vendredi 21 avril 2017

Censure en France: Marisol Touraine a t-elle fait éliminer une émission d'Allô Docteurs sur l'arrêt du tabac et le vapotage?

Il est fort probable que les médias français n'évoqueront pas le sujet. Après la censure silencieuse d'un sujet sur le documentaire Vape Wave de Jan Kounen sur Canal+, France Télévision élimine à son tour une émission d'Allô Docteurs datant du 1er septembre 2015. Replay désormais absent du site de l'émission - edit (22h30): de petits extraits sont restés disponibles sur le site de l'émission, mais pas l'émission au complet -  et traque des partages de la vidéo sur les réseaux sociaux.  Le numéro du magazine santé de France 5, présenté par Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes, portait ce jour-là sur le vapotage. Invitées éclairées, la Dr Anne Borgne, addictologue et présidente du Réseau de prévention des addictions (RESPADD) accompagnait Patricia Côme, vapoteuse aguerrie ayant tiré un trait sur le tabagisme à son aide. Ces témoignages et éclairages pouvaient-ils inciter à l'arrêt du tabac avec la vape?

Probablement, d'autant plus que le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue reconnu, intervenait, entre autres témoignages, dans un petit reportage au milieu de l'émission d'une demie-heure. Mais désormais, la loi Touraine interdit "la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur des produits du vapotage" (art. L. 3513-4 du code de la santé). Cette mesure de censure, entrée en vigueur fin 2016, prévoit de punir son non respect d'une "amende jusqu'à 100'000 €". La notion de "propagande" est suffisamment large et floue pour inclure toute information sur la réduction des risques et l'aide au sevrage tabagique qu'apporte le vapotage. "En faisant encourir jusqu'à 100'000 € d'amende à toute personne qui communiquerait sur les vertus du vapotage, les pouvoirs publics créent donc une "insécurité juridique injustifiée" et empêchent "d'ouvrir un débat salutaire sur la santé publique"", pouvait t-on lire dans le Monde du 21 juillet dernier citant cinq associations impliquées dans la réduction des risques. 

En octobre, les associations Sovape, la Fédération Addiction, SOS Adiction, Tabac et liberté et le RESPADD recevaient des promesses de la Direction générale de la santé de régler le problème. On attend toujours... Et visiblement, le spectre de la menace de l'article scélérat a produit son effet dans les rédactions. La situation de la liberté d'expression en France est telle - 45ème au classement sur la liberté de la presse - que depuis, aucun média n'a osé signaler les consignes internes interdisant de discuter positivement de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Pourtant, ces consignes secrètes données aux journalistes de Canal + stipulent qu'aucune image d'usage de vape ne doit être diffusée, aucune image de vapoteur souriant ou sympathique ne doit être montrée, aucun propos positif à son sujet ne doit être prononcé.

Si les consignes à France télévision n'ont pas filtré, le ton et les montages grossiers sur le sujet suffisent à comprendre ce qu'il en est. L'enfumage de Laurent Ruquier, dans On n'est pas couché du 5 novembre 2016, instillait le doute, le récent délire anti-scientifique sur le sujet de Télé Matin l'a confirmé. La mise au pilon de cette émission, puis la traque sur les réseaux sociaux pour en éliminer toute diffusion, mesure tout à fait inhabituelle des services de France Télévision, suit du même mouvement de censure de la part de la télé publique française. Bref, en France sur le sujet, aucune liberté d'expression n'est actuellement tolérée.

L'émission était sur YouTube ...




dimanche 16 avril 2017

[Expresso] Des espoirs de sauver la vape indépendante aux Etats-Unis?

Les américains vont-ils échapper au 'vapocalypse' ? Gregory Conley, porte-parole de l'American Vaping Association (AVA), veut encore croire au sauvetage de la vape indépendante locale. Dans un interview pour le San-Diego Tribune, il souligne des signes favorables émanant de l'administration Trump. Notamment la nomination, pas encore entérinée, de Scott Gottlieb à la tête de la Food and drug administration (FDA). "M. Gottlieb soutient certaines approches sur les questions de drogues qui font un parallèle intéressant pour le monde du vapotage. C'est une raison d'être optimiste, surtout en regard de ce que nous avons vécu ces 7 ou 8 dernières années avec la FDA", pointe Greg Conley. 

Si sa nomination vient à être confirmée, Scott Gottlieb pourrait imprimer une direction plus ouverte à la réduction des risques et à l'auto-support des usagers de la part de la FDA. Son ancienne appartenance à l'American Enterprise Institute (AEI) laisse aussi supposer une plus grande considération pour les entreprises locales indépendantes. Tandis que la FDA, sous la précédente administration Obama, a privilégié les intérêts des grandes multinationales de la pharmaceutique et du tabac. La réglementation assimilant les produits de vapotage, sans tabac ni combustion, à la législation sur le tabac est exemplaire à ce titre. Entrée en vigueur en août 2016, ses exigences s'échelonnent jusqu'en 2018. Notamment, l'obligation de suivre une procédure ardue d'homologation des produits de vape, y compris rétroactivement pour ceux sortis depuis 2007.

La réglementation de la FDA protège les intérêts de Big Tobacco

Ces coûts d'homologation pour la mise sur le marché d'un produit de vape se chiffrent en millions de dollars. "Les coûts associés à cette application vont probablement entraîner la fermeture de nombreux producteurs indépendants de la branche du vapotage dans les années qui viennent, favorisant à long terme le partage de ce marché entre Altria, Reynolds et les autres grandes multinationales qui ont à la fois la surface financière et l'expérience en matière de réglementation pour évoluer dans ce processus", estimait au printemps 2016 Adam Fleck, analyste financier au MorningStar.

Cet avis partagé par la plupart des observateurs commence déjà à se vérifier. Bien que l'échéancier de la FDA coure jusqu'à l'an prochain, des entreprises de vape ont déjà cessé leurs activités devant le fardeau administratif. "Il y a une entreprise historique, Provape, qui produisait des appareils dans l'Etat de Washington. Ils ont arrêtés. Ils ont vu le mur à surmonter pour continuer de fabriquer américain et n'ont pas eu assez confiance pour poursuivre", explique Greg Conley. Devant l'incertitude, certains doivent abandonner leurs activités. 

Incertitudes et résilience

"Ce secteur peut disparaître dans 16 mois, si la réglementation reste telle qu'elle est. Alors si un propriétaire demande à un magasin de s'engager sur un bail de trois ans... Des commerçants se demandent si c'est le moment de prendre cet engagement ou de changer d'activité. Cela se passe un peu partout dans le pays", explique le représentant de l'association de défense du vapotage. Mais la plupart des entreprises de la vape s'accrochent, habitués aux entraves contre ce moyen populaire de sortir du tabagisme, poursuit Greg Conley.

Les effets négatifs de santé publique commencent aussi à se ressentir. Publié la semaine dernière, un rapport pour le National bureau of economic research détaille la hausse du tabagisme adolescent entraîné par les restrictions d'accès aux produits de vape aux Etats-Unis. "Les résultats de l'étude montrent que la part d'adolescents fumeurs a augmenté de 0,7 à 1,3 points sur le pourcentage global de cette tranche de population suite aux lois d'âge minimal de vente  sur le vapotage. Environ la moitié de cette hausse est attribuable à l'initiation au tabagisme, l'autre moitié aux fumeurs qui ont continué de fumer plutôt que de passer au vapotage en raison des restrictions", peut-on lire sur un article du Washington Examiner traduit en français par Vap-Actus.

