mardi 24 janvier 2017

[Expresso] Facts & Vape : Le black-out des médias romands contre la science se poursuit

Face à un nouveau black-out, l'association Helvetic Vape prend l'initiative de diffuser l'information scientifique. C'est le quatrième rapport majeur sur le vapotage que les médias romands passent sous silence. Celui-ci vient d'être publié par l'Université de Victoria au Canada. Tout comme précédemment les rapports du Public Health England (août 2015), du Royal College of Physicians (avril 2016) et de l'organisation US Truth Initiative (décembre 2016), les chercheurs ont passé en revue les études scientifiques sur le sujet. A partir de 15 banques de données, ils ont épluché 1'622 études, en retenant 170 dignes d'intérêts et fiables. "La politique [sur le vapotage] ne devrait pas être motivée par des craintes infondées d'un "effet passerelle", mais plutôt s'orienter vers l'aide aux fumeurs pour quitter le tabac", souligne la conclusion du directeur de recherche le Pr Tim Stockwell.

"Il y a beaucoup de choses similaires aux autres recherches de nos collègues", a précisé la Dr Marjorie MacDonald, co-auteur du rapport, à la chaîne CBC. Résumées en français par le Vaping Post, leurs quatre principales conclusions rejoignent en effet les grandes lignes des rapports scientifiques britanniques. En premier lieu, le vapotage permet d'arrêter de fumer, au moins aussi bien que les autres aides. Aussi, il n'est pas une entrée vers le tabagisme. Au contraire, là où la vape est accessible, le tabagisme, y compris des jeunes, dégringole.

Troisièmement, l'aérosol de la vape ne contient ni monoxyde de carbone, ni goudron. Seuls 18 des 79 toxiques présents dans la fumée de cigarette y ont été mesurés à des niveaux beaucoup plus faibles. Enfin, la vapeur expirée se disperse dans l'air en 30 secondes, contre plus de 18 minutes pour la fumée de cigarette. Avec une précaution sur ce dernier point où les chercheurs canadiens estiment que les études sont encore insuffisantes pour conclure à l'innocuité totale du vapotage passif. "Beaucoup de gens pensent que vapoter est aussi dangereux que fumer, mais les preuves montrent que cette croyance est complètement fausse", insiste le Pr Tim Stockwell.

Face à la post-vérité institutionnelle, les usagers diffusent la science

En Romandie, la plupart des médias poursuivent leur black-out des informations pouvant encourager des fumeurs a quitter la cigarette à l'aide du vapotage. Prenant les choses en main, l'association Helvetic Vape diffuse depuis hier un résumé dans les trois langues nationales - français, allemand et italien - du rapport scientifique au public. 

Il y a de quoi vouloir pallier la mésinformation sur le sujet. Depuis huit ans, le niveau de tabagisme, à plus d'un quart de la population, n'a presque pas évolué en Suisse. A l'inverse du Royaume-Uni, où promotion et soutien du vapotage par les instances de santé ont largement contribué à la chute de 22% du tabagisme depuis 2011. Mais cet exemple est tu au pays de Philip Morris et Novartis où les autorités interdisent toujours la vente de liquides à vapoter avec nicotine tandis que les cigarettes sont en vente libre.  

Le Département fédéral de l'Intérieur, dirigé par Alain Berset également en charge de la santé, bénéficie de plus de 2,2 milliards de Fs de rentrées par an grâce aux taxes du tabac. Les retraites sont allégées d'environ 15% par la mortalité prématurée, en moyenne de 14 ans, des fumeurs. Les maladies liées au tabagisme génèrent des milliards de Fs de ventes de médicaments. Enfin, l'établissement des sièges de Japan Tobacco à Genève et de Philip Morris à Lausanne, ainsi que de leur centre de recherche à Neuchâtel, est une bonne affaire pour les finances de ses cantons. De quoi motiver un traitement par le silence des analyses basées sur des données scientifiques au sujet de la réduction des risques, de la vape et de leurs véritables enjeux. En Suisse, plus encore que des "alternative facts", les médias s'en tiennent à une absence très conformiste du factuel.


dimanche 15 janvier 2017

[Expresso] Le Portugal réduit sa taxe anti-vape mais interdit son usage dans les lieux publics

Tandis que vapoter avec nicotine sera soumis aux mêmes interdictions que fumer dans les lieux publics, la taxe sur les liquides nicotinés au Portugal est réduite de moitié en 2017. Elle passe à 30 cents par millilitre de liquide nicotiné au lieu des 60 cents par ml. Cette taxation avait été instaurée l'an passé au nom du respect de "la parité" concurrentielle entre cigarettes et vapotage. En faisant exploser leurs prix, la taxe a entraîné une quasi disparition des liquides déjà nicotinés des magasins portugais en 2016.

Sauver la taxe

Cette correction, à l'initiative du Parti socialiste au pouvoir depuis novembre 2015, semble donc tenter de sauver une taxe qui n'a quasiment rien rapporté à l'Etat par son exagération. Dans le même temps, les taxes sur le tabac vont augmenter, poussant les cigarettiers a majorer de 5 à 20 cents leurs prix. Un paquet de Camel, par exemple, va passer de 4€50 à 4€60 fin février.

