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jeudi 26 janvier 2017

Etrange promotion de Philip Morris par AT-Suisse

Cela ressemble à un de ces publi-reportages dont l'industrie cigarettière raffole. "Philip Morris a développé des précurseurs de la cigarette électronique dès les années 90", titre le dernier bulletin de l'Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT-Suisse). La publication bernoise avance que la firme lausannoise voulait promouvoir "une alternative aux thérapies par substituts nicotiniques aux fumeurs soucieux de leur santé". Jouant sur le champ lexical de l'innovation technologique, l'encart surplombe deux articles consacrés aux adolescents. Selon AT-Suisse, cette information aurait été "découverte" dans les documents de Philip Morris par des chercheurs de l'Université de Californie menés par Stanton Glantz. Sauf que cette information est au minimum trompeuse, si ce n'est complètement faisandée.

Dans l'histoire réelle, un brevet d'e-cig a été déposé dès 1963 aux Etats-Unis par Gilbert A. Herbert. Soit plus de trente ans avant ces soi-disant "précurseurs" de Philip Morris. "Je l'ai montré à des entreprises dans la chimie, des sociétés pharmaceutiques et des compagnies du tabac. Ils ont fait ce qu'il avaient à faire pour protéger leurs marchés", explique G. Herbert en 2013 à Ashtray Blog. Son invention ne sera jamais produite. De nombreuses autres tentatives ont suivie comme le montre la liste impressionnante de brevets déposés. On note par exemple la première utilisation du terme vapotage par le Dr Norman Jacobson en 1980. La Favor sera même lancée sur le marché aux Etats-Unis avant d'être retirée sur injonction de la Food and drug administration (FDA).

Trente ans plus tard

En 1994, Philip Morris arrive bien tard avec ses projets qui n'ont plus rien de précurseurs. Pour ne pas dévaloriser son cœur de métier, le cigarettier laisse son prototype dans un tiroir durant 20 ans. C'est seulement devant l'essor fulgurant de la vape, relancée à l'initiative du pharmacien chinois Hon Lik, que Philip Morris ressort ses vieux plans et commercialise une vapoteuse en 2013. Son produit vieillot n'a pas grand succès et convainc la firme de se concentrer sur le tabac chauffé qu'elle avait aussi dans ses tiroirs depuis les années 1990.

La Post-Science produit aussi ses "faits alternatifs"

Mais alors, pourquoi le chercheur Stanton Glantz prend t-il pour argent comptant ce qui a tout l'air d'une auto-complaisante propagande du cigarettier? La question s'est posée à des observateurs, comme le spécialiste Jerôme Harlay, choqués de "ce coup de pub gratuit à Philip Morris" par l'article publié dans Tobacco Control mi-novembre. 

Le dépôt du dossier - pesant 15 tonnes - d'homologation de la cigarette de tabac chauffé Iqos par Philip Morris à la FDA, trois semaines après l'article de Stanton Glantz, est peut-être un début de réponse. Le chercheur californien est un des artisans de la réglementation de la FDA qui impose une procédure ultra-dispendieuse. Vanter les mérites technologiques de Philip Morris apparaît une justification avant l'heure du monopole dont vont bénéficier les cigarettiers grâce à ce règlement. Le mur financier qu'il érige, va bannir du marché les producteurs de vape indépendante sans les fonds en millions de dollars des multinationales.

Promo de cigarette sur RTS la 1ère

Dans le contexte Suisse, l'étrange promotion de la technologie du cigarettier vaudois n'est pas une première. Début septembre 2015, pour la sortie de la cigarette Iqos, Grégoire Vittoz avait lancé en direct sur l'antenne radio de la RTS la 1ère un tonitruant: "C'est très sophistiqué, c'est joliment fait. Pour l'avoir testé, c'est assez bluffant aussi en terme de goût". Le porte-parole de la Ligue pulmonaire suisse a t-il violé l'interdiction de promotion du tabac de la Loi sur la radio et télévision (LRTV) ? Personne ne s'est plaint... Possible que personne ne l'ait cru non plus.

Deux poids, deux mesures

Autre épisode à la fin de l'an passé, la Commission fédérale pour le prévention du tabagisme (CFPT) reprend à son compte la revendication de taxe anti-vape de Philip Morris. Chacun de ces faits peut être une maladresse sur fond de dogmatisme étriqué et de haine avérée contre les usagers. Mais ils s'ajoutent à l'absence totale de curiosité de ces organisations sur les raisons de l'administration fédérale à n'appliquer l'article 37 de l'ODAIOUs qu'à l'encontre du vapotage nicotiné et non pas aux produits des cigarettiers. Même l'Iqos a été autorisée sans problème en 2015 alors que les liquides de vapotage avec nicotine sont toujours interdits de vente. Pourtant, dans "l'élaboration hâtive de l'ODAIOUs, les produits du tabac sont soumis à l'article 37 de l'ordonnance", souligne l'association Helvetic Vape dans son plaidoyer concernant le vapotage