Intégrisme puritain et science

Si ce sont les multinationales cigarettières qui bénéficient de la réglementation actuelle de la FDA, en éliminant la vape indépendante et en freinant le passage des fumeurs au vapotage, ce sont paradoxalement les tenants puritains soi-disant anti-tabac qui l'ont influencé. Encore récemment, Stanton Glantz, leader des anti-tabac californiens, affirmait sur la chaîne cablée HBO que "le vapotage est aussi dangereux que les cigarettes au niveau cardio-vasculaire". Sans apporter d'éléments concrets en soutien à cette opinion.

Pourtant, les propos de l'ingénieur aéronautique sont contredits par un rapport du Pr Neal Benowitz, son éminent collègue à l'Université de San Francisco (UCSF). "Le risque [de vapoter] est considéré être moindre que de fumer des cigarette sur la base des comparaisons à la fois qualitative et quantitative de l'aérosol du vapotage face aux constituants de la fumée de cigarette. L'adoption du vapotage à la place du tabagisme pourrait, alors, conduire à un bénéfice global pour la santé publique", conclue le document publié dans Nature en mars dernier. 

Mouvement de libération de la santé publique

Ce rapport s'ajoute aux nombreuses évaluations de la réduction des risques de passer au vapotage pour un fumeur et la maximisation des opportunités de réduire le tabagisme pour la santé publique qui en découlent. Suite aux rapports du Public Health England, du Royal College of Physicians britannique, de l'Université de Victoria au Canada et de l'organisation anti-tabac américaine Truth Initiative, ce sont, plus récemment, 120 experts américains de santé à lancer un appel pour intégrer le vapotage dans une nouvelle stratégie contre le tabagisme (brève du GREA en français). De quoi nourrir l'optimisme des défenseurs du vapotage comme outil de sauvetage pour les fumeurs, à l'image de Greg Conley. En espérant que cela ne tarde pas trop.


mercredi 12 avril 2017

[Presidentielle2017] N. Dupont-Aignan, B. Hamon et Ph. Poutou promettent des aides réelles pour sortir les fumeurs du tabac

Tandis que la Suède a moins de 9% de fumeurs, un tiers des français se goudronnent les poumons de cigarettes désormais en paquets "neutres". Résultat de deux derniers quinquennats d'une totale vacuité en matière de réduction de la principale cause de maladie évitable. Pourtant, thèmes délaissés des candidats, la santé et la question du tabagisme sont enfin timidement apparus à dix jours du premier tour. "Il ne faut pas seulement pénaliser ni culpabiliser, mais aussi financer tous les moyens d'aide au sevrage, les médicaments, les patchs, le vapotage, etc.", déclare le Dr Philippe Sopena, porte-parole du candidat socialiste Benoit Hamon au Quotidien du médecin. Même tendance à utiliser le levier d'une approche de réduction des risques et d'aide à l'arrêt chez Nicolas Dupont-Aignan. "Il faut inciter les fumeurs à vapoter afin de se sevrer progressivement", écrit-il dans sa prise de position envoyée à l'Alliance contre le tabac selon le même média. 

L'heure de changer

Une approche couronnée de succès au Royaume-Uni où le nombre de fumeurs a baissé de plus de 20% depuis l'essor du vapotage en 2010. Plus de 2 millions de britanniques sont sortis du tabagisme via la vape. Près de 800'000 arrêtant la cigarette puis la vape tandis que 1,3 millions d'entre eux continuent de vapoter exclusivement, selon les statistiques officielles. Avec 9 millions de fumeurs, soit 17,2% des plus de 15 ans, le Royaume-Uni a pris le train de la réduction des risques contre le tabagisme. Même si les anglais n'ont pas tiré les premiers en ce sens. Pionnière, la Suède à l'aide du Snus a fait dégringolé son tabagisme à moins de 9% de sa population.



En France, le Snus est interdit et le vapotage peu soutenu, quand il n'est pas simplement dénigré par divers groupes d'intérêts. Le candidat anti-capitaliste Philippe Poutou propose pour sa part la gratuité des aides à l'arrêt du tabagisme, sans que les moyens considérés ne soient précisés dans le Quotidien du médecin. A l'image des positions des autres prétendants, le contenu reste assez nébuleux. La faute en incombe directement aux candidats. En méprisant les démarches réellement citoyennes, ils se sont rendus responsables du peu de clarté de leur engagement sur le sujet. Ce flou nourrit le désintérêt en retour de la part des vapoteurs, selon le dernier baromètre du site Vap'You.

Le flou des snobs

En effet, l'ensemble des candidats ont snobé les invitations de l'association Sovape au sommet à Paris le 20 mars dernier. Ils ne semblent pas plus vouloir prendre la peine de répondre au questionnaire de l'association des usagers Aiduce. Leurs positions respectives sont donc restées à la merci de ce que l'Alliance contre le tabac a bien voulu laisser filtrer lors de sa conférence de presse hier. L'organisation s'est gardé de rendre les documents accessibles directement au public. 


Michèle Delaunay, sa présidente, n'a manqué d'afficher devant la presse ni son antipathie aux approches humanistes d'aide aux fumeurs pour la sortie du tabagisme, ni son soutien à Emmanuel Macron. "Le seul a avoir annoncé en meeting le paquet [de cigarettes] à 10 euros", selon la députée socialiste. Occultant que le candidat d'En marche a assortie cette promesse d'une condition: que les pays limitrophes à la France en fassent de même avec une "harmonisation des taxes au niveau européen". Aussi probable que de réussir son sevrage tabagique en faisant des origami. 


Mic-mac à 10 euros

En fait, le seul candidat qui se soit engagé à une hausse à 10 euros du paquet dés 2017 et de poursuivre cette hausse au long de son quinquennat sans condition est Jean-Luc Mélenchon. C'est ce qui ressort des réponses des candidats au questionnaire d'un groupe de sept experts de santé publique dont le tabacologue Gérard Dubois. Sur le tabagisme, seul l'outil répressif de l'augmentation des taxes est envisagé par les experts de securite-sanitaire.org, sans considération d'approches complémentaires comme la réduction des risques. 

Mais visiblement, même si la position de JL Mélenchon correspond au plus près aux demandes de l'Alliance contre le tabac, sa présidente M. Delaunay préfère mettre en avant E. Macron. Effet du réseau Sicpa et de son marionnettiste Yves Trévilly, opportunisme personnel ou simple incohérence d'esprits bornés ? Difficile de saisir la raison réelle à cet étrange positionnement.

Guerre aux pauvres ou lutte contre le tabagisme?

Si de leurs côtés, Benoit hamon propose une hausse des taxes tabac de 10% par an à long terme et Nicolas Dupont-Aignan de viser le paquet à 10 euros d'ici deux ans, Nathalie Arthaud s'oppose à une hausse qui frapperait les plus pauvres. Les sociologues Patrick Peretti-Watel et Jean Constance le soulignaient en 2010. "Les personnes en situation de précarité, et en particulier celles qui sont au chômage, persistent donc plus souvent à fumer, alors même que la hausse des prix ampute une part non négligeable du très modeste budget dont elles disposent. Les taxes sur les produits du tabac constituent à ce tire un "impôt régressif" qui tend à paupériser davantage les plus démunis, à accroître leur précarité et à dégrader leurs conditions de vie, sans pour autant parvenir à les préserver des risques annoncés du tabagisme", soulignent-ils dans un article présentant leur rapport pour l'INSERM sur le sujet. Un constat qui devrait interpeller toute personne soucieuse d'équité sociale et motiver à prospecter vers des approches de réduction des risques.

