8 millions de personnes utilisent le vapotage, dont 1,2 millions sont devenus ex-fumeurs en utilisant de manière régulière la vape.

Promouvoir la réduction des risques

Ces exemples soutiennent fortement une approche visant à inciter les fumeurs, qui ne veulent pas ou n'arrivent pas à arrêter de fumer, à passer à une alternative beaucoup moins nocive que le tabagisme. Il faut une régulation pour s'assurer de la réduction des risques et de la sécurité du matériel. Mais il est extrêmement important de pouvoir promouvoir ces produits auprès des fumeurs. Par rapport au projet de loi S5, un point absolument vital est de pouvoir montrer la comparaison d'effets sanitaires entre le tabagisme et le vapotage. Les professionnels de santé doivent inciter les fumeurs à arrêter. S'ils n'y arrivent pas avec les méthodes conventionnelles, il ne doit y avoir aucun doute sur la réduction des risques avec le vapotage. Si ce message n'est pas délivré fortement à l'opinion publique, le doute profite au tabagisme.  

vendredi 21 avril 2017

Censure en France: Marisol Touraine a t-elle fait éliminer une émission d'Allô Docteurs sur l'arrêt du tabac et le vapotage?

Il est fort probable que les médias français n'évoqueront pas le sujet. Après la censure silencieuse d'un sujet sur le documentaire Vape Wave de Jan Kounen sur Canal+, France Télévision élimine à son tour une émission d'Allô Docteurs datant du 1er septembre 2015. Replay désormais absent du site de l'émission - edit (22h30): de petits extraits sont restés disponibles sur le site de l'émission, mais pas l'émission au complet -  et traque des partages de la vidéo sur les réseaux sociaux.  Le numéro du magazine santé de France 5, présenté par Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes, portait ce jour-là sur le vapotage. Invitées éclairées, la Dr Anne Borgne, addictologue et présidente du Réseau de prévention des addictions (RESPADD) accompagnait Patricia Côme, vapoteuse aguerrie ayant tiré un trait sur le tabagisme à son aide. Ces témoignages et éclairages pouvaient-ils inciter à l'arrêt du tabac avec la vape?

Probablement, d'autant plus que le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue reconnu, intervenait, entre autres témoignages, dans un petit reportage au milieu de l'émission d'une demie-heure. Mais désormais, la loi Touraine interdit "la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur des produits du vapotage" (art. L. 3513-4 du code de la santé). Cette mesure de censure, entrée en vigueur fin 2016, prévoit de punir son non respect d'une "amende jusqu'à 100'000 €". La notion de "propagande" est suffisamment large et floue pour inclure toute information sur la réduction des risques et l'aide au sevrage tabagique qu'apporte le vapotage. "En faisant encourir jusqu'à 100'000 € d'amende à toute personne qui communiquerait sur les vertus du vapotage, les pouvoirs publics créent donc une "insécurité juridique injustifiée" et empêchent "d'ouvrir un débat salutaire sur la santé publique"", pouvait t-on lire dans le Monde du 21 juillet dernier citant cinq associations impliquées dans la réduction des risques. 

En octobre, les associations Sovape, la Fédération Addiction, SOS Adiction, Tabac et liberté et le RESPADD recevaient des promesses de la Direction générale de la santé de régler le problème. On attend toujours... Et visiblement, le spectre de la menace de l'article scélérat a produit son effet dans les rédactions. La situation de la liberté d'expression en France est telle - 45ème au classement sur la liberté de la presse - que depuis, aucun média n'a osé signaler les consignes internes interdisant de discuter positivement de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Pourtant, ces consignes secrètes données aux journalistes de Canal + stipulent qu'aucune image d'usage de vape ne doit être diffusée, aucune image de vapoteur souriant ou sympathique ne doit être montrée, aucun propos positif à son sujet ne doit être prononcé.

Si les consignes à France télévision n'ont pas filtré, le ton et les montages grossiers sur le sujet suffisent à comprendre ce qu'il en est. L'enfumage de Laurent Ruquier, dans On n'est pas couché du 5 novembre 2016, instillait le doute, le récent délire anti-scientifique sur le sujet de Télé Matin l'a confirmé. La mise au pilon de cette émission, puis la traque sur les réseaux sociaux pour en éliminer toute diffusion, mesure tout à fait inhabituelle des services de France Télévision, suit du même mouvement de censure de la part de la télé publique française. Bref, en France sur le sujet, aucune liberté d'expression n'est actuellement tolérée.

L'émission était sur YouTube ...




dimanche 16 avril 2017

[Expresso] Des espoirs de sauver la vape indépendante aux Etats-Unis?

Les américains vont-ils échapper au 'vapocalypse' ? Gregory Conley, porte-parole de l'American Vaping Association (AVA), veut encore croire au sauvetage de la vape indépendante locale. Dans un interview pour le San-Diego Tribune, il souligne des signes favorables émanant de l'administration Trump. Notamment la nomination, pas encore entérinée, de Scott Gottlieb à la tête de la Food and drug administration (FDA). "M. Gottlieb soutient certaines approches sur les questions de drogues qui font un parallèle intéressant pour le monde du vapotage. C'est une raison d'être optimiste, surtout en regard de ce que nous avons vécu ces 7 ou 8 dernières années avec la FDA", pointe Greg Conley. 