La multiplication de ces éléments troublants ne constitue pas une preuve. Mais il devient de plus en plus difficile de ne pas être pris de doutes sur l'étrange jeu de ces organisations soi-disant anti-tabac en guerre contre les vapoteurs et, de facto, en faveur du cigarettier Philip Morris.


mercredi 25 janvier 2017

[Expresso] La primaire de l'OMS se déroule au secret - MàJ

En ce moment même, les 34 représentants des Etats membres du Conseil exécutif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pré-sélectionnent à huis clos trois candidats pour l'élection finale en mai prochain au poste de Directeur général. Cinq postulants sont encore en lice pour prendre la succession en juillet de Margaret Chan, qui dirige l'OMS depuis 2007. Le site de l'organisation onusienne précise que cette élection ainsi que les entretiens et les débats ne seront pas retransmis. "Le processus de désignation du prochain directeur général de l'OMS est très politique", explique le journaliste Alain Jourdan dans la Tribune de Genève d'hier.

Au 1er tour lundi, le hongrois
M Szocska a été éliminé
Les cinq candidats à la candidature sont le français Philippe Douste-Blazy, l'italienne Flavia Bustreo, le britannique David Nabarro, l'éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus et la pakistanaise Sania Nishtar. Toujours selon Alain Jourdan, les cinq candidats ont leur chance et il est "impossible de faire des pronostics". Il est également impossible de suivre le processus. Pourtant, la nomination à ce rôle aura des conséquences importantes pour les orientations de santé publique. Notamment, sur la question du respect au droit de protéger sa propre santé pour les fumeurs à l'aide du vapotage. 

A New Delhi en novembre dernier, ce droit humain a été largement bafoué par la dernière CoP7 de l'OMS sur le tabac à l'initiative du Brésil et de l'Inde. Soutenus par la Thaïlande, le Kenya et le Nigeria, les deux pays principaux fournisseurs de tabac au reste du monde hors-Chine - qui a un marché du tabac fermé - ont fait le forcing pour promulguer une interdiction totale mondiale de la vape. Malgré les pressions à huis clos, les délégations du Royaume-Uni, de l'Union Européenne et du Canada ont refusé, devant le manque flagrant de données scientifiques, de souscrire à cette nouvelle guerre aux vapoteurs.

Mise à jour 25-01-2017 à 18h50 : Les trois élus sont Tedros Adhanom Ghebreyesus, Sania Nishtar et David Nabarro.
Philippe Douste-Blasy et Flavia Bustreo sont éliminés.

mardi 24 janvier 2017

[Expresso] Facts & Vape : Le black-out des médias romands contre la science se poursuit

Face à un nouveau black-out, l'association Helvetic Vape prend l'initiative de diffuser l'information scientifique. C'est le quatrième rapport majeur sur le vapotage que les médias romands passent sous silence. Celui-ci vient d'être publié par l'Université de Victoria au Canada. Tout comme précédemment les rapports du Public Health England (août 2015), du Royal College of Physicians (avril 2016) et de l'organisation US Truth Initiative (décembre 2016), les chercheurs ont passé en revue les études scientifiques sur le sujet. A partir de 15 banques de données, ils ont épluché 1'622 études, en retenant 170 dignes d'intérêts et fiables. "La politique [sur le vapotage] ne devrait pas être motivée par des craintes infondées d'un "effet passerelle", mais plutôt s'orienter vers l'aide aux fumeurs pour quitter le tabac", souligne la conclusion du directeur de recherche le Pr Tim Stockwell.

"Il y a beaucoup de choses similaires aux autres recherches de nos collègues", a précisé la Dr Marjorie MacDonald, co-auteur du rapport, à la chaîne CBC. Résumées en français par le Vaping Post, leurs quatre principales conclusions rejoignent en effet les grandes lignes des rapports scientifiques britanniques. En premier lieu, le vapotage permet d'arrêter de fumer, au moins aussi bien que les autres aides. Aussi, il n'est pas une entrée vers le tabagisme. Au contraire, là où la vape est accessible, le tabagisme, y compris des jeunes, dégringole.

Troisièmement, l'aérosol de la vape ne contient ni monoxyde de carbone, ni goudron. Seuls 18 des 79 toxiques présents dans la fumée de cigarette y ont été mesurés à des niveaux beaucoup plus faibles. Enfin, la vapeur expirée se disperse dans l'air en 30 secondes, contre plus de 18 minutes pour la fumée de cigarette. Avec une précaution sur ce dernier point où les chercheurs canadiens estiment que les études sont encore insuffisantes pour conclure à l'innocuité totale du vapotage passif. "Beaucoup de gens pensent que vapoter est aussi dangereux que fumer, mais les preuves montrent que cette croyance est complètement fausse", insiste le Pr Tim Stockwell.