Marine Le Pen, connue pour vapoter, s'oppose aussi à une hausse des taxes du tabac, qu'elle imagine profiter au marché noir florissant en France. Tous les candidats ont promis de renforcer les contrôles contre la vente de cigarettes aux mineurs et pour faire respecter les interdictions de fumer dans les lieux publics. Les candidats, dits souverainistes, prennent évidemment leurs distances avec les traités européens, ce qui pourrait laisser un espoir aux vapoteurs d'en finir avec l'infamie de l'assimilation du vapotage aux produits du tabac dans la directive européenne TPD. Au sujet des gesticulations de l'Organisation mondiale de la santé, Philippe Poutou souligne les problèmes d'influence des lobbys au sein de la machine bureaucratique genevoise.

Une absence d'idée

En définitive, peu de choses n'a surgit de cette campagne concernant la lutte contre le tabagisme. Par exemple, aucun candidat ne semble avoir même songé à créer une formation aux outils de réduction des risques pour les buralistes, au statut particulier de préposés de l'administration. Un réseau de proximité dont les produits prédisposent à une influence en terme de sociabilité. Leur donner une chance de mettre un contenu à un rôle "d'acteurs de santé publique", utilisé jusque-là comme un élément de langage totalement creux par les bureaucrates français, serait pourtant une manière de mettre à profit cette particularité structurelle. Mais les politiciens français ont-ils l'imagination et le courage d'oser se sevrer du tabagisme et passer à l'heure d'une réduction des risques conséquente?



dimanche 9 avril 2017

[Expresso] Le Dr Farsalinos plaide pour le vapotage contre le tabac à Manille

"Je suis moi-même un ancien fumeur. J'ai essayé toutes les méthodes de sevrage tabagique. J'ai essayé les gommes, les médicaments et même une thérapie psychologique. Avec ces méthodes, je suis resté sans fumer au maximum durant cinq mois". A Manille le 5 avril dernier, le Dr Konstantinos Farsalinos explique ce que peut apporter le vapotage à la lutte contre le tabagisme aux Philippines en partant de sa propre histoire. "Lors de ma première étude sur le vapotage, j'étais encore fumeur. Devant les résultats, j'ai décidé d'essayer. J'ai arrêté de fumer dés le premier jour. J'ai gardé un paquet de cigarette chez moi. A la fin de la semaine, je l'ai jeté avec le briquet. Cela fait maintenant cinq ans et un mois que je n'ai plus fumé. Je ne ressens jamais le besoin d'une cigarette. Cela me fait penser que le risque de rechute est beaucoup plus faible avec le vapotage par rapport aux autres méthodes de sevrage tabagique", raconte le Docteur grec à la conférence de presse relatée notamment par le Manila Standard.

Urgence sanitaire

Le chercheur du Centre Onassis de cardiologie d'Athènes invite les autorités philippines à soutenir ce moyen de sortir du tabagisme. Il plaide pour une réglementation rationnelle, proportionnée et réaliste propre au vapotage. "Des approches de réduction des risques doivent être rendues disponibles aux fumeurs philippins à travers la création d'une réglementation locale appropriée spécifique au vapotage" soutient le Dr Farsalinos. Alors que des rumeurs d'une menace d'interdiction du vapotage plane sur l'archipel, Heneage Mitchell, responsable de FactAsia, appuie les propos du docteur grec.

"C'est la voie à suivre par respect pour les millions de philippins dont la vie est touchée par le tabac. Nous avons une chance de sauver des millions de vies. Si le Gouvernement n'agit pas pour réglementer et rendre disponibles les produits de vapotage, je suis désolé de devoir dire qu'il sera alors responsable de la mort de millions de philippins. Les fumeurs philippins et leurs proches méritent d'avoir accès à ces produits salvateurs qui changent la donne", renchérit le représentant de l'organisation asiatique de défense des usagers de modes de consommation de nicotine à risques réduits.

L'urgence sanitaire est bien là. Selon l'OMS, au moins 20 millions de philippins fument, sur une population totale d'un peu plus de 100 millions. "Dix millions d'entre eux vont mourir prématurément de maladies liées au tabagisme. L'espérance de vie d'un fumeur est réduite d'au moins dix ans par rapport à un non-fumeur. Cela a un coût énorme en vies et pour l'économie", explique le Dr Farsalinos.

Réduction des méfaits

Or si les gens fument pour la nicotine, ce sont les toxiques générés par la combustion qui tuent les fumeurs. "Toutes les maladies causées par le tabagisme ne sont pas dues à la nicotine présente dans la fumée, mais aux produits de la combustion. La braise d'une cigarette dépasse les 800° C. Sa combustion crée des milliers de toxiques inhalés par le fumeur", précise le Dr Farsalinos. 

En contraste, le vapotage permet d'inhaler un aérosol produit, sans combustion, en chauffant entre 180 et 250° C un liquide constitué de propylène glycol, glycérol avec des arômes et une dose choisie de nicotine. Le vapotage réduit drastiquement, d'au moins 95% selon des études britanniques, les risques pour consommer la nicotine par rapport au tabagisme. "Il existe plus de 1000 études sur le vapotage. J'ai moi-même participé à une cinquantaine d'entre elles", souligne le chercheur.

Maximisation des opportunités

C'est aussi un moyen de maximiser les opportunités de sortie du tabagisme. Selon les données de l'Union Européenne (UE) en 2014, plus de 6 millions de résidents avaient cessé de fumer avec la vape et plus de 9 millions ont réduit leur consommation de cigarettes à son aide. "Le vapotage aide les fumeurs à cesser de fumer", insiste le Dr Farsalinos. 

En Asie, les Philippines et la Malaisie sont les deux pays connaissant une large communauté d'utilisateurs de vape. Selon une enquête de l'institut Ipsos en 2016, 4 millions de philippins vapent plus ou moins régulièrement. Et 70% des fumeurs locaux se disaient prêt à passer au vapotage s'il était légal, avec des standards de qualité et facilement disponible. La récente loi philippine interdisant de fumer dans les lieux publics, qui n'inclut pas le vapotage, pourrait encourager le mouvement.

Box artisanale philippine DJK, crédit Bluetouff de Vaping.fr 
Au pays des moddeurs artisanaux, le scientifique grec défend la production locale et indépendante. "Ici, ce sont les usagers locaux eux-mêmes qui ont créé l'industrie. Il n'y a pas de produits importés, c'est fabriqué localement. De nombreux entrepreneurs se sont engagés dans cette voie et c'est la manière par laquelle la vape s'est développée ici. Une réglementation devrait être faite de manière à ce que le vapotage soit promu pour les fumeurs comme outil de réduction des méfaits du tabagisme", précise le Dr Farsalinos. 

Un marché concurrentiel pour assurer développement et qualité

Pour cela, le chercheur plaide pour une réglementation équilibrée entre la nécessité d'assurer la qualité et la sécurité des appareils et liquides de vapotage, et le soucis de ne pas tuer l'industrie indépendante et locale. "Si vous créez une réglementation très restrictive et coûteuse, qui va pouvoir y souscrire? Seulement les multinationales du tabac. Une réglementation très stricte livre le marché aux mains de Big Tobacco. Ce n'est pas désirable. Nous voulons de la concurrence et de l'innovation. Nous devons avoir des petites et moyennes entreprises indépendantes pour obtenir un environnement concurrentiel, créatif et innovateur qui développera des produits de meilleures qualité", argumente t-il.