Autre nouveauté lusitanienne, la révision de la "loi tabac" étend ses interdictions aux "produits du tabac sans combustion". Utiliser ces produits est désormais interdit, au même titre que fumer, dans les lieux publics, à l'exception des bars de petite taille qui peuvent choisir jusqu'en 2020 d'accepter les fumeurs,  et en plein air à moins de cinq mètres des terrains de jeux, des établissements scolaires et de santé. Selon le journal Publico, il serait aussi désormais "illégal de créer des pages sur internet pour l'information, la diffusion ou la promotion" de tout produit assimilé au tabac. Pour autant, les sites portugais de vape, comme le forum d'entraide ptVapers, sont toujours en ligne... De fait, au Portugal la catégorie de "produits du tabac sans combustion" englobe explicitement le vapotage avec nicotine, mais laisse hors de son champ la vape sans nicotine.

La vape nicotinée est-elle du tabac?

Ces modifications légales ont soulevé des débats publics sur le manque de bases scientifiques concernant à la fois l'assimilation du vapotage au tabagisme et sur la distance arbitraire autour des hôpitaux et écoles. Entrées en vigueur en 2008, les interdictions de fumer dans les lieux publics de la loi tabac exemptent jusque-là bars et restaurants de petite taille. Ils ont jusqu'en 2020 pour se conformer à l'interdiction totale. Le taux de tabagisme a baissé de moins d'un point depuis 2004 au Portugal, avec 32% des hommes et 17% des femmes fumeurs selon la Direction générale de la santé.

édit à 22h11, enlever l'ambiguïté de la 1ère phrase sur les interdictions de vapoter dans les lieux publics qui est soumis au même régime que fumer.

mercredi 21 décembre 2016

[Expresso] La Commission fédérale tabac veut taxer les vapoteurs et interdire aux médecins d'aider leurs patients à arrêter de fumer

"Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander
le vapotage pour le sevrage tabagique"
 Lucrezia Meier-Schatz préside la CFPT
Interdire aux médecins Suisses d'aider leurs patients à arrêter de fumer à l'aide du vapotage. Interdire toute forme de promotion de la vape. Et taxer ces produits sans tabac ni combustion comme les cigarettes. Juste avant les bonnes résolutions de fin d'année, la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT) réitère sa charge anti-vape. Sans avoir pris la peine de répondre ni à la lettre ouverte de l'association d'usagers Helvetic Vape, ni aux objections de l'association indépendante des professionnels de la vape suisse (SVTA), l'organe consultatif a communiqué ce mercredi aux médias mainstreams ses recommandations anti-vapotage déjà publiées fin septembre. 

La Commission présidée par Lucrezia Meier-Schatz affirme qu'il n'est "pas possible d'estimer avec exactitude dans quelle mesure la substitution totale des cigarettes ordinaires par les électroniques entraînerait une réduction relative des risques". Cet avis a volontairement exclu les rapports scientifiques du Public Health England, du Royal College of Physicians britannique qui ont évalué cette réduction des risques et dommages à au moins 95%. Celui récent de Truth Initiative, principale association américaine anti-tabac, s'est appuyé sur près de 700 études scientifiques publiées pour confirmer une réduction des risques massive et indéniable pour les fumeurs passant au vapotage. Même le rapport, présenté de manière alarmiste de l'US Surgeon General, reconnait la réduction des risques du passage au vapotage pour les fumeurs.

Aider ses patients à arrêter de fumer? Verboten!

Pour leur part, Jacques Conuz, Jean-Paul Humair, Rodrigo Tango, Carole Clair et Isabelle Jacot Sadowski concluaient en août 2015 que "la sécurité à court terme de la cigarette électronique est bien démontrée mais pas encore à long terme ; si elle existe, sa toxicité est probablement très largement inférieure à celle du tabac", dans la Revue Médicale Suisse. Ces médecins pourront-ils encore aider des patients à arrêter de fumer à l'aide du vapotage à l'avenir? La Commission espère bien leur imposer le silence: "Les autorités sanitaires doivent enfin s'abstenir de conseiller l'e-cigarette aux personnes désireuses d'arrêter de fumer".

La Commission soutient la taxe "Philip Morris"
Plus de maladies, plus de chiffre d'affaire
pour les assurances-maladies?

En plus de la censure des médecins, la Commission fédérale soutient aussi le projet de la taxe "Philip Morris": imposer les produits sans tabac de la vape au même taux que les cigarettes. Le cigarettier vaudois voit d'un mauvais œil ses ventes reculées devant l'exode des fumeurs vers le vapotage. Il revendique une taxe punitive sur ce nouveau concurrent à même hauteur que celle sur ses produits. Ce qui ferait doubler les prix des produits de vapotage en Suisse. Un projet que l'Union Européenne a déjà mis en consultation, y glissant en même temps la nouvelle cigarette iQos de tabac chauffé-non-brulé de Philip Morris.

Le principe de réduction des risques occulté

Cet ahurissant soutien au tabagisme de la part de la CFPT n'a pas éveillé la curiosité des médias malgré plusieurs critiques publiques à son égard. "Le principe de réduction des risques et des dommages est un pilier incontournable des politiques de lutte contre les addictions. Or, vous l'ignorez dans votre prise de position", remarquait Olivier Théraulaz, président de l'association Helvetic Vape, dans une lettre ouverte à la CFPT début octobre. La Commission n'a fait aucune réponse à ces questions de fonds. Rien non plus sur les remarques critiques de l'association SVTA sur plusieurs faits avancées sur lesquels des études scientifiques contredisent précisément les affirmations de la CFPT. 