Si sa nomination vient à être confirmée, Scott Gottlieb pourrait imprimer une direction plus ouverte à la réduction des risques et à l'auto-support des usagers de la part de la FDA. Son ancienne appartenance à l'American Enterprise Institute (AEI) laisse aussi supposer une plus grande considération pour les entreprises locales indépendantes. Tandis que la FDA, sous la précédente administration Obama, a privilégié les intérêts des grandes multinationales de la pharmaceutique et du tabac. La réglementation assimilant les produits de vapotage, sans tabac ni combustion, à la législation sur le tabac est exemplaire à ce titre. Entrée en vigueur en août 2016, ses exigences s'échelonnent jusqu'en 2018. Notamment, l'obligation de suivre une procédure ardue d'homologation des produits de vape, y compris rétroactivement pour ceux sortis depuis 2007.

La réglementation de la FDA protège les intérêts de Big Tobacco

Ces coûts d'homologation pour la mise sur le marché d'un produit de vape se chiffrent en millions de dollars. "Les coûts associés à cette application vont probablement entraîner la fermeture de nombreux producteurs indépendants de la branche du vapotage dans les années qui viennent, favorisant à long terme le partage de ce marché entre Altria, Reynolds et les autres grandes multinationales qui ont à la fois la surface financière et l'expérience en matière de réglementation pour évoluer dans ce processus", estimait au printemps 2016 Adam Fleck, analyste financier au MorningStar.

Cet avis partagé par la plupart des observateurs commence déjà à se vérifier. Bien que l'échéancier de la FDA coure jusqu'à l'an prochain, des entreprises de vape ont déjà cessé leurs activités devant le fardeau administratif. "Il y a une entreprise historique, Provape, qui produisait des appareils dans l'Etat de Washington. Ils ont arrêtés. Ils ont vu le mur à surmonter pour continuer de fabriquer américain et n'ont pas eu assez confiance pour poursuivre", explique Greg Conley. Devant l'incertitude, certains doivent abandonner leurs activités. 

Incertitudes et résilience

"Ce secteur peut disparaître dans 16 mois, si la réglementation reste telle qu'elle est. Alors si un propriétaire demande à un magasin de s'engager sur un bail de trois ans... Des commerçants se demandent si c'est le moment de prendre cet engagement ou de changer d'activité. Cela se passe un peu partout dans le pays", explique le représentant de l'association de défense du vapotage. Mais la plupart des entreprises de la vape s'accrochent, habitués aux entraves contre ce moyen populaire de sortir du tabagisme, poursuit Greg Conley.

Les effets négatifs de santé publique commencent aussi à se ressentir. Publié la semaine dernière, un rapport pour le National bureau of economic research détaille la hausse du tabagisme adolescent entraîné par les restrictions d'accès aux produits de vape aux Etats-Unis. "Les résultats de l'étude montrent que la part d'adolescents fumeurs a augmenté de 0,7 à 1,3 points sur le pourcentage global de cette tranche de population suite aux lois d'âge minimal de vente  sur le vapotage. Environ la moitié de cette hausse est attribuable à l'initiation au tabagisme, l'autre moitié aux fumeurs qui ont continué de fumer plutôt que de passer au vapotage en raison des restrictions", peut-on lire sur un article du Washington Examiner traduit en français par Vap-Actus.

Intégrisme puritain et science

Si ce sont les multinationales cigarettières qui bénéficient de la réglementation actuelle de la FDA, en éliminant la vape indépendante et en freinant le passage des fumeurs au vapotage, ce sont paradoxalement les tenants puritains soi-disant anti-tabac qui l'ont influencé. Encore récemment, Stanton Glantz, leader des anti-tabac californiens, affirmait sur la chaîne cablée HBO que "le vapotage est aussi dangereux que les cigarettes au niveau cardio-vasculaire". Sans apporter d'éléments concrets en soutien à cette opinion.

Pourtant, les propos de l'ingénieur aéronautique sont contredits par un rapport du Pr Neal Benowitz, son éminent collègue à l'Université de San Francisco (UCSF). "Le risque [de vapoter] est considéré être moindre que de fumer des cigarette sur la base des comparaisons à la fois qualitative et quantitative de l'aérosol du vapotage face aux constituants de la fumée de cigarette. L'adoption du vapotage à la place du tabagisme pourrait, alors, conduire à un bénéfice global pour la santé publique", conclue le document publié dans Nature en mars dernier. 