Aux Philippines, Big Tobacco mise sur les cigarettes 

A l'opposé de leurs discours tenus en Europe, un dirigeant local d'une compagnie de tabac assure ne pas craindre la concurrence de cette alternative à ses cigarettes. Contacté par Roderick T. dela Cruz, journaliste du Manilla Standard,  il se montre optimiste pour son bizness. "Le vapotage ne donne pas les mêmes satisfactions que les cigarettes", estime le responsable qui garde l'anonymat. Avant de prédire que le tabagisme va continuer de croître aux Philippines les années à venir. Un scénario que le Dr Konstantinos Farsalinos et Heneage Mitchell espèrent déjouer si les autorités philippines les entendent.

vendredi 7 avril 2017

Autriche: La Cour constitutionnelle valide l'interdiction de vente à distance des produits de vape

Dans un rendu le 14 mars, la Cour constitutionnelle autrichienne a rejeté le recours d'un magasin en ligne de vapotage, basé à Baden. Celui-ci s'opposait à l'interdiction de vente à distance de produits de vape en vigueur depuis mai 2016 en Autriche. Celle-ci a été promulguée à l'occasion de la transcription dans la Loi de protection contre le tabac et les produits sans fumée (TNRSG - Tabak und Nichtraucherschutzgesetz) de la Directive européenne sur le tabac (TPD).

La Cour juge que «l'interdiction de vente à distance poursuit les objectifs d'intérêt public», notamment «les intérêts de protection de la santé, des consommateurs et de la jeunesse». Elle n'a pas non plus réduit sa portée. «En vertu du principe de précaution», la Cour estime valide l'inclusion des produits de vapotage sans nicotine dans la loi TNRSG. Notamment en raison «des effets méconnus» de l'inhalation du propylène glycol (Sic!), précise t-elle au point 2.4.4 de son rendu.

Moins dangereux mais quand même !

Pourtant la Cour reconnaît que les produits de vapotage sont significativement moins dangereux que les cigarettes. Ou les pipes et narguilés qui eux sont en vente libre sur internet en Autriche. «Contre le contexte de l'objectif de politique de santé, il serait également impossible de prévoir une interdiction de la vente des produits du tabac, mais pas pour les produits connexes similaires en risque de santé. Le fait que l'e-cigarette ait au moins des effets «moins dommageables» (notamment en l'absence de monoxyde de carbone et de goudron) par rapport aux cigarettes de tabac ordinaire n'est pas affecté par cette évaluation», estime la Cour dans son point 2.4.6.2. Le sens de ce point argumentaire reste pour le moins obscur. «La vapeur est donc moins dangereuse ... mais … Qui comprend ça?», commente le site DampfCafe.at.

Liberté d'échange à dimension variable

Par ailleurs, bien que l'activité du recourant ne soit que de la vente à distance (par internet), la Cour a estimé que rien ne l'empêche d'ouvrir une boutique. En conséquence, cette interdiction ne violerait pas sa liberté d'entreprendre. De son côté, l'Association autrichienne des professionnels de la vape (VFFED) annonce vouloir continuer de se battre contre cette réglementation.

Avec la Pologne, l'Autriche est le second pays de l'Union européenne a interdire la vente à distance au sein de son territoire des produits de vapotage. Cette restriction pourrait donner un avantage aux produits bénéficiant d'un large réseau de distribution déjà en place. Et plus probablement encore, entraver l'accès au vapotage aux fumeurs essayant d'arrêter de fumer. 

Conférence à Vienne

Malgré tout, les défenseurs autrichiens de la réduction des risques et de la maximisation des opportunités de sortir du tabac ne baissent pas les bras. Le Pr Gerry Stimson, directeur de Knowledge-Action-Change, donnera une conférence intitulée "Comment le vapotage a changé le paysage du sevrage tabagique et de la lutte anti-tabac" à Vienne le 8 mai prochain en présence du Dr Franz Pietsch, adjoint à la protection des consommateurs du Ministère de la santé autrichien. Chaud débat en perspective...


jeudi 6 avril 2017

Etude internationale: Fort impact des réglementations sur les arrêts du tabac à l'aide de la vape

Les réglementations influent-elles sur les chances de réussir son sevrage tabagique? Cela paraît couler de source, mais aucune étude n'avait encore mesuré le poids de l'environnement législatif sur les arrêts avec la vape. Une comparaison de données recueillies entre 2010 et 2014 de deux paires de pays, la première americano-britannique alors peu restrictive, la seconde australo-canadienne avec de fortes restrictions à l'accès et l'usage des produits de vapotage, montre clairement l'impact. Tandis que 73,2% des fumeurs britanniques et américains sondés ayant tenté d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage ont réussi au moins durant un mois, seuls 31,5% de leurs homologues australiens et canadiens ont connu la même réussite. L'étude, publiée par la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, s'appuie sur les enquêtes de l'International Tobacco Control four country (ITC).

Elle montre que, dans l'environnement plus propice, les fumeurs optant pour l'aide du vapotage augmentent leur chance de sevrage à un mois par 1,95 fois [OR = odd ratio] par rapport à aucune aide. Soit un peu plus qu'avec les substituts nicotiniques (OR 1,64) et à peine moins qu'avec les drogues pharmaceutiques (OR 2,07). Mais dans les pays hostiles, utiliser le vapotage donne près de trois fois moins de chance de réussir (OR 0,36) que de se lancer sans aide. «Les raisons de l'effet de facilitation du vapotage pour cesser de fumer se trouvent uniquement dans les pays ayant un environnement moins restrictif à la vape», souligne l'étude signée de chercheurs américains, australiens, britanniques et canadiens.

Matérialisme

Première raison invoquée par les chercheurs à cet effet bénéfique à l'arrêt du tabagisme par les réglementations les moins agressives contre la vape: la facilité d'accès aux produits. A fortiori, en offrant une palette diversifiée des appareils les plus efficaces, c'est-à-dire les systèmes à réservoir (à l'opposé des «cigalikes»), et évidemment aux liquides nicotinés qui doublent les chances d'arrêt par rapport à la vape sans nicotine selon le rapport Cochrane de 2016. Cette étude confirme d'ailleurs ces deux aspects dans les pays tolérants. Les utilisateurs de mods à réservoir ont 2,57 fois plus de chances de sevrage que les utilisateurs de cigalikes et 3,11 fois plus de réussite que les fumeurs se lançant sans aide. Tandis que les britanniques vapotant avec nicotine ont eu 3,07 fois plus de succès que ceux s'aidant de vapotage sans nicotine.

Dans la même veine, l'accès plus simple à des produits encouragent non seulement les tentatives avec l'aide de ces produits, mais aussi la prolongation de l'arrêt en facilitant l'accès à de nouvelles fournitures (liquides ou matériel) durant le sevrage. «Ceci peut contribuer à leur offrir de plus grandes opportunités d'expérimenter différents appareils et liquides jusqu'à ce qu'ils trouvent la bonne combinaison», explique l'article.

Et mentalités

La seconde série de motifs met en relief l'aide que procure un climat social plus tolérant et serein à l'égard du vapotage aux fumeurs pour sortir du tabagisme par son aide. Plus confiants, ils seraient plus susceptibles de détermination et de persévérance dans leurs tentatives. Dans les pays restrictifs, «le faible accès au produit et peut-être la réticence à vapoter en public au milieu de personnes potentiellement hostiles sont des raisons plausibles pour penser que sa dénormalisation puisse être un facteur important du haut taux d'échecs», suggèrent les chercheurs.