Une Commission ridiculisée par elle-même

Dans son avis, la Commission a justifié son refus de lire les rapports scientifiques britanniques au prétexte d'une lettre anonyme accusant des chercheurs d'avoir des liens avec l'industrie du tabac. Des affirmations sans preuve qui ont conduit entre autres le Times a se rétracter, retirer ses articles et présenter ses excuses aux cinq scientifiques injustement calomniés par le corbeau qui lui a servi de source pourrie. A cette culture de l'obscurantisme scientifique, la CFPT y ajoute une totale méconnaissance de l'état du marché suisse. Contrairement à ses fantasmes, aucun produits de vapotage de cigarettiers - une douzaine dans le monde sur les plus de 25'000 existants - n'est commercialisé. Le mépris des usagers parachève cette caricature d'avis qui ridiculise la fonction de la Commission fédérale de prévention du tabagisme. De quoi soulever, sur les réseaux sociaux, l'interrogation du public sur la composition et les objectifs réels de cette Commission consultative.

lundi 19 décembre 2016

[Expresso] Le propylène glycol n'est pas reclassé en irritant par l'Europe

L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) annonce son refus de classer le propylène glycol (PG) en irritant. "Les Comités d'évaluation du risque (RAC) n'ont pas accepté la proposition par l'Allemagne de classer la substance Propane-1,2-diol comme irritant respiratoire", explique le communiqué de l'ECHA du 13 décembre précisant le numéro de dossier (STOT SE 3; H335). L'Office fédéral allemand pour la sécurité et la santé au travail (BAuA), avait déposé en octobre 2015 une demande pour faire passer en statut de toxicité 3 le liquide. 

Un changement qui aurait prétérité son usage avec les machines à brouillard de spectacle et pour le vapotage. La demande allemande avait été jugée "ridicule" par plusieurs spécialistes en regard des données scientifiques établies depuis 1942, et l'absence de nouveaux éléments pour justifier cette demande. De l'avis général, y compris hors du milieu de la vape, l'initiative avait pour unique raison d'entraver le vapotage. Un moyen de réduction des risques qui a permis à plus de six millions d'européens d'arrêter de fumer. Ce qui a entraîné aussi une chute des ventes de certains médicaments.

jeudi 15 décembre 2016

Contre les inégalités de santé: Interview d'une anthropologue lancée sur les traces du vapotage populaire dans le Nord-Est anglais

De 2012 à 2015, Frances Thirlway a sillonné petites villes et villages des vallées du comté de Durham. De marchés en magasins, de rencontres en conversations en tête-à-tête, l'anthropologue de l'Université de Durham s'est intéressée au tabagisme et son arrêt dans les classes populaires du Nord-Est anglais. Loin des statistiques froides, sa démarche ethnologique s'inscrit dans des rencontres, des discussions approfondies et de nombreuses observations de terrain. 

Sur le chapitre du vapotage, la chercheuse a notamment conduit des échanges au long cours avec 41 personnes âgées de 18 ans à 75 ans (28 hommes et 13 femmes), qui lui ont dévoilé leurs relations au vapotage et à l'arrêt du tabac. Dans cette région en déclin économique post-industriel, ils sont d’anciens mineurs, manœuvres, chauffeurs ou au chômage chez les hommes, dans la restauration, le soin ou le nettoyage pour les femmes. Sur fond de culture ouvrière locale, leurs interprétations varient au gré de leur genre et de leur âge. Les valeurs morales mises en jeu dévoilent des éléments significatifs pour penser les inégalités sociales face au tabagisme et les moyens d’y remédier.

Principale cause de maladies non-transmissibles, le tabagisme est un enjeu incontournable de santé publique. Bien qu’on ait assisté à une forte réduction du tabagisme au Royaume-Uni au début des années 2000, comme dans la plupart des pays à fort PIB, cette baisse n’est pas répartie de manière égale selon les groupes sociaux. Plus importante dans les milieux aisés et diplômés, la baisse est beaucoup plus faible dans les classes populaires. L'analyse statistique montre que les personnes défavorisées tentent tout autant d’arrêter, mais échouent plus souvent leur sevrage. Cet aspect accentue la pertinence d'approches alternatives à l'unique injonction d'abstinence. Le vapotage peut-il être une aide efficace pour réduire les inégalités sociales face au fardeau sanitaire du tabagisme?


Cette question de fond de la recherche de Frances Thirlway est l'objet de trois articles récents en anglais et disponibles en ligne. Everyday tactics in local moral worlds: E-cigarette practices in a working-class area of the UK dans Social Science & Medecine de décembre 2016 ; Smokers in deprived area put off by cost and faff of electronic cigarettes, paru début novembre sur le site de Socialist Health Association ; It’s complicated: health inequalities and e-cigarettes sur le site du FUSE, le Centre de recherche interdisciplinaire en santé publique.

Frances Thirlway
Nous vous proposons un entretien, mené en français via mailing, avec Frances Thirlway du Département d'anthropologie de l'Université de Durham au Royaume-Uni.

Q. - Le prix du tabac est très élevé au Royaume-Uni. Pour s'approvisionner, les fumeurs les plus pauvres ont recours au marché noir informel. Dans votre enquête, vous mettez à jour une justification morale à ce contournement. Pouvez-vous l'expliquer?

Frances Thirlway : Précisons qu’il s’agit plutôt d’un ensemble de comportements, une gamme de réactions diverses au prix élevé : d’abord il y a le recours aux marques de cigarettes bas de gamme, soit dit en passant créées justement par les compagnies de tabac pour éviter que leurs clients les plus défavorisés n’aient recours au sevrage tabagique (Gilmore et al., 2015)  ; ensuite le recours au tabac à rouler; et finalement, pour certains, l'achat clandestin de tabac. Les usagers n’y voient pas de problème moral, plutôt une astuce pour mieux joindre les deux bouts, s’en sortir financièrement. Chez les fumeurs plus âgés, s’offrir un tabac moins cher, dans certains cas, est associé aux devoirs de paternité ou aux responsabilités familiales de pouvoir offrir quelque chose à ses enfants, de ne pas sacrifier des dépenses qui devraient leur revenir en priorité.