Mouvement de libération de la santé publique

Ce rapport s'ajoute aux nombreuses évaluations de la réduction des risques de passer au vapotage pour un fumeur et la maximisation des opportunités de réduire le tabagisme pour la santé publique qui en découlent. Suite aux rapports du Public Health England, du Royal College of Physicians britannique, de l'Université de Victoria au Canada et de l'organisation anti-tabac américaine Truth Initiative, ce sont, plus récemment, 120 experts américains de santé à lancer un appel pour intégrer le vapotage dans une nouvelle stratégie contre le tabagisme (brève du GREA en français). De quoi nourrir l'optimisme des défenseurs du vapotage comme outil de sauvetage pour les fumeurs, à l'image de Greg Conley. En espérant que cela ne tarde pas trop.


mercredi 12 avril 2017

[Presidentielle2017] N. Dupont-Aignan, B. Hamon et Ph. Poutou promettent des aides réelles pour sortir les fumeurs du tabac

Tandis que la Suède a moins de 9% de fumeurs, un tiers des français se goudronnent les poumons de cigarettes désormais en paquets "neutres". Résultat de deux derniers quinquennats d'une totale vacuité en matière de réduction de la principale cause de maladie évitable. Pourtant, thèmes délaissés des candidats, la santé et la question du tabagisme sont enfin timidement apparus à dix jours du premier tour. "Il ne faut pas seulement pénaliser ni culpabiliser, mais aussi financer tous les moyens d'aide au sevrage, les médicaments, les patchs, le vapotage, etc.", déclare le Dr Philippe Sopena, porte-parole du candidat socialiste Benoit Hamon au Quotidien du médecin. Même tendance à utiliser le levier d'une approche de réduction des risques et d'aide à l'arrêt chez Nicolas Dupont-Aignan. "Il faut inciter les fumeurs à vapoter afin de se sevrer progressivement", écrit-il dans sa prise de position envoyée à l'Alliance contre le tabac selon le même média. [Mise à jour en fin d'article]

L'heure de changer

Une approche couronnée de succès au Royaume-Uni où le nombre de fumeurs a baissé de plus de 20% depuis l'essor du vapotage en 2010. Plus de 2 millions de britanniques sont sortis du tabagisme via la vape. Près de 800'000 arrêtant la cigarette puis la vape tandis que 1,3 millions d'entre eux continuent de vapoter exclusivement, selon les statistiques officielles. Avec 9 millions de fumeurs, soit 17,2% des plus de 15 ans, le Royaume-Uni a pris le train de la réduction des risques contre le tabagisme. Même si les anglais n'ont pas tiré les premiers en ce sens. Pionnière, la Suède à l'aide du Snus a fait dégringolé son tabagisme à moins de 9% de sa population.



En France, le Snus est interdit et le vapotage peu soutenu, quand il n'est pas simplement dénigré par divers groupes d'intérêts. Le candidat anti-capitaliste Philippe Poutou propose pour sa part la gratuité des aides à l'arrêt du tabagisme, sans que les moyens considérés ne soient précisés dans le Quotidien du médecin. A l'image des positions des autres prétendants, le contenu reste assez nébuleux. La faute en incombe directement aux candidats. En méprisant les démarches réellement citoyennes, ils se sont rendus responsables du peu de clarté de leur engagement sur le sujet. Ce flou nourrit le désintérêt en retour de la part des vapoteurs, selon le dernier baromètre du site Vap'You.

Le flou des snobs

En effet, l'ensemble des candidats ont snobé les invitations de l'association Sovape au sommet à Paris le 20 mars dernier. Ils ne semblent pas plus vouloir prendre la peine de répondre au questionnaire de l'association des usagers Aiduce. Leurs positions respectives sont donc restées à la merci de ce que l'Alliance contre le tabac a bien voulu laisser filtrer lors de sa conférence de presse hier. L'organisation s'est gardé de rendre les documents accessibles directement au public. 


Michèle Delaunay, sa présidente, n'a manqué d'afficher devant la presse ni son antipathie aux approches humanistes d'aide aux fumeurs pour la sortie du tabagisme, ni son soutien à Emmanuel Macron. "Le seul a avoir annoncé en meeting le paquet [de cigarettes] à 10 euros", selon la députée socialiste. Occultant que le candidat d'En marche a assortie cette promesse d'une condition: que les pays limitrophes à la France en fassent de même avec une "harmonisation des taxes au niveau européen". Aussi probable que de réussir son sevrage tabagique en faisant des origami. 


Mic-mac à 10 euros

En fait, le seul candidat qui se soit engagé à une hausse à 10 euros du paquet dés 2017 et de poursuivre cette hausse au long de son quinquennat sans condition est Jean-Luc Mélenchon. C'est ce qui ressort des réponses des candidats au questionnaire d'un groupe de sept experts de santé publique dont le tabacologue Gérard Dubois. Sur le tabagisme, seul l'outil répressif de l'augmentation des taxes est envisagé par les experts de securite-sanitaire.org, sans considération d'approches complémentaires comme la réduction des risques. 

Mais visiblement, même si la position de JL Mélenchon correspond au plus près aux demandes de l'Alliance contre le tabac, sa présidente M. Delaunay préfère mettre en avant E. Macron. Effet du réseau Sicpa et de son marionnettiste Yves Trévilly, opportunisme personnel ou simple incohérence d'esprits bornés ? Difficile de saisir la raison réelle à cet étrange positionnement.