Ils soulignent aussi un possible biais d'auto-sélection: la mauvaise image de la vape cultivée par les pouvoirs publics hostiles limite son recours à certains fumeurs. «Il est également possible que, dans les pays à faible disponibilité, ceux qui ont choisi d'utiliser le vapotage pour cesser de fumer étaient les plus désespérés, ceux n'ayant pas réussi auparavant en utilisant les méthodes approuvées», émettent en hypothèse les chercheurs pour expliquer le plus faible taux de réussite à l'aide du vapotage que sans aucune aide en Australie.

Soutien ou abandon de la part des soignants?

L'étude n'a pas pu prendre en compte l'aide comportementale apportée ou non aux fumeurs. «Parce que ce que constitue le soutien comportemental était trop hétérogène entre les différents pays, nous avons décidé de ne pas le retenir comme critère», expliquent les chercheurs. Reste qu'évidemment, entre les Stop smoking services britanniques en dialogue constructif avec les vapoteurs et le dogme australien de leur diabolisation, les compétences des professionnels de santé sur le sujet et l'aide apportée en conséquence aux fumeurs sur cette voie ne peuvent pas être de même qualité. D'autres facteurs, comme notamment le climat de peur entretenu par les médias sensationnalistes et/ou liés d'intérêt aux lobbys du tabac et de la pharma, n'a pas été pris en compte dans la comparaison.

Et la Suisse?

La Suisse ne fait pas partie de l'étude. Mais les principaux enseignements de cette étude donnent de l'eau au moulin de mes analyses de 2015 sur le déficit d'arrêts tabagiques à l'aide du vapotage en raison des entraves fédérales. Mon analyse s'appuyait sur la comparaison des statistiques de prévalence de la population, ce qui est sensiblement différent des groupes de fumeurs tentant un sevrage suivis dans cette étude. Reste que le ratio de chances de réussir son sevrage entre pays restrictifs et pays permissifs (OR 0,36 versus OR 1,95) mis en évidence résonne avec les ratio d'adoption, c'est-à-dire de l'expérimentation à l'usage régulier, du vapotage que j'avais tiré de la comparaison des statistiques helvétiques et britanniques de 2014.

«L'interdiction de la vente de liquide nicotiné concoure ainsi à six fois plus d'échecs des tentatives de passer à la vape des fumeurs en Suisse par rapport aux britanniques», avais-je alors souligné. Le parallèle se poursuit d'ailleurs sur la faible part de vapoteurs utilisant de la nicotine en Suisse et en Australie. Selon l'enquête d'Addiction Suisse, moins de 40% des vapoteurs helvètes utilisent de la nicotine, chiffre proche des 41% relevés dans cette étude pour les australiens, contre plus des trois quarts des britanniques.

Guerre au vapotage, guerre aux pauvres


Autre point commun, les restrictions légales semblent entraver plus fortement l'accès au vapotage aux fumeurs défavorisés socialement. «Comparés aux répondants des pays avec une réglementation plus restrictive, une plus grande proportion de ceux de pays moins restrictifs sont plus âgés, avec des revenus plus faibles, (...)», note la recherche internationale. En proportion, il y a deux fois plus de faibles revenus à essayer d'arrêter de fumer avec le vapotage lorsque l'environnement législatif est permissif que répressif. Les données suisses ne tiennent pas compte des niveaux de revenus, mais du niveau de formation. Les auteurs soulignaient dans le dernier rapport en commentaire que «la part d’usagers [du vapotage] au cours des 30 derniers jours augmente régulièrement avec l’augmentation du niveau de formation».


Les entraves législatives en augmentant le coût financier du vapotage, en compliquant son accès et le limitant aux personnes détenant des outils informatiques et de paiement électroniques ou aux personnes détenant un capital social leur permettant de passer par le marché gris/noir, empêchent selon toute vraisemblance des fumeurs de couches sociales défavorisées d'utiliser ce moyen d'arrêt tabagique. La stigmatisation des vapoteurs renforce cette dynamique vicieuse contre les personnes les moins outillées en terme de capital culturel pour résister aux campagnes de désinformation. Le gâchis sanitaire de la guerre au vapotage profite non seulement au tabagisme en général, mais accentue plus particulièrement les inégalités sociales de santé au profit des classes aisées. 

Autre leçon que l'on peut tirer de cette étude, aucune recherche sur le sevrage tabagique à l'aide du vapotage ne peut faire sérieusement l'impasse sur l'environnement législatif dans lequel la population étudiée évolue. Un point que, comme je l'avais entre autres souligné, G. Gmel et al. n'avaient pas tenu compte dans leur analyse publiée dans le Swiss Medical Weekly.


Les autorités suisses autorisent la nouvelle cigarette Glo mais recommandent de passer à la vape qu'elles interdisent !

Les services d'Alain Berset cultivent l'art scabreux des injonctions paradoxales. La sortie en Suisse de la Glo en livre un nouvel épisode. Premier à tirer ce mercredi, Christopher Proctor, chef scientifique de British American Tobacco (BAT), annonce la mise sur le marché de sa nouvelle cigarette de tabac chauffé. Après son lancement au Japon en décembre passé, la Glo vient directement concurrencer sur ses terres l'Iqos de Philip Morris. "Le système de fonctionnement est similaire (...) La principale différence est que la Glo est plus simple à utiliser et marche toute la journée", explique C. Proctor au journal 20 minutes version suisse-alémanique. A 80 Fs l'appareil, auquel s'ajoutent les cigarettes, les deux cigarettiers alignent leurs tarifs. 

Cigarette autorisée, vapotage nicotiné toujours interdit de vente

Comme pour la cigarette du géant lausannois en août 2015, les autorités helvétiques accueillent sans entrave le nouveau produit de BAT. Bien qu'aucune étude scientifique indépendante n'a encore été publiée sur ces produits et leurs éventuelles toxicités (certaines sont en voie de publication, dont le Vaping Post a présenté des éléments). Une attitude fédérale permissive à l'opposé de sa guerre contre le vapotage, dont la vente de liquide avec nicotine est toujours officiellement interdite. Ceci en dépit d'un corpus scientifique largement plus conséquent sur le vapotage, si on prend la peine de le lire. 

La prohibition de la vape nicotinée se fonde sur une interprétation de la bureaucratie bernoise contestée par deux recours devant le Tribunal administratif fédéral courant depuis novembre 2015, après que celui-ci ait débouté celui des usagers de l'association Helvetic Vape. Selon les autorités, l'ajout d'une substance pharmacologique, telle que la caféine, la nicotine ou le cannabidiol, est interdit dans les objets usuels pouvant entrer en contact avec les muqueuses. Cela pourrait signifier l'interdiction de vente notamment des boites de sodas caféinés, des cigarettes et des liquides de vapotage contenant une de ces substances. Pour le moment, les autorités ne semblent intéressées à n'interdire que la vape. Mais tout en la recommandant ! Sic ! 

Mais l'OFSP recommande la vape plutôt que les cigarettes de tabac

En effet, un porte-parole de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) déclare au journal 20 minutes qu'il conseille aux fumeurs de se convertir totalement au vapotage s'ils n'arrivent pas à arrêter de fumer d'une autre manière. Il souligne l'importance de s'abstenir complètement de fumer des cigarettes de tabac. "Problème: les produits Iqos et Glo contiennent toujours du tabac", précise Kaspar Wolfensberger du 20 minutes. Autrement dit, ces nouvelles cigarettes ne sont pas des produits de vapotage, qui sont sans tabac ni combustion.