Q. - L'hédonisme ouvrier anglais – forme de résistance à la discipline du travail, selon l'historien Edward P. Thompson - semble aussi résister aux injonctions d'arrêt du tabagisme. Comment le vapotage peut se présenter comme un moyen acceptable d'arrêter de fumer pour les jeunes ouvriers?

Frances Thirlway : Chez les jeunes ouvriers, prêter trop d’attention à sa propre santé n’est pas compatible avec une identité masculine, à moins que ce soit pour un but sportif. Le sevrage tabagique apparait soit comme signe de faiblesse, soit comme de la prétention interprétée comme une volonté de séparation vis-à-vis de ses semblables. Le vapotage, par contre, prend place dans la logique de l’hédonisme, et il est souvent présenté comme un plaisir que l’on s’offre plutôt qu’un renoncement. En ce sens il est un bon compromis face au sevrage pur et simple.

Q. - En quoi médicaliser le vapotage pourrait-il se révéler contre-productif pour l'arrêt du tabac de ce groupe social?

Frances Thirlway : Chez les plus jeunes, en faire un médicament rendrait le vapotage bien moins attirant, et plus difficile à réconcilier avec une identité masculine.

Q. - A l'opposé, les ouvriers plus âgés que vous avez rencontré se montrent plus rétifs au principe de plaisir du vapotage. Cela s'exprime même dans le vocabulaire où ils préfèrent parler d'e-cig que de vape. A quel monde moral cela renvoie-t-il?

Frances Thirlway : Les médias nous présentent un vapotage ‘hipster’ ayant peu de rapport avec la culture populaire de l’ancien bassin minier anglais. Les anciens mineurs et ouvriers plus âgés que j’ai rencontré envisagent plutôt la cigarette électronique comme outil d’aide au sevrage tabagique, dans un discours moral qui le place dans un contexte de problèmes de santé et de responsabilités familiales.

Q. - Du côté des femmes, vous soulignez les tracas avec le matériel. Pourquoi les soucis «techniques» prennent tant d'importance pour les femmes de milieu populaire?

Frances Thirlway : Devenir vapoteur n’est pas chose simple – s’y retrouver dans le matériel, remplacer les parties qui ne marchent pas, tout cela prend du temps et des moyens aussi. Dans l’ancien bassin minier où mon étude a eu lieu, les rôles de genre sont assez traditionnels, et une fois passée la première jeunesse, beaucoup de femmes courent entre un emploi à mi-temps – souvent à des heures antisociales – et le soin des enfants, des parents, des petits-enfants, etc. Ce qui fait que premièrement, elles n’ont guère le temps de s’intéresser aux gadgets, et deuxièmement, elles pensent très peu à leur propre santé.

Q. - Il y a beaucoup de dénigrement et d'alarmisme des médias sur le vapotage. Comment réagissent les personnes avec qui vous avez discuté?

Frances Thirlway : Je n’ai pas abordé ce sujet dans l’article car la question ne s’est pas souvent posée ; c’est surtout après mon étude que les medias se sont acharnées sur les dangers possibles. En général, les vapoteurs de longue date, qui ont bien remarqué qu’ils respirent plus facilement depuis qu’ils ont abandonné la cigarette, ne prêtent pas trop attention aux « paniques morales » médiatiques. Mais pour ceux qui sont en transition et qui vapotent tout en continuant à fumer, c’est clair que beaucoup ont été découragés par ces reportages. Et pour ceux qui ne pensent pas au sevrage tabagique, c’est une raison de plus pour continuer de fumer.

Q. - Bien que statistiquement il y ait une majorité de femmes à vapoter au Royaume-Uni, vous précisez ne pas avoir rencontré de jeunes femmes. Quelles hypothèses faites-vous quant à cette absence?

Lily Allen avec une cigalike
Frances Thirlway : Les jeunes femmes étaient peut-être tout simplement moins présentes dans les lieux où j’ai fait mon enquête de terrain, mais il me semble qu’aujourd’hui le vapotage se conjugue surtout au masculin1. Le coté gadget qui passionne les jeunes gens suscite moins d’intérêt chez les jeunes femmes ; on sait aussi qu’elles sont plus nombreuses que les hommes à acheter des ‘cigalikes’, bien moins efficaces pour le sevrage tabagique.

Q. - J'ai remarqué que vous ne parlez pas d'internet, pourtant un vecteur privilégié de l'essor du vapotage. Il y a des raisons à cette impasse dans votre travail?

Frances Thirlway : Les populations défavorisées sont moins susceptibles de faire leurs achats sur Internet, et souvent ne disposent pas de cartes de crédit. J’ai beaucoup parlé du marché informel, car c’est là que s’approvisionnaient mes interlocuteurs – sur les étals de marché, dans les brocantes et vide-greniers. Sans doute, le portable et l’accès à l’Internet deviennent universels, mais il n’en reste pas moins que tout le monde n’utilise pas Internet de la même façon, la fracture numérique sépare toujours les classes moyennes des plus démunis.

Q. - Dans l'objectif de réduire les inégalités sociales de santé face au tabagisme, quels éléments vous paraissent les plus importants à tenir compte sur la question du vapotage?