Guerre aux pauvres ou lutte contre le tabagisme?

Si de leurs côtés, Benoit hamon propose une hausse des taxes tabac de 10% par an à long terme et Nicolas Dupont-Aignan de viser le paquet à 10 euros d'ici deux ans, Nathalie Arthaud s'oppose à une hausse qui frapperait les plus pauvres. Les sociologues Patrick Peretti-Watel et Jean Constance le soulignaient en 2010. "Les personnes en situation de précarité, et en particulier celles qui sont au chômage, persistent donc plus souvent à fumer, alors même que la hausse des prix ampute une part non négligeable du très modeste budget dont elles disposent. Les taxes sur les produits du tabac constituent à ce tire un "impôt régressif" qui tend à paupériser davantage les plus démunis, à accroître leur précarité et à dégrader leurs conditions de vie, sans pour autant parvenir à les préserver des risques annoncés du tabagisme", soulignent-ils dans un article présentant leur rapport pour l'INSERM sur le sujet. Un constat qui devrait interpeller toute personne soucieuse d'équité sociale et motiver à prospecter vers des approches de réduction des risques.

Marine Le Pen, connue pour vapoter, s'oppose aussi à une hausse des taxes du tabac, qu'elle imagine profiter au marché noir florissant en France. Tous les candidats ont promis de renforcer les contrôles contre la vente de cigarettes aux mineurs et pour faire respecter les interdictions de fumer dans les lieux publics. Les candidats, dits souverainistes, prennent évidemment leurs distances avec les traités européens, ce qui pourrait laisser un espoir aux vapoteurs d'en finir avec l'infamie de l'assimilation du vapotage aux produits du tabac dans la directive européenne TPD. Au sujet des gesticulations de l'Organisation mondiale de la santé, Philippe Poutou souligne les problèmes d'influence des lobbys au sein de la machine bureaucratique genevoise.

Une absence d'idée

En définitive, peu de choses n'a surgit de cette campagne concernant la lutte contre le tabagisme. Par exemple, aucun candidat ne semble avoir même songé à créer une formation aux outils de réduction des risques pour les buralistes, au statut particulier de préposés de l'administration. Un réseau de proximité dont les produits prédisposent à une influence en terme de sociabilité. Leur donner une chance de mettre un contenu à un rôle "d'acteurs de santé publique", utilisé jusque-là comme un élément de langage totalement creux par les bureaucrates français, serait pourtant une manière de mettre à profit cette particularité structurelle. Mais les politiciens français ont-ils l'imagination et le courage d'oser se sevrer du tabagisme et passer à l'heure d'une réduction des risques conséquente?

Mise à jour 25-04-2017 : Le dossier des réponses des candidats a finalement été mis en ligne par l'Alliance contre le tabac. Cela permet de corriger ou préciser quelques points de l'article :
- Philippe Poutou s'interroge sur la position anti-vape de l'OMS.
- Marine Le Pen s'oppose à l'augmentation des prix du tabac car elle frapperait les plus pauvres.


dimanche 9 avril 2017

[Expresso] Le Dr Farsalinos plaide pour le vapotage contre le tabac à Manille

"Je suis moi-même un ancien fumeur. J'ai essayé toutes les méthodes de sevrage tabagique. J'ai essayé les gommes, les médicaments et même une thérapie psychologique. Avec ces méthodes, je suis resté sans fumer au maximum durant cinq mois". A Manille le 5 avril dernier, le Dr Konstantinos Farsalinos explique ce que peut apporter le vapotage à la lutte contre le tabagisme aux Philippines en partant de sa propre histoire. "Lors de ma première étude sur le vapotage, j'étais encore fumeur. Devant les résultats, j'ai décidé d'essayer. J'ai arrêté de fumer dés le premier jour. J'ai gardé un paquet de cigarette chez moi. A la fin de la semaine, je l'ai jeté avec le briquet. Cela fait maintenant cinq ans et un mois que je n'ai plus fumé. Je ne ressens jamais le besoin d'une cigarette. Cela me fait penser que le risque de rechute est beaucoup plus faible avec le vapotage par rapport aux autres méthodes de sevrage tabagique", raconte le Docteur grec à la conférence de presse relatée notamment par le Manila Standard.

Urgence sanitaire

Le chercheur du Centre Onassis de cardiologie d'Athènes invite les autorités philippines à soutenir ce moyen de sortir du tabagisme. Il plaide pour une réglementation rationnelle, proportionnée et réaliste propre au vapotage. "Des approches de réduction des risques doivent être rendues disponibles aux fumeurs philippins à travers la création d'une réglementation locale appropriée spécifique au vapotage" soutient le Dr Farsalinos. Alors que des rumeurs d'une menace d'interdiction du vapotage plane sur l'archipel, Heneage Mitchell, responsable de FactAsia, appuie les propos du docteur grec.