Les dons de nicotine généralisés

Alors, trouble de dédoublement de personnalité bureaucratique? Appel à la désobéissance sanitaire? Les autorités suisses interdisent ce qu'elles recommandent et autorisent ce qu'elles déconseillent. Difficile de livrer l'exégèse des étranges cheminements abscons de l'administration d'Alain Berset. Mais en pratique, les dons de nicotine ont permis, surtout depuis une année, de libérer un nombre toujours plus impressionnant de fumeurs à l'aide du vapotage. En ignorant les injonctions paradoxales de la santé publique, les enfumages du lobby du médicament et les nouvelles cigarettes de Big Tobacco. 

mercredi 29 mars 2017

[Heure d'été] La Nouvelle-Zélande légalise le vapotage nicotiné pour en finir avec le tabagisme d'ici 2025

La Nouvelle Zélande a décidé de saisir l'opportunité du vapotage pour abaisser le taux de tabagisme, réduire ses méfaits et sauver des vies. Nicky Wagner, Ministre-adjoint à la santé, a annoncé ce matin la prochaine légalisation de la vente de liquide nicotiné de vapotage. "Aussi vite que possible" et au plus tard l'an prochain assure t-elle. Jusque-là les liquides avec nicotine étaient interdits de vente, engendrant du marché noir et des rechutes dans le tabagisme de vapoteurs privés de liquide nicotiné. "Il y a un consensus général sur le fait que vapoter est beaucoup moins nocif que fumer", explique la représentante du Gouvernement néo-zélandais, avant d'encourager. "Je suggère à toutes les personnes ici qui fument de passer au vapotage".

Cette annonce surgit après une consultation publique close en septembre dernier. "Les preuves que l'usage du vapotage peut réduire considérablement le poids des maladies causées par le tabagisme sont de plus en plus nombreuses", conclue le Ministère de la santé. Le Gouvernement prend cette décision alors que plus d'un demi-million de néo-zélandais fument et 5'000 en meurent chaque année. L'objectif est de ramener de 15% actuellement à moins de 5% d'ici 2025 le taux de tabagisme. Le tabagisme frappe particulièrement les groupes sociaux défavorisés, notamment les femmes maoris fumeuses pour 42% d'entre elles. 

"New Zealand smokefree" pour 2025

Pour dépasser l'impasse de "l'abstinence ou la mort", laissant de côté les groupes doublement stigmatisés par leur identité sociale et par leur tabagisme, de nombreuses voix soutiennent une approche de réduction des risques plus compassionnelle et efficace. C'est dans ce but de santé publique et d'équité sociale que le Gouvernement va légaliser les ventes de liquides avec nicotine en tant que produits de consommation. "Cela garantit aux fumeurs d'avoir accès à une alternative à plus faible risque, un outil de réduction des méfaits. Mais nous continuerons à dissuader les non-fumeurs de commencer de fumer ou de vapoter", précise Nicky Wagner.

Les grands traits de la réglementation, mais pas encore les détails

Si les détails de la réglementation de la vape ne sont pas arrêtés, un document du Ministère de la santé annonce l'interdiction de vente aux mineurs, sauf si les parents (whãnau) leur autorise. Des restrictions de l'usage dans les lieux collectifs pourraient être similaires à celles pour les cigarettes, bien que ce point soit contesté. La publicité devrait être encadrée afin de ne pas attirer les non-fumeurs au produit. Les produits devront être homologués, mais le Gouvernement assure "vouloir tenir au plus bas les coûts pour les entreprises". Standards de produits de consommation, composition des liquides, bouchon de sécurité et avertissement sanitaire seront exigés.

Le think-tank NZ Initiative salue cette "approche très pragmatique", qu'il appelait de ses vœux lors de la consultation. Mais il rappelle aussi que "le diable peut se nicher dans les détails, et il est toujours possible que sur-réglementer le produit puisse annihiler le bon travail fait par sa légalisation".

Une décision historique

Les défenseurs d'une approche de réduction des risques se félicitent de l'annonce. "Légaliser la nicotine pour le vapotage est l'action la plus efficace que le Gouvernement a pris pour aider les fumeurs depuis les subsides pour les produits de substitutions nicotiniques il y a dix ans", se réjouit la Dr Marewa Glover. Le groupe Maori de lutte contre le tabagisme Hãpai Te Hauora applaudit à ce progrès législatif pour la disponibilité du vapotage. 

"Aujourd'hui, la Nouvelle-Zélande a fait un grand pas en avant et devient leader en reconnaissant la réduction des risques et en dépassant l'esprit étriqué de ceux qui espéraient bannir le vapotage", exulte QJ Satchell, président de la New Zealand Vaping Alliance. La Nouvelle Zélande vient de prendre l'option de la réduction des risques pour lutter contre le tabagisme, à l'opposée totale de la décision il y a quelques jours de son voisin australien...


vendredi 24 mars 2017

Congrès E-ADD 2017: La Dr Anne Borgne ventile un vademecum sur la vape aux médecins

"On devrait plutôt dire vaporette ou vapoteuse, parce que cela ne ressemble pas du tout à une cigarette". D'emblée la Dr Anne Borgne, médecin addictologue, pulvérise les malentendus sur le vapotage. Invitée au e-congrès E-ADD 2017, elle présente la vape comme outil pour l'arrêt du tabac à plus de 1'400 professionnels de santé connectés. Ce premier exercice français du genre sur les addictions, diffusé ce 23 mars en direct, reste consultable en ligne jusqu'au 9 avril.

"Le grand avantage de la vape c'est d'arrêter les produits de combustion, le monoxyde de carbone, les cancérigènes... Toutes ces substances qui entraînent les maladies liées au tabac", explique la Présidente du RESPADD, le réseau de prévention des addictions. Avant de préciser que "ce n'est ni un médicament ni du tabac", mais en se substituant au tabagisme, le vapotage améliore l'état de santé des ex-fumeurs. La vape est au moins à 95% moins risquée que la cigarette selon les organismes de santé britanniques, rappelle la docteure.

Soutenir

Dans l'approche préconisée par la Dr Anne Borgne, la première mission du professionnel de santé confronté à la question d'un patient fumeur est de soutenir et renforcer sa démarche. "Augmenter la confiance pour passer à l'action, c'est le point important", insiste la tabacologue. Il faut prendre le fumeur dans sa globalité, à la fois sa dépendance physiologique, psychologique et l'accompagnement social. "Le vapotage est un outil dans la globalité de l'accompagnement d'un fumeur dans une démarche d'arrêt", souligne t-elle.

Dans la vraie vie

Jaillissant sur le marché européen il y a quelques années, la vape a été rapidement prise en main par les usagers. "Les vapoteurs se sont constitués en association, ils ont défendu ce produit et ont mené à ce que les scientifiques s'y intéressent", retrace Anne Borgne. Depuis des normes, notamment de l'AFNOR, ont été créées sur la qualité des produits. Reste en suspens, une preuve clinique solide de l'efficacité du vapotage pour l'arrêt tabagique. Mais les protocoles d'études cliniques sur le sevrage tabagique sont peu réalistes aux yeux de la tabacologue. "Dans la vraie vie, on voit bien que les vapoteurs peuvent par exemple utiliser en même temps des substituts nicotiniques", explique t-elle.