Frances Thirlway : Le coût du matériel et surtout le coût de l’apprentissage par essais et erreurs sont sûrement les principaux obstacles pour les fumeurs les plus défavorisés. Il faut aussi comprendre le contexte et la façon dont le tabagisme, le sevrage tabagique et le vapotage s’inscrivent dans des pratiques culturelles qui varient en fonction de la région, du genre, de l’âge, etc. Tel un caméléon, la cigarette conventionnelle a réussi à s’associer aux pratiques de la masculinité aussi bien qu’à celles de la fémininité; reste à savoir désormais si la cigarette électronique pourra en faire autant.

Références citées par Frances Thirlway :
Gilmore, A.B., Tavakoly, B., Hiscock, R., & Taylor, G. (2015). Smoking patterns in Great Britain: the rise of cheap cigarette brands and roll your own (RYO) tobacco. in Journal of Public Health, 37, 78-88.

[Expresso] Achat à l'étranger: modification des règles de dédouanement repoussée à 2018

Contrairement à ce que j'annonçais le 2 octobre, les nouvelles dispositions Suisses sur la TVA ne tomberont pas le 1er janvier 2017, mais devraient entrer en vigueur en 2018 selon les dernières informations de l'Administration fédérale des douanes. Dix mois après plusieurs articles de médias romands sur la question, l'administration a apporté des précisions à la Fédération Romande des Consommateurs (FRC). Les changements sur le dédouanement en 2018, et le risque de frais pour des commandes en dessous de 62.50 Fs chez des petits vendeurs, restent flous. Même si les douanes se veulent rassurantes sur le sujet, l'ordonnance d'application des nouvelles règles n'a pas encore été soumise à consultation. 

Aucun changement en 2017

"La FRC avait publié un article qui mettait surtout en avant les côtés négatifs (frais dédouanement dès le premier franc) de cette réforme qui aurait dû avoir lieu en 2017. L’article a été mis à jour au vu des nouvelles informations obtenues de la part de l’Administration des douanes. La réforme sera mise en œuvre en 2018 et, selon l’Administration des douanes, ne devraient pas déclencher de frais de dédouanement supplémentaires", explique la FRC dans une note ajoutée à l'article initial sur son site. On s'étonnera un peu que cette "mise à jour", qui est en fait une réécriture quasi intégrale de l'article, ne soit pas clairement mentionnée dans l'intitulé de celui-ci, ni datée (!). Bref. 

Suite au vote du parlement sur la révision de la loi sur la TVA, plusieurs médias romands, dont le site de la FRC mais aussi Bilan et l'Agefi, avaient alerté au mois de mars sur un possible effet pervers de la nouvelle réglementation. Dans cette optique, les vapoteurs en Suisse, contraints par les services d'Alain Berset de se fournir à l'étranger - ou avec astuce au niveau local - pour les liquides nicotinés, auraient été particulièrement désavantagés par les frais de dédouanement facturés par les transporteurs. La situation va finalement rester la même au moins pour 2017. 

Brouillard concernant les achats à des petits vendeurs en 2018

A l'avenir les achats sur des sites importants, ayant un compte TVA Suisse - censé être obligatoire à partir de 100'000 Fs de chiffre d'affaire annuel en Suisse -, devraient avoir la TVA (suisse) intégrée au prix de vente, sans frais supplémentaire de dédouanement par les transporteurs. "Pour l’instant, les douanes ne parlent que d’un petit nombre d’entreprise concernées. Et encore, il faudrait qu’elles fassent la démarche elles-mêmes et s’annoncent à l’Administration fédérale des contributions", précise la FRC. 

La question concernant les achats à des petits vendeurs, qui n'ont pas de compte TVA en Suisse, reste dans le brouillard même si les douanes se veulent rassurantes. Les vapoteurs sont plutôt concernés par des achats vers ce type d'entreprises. Sur ce point des envois provenant d’entreprises étrangères sans compte de TVA en Suisse, l'administration promet que le système resterait le même, avec la franchise de 5 Fs de TVA, équivalent à 62.50 Fs d'achat. Pourtant, le retard bureaucratique fait que l'ordonnance d'application est encore en rédaction et devra encore être soumise à consultation... 

Sorry

D'où un certain flou sur ce qu'il en sera réellement. La FRC promet de rester vigilante dans l'intérêt des consommateurs. Mais rappelons que la FRC a refusé jusque-là de prendre en considération les intérêts des vapoteurs. Avoir arrêté de fumer est un mode de consommation probablement moins digne que d'autres d'être défendus aux yeux de l'organisation...

Je présente mes excuses aux lecteurs qui ont pu s'alerter à cause de mon article d'octobre, involontairement trop alarmiste. En espérant que cela ne vous est pas porté préjudice... Le manque d'information claire de la part de l'administration m'a également trompé... Désolé ;) A titre de rappel, la règle actuelle pour des achats livrés par transporteur est que la TVA (8% pour les produits de vapotage) plus des frais de dédouanement (variables selon les transporteurs) sont prélevés à partir de 62.50Fs d'achats y compris les frais de port. 

vendredi 2 décembre 2016

[Expresso] Andriukaitis refuse que la Commission Européenne revoit la réglementation de la vape avant 2021

Pas avant 2021. "Dans l’immédiat, la Commission n’a pas l’intention de revoir la réglementation des cigarettes électroniques prévue par la directive 2014/40/UE (TPD)". C'est la réponse de Vytenis Andriukaitis, Commissaire Européen à la santé (ENVI), à la demande de révision à la lumière des dernières études sur le sujet de la députée européenne Joëlle Mélin. Question et réponse que celle-ci a publié sur son site personnel le 28 novembre. [Add in english, the question & the answer on Euro parliament site] La docteure, élue Front National, avait déposé une question écrite le 5 octobre dernier. "Mettre la cigarette électronique, sans combustion et sans tabac, dans la même catégorie que les cigarettes traditionnelles a pour seul effet de dissuader les fumeurs de se tourner vers des substituts moins nocifs, au risque d’aller à l’encontre même de l’objectif de santé publique affiché par la Commission européenne", argumentait-elle.