"C'est la voie à suivre par respect pour les millions de philippins dont la vie est touchée par le tabac. Nous avons une chance de sauver des millions de vies. Si le Gouvernement n'agit pas pour réglementer et rendre disponibles les produits de vapotage, je suis désolé de devoir dire qu'il sera alors responsable de la mort de millions de philippins. Les fumeurs philippins et leurs proches méritent d'avoir accès à ces produits salvateurs qui changent la donne", renchérit le représentant de l'organisation asiatique de défense des usagers de modes de consommation de nicotine à risques réduits.

L'urgence sanitaire est bien là. Selon l'OMS, au moins 20 millions de philippins fument, sur une population totale d'un peu plus de 100 millions. "Dix millions d'entre eux vont mourir prématurément de maladies liées au tabagisme. L'espérance de vie d'un fumeur est réduite d'au moins dix ans par rapport à un non-fumeur. Cela a un coût énorme en vies et pour l'économie", explique le Dr Farsalinos.

Réduction des méfaits

Or si les gens fument pour la nicotine, ce sont les toxiques générés par la combustion qui tuent les fumeurs. "Toutes les maladies causées par le tabagisme ne sont pas dues à la nicotine présente dans la fumée, mais aux produits de la combustion. La braise d'une cigarette dépasse les 800° C. Sa combustion crée des milliers de toxiques inhalés par le fumeur", précise le Dr Farsalinos. 

En contraste, le vapotage permet d'inhaler un aérosol produit, sans combustion, en chauffant entre 180 et 250° C un liquide constitué de propylène glycol, glycérol avec des arômes et une dose choisie de nicotine. Le vapotage réduit drastiquement, d'au moins 95% selon des études britanniques, les risques pour consommer la nicotine par rapport au tabagisme. "Il existe plus de 1000 études sur le vapotage. J'ai moi-même participé à une cinquantaine d'entre elles", souligne le chercheur.

Maximisation des opportunités

C'est aussi un moyen de maximiser les opportunités de sortie du tabagisme. Selon les données de l'Union Européenne (UE) en 2014, plus de 6 millions de résidents avaient cessé de fumer avec la vape et plus de 9 millions ont réduit leur consommation de cigarettes à son aide. "Le vapotage aide les fumeurs à cesser de fumer", insiste le Dr Farsalinos. 

En Asie, les Philippines et la Malaisie sont les deux pays connaissant une large communauté d'utilisateurs de vape. Selon une enquête de l'institut Ipsos en 2016, 4 millions de philippins vapent plus ou moins régulièrement. Et 70% des fumeurs locaux se disaient prêt à passer au vapotage s'il était légal, avec des standards de qualité et facilement disponible. La récente loi philippine interdisant de fumer dans les lieux publics, qui n'inclut pas le vapotage, pourrait encourager le mouvement.

Box artisanale philippine DJK, crédit Bluetouff de Vaping.fr 
Au pays des moddeurs artisanaux, le scientifique grec défend la production locale et indépendante. "Ici, ce sont les usagers locaux eux-mêmes qui ont créé l'industrie. Il n'y a pas de produits importés, c'est fabriqué localement. De nombreux entrepreneurs se sont engagés dans cette voie et c'est la manière par laquelle la vape s'est développée ici. Une réglementation devrait être faite de manière à ce que le vapotage soit promu pour les fumeurs comme outil de réduction des méfaits du tabagisme", précise le Dr Farsalinos. 

Un marché concurrentiel pour assurer développement et qualité

Pour cela, le chercheur plaide pour une réglementation équilibrée entre la nécessité d'assurer la qualité et la sécurité des appareils et liquides de vapotage, et le soucis de ne pas tuer l'industrie indépendante et locale. "Si vous créez une réglementation très restrictive et coûteuse, qui va pouvoir y souscrire? Seulement les multinationales du tabac. Une réglementation très stricte livre le marché aux mains de Big Tobacco. Ce n'est pas désirable. Nous voulons de la concurrence et de l'innovation. Nous devons avoir des petites et moyennes entreprises indépendantes pour obtenir un environnement concurrentiel, créatif et innovateur qui développera des produits de meilleures qualité", argumente t-il.

Aux Philippines, Big Tobacco mise sur les cigarettes 

A l'opposé de leurs discours tenus en Europe, un dirigeant local d'une compagnie de tabac assure ne pas craindre la concurrence de cette alternative à ses cigarettes. Contacté par Roderick T. dela Cruz, journaliste du Manilla Standard,  il se montre optimiste pour son bizness. "Le vapotage ne donne pas les mêmes satisfactions que les cigarettes", estime le responsable qui garde l'anonymat. Avant de prédire que le tabagisme va continuer de croître aux Philippines les années à venir. Un scénario que le Dr Konstantinos Farsalinos et Heneage Mitchell espèrent déjouer si les autorités philippines les entendent.

vendredi 7 avril 2017

Autriche: La Cour constitutionnelle valide l'interdiction de vente à distance des produits de vape

Dans un rendu le 14 mars, la Cour constitutionnelle autrichienne a rejeté le recours d'un magasin en ligne de vapotage, basé à Baden. Celui-ci s'opposait à l'interdiction de vente à distance de produits de vape en vigueur depuis mai 2016 en Autriche. Celle-ci a été promulguée à l'occasion de la transcription dans la Loi de protection contre le tabac et les produits sans fumée (TNRSG - Tabak und Nichtraucherschutzgesetz) de la Directive européenne sur le tabac (TPD).