Derrière l'approche quasi pharmaceutique des études se tapie l'inébranlable dogme de "l'abstinence ou la mort". A contre-pied de cette approche générant surtout l'échec, la docteure plaide pour combiner la diversité des outils d'arrêt du tabac à l'acceptation du rythme propre au patient sur son parcours. "Ce qui est intéressant dans cette multiplicité, c'est que chacun choisisse la stratégie et les outils qui lui correspondent. Et qu'on lui laisse le choix et le temps d'avancer dans sa démarche", propose la Dr Anne Borgne.

Vape sense

Signe indirect de l'efficacité de la méthode, certaines mutuelles françaises remboursent même leurs assurés fumeurs s'engageant sur un parcours de défume avec le vapotage.  Dans le même sens, une proportion toujours plus importante de tabacologues, addictologues et médecins généralistes s'en empare. Des rencontres avec des vapoteurs ou des professionnels de santé aguerris permettent de découvrir l'outil pour ensuite pouvoir le recommander et orienter les patients fumeurs. 

Dans le petit panel de moyens à disposition, la vape se distingue des autres modes de consommation de nicotine à faible risque, comme les gommes ou les patchs, par sa sensualité. "Son intérêt, c'est qu'elle donne des sensations. Il y a le hit, cette sensation au fond de la gorge, et puis cette vapeur", décrit-elle. Ce rôle déterminant des sensations impose au novice d'aller en boutique. "On va savoir si le vendeur est bon s'il commence par écouter le fumeur et l'interroger sur combien il fume, à quel moment il fume la première cigarette le matin, s'il a déjà essayé d'arrêter, etc.", souligne Anne Borgne. En somme, le vendeur cherche à déterminer quel appareil et quel taux de nicotine des liquides sont à faire tester à son client. 

Ne pas nuire en privant les patients d'un outil

Si les inclinaisons entre les flagrances de liquides sont bohèmes, la question de l'apport de nicotine est plus technique. "La cigarette inflige un vrai shoot de nicotine en 7 secondes au cerveau. Avec la vape, cela s'apparente plus à la cinétique d'un substitut nicotinique en vaguelettes", précise la docteure bretonne, en expliquant comment le liquide, principalement constitué de glycerol et propylène glycol, est chauffé par une résistance pour générer l'aérosol inhalé. 

Un procédé simple en définitive et dont les études éclairent toujours plus l'important potentiel de réduction des méfaits contre le tabagisme. En conclusion, la docteure martèle son credo optimiste, humaniste et hippocratique. "Il faut avoir des messages positif sur le vapotage et arrêter de dire "on ne sait pas, on n'a pas de preuves". Car cela dessert cet outil et en desservant l'outil, cela dessert ceux qui pourraient l'utiliser pour arrêter de fumer".


[Expresso] Plus de 300 fois plus d'incendies liés aux cigarettes qu'avec la vape selon la Brigade du feu de Londres

A Londres en 2016, il y a eut quatre feux liés à des produits de vapotage pour 1'213 incendies provoqués par des cigarettes. Les statistiques présentées à l'Evening Standard par la Brigade du feu de Londres (LFB) montrent l'énorme écart de risques entre cigarette et vape. Si aucun des quatre problèmes impliquant la vape n'a tué, les feux liés au tabagisme ont entraîné la mort de 21 londoniens et en ont blessé 108. "Nous préférons que vous arrêtiez totalement de fumer. Mais si vous voulez continuer de consommer de la nicotine, le vapotage présente beaucoup moins de risques d'incendie que les cigarettes dont les mégots, les cendres et les allumettes sont souvent mis à la poubelle négligemment et démarrent des incendies", explique Dan Daly, Commissaire adjoint à la sécurité des incendies de la LFB.

Pourtant, les médias sensationnalistes préfèrent faire tourner les images des quelques accidents liées au vapotage. Dans la quasi totalité des cas, ils proviennent de l'erreur de l'usager de stocker les batteries sans protection dans ses poches avec de la monnaie ou des clefs. Par contre, ces mêmes médias restent muets sur les incendies causés par les cigarettes. La majorité des incendies "tabagiques" démarre dans la chambre à coucher, avec la figure typique du fumeur s'assoupissant au lit et laissant tomber sa cigarette allumée. D'autres gestes tels que mettre un mégot mal éteint à la poubelle ou les cendriers débordants prenant feu sont fréquents. 

Le spécialiste anglais des incendies prévient cependant que l'utilisation de mauvais chargeur électrique pour les appareils de vapotage peut aussi comporter des risques d'incendie. En somme, il y a bien moins de risque avec le vapotage, mais il convient de suivre quelques précautions. Notamment, ne jamais mettre ses batteries sans protection (voir illustration du reviewer Philgood) dans ses poches et s'équiper de batteries et d'un chargeur de bonne qualité. Et se renseigner si on désire sortir des sentiers battus, en lisant par exemple cet article de DiyVape sur la sécurité des accus...

mardi 14 mars 2017

[NoMeansNo] Consultation de l'Union Européenne: 89,88% contre une taxation du vapotage

Près de neuf sur dix contre la taxe anti-vape. C'est un plébiscite contre le projet "Philip Morris" de taxes punitives contre les vapoteurs. De novembre à février, seulement en langue américaine, la consultation de la Commission Européenne (EC) sur la taxation des "produits du tabac" - incluant les produits sans tabac ni combustion du vapotage - a receuilli 7'686 réponses. Selon le document de l'EC, 89,88% des répondants s'opposent à toute taxation spéciale contre les produits de vapotage. Tandis que 1,78% se déclarent pour et 6,18% en faveur d'une taxe uniquement sur les liquides nicotinés. Au cas où l'UE imposerait de force une taxe anti-vape, 80,34% désirent qu'elle soit beaucoup moins élevée et 5,07% moins élevée que celles du tabac.

Les réponses proviennent à 95,2% de citoyens, pour 2,99% d'opérateurs économiques et seulement 1,05% d'organisations non-gouvernementales. En somme, la consultation a permis à des personnes n'ayant pas accès aux habituels canaux de lobbys professionnels d'exprimer leur avis. Notamment l'avis des usagers des produits de vapotage, usage déclaré par 68% des répondants. En cas de taxes imposées de force par l'EC, "il y aurait, selon les citoyens, probablement deux effets: les vapoteurs se tourneraient vers le circuit informel, ou ils retourneraient aux produits de tabac", explique Barbara Menitti sur le site italien SigMagazine. En bref, l'avertissement à la bureaucratie bruxelloise est clair: si des taxes punitives entrent en vigueur, la plupart des usagers pensent se tourner vers le marché noir. 

Mais ce rejet par 9 répondants sur 10 de taxes anti-vape dépasse le cadre des vapoteurs. "Il y a un accord substantiel de la part de fumeurs (4% des répondants), de non-fumeurs, et peut-être même de la part de certains organismes gouvernementaux et non-gouvernementaux, pour atteindre un tel consensus", souligne Dick Puddlecote sur son blog. Concernant les cigarettes de tabac chauffé, l'opinion est nettement plus partagée. Moins de 4 répondants sur 10 estiment qu'elles devraient être moins ou beaucoup moins taxées que les cigarettes combustibles.

En bonus, le commentaire que j'avais envoyé en février avec mes réponses à la consultation.

Edit 16h45: lien direct vers le document en pdf de l'EC 


lundi 13 mars 2017

Belgique: Les troupes de Maggie De Block vont-elles passer à tabac les vapoteurs ?