Le Commissaire lituanien, surnommé "Round-Up" depuis son vote décisif en juin en faveur du maintien en vente du Glyphosate de Monsanto, estime que "compte tenu de leurs caractéristiques, et notamment de leur teneur en nicotine, il a été jugé approprié de considérer que les cigarettes électroniques constituent des produits du tabac". Un argument qui pourrait inquiéter les producteurs de choux-fleurs, patates, aubergines et tomates... Enfin, s'il était sérieux... 

Plus de 6 millions de vapoteurs européens sevrés du tabac

Selon l'Eurobaromètre 2015, 14% des usagers de produits de vapotage ont quitté le tabagisme et 21% l'ont réduit. Le Commissaire Andriukaitis juge ces données non concluantes pour estimer que le vapotage favorise le sevrage tabagique. Cette négation de l’existence des 6 millions d'européens vapoteurs sevrés du tabagisme justifie l'adoption d'une "approche de précaution". Mettant l'accent sur "la sécurité, la qualité et la protection des consommateurs", précise le Commissaire. Visiblement pas la protection des fumeurs qui auraient besoin d'avoir accès facilement à ce moyen de sortie du tabagisme, ni de ceux ayant déjà franchi le pas. 

La directive européenne TPD implémenté progressivement depuis mai dernier dans les pays de l'UE, multiplie les obstacles au vapotage. Interdiction de vente par internet dans certains pays, comme la Belgique, la Pologne ou l'Autriche, limitation de la taille des contenants à 10 ml et du taux maximal de nicotine à 20mg/ml (2%), restrictions sur la liberté d'expression... 

Taxe punitive dans les bidons

A présent, l'Union Européenne projette une taxe punitive contre les anciens fumeurs ayant fait l'erreur d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage. Une consultation est ouverte à ce propos. La traduction en français du questionnaire, faite par des bénévoles de l'association Sovape, est disponible pour aider à donner son avis. Clive Bates a récemment publié son argument à ce sujet (en anglais).

mardi 15 novembre 2016

La vape, une aide bien accueillie par les patients à l’hôpital de Genève (HUG)


«Cette petite étude suggère que la E-cigarette pourrait être efficace à court terme pour aider les patients à réduire ou arrêter leur tabagisme dans la pratique médicale». Présentés aux Swiss Vaping Days le 22 octobre dernier, les résultats d'une étude observationnelle de 54 patients, par le Dr Jean-Paul Humair en consultation de tabacologie aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), sont réjouissants. Des médecins de premier recours ont accompagné en moyenne durant cinq mois, des fumeurs essayant le vapotage, proposé en seconde intention, pour arrêter de fumer ou réduire leur consommation tabagique. Des cas plutôt difficiles qui avaient échoué auparavant avec les aides classiques, comprenant conseils et traitements pharmaceutiques proposés par la consultation de tabacologie.

96% d'usage au quotidien

Les 54 patients fumaient en moyenne 25 cigarettes par jour et la première moins d'un quart d'heure après leur réveil. Quinze d'entre eux (soit 29%) sont atteints d'une maladie chronique liée à leur tabagisme et 23 (44%) ont un trouble psychique, le plus souvent une dépression. La quasi totalité des patients ont accroché au vapotage, 51 (96%) d'entre eux l'utilisant au quotidien. Avant ou pendant leur essai de la vape, 36 (67%) ont pris un traitement par substitut nicotinique ou Champix (varenicline). «Il y a une bonne acceptabilité du vapotage par les patients», souligne le Dr Humair, également directeur du CIPRET Genève. Les patients ont acheté par eux-mêmes matériel de vape et liquides, dont on sait que ceux avec nicotine sont interdits de vente mais pas d'usage en Suisse.

En plus d'être bien accueillie, la vape apparaît efficace. Sur les 54 patients, 28 avaient pour objectif le sevrage total et 26 visaient une réduction de leur consommation. Au terme du suivi, 22 patients (47,9%) ne fumaient plus, dont trois n’espéraient initialement que réduire leur tabagisme. Dix-huit fumeurs (37,5%) ont réduit leur consommation de tabac, en moyenne de 40%. Sept patients (14,5%) n'ont connu aucun changement dans leur tabagisme et six ont été perdus de vue et n’ont pas été comptabilisés pour l’effet sur leur tabagisme

Un moyen de sevrage à proposer aux fumeurs

Malgré les quelques échecs, le tabacologue est confiant. «Des études cliniques devraient tester l'efficacité du vapotage à long terme pour avoir des preuves plus solides. Mais les cliniciens pourraient déjà le proposer à certains fumeurs pour élargir les choix de traitement du sevrage tabagique, notamment si les autres approchent ne marchent pas», conclut-il son exposé, également présenté au Congrès Suisse de Médecine interne générale en mai 2016.