La Cour juge que «l'interdiction de vente à distance poursuit les objectifs d'intérêt public», notamment «les intérêts de protection de la santé, des consommateurs et de la jeunesse». Elle n'a pas non plus réduit sa portée. «En vertu du principe de précaution», la Cour estime valide l'inclusion des produits de vapotage sans nicotine dans la loi TNRSG. Notamment en raison «des effets méconnus» de l'inhalation du propylène glycol (Sic!), précise t-elle au point 2.4.4 de son rendu.

Moins dangereux mais quand même !

Pourtant la Cour reconnaît que les produits de vapotage sont significativement moins dangereux que les cigarettes. Ou les pipes et narguilés qui eux sont en vente libre sur internet en Autriche. «Contre le contexte de l'objectif de politique de santé, il serait également impossible de prévoir une interdiction de la vente des produits du tabac, mais pas pour les produits connexes similaires en risque de santé. Le fait que l'e-cigarette ait au moins des effets «moins dommageables» (notamment en l'absence de monoxyde de carbone et de goudron) par rapport aux cigarettes de tabac ordinaire n'est pas affecté par cette évaluation», estime la Cour dans son point 2.4.6.2. Le sens de ce point argumentaire reste pour le moins obscur. «La vapeur est donc moins dangereuse ... mais … Qui comprend ça?», commente le site DampfCafe.at.

Liberté d'échange à dimension variable

Par ailleurs, bien que l'activité du recourant ne soit que de la vente à distance (par internet), la Cour a estimé que rien ne l'empêche d'ouvrir une boutique. En conséquence, cette interdiction ne violerait pas sa liberté d'entreprendre. De son côté, l'Association autrichienne des professionnels de la vape (VFFED) annonce vouloir continuer de se battre contre cette réglementation.

Avec la Pologne, l'Autriche est le second pays de l'Union européenne a interdire la vente à distance au sein de son territoire des produits de vapotage. Cette restriction pourrait donner un avantage aux produits bénéficiant d'un large réseau de distribution déjà en place. Et plus probablement encore, entraver l'accès au vapotage aux fumeurs essayant d'arrêter de fumer. 

Conférence à Vienne

Malgré tout, les défenseurs autrichiens de la réduction des risques et de la maximisation des opportunités de sortir du tabac ne baissent pas les bras. Le Pr Gerry Stimson, directeur de Knowledge-Action-Change, donnera une conférence intitulée "Comment le vapotage a changé le paysage du sevrage tabagique et de la lutte anti-tabac" à Vienne le 8 mai prochain en présence du Dr Franz Pietsch, adjoint à la protection des consommateurs du Ministère de la santé autrichien. Chaud débat en perspective...


jeudi 6 avril 2017

Etude internationale: Fort impact des réglementations sur les arrêts du tabac à l'aide de la vape

Les réglementations influent-elles sur les chances de réussir son sevrage tabagique? Cela paraît couler de source, mais aucune étude n'avait encore mesuré le poids de l'environnement législatif sur les arrêts avec la vape. Une comparaison de données recueillies entre 2010 et 2014 de deux paires de pays, la première americano-britannique alors peu restrictive, la seconde australo-canadienne avec de fortes restrictions à l'accès et l'usage des produits de vapotage, montre clairement l'impact. Tandis que 73,2% des fumeurs britanniques et américains sondés ayant tenté d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage ont réussi au moins durant un mois, seuls 31,5% de leurs homologues australiens et canadiens ont connu la même réussite. L'étude, publiée par la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, s'appuie sur les enquêtes de l'International Tobacco Control four country (ITC).

Elle montre que, dans l'environnement plus propice, les fumeurs optant pour l'aide du vapotage augmentent leur chance de sevrage à un mois par 1,95 fois [OR = odd ratio] par rapport à aucune aide. Soit un peu plus qu'avec les substituts nicotiniques (OR 1,64) et à peine moins qu'avec les drogues pharmaceutiques (OR 2,07). Mais dans les pays hostiles, utiliser le vapotage donne près de trois fois moins de chance de réussir (OR 0,36) que de se lancer sans aide. «Les raisons de l'effet de facilitation du vapotage pour cesser de fumer se trouvent uniquement dans les pays ayant un environnement moins restrictif à la vape», souligne l'étude signée de chercheurs américains, australiens, britanniques et canadiens.

Matérialisme

Première raison invoquée par les chercheurs à cet effet bénéfique à l'arrêt du tabagisme par les réglementations les moins agressives contre la vape: la facilité d'accès aux produits. A fortiori, en offrant une palette diversifiée des appareils les plus efficaces, c'est-à-dire les systèmes à réservoir (à l'opposé des «cigalikes»), et évidemment aux liquides nicotinés qui doublent les chances d'arrêt par rapport à la vape sans nicotine selon le rapport Cochrane de 2016. Cette étude confirme d'ailleurs ces deux aspects dans les pays tolérants. Les utilisateurs de mods à réservoir ont 2,57 fois plus de chances de sevrage que les utilisateurs de cigalikes et 3,11 fois plus de réussite que les fumeurs se lançant sans aide. Tandis que les britanniques vapotant avec nicotine ont eu 3,07 fois plus de succès que ceux s'aidant de vapotage sans nicotine.

Dans la même veine, l'accès plus simple à des produits encouragent non seulement les tentatives avec l'aide de ces produits, mais aussi la prolongation de l'arrêt en facilitant l'accès à de nouvelles fournitures (liquides ou matériel) durant le sevrage. «Ceci peut contribuer à leur offrir de plus grandes opportunités d'expérimenter différents appareils et liquides jusqu'à ce qu'ils trouvent la bonne combinaison», explique l'article.

Et mentalités

La seconde série de motifs met en relief l'aide que procure un climat social plus tolérant et serein à l'égard du vapotage aux fumeurs pour sortir du tabagisme par son aide. Plus confiants, ils seraient plus susceptibles de détermination et de persévérance dans leurs tentatives. Dans les pays restrictifs, «le faible accès au produit et peut-être la réticence à vapoter en public au milieu de personnes potentiellement hostiles sont des raisons plausibles pour penser que sa dénormalisation puisse être un facteur important du haut taux d'échecs», suggèrent les chercheurs.

Ils soulignent aussi un possible biais d'auto-sélection: la mauvaise image de la vape cultivée par les pouvoirs publics hostiles limite son recours à certains fumeurs. «Il est également possible que, dans les pays à faible disponibilité, ceux qui ont choisi d'utiliser le vapotage pour cesser de fumer étaient les plus désespérés, ceux n'ayant pas réussi auparavant en utilisant les méthodes approuvées», émettent en hypothèse les chercheurs pour expliquer le plus faible taux de réussite à l'aide du vapotage que sans aucune aide en Australie.

Soutien ou abandon de la part des soignants?

L'étude n'a pas pu prendre en compte l'aide comportementale apportée ou non aux fumeurs. «Parce que ce que constitue le soutien comportemental était trop hétérogène entre les différents pays, nous avons décidé de ne pas le retenir comme critère», expliquent les chercheurs. Reste qu'évidemment, entre les Stop smoking services britanniques en dialogue constructif avec les vapoteurs et le dogme australien de leur diabolisation, les compétences des professionnels de santé sur le sujet et l'aide apportée en conséquence aux fumeurs sur cette voie ne peuvent pas être de même qualité. D'autres facteurs, comme notamment le climat de peur entretenu par les médias sensationnalistes et/ou liés d'intérêt aux lobbys du tabac et de la pharma, n'a pas été pris en compte dans la comparaison.

Et la Suisse?

La Suisse ne fait pas partie de l'étude. Mais les principaux enseignements de cette étude donnent de l'eau au moulin de mes analyses de 2015 sur le déficit d'arrêts tabagiques à l'aide du vapotage en raison des entraves fédérales. Mon analyse s'appuyait sur la comparaison des statistiques de prévalence de la population, ce qui est sensiblement différent des groupes de fumeurs tentant un sevrage suivis dans cette étude. Reste que le ratio de chances de réussir son sevrage entre pays restrictifs et pays permissifs (OR 0,36 versus OR 1,95) mis en évidence résonne avec les ratio d'adoption, c'est-à-dire de l'expérimentation à l'usage régulier, du vapotage que j'avais tiré de la comparaison des statistiques helvétiques et britanniques de 2014.

«L'interdiction de la vente de liquide nicotiné concoure ainsi à six fois plus d'échecs des tentatives de passer à la vape des fumeurs en Suisse par rapport aux britanniques», avais-je alors souligné. Le parallèle se poursuit d'ailleurs sur la faible part de vapoteurs utilisant de la nicotine en Suisse et en Australie. Selon l'enquête d'Addiction Suisse, moins de 40% des vapoteurs helvètes utilisent de la nicotine, chiffre proche des 41% relevés dans cette étude pour les australiens, contre plus des trois quarts des britanniques.

Guerre au vapotage, guerre aux pauvres


Autre point commun, les restrictions légales semblent entraver plus fortement l'accès au vapotage aux fumeurs défavorisés socialement. «Comparés aux répondants des pays avec une réglementation plus restrictive, une plus grande proportion de ceux de pays moins restrictifs sont plus âgés, avec des revenus plus faibles, (...)», note la recherche internationale. En proportion, il y a deux fois plus de faibles revenus à essayer d'arrêter de fumer avec le vapotage lorsque l'environnement législatif est permissif que répressif. Les données suisses ne tiennent pas compte des niveaux de revenus, mais du niveau de formation. Les auteurs soulignaient dans le dernier rapport en commentaire que «la part d’usagers [du vapotage] au cours des 30 derniers jours augmente régulièrement avec l’augmentation du niveau de formation».


Les entraves législatives en augmentant le coût financier du vapotage, en compliquant son accès et le limitant aux personnes détenant des outils informatiques et de paiement électroniques ou aux personnes détenant un capital social leur permettant de passer par le marché gris/noir, empêchent selon toute vraisemblance des fumeurs de couches sociales défavorisées d'utiliser ce moyen d'arrêt tabagique. La stigmatisation des vapoteurs renforce cette dynamique vicieuse contre les personnes les moins outillées en terme de capital culturel pour résister aux campagnes de désinformation. Le gâchis sanitaire de la guerre au vapotage profite non seulement au tabagisme en général, mais accentue plus particulièrement les inégalités sociales de santé au profit des classes aisées. 

Autre leçon que l'on peut tirer de cette étude, aucune recherche sur le sevrage tabagique à l'aide du vapotage ne peut faire sérieusement l'impasse sur l'environnement législatif dans lequel la population étudiée évolue. Un point que, comme je l'avais entre autres souligné, G. Gmel et al. n'avaient pas tenu compte dans leur analyse publiée dans le Swiss Medical Weekly.


Les autorités suisses autorisent la nouvelle cigarette Glo mais recommandent de passer à la vape qu'elles interdisent !

Les services d'Alain Berset cultivent l'art scabreux des injonctions paradoxales. La sortie en Suisse de la Glo en livre un nouvel épisode. Premier à tirer ce mercredi, Christopher Proctor, chef scientifique de British American Tobacco (BAT), annonce la mise sur le marché de sa nouvelle cigarette de tabac chauffé. Après son lancement au Japon en décembre passé, la Glo vient directement concurrencer sur ses terres l'Iqos de Philip Morris. "Le système de fonctionnement est similaire (...) La principale différence est que la Glo est plus simple à utiliser et marche toute la journée", explique C. Proctor au journal 20 minutes version suisse-alémanique. A 80 Fs l'appareil, auquel s'ajoutent les cigarettes, les deux cigarettiers alignent leurs tarifs. 

Cigarette autorisée, vapotage nicotiné toujours interdit de vente

Comme pour la cigarette du géant lausannois en août 2015, les autorités helvétiques accueillent sans entrave le nouveau produit de BAT. Bien qu'aucune étude scientifique indépendante n'a encore été publiée sur ces produits et leurs éventuelles toxicités (certaines sont en voie de publication, dont le Vaping Post a présenté des éléments). Une attitude fédérale permissive à l'opposé de sa guerre contre le vapotage, dont la vente de liquide avec nicotine est toujours officiellement interdite. Ceci en dépit d'un corpus scientifique largement plus conséquent sur le vapotage, si on prend la peine de le lire. 

La prohibition de la vape nicotinée se fonde sur une interprétation de la bureaucratie bernoise contestée par deux recours devant le Tribunal administratif fédéral courant depuis novembre 2015, après que celui-ci ait débouté celui des usagers de l'association Helvetic Vape. Selon les autorités, l'ajout d'une substance pharmacologique, telle que la caféine, la nicotine ou le cannabidiol, est interdit dans les objets usuels pouvant entrer en contact avec les muqueuses. Cela pourrait signifier l'interdiction de vente notamment des boites de sodas caféinés, des cigarettes et des liquides de vapotage contenant une de ces substances. Pour le moment, les autorités ne semblent intéressées à n'interdire que la vape. Mais tout en la recommandant ! Sic ! 

Mais l'OFSP recommande la vape plutôt que les cigarettes de tabac

En effet, un porte-parole de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) déclare au journal 20 minutes qu'il conseille aux fumeurs de se convertir totalement au vapotage s'ils n'arrivent pas à arrêter de fumer d'une autre manière. Il souligne l'importance de s'abstenir complètement de fumer des cigarettes de tabac. "Problème: les produits Iqos et Glo contiennent toujours du tabac", précise Kaspar Wolfensberger du 20 minutes. Autrement dit, ces nouvelles cigarettes ne sont pas des produits de vapotage, qui sont sans tabac ni combustion.

Les dons de nicotine généralisés

Alors, trouble de dédoublement de personnalité bureaucratique? Appel à la désobéissance sanitaire? Les autorités suisses interdisent ce qu'elles recommandent et autorisent ce qu'elles déconseillent. Difficile de livrer l'exégèse des étranges cheminements abscons de l'administration d'Alain Berset. Mais en pratique, les dons de nicotine ont permis, surtout depuis une année, de libérer un nombre toujours plus impressionnant de fumeurs à l'aide du vapotage. En ignorant les injonctions paradoxales de la santé publique, les enfumages du lobby du médicament et les nouvelles cigarettes de Big Tobacco.