L'élan belge de libération du tabagisme va t-il être étouffé dans l’œuf par les services de la Ministre de la santé Maggie De Block ? Depuis février, les agents du Service public fédéral Santé publique (SPF) contrôlent les points de vente de produits de vapotage. "Tous les points de vente de cigarettes-électroniques sont visés. Nos agents travaillent tous les jours et à n'importe quelle heure", prévient Vinciane Charlier, porte-parole du SPF dans le quotidien la Meuse. Des dizaines d'agents auraient été recrutés spécialement pour ces brigades anti-vape. 

Des millions en fumée

Les troupes du SPF ont déjà saisi du matériel et même surpris des clients essayant des produits en magasin. Des boutiques ont dû faire détruire des produits jugés non-conformes par des entreprises spécialisées et en fournir la preuve au SPF. Des millions sont ainsi partis en fumée. Certains commerçants ont opté pour la mise en faillite devant les frais. A présent, le SPF veut passer au cran supérieur. "Les marchands risqueront alors des amendes, des saisies et la fermeture de leur commerce", menace la porte-parole du SPF. Parmi les lieux déjà contrôlés, de tout genre aussi bien vape-shops que kiosques, la moitié serait en infraction selon la fonctionnaire du SPF. 

Le tort éventuel des commerçants? Ne pas observer à la lettre l'interprétation du SPF de la nouvelle réglementation sur les produits de vapotage en Belgique, qui va au-delà de la directive européenne (TPD). Problème, l'interprétation du SPF de l'Arrêté Royal, entré en vigueur le 17 janvier, est difficile à cerner. Selon certains agents fédéraux, la nouvelle réglementation imposerait notamment aux commerçants:

  • l'interdiction de toute vente à distance (aussi via internet) ;
  • l'interdiction de faire essayer le matériel, y compris aux néophytes, geste qui serait assimilé à une promotion désormais interdite ; 
  • l'interdiction de vente de tout produit non notifié et homologué ; 
  • l'interdiction de vente aux moins de 16 ans, comme pour le tabac ;
  • l'interdiction de vendre des fioles de liquides nicotinés de plus de 10 ml et/ou à une concentration de plus de 20 mg/ml ; 
  • l'interdiction de vente de vaporisateurs avec un réservoir supérieur à 2 ml, ainsi que de ceux sans réservoir (dripper) ;
  • l'interdiction de publicité, d'affiches ou de films, d'information de santé et de toute promotion de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage ; 
  • l'interdiction de proposer des réductions ;
  • l'obligation d'étiquetage des produits reproduisant trois fois (sur l'emballage, le produit et sur une notice) et dans les trois langues nationales l'avertissement sur la présence de nicotine, y compris pour le matériel qui n'en contient pas, et de son caractère addictif, tel que voulu par l'Union Européenne.


Plainte contre le SPF ?

Cependant, d'un responsable fédéral à l'autre, les avis et les évaluations ne concordent pas. Les magasins remarquent l'arbitraire des exigences lors des contrôles. Aussi une entreprise ayant produit des stocks, après avoir pris des renseignements auprès du SPF, se retrouve finalement sur la brèche. Avec en jeu des investissements conséquents pouvant précipiter l'entreprise dans des difficultés financières. Le SPF serait déjà l'objet de poursuites judiciaires. L'interdiction de liberté d'expression du secteur du vapotage n'aide pas à rendre public les problèmes sans risque pour les protagonistes. D'où le silence radio des médias belges sur les manquements et errements problématiques du SPF sur ce dossier.

Des recours contre l'Arrêté Royal

En dehors des problèmes d'application, des recours ont été déposés contre l'Arrêté Royal lui-même. Un premier provient de la part de professionnels, à qui le Conseil d'Etat a refusé l'effet suspensif d'urgence mais dont la requête est maintenue. Si ces mesures sont présentées contre les professionnels, elles impactent évidemment aussi directement les usagers en les privant de choix, leur interdisant des produits adaptés à des besoins particuliers, et en les empêchant d'accéder à l'information et à l'essai de matériel. Des points essentiels a fortiori pour les débutants, à savoir des fumeurs qui tentent de sortir du tabagisme à l'aide de la vape et découvrent un nouvel univers. 

Des raisons qui ont motivé l'Union belge pour la vape (UBV-BDB), association d'usagers, a aussi déposé une requête en annulation de l'Arrêté Royal. L'association d'usagers a réuni les 7'000 € nécessaires par crowdfunding début janvier. "Ce sont des centaines de cotisants et de donateurs qui nous donnent aujourd'hui les moyens d'user du droit pour que la vérité éclate: la vape n'est pas du tabac!", explique l'UBV-BDB, forte de 800 membres. Un troisième recours à titre personnel soutient la démarche qui prendra probablement du temps.

Un gâchis sanitaire

Pourtant - ou peut-être, parce que -, l'année 2016 avait vu se multiplier les vapoteurs et un effondrement concomitant des ventes de tabac en Belgique. "Surtout depuis le début de l'année", s'enthousiasme le quotidien la DH en mai 2016. Principal déclic de cette prolifération d'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage: l'autorisation de vente des liquides nicotinés. Elle découle de la décision du Conseil d'Etat de suspendre la première version de l'Arrêté Royal sur les produits de vapotage, suite à un recours en urgence de professionnels. 

Deux autres choses ont concouru au passage au vapotage en masse de fumeurs. La décision de justice tombe à la même période qu'une hausse des prix du tabac, de l'ordre de 70 cts par paquet, et qu'un avis encourageant du Conseil supérieur de santé sur le vapotage. Une "petite révolution" où un rapport de l'autorité sanitaire reconnait l'utilité de la vape. "Il est normal que nous ayons changé d'avis. Plus de 200 nouvelles études sont sorties. (...) Il ne faudrait pas que la cigarette-électronique soit plus difficile à trouver que le tabac", explique à cette occasion un des 40 experts au journal le Soir.

Pour 151 millions d'euros

En 2015, l'enquête de la Fondation contre le cancer estimait déjà les vapoteurs à plus de 168'000, environ 6% des plus de 2 millions de fumeurs belges. Quasi inexistante encore en Belgique en 2012, l'essor de cette alternative à risques réduits a suivi la baisse du tabagisme, passé de 27% en 2013 à 20% en 2015 des plus de 15 ans. La corrélation entre la hausse du vapotage et la baisse du tabagisme est troublante. 

Elle a aussi troublé Johan Van Overtveldt. Mais c'est pour un autre aspect que le Ministre des finances est effondré en janvier dernier. Alors que son budget est dans le rouge, il s'aperçoit d'un manque à gagner de €151 millions sur les taxes du tabac en 2016. L'équivalent des taxes sur la consommation annuelle d'environ 100'000 fumeurs en moins. Le SPF n'a encaissé que €3 milliards au lieu des 3,2 milliards prévus. Un "trou" qui pourrait s'amplifier en 2017 si rien n'est fait pour endiguer la fuite des fumeurs. Le Ministre propose de relancer la consommation de cigarettes en abaissant leur taxe d'accise et leur prix par conséquence. Suggestion non retenue par le Gouvernement. 

La semaine suivante l'Arrêté Royal sur le vapotage entrait en vigueur. Depuis, sa mise en application par le SPF, digne d'Eliot Ness, n'est peut-être pas étrangère au soucis financier de l'Etat belge... La promesse d'un accès au vapotage au moins aussi facile qu'au tabac est d'ors et déjà parti en fumée. Les vapoteurs aguerris se débrouillent pour trouver des "plans". Mais qu'en sera t-il de l'offre pouvant attirer les fumeurs hors du tabac lorsqu'une bonne part des magasins indépendants aura rendu l'âme sous les coups du SPF ?