Une étude clinique du sevrage tabagique à l'aide du vapotage est en projet en Suisse, au stade d'élaboration du protocole. Question sensible pour une telle recherche: l'adhésion des patients au vapotage peut-elle être aussi bonne sans une implication de leur part dans le choix et le processus d'appropriation de l'outil engendrés en situation réelle?





samedi 12 novembre 2016

[Expresso] Totally Wicked en sursis aux USA: "La FDA peut vouloir que les américains continuent de fumer. Nous, non"

"Nous devons être honnête avec nos clients et notre personnel. Il est actuellement impossible de voir un chemin dans l'impasse que la Food and Drug Administration (FDA) impose aux entreprises comme la nôtre aux USA". Totally Wicked, entreprise de produits de vapotage implantée aux Etats-Unies depuis 2008, annonce jeter l'éponge. "Totally Wicked va fermer ses portes à l'été 2018 aux Etats-Unis, non pas parce que nous le voulons, mais parce que le gouvernement américain l'exige", explique Fraser Cropper, son Directeur managérial, à Business Wire

Après avoir combattu en 2010 une première décision de la FDA contre les produits de vape, mené en Europe un recours contre l'assimilation du vapotage à la directive sur les produits du tabac (TPD) en 2015, Totally Wicked est cette fois pessimiste sur l'avenir des produits de consommation de nicotine à risques très réduits aux US. "D'un trait de plume, la FDA exige une procédure d'avant mise sur le marché pour autorisation comme tabac (PMTA) incroyablement irréaliste pour un produit qui ne contient pas de tabac, à un coût totalement prohibitif, sauf pour les géants cigarettiers. Et qui ne tient pas compte de la réduction des risques du produit, ni évidemment de son potentiel remarquable par rapport à l'épidémie de tabagisme qui fait rage", s’agace la firme basée en Floride.

Mise à mort de la vape indépendante

Pour l'entreprise de vapotage, la réglementation de la FDA, le Deeming Act, vise tout simplement à détruire la vape indépendante. "À la fin 2018, il ne restera plus d'industrie de vape indépendante aux Etats-Unis", prévoit la boite précurseur du domaine. Quelques espoirs persistent que le Congrès remette en cause la réglementation de la FDA, ou que système judiciaire enquête sur la "présentation fallacieuse de l'impact des risques" que la FDA a utilisé "pour justifier cette abomination réglementaire". 

Si Totally Wicked annonce son futur retrait, l'entreprise issue du monde de la vape ne compte pas se faire assassiner à bon compte. "En 2018, nous serons obligés de fermer, mais nous n'allons pas disparaître en douceur. Nous avons l'intention d'utiliser ce temps au profit de nos clients et pour informer le plus grand nombre de personnes sur les affirmations trompeuses émanant de la FDA", avertit la firme. Et de promettre: "Nous avons l' intention d'offrir nos produits à des prix encore plus abordables, pour que lorsque la FDA nous aura forcer à fermer, autant de personnes que possible aient bénéficié d'un produit que l'organe de Santé publique anglaise (Public Health England) classe comme au minimum 95% plus sûr que les cigarettes de tabac".

mercredi 9 novembre 2016

[Expresso] #COP7FCTC La délégation du Nigeria serait noyautée par l'industrie du tabac selon Premium Times

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Après l'expulsion lundi des médias et du public, l'opacité règne sur les débats de la CoP7 de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT - FCTC en anglais) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). A Noida, dans la banlieue de la capitale indienne Delhi, les délégués des 179 pays et de l'Union Européenne bûchent sur l'ordre du jour. Le point 5.5.2 concerne les recommandations sur le vapotage de la part de l'organisation des Nations Unies (ONU). Le rapport préliminaire a été vivement critiqué par les scientifiques. Pourtant, selon les informations de l'INNCO, réseau mondial des organisations d'usagers de nicotine à risques réduits, quatre pays tentent d'imposer depuis cette après-midi l'interdiction totale du vapotage comme recommandation officielle de l'OMS. L'Inde, second producteur mondial de tabac, la Thaïlande, le Kenya et le Nigeria se seraient alliés dans ce but.

A propos de la délégation nigériane justement... Quelques heures avant cette nouvelle, le Premium Times révélait que deux des cinq membres présents de la délégation nigériane soutiendraient l'industrie cigarettière, selon une source interne dont le journaliste protège l'identité. Une participante ougandaise, citée par le quotidien online, remarque que la délégation nigériane a tenu des positions très timorées sur le tabagisme dans les débats mardi. Saisissant contraste donc avec l'offensive pour la prohibition du vapotage ce mercredi. L'opacité si favorable aux manigances, influences occultes et arrangements machiavéliques, votée lundi par tous les délégués à l'OMS a enrobé d'un rideau de fumée les agissements des délégués cloîtrés dans l'Expo-Centre de Noida... 

[Expresso] #COP7FCTC Sally Satel & Clive Bates: Six conseils à l'OMS pour ne pas nuire à la lutte anti-tabac

"Il est difficile de croire qu'un accord global de santé publique dédié à l'arrêt du tabagisme, et à sauver des millions de vies en conséquence, puisse mener à plus de morts prématurées et de maladies évitables. Mais c'est ce qui pourrait bien arriver si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) maintient ses positions". Le Pr Clive Bates et la Dr Sally Satel pointent le paradoxe de l'approche hostile au vapotage de l'OMS dans la revue de santé STAT. A Noida, dans la banlieue de Delhi en Inde, la réunion CoP7 de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT - FCTC en anglais) se tient depuis lundi. "La question la plus controversée en discussion est le traitement du vapotage", expliquent les deux anti-tabac. 

Menace ou opportunité?

D'un côté, l'OMS voit le vapotage comme une menace. De l'autre, de nombreux scientifiques analysent que vapoter est extrêmement moins risqué que de fumer. Une réduction des risques au niveau individuel qui si elle est adopté massivement par les fumeurs entraînerait une baisse du tabagisme et de ses méfaits sanitaires. Sur la base d'études, notamment toxicologiques, des rapports scientifiques, dont celui du prestigieux Collège royal des médecins britannique, estiment la réduction des risques de l'ordre d'au moins 95%. "Le vapotage ne brûle pas de tabac, il ne produit donc ni goudron cancérigène ni les autres toxiques issus de la combustion", rappellent Clive Bates et Sally Satel.