Face à la post-vérité institutionnelle, les usagers diffusent la science

En Romandie, la plupart des médias poursuivent leur black-out des informations pouvant encourager des fumeurs a quitter la cigarette à l'aide du vapotage. Prenant les choses en main, l'association Helvetic Vape diffuse depuis hier un résumé dans les trois langues nationales - français, allemand et italien - du rapport scientifique au public. 

Il y a de quoi vouloir pallier la mésinformation sur le sujet. Depuis huit ans, le niveau de tabagisme, à plus d'un quart de la population, n'a presque pas évolué en Suisse. A l'inverse du Royaume-Uni, où promotion et soutien du vapotage par les instances de santé ont largement contribué à la chute de 22% du tabagisme depuis 2011. Mais cet exemple est tu au pays de Philip Morris et Novartis où les autorités interdisent toujours la vente de liquides à vapoter avec nicotine tandis que les cigarettes sont en vente libre.  

Le Département fédéral de l'Intérieur, dirigé par Alain Berset également en charge de la santé, bénéficie de plus de 2,2 milliards de Fs de rentrées par an grâce aux taxes du tabac. Les retraites sont allégées d'environ 15% par la mortalité prématurée, en moyenne de 14 ans, des fumeurs. Les maladies liées au tabagisme génèrent des milliards de Fs de ventes de médicaments. Enfin, l'établissement des sièges de Japan Tobacco à Genève et de Philip Morris à Lausanne, ainsi que de leur centre de recherche à Neuchâtel, est une bonne affaire pour les finances de ses cantons. De quoi motiver un traitement par le silence des analyses basées sur des données scientifiques au sujet de la réduction des risques, de la vape et de leurs véritables enjeux. En Suisse, plus encore que des "alternative facts", les médias s'en tiennent à une absence très conformiste du factuel.


dimanche 15 janvier 2017

[Expresso] Le Portugal réduit sa taxe anti-vape mais interdit son usage dans les lieux publics

Tandis que vapoter avec nicotine sera soumis aux mêmes interdictions que fumer dans les lieux publics à l'horizon 2020, la taxe sur les liquides nicotinés au Portugal est réduite de moitié en 2017. Elle passe à 30 cents par millilitre de liquide nicotiné au lieu des 60 cents par ml. Cette taxation avait été instaurée l'an passé au nom du respect de "la parité" concurrentielle entre cigarettes et vapotage. En faisant exploser leurs prix, la taxe a entraîné une quasi disparition des liquides déjà nicotinés des magasins portugais en 2016.

Sauver la taxe

Cette correction, à l'initiative du Parti socialiste au pouvoir depuis novembre 2015, semble donc tenter de sauver une taxe qui n'a quasiment rien rapporté à l'Etat par son exagération. Dans le même temps, les taxes sur le tabac vont augmenter, poussant les cigarettiers a majorer de 5 à 20 cents leurs prix. Un paquet de Camel, par exemple, va passer de 4€50 à 4€60 fin février.

Autre nouveauté lusitanienne, la révision de la "loi tabac" étend ses interdictions aux "produits du tabac sans combustion". Utiliser ces produits est désormais interdit, au même titre que fumer, dans les lieux publics, à l'exception des bars de petite taille qui peuvent choisir jusqu'en 2020 d'accepter les fumeurs,  et en plein air à moins de cinq mètres des terrains de jeux, des établissements scolaires et de santé. Selon le journal Publico, il serait aussi désormais "illégal de créer des pages sur internet pour l'information, la diffusion ou la promotion" de tout produit assimilé au tabac. Pour autant, les sites portugais de vape, comme le forum d'entraide ptVapers, sont toujours en ligne... De fait, au Portugal la catégorie de "produits du tabac sans combustion" englobe explicitement le vapotage avec nicotine, mais laisse hors de son champ la vape sans nicotine.

La vape nicotinée est-elle du tabac?

Ces modifications légales ont soulevé des débats publics sur le manque de bases scientifiques concernant à la fois l'assimilation du vapotage au tabagisme et sur la distance arbitraire autour des hôpitaux et écoles. Entrées en vigueur en 2008, les interdictions de fumer dans les lieux publics de la loi tabac exemptent jusque-là bars et restaurants de petite taille. Ils ont jusqu'en 2020 pour se conformer à l'interdiction totale. Le taux de tabagisme a baissé de moins d'un point depuis 2004 au Portugal, avec 32% des hommes et 17% des femmes fumeurs selon la Direction générale de la santé.

édit à 22h11, enlever l'ambiguïté de la 1ère phrase sur les interdictions de vapoter dans les lieux publics qui est soumis au même régime que fumer.