Un groupe d'experts sur la réduction des risques s'est
constitué au sommet de la CoP7 à New Delhi
Pourtant, l'OMS a publié un rapport anonyme préparatoire pour ce sommet extrêmement défavorable au vapotage. En réponse, le Centre britannique d'études sur l'alcool et le tabac (UKCTAS) a fait une critique détaillée et accablante du rapport de l'OMS. "Face à ce duel des analyses, que devraient faire les délégués au sommet de l'OMS?", demandent les auteurs. Et de leur suggérer six conseils:

1- Lire les rapports contradictoires et les évaluer sur la bases des éléments scientifiques fondés en écartant les préjugés idéologiques ou les intérêts politiciens. L'enjeu d'une possibilité de sauver des vies devrait être considéré au moins autant que la question de maîtriser des risques hypothétiques.

2- Sans résolution de la controverse, le traité de la CCLAT ne devrait pas être modifié sur cette question. "La CCLAT devrait appeler à plus de recherche et une évaluation plus professionnelle de la preuve. Jusqu'à présent, l'OMS n'a pas réussi à fournir une évaluation sérieuse des risques et des opportunités du vapotage en comparaison avec les cigarettes de tabac", expliquent les auteurs.

3- L'OMS doit cesser de soutenir les interdictions de vente et de fabrication des produits de vapotage. "Comment peut-on donner un sens éthique et scientifique à l'interdiction d'une alternative beaucoup plus sûre, lorsque le produit le plus nocif, la cigarette de tabac, est disponible partout?", s'étonnent-ils.

4- "La CCLAT devrait revenir à l'essence de la santé publique et reconnaître que le rôle des gouvernements est d'aider les citoyens à faire des choix éclairés dans leurs propres intérêts", soulignent Clive Bates et Sally Satel. Donner la possibilité d'accéder à la réduction des risques et délivrer une information rationnelle devraient être les piliers de santé publique. "Au lieu de cela, la rhétorique alarmiste émanant de l'OMS et de certains militants anti-tabac crée un climat de peur et sème la confusion poussant les fumeurs à rester avec le diable qu'ils connaissent plutôt que d'essayer un produit nouveau mais beaucoup plus sûr", accusent-ils.

Un militant libertarien proteste lundi à la CoP7 avant
l'exclusion des journalistes et du public des réunions
5- Les réunions de la CCLAT doivent s'ouvrir et inclure le monde de la vape. L'OMS exclut "à peu près tous ceux qui peuvent être en désaccord avec leur approche", soulignent les deux militants anti-tabac. Alors que vapoteurs et les nombreuses entreprises du vapotage n'ont rien à voir avec la triste histoire de Big Tobacco. "Il est frappant de voir que c'est l'approche inverse des initiatives prise par les Nations Unies (UN) à propos du VIH/Sida, où le slogan "Rien sur nous, Sans nous" est accepté dans les réunions de la Convention", rappellent-ils dans les colonnes de la revue de Boston.

6- Le principe de ne pas nuire devrait être maître. Une réglementation inappropriée du vapotage peut avoir des effets délétères en poussant des vapoteurs à retourner au tabagisme ou empêcher des fumeurs de s'en sortir à l'aide de la vape. Le résultat d'une telle erreur de santé publique serait une hausse des maladies évitables comme les cancers, les maladies cardio-vasculaires et, au bout, plus de morts prématurées.

Clive Bates et Sally Satel concluent en exhortant les délégués de la CCLAT à "examiner avec attention toutes les options parce que des vies sont en jeu. Prendre des décisions peu judicieuses et prématurées sur le vapotage pourrait alourdir le poids des maladies au lieu de le réduire".

lundi 7 novembre 2016

[Expresso] C. Lusser dans le Blick: L'interdiction de la vape nicotinée favorise le tabac

Les Squape sont des atos Suisses de renommée mondiale. Pourtant, Christian Lusser, leur créateur interviewé dans le Blick de dimanche, arrive juste à faire tourner son entreprise avec quatre employés. Cause de cette stagnation dans un secteur en plein boom mondial? En Suisse, les liquides à vapoter nicotinés sont interdits de vente. Un frein pour bon nombre de fumeurs à passer au vapotage. Aux yeux du moddeur, cette prohibition est bénéfique à "l'industrie du tabac et l'industrie pharmaceutique". "Si le vapotage avec nicotine est autorisé, le nombre de fumeurs va fortement diminuer. Les méfaits et les séquelles du tabagisme vont chuter et les pharmaceutiques vendront moins, notamment des sprays et des patchs nicotinés», explique Christian Lusser.

L'entrepreneur de 37 ans, qui met un point d'honneur à fabriquer ses créations totalement en Suisse, redoute aussi le projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab). En assimilant le vapotage au tabac, le message de santé publique sur la réduction des risques de la vape sera brouillé pour les fumeurs. Mais aussi, une taxe sur le vapotage à même hauteur que le tabac est insensée. "Il n'y a pas de tabac dans le vapotage. Est-ce que le Rimuss [apéritif sans alcool à base de raisin] ou le Sauser [le bourru, cidre à moins de 1°] sont taxés comme l'alcool?", observe le résident d'Altdorf. Il serait prêt à rencontrer le Conseiller fédéral en charge de la santé pour en discuter. "Alain Berset aide le lobby du tabac, mais il ne s'en rend probablement même pas